Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

dimanche 22 février 2026

Interview de Guershon Nduwa, Président de la Fraternité judéo-noire

Ancien éducateur spécialisé, Guershon Nduwa dirigeait la Fraternité judéo-noire qu’il a fondée en 2007 et était secrétaire général du CRAN (Conseil représentatif des associations noires) dont il a été longtemps demeuré membre. Originaire du Congo, ce voyageur polyglotte, ouvert à autrui a évoqué dans cette interview de 2011 la situation des Juifs Noirs en France. Il a été victime en 2025  d'un AVC (Accident vasculaire cérébral) et est décédé en février 2026. 


Présentez-nous la Fraternité judéo-noire (FJN)…

Créée en 2007, la FJN regroupe des Juifs, Blancs et Noirs. Ensemble, nous agissons contre l’antisémitisme et pour la défense d’Israël. Nous avons ainsi organisé un rassemblement à Paris en soutien à l’otage franco-israélien Guilad Shalit.

Les Juifs Noirs sont généralement évalués à moins de 5% de l’ensemble des Juifs de France soit 250 familles en région parisienne selon la journaliste Olivia Cattan.

Ce sont des Juifs par filiation ou par conversion.

Cette population juive est composée essentiellement de Français, dont ceux d’Outre-mer, et de Juifs étrangers de souche non européenne, dont les migrants sub-sahariens ainsi que leurs descendants nés dans l’hexagone et des Juifs israéliens.

Elle révèle des Juifs venant d’autres univers, qui ne sont ni Ashkénazes, ni Sépharades (1).

Elle est très hétérogène, mais unie par son Judaïsme, par son souci de l’unité du peuple Juif et son attachement à l’Etat d’Israël.

Elle aspire à une plus grande reconnaissance en France.

La FJN est aussi représentée dans les continents européen, américain et africain.

Nous venons d’établir un partenariat avec une communauté juive de Kampala (Ouganda). Celle-ci fabrique des modèles de kippot qui peuvent être customisées, personnalisées soit par le logo de la FJN, soit par le prénom et le nom d’un bar-mitsva (Nda : âgé de 13 ans, le bar-mitsva atteint sa majorité religieuse), d’une bat-mitsva (Nda : âgée de 12 ans, la bat-mitsva atteint sa majorité religieuse) ou d’un marié. Nous les vendons au prix de 5 euros par kippa. Une partie du produit de la vente va à nos coreligionnaires ougandais, et l’autre finance nos activités.

Comment les Juifs Noirs sont-ils perçus en France, par les communautés Juives et Noires ?

Nous sommes en quelque sorte un pont entre les communautés Juive et Noire en France.

Une des contributions majeures de FJN est de rendre possible une meilleure articulation des luttes contre l’antisémitisme et contre le racisme.

La FJN instaure aussi un lien de discussions, concertations sur des préoccupations qui demandent à être partagées ou sur des points de vue relatifs à des questions d’intérêt public. Ce qui fait que nos deux peuples comprennent notre message.

Vous avez organisé un dîner-débat cacher le 9 janvier 2011 à Paris…

Cette manifestation s’inscrit dans la mission et les objectifs de notre association.

En effet, nous entendons ainsi inaugurer une forme d’activité à vocation éducative, plus conviviale, à l’instar d’autres activités que nous avons organisées depuis la création de FJN, tel notre premier colloque le 6 juillet 2008.

Nous avons choisi comme thème de cette première soirée à l’aube de cette nouvelle année : la contribution exemplaire des Juifs et du judaïsme à la promotion de la diversité aux États-Unis.

Nous avons l'honneur que des experts éminents aient accepté notre invitation : le professeur Edward Kaplan, notre premier invité d’honneur, introduira le sujet. Sont conviés comme intervenants : le professeur Laurence Mordekhai Thomas (Université Syracuse, États-Unis), le professeur Elikia M’Bokolo (École des Hautes Études en Sciences Sociales, Paris) et le professeur Shmuel Trigano (Paris X-Nanterre).

Nos orateurs et nos convives dialogueront sur la manière dont les Juifs américains ont fait avancer une cause d’intérêt public nationale, primordiale dans ce pays, celle des droits civiques pour les Noirs américains (civil rights movement).

Comment s'est déroulée l'année 2011 pour la FJN ?

Depuis un an, la FJN est passée à une étape superieure. Après les phases d'information et d'installation aux niveaux national et international, nous sommes dans la phase d'actions qui légitiment notre présence avec la venue du député israélien Shlomo Molla comme président honoraire de la FJN et aussi de LizBen Agha (coordinatrice de la communauté juive nigériane) comme vice-présidente honoraire.

Notre lien avec l'Etat d'Israël s'est renforcé par des actions concertées.

Nous sommes des interlocuteurs valables pour la question juive noire. Nous prévoyons des voyages pour rencontrer des personnalités réligieuses et politiques en Israël dans les prochains mois


Dans une ambiance conviviable, nous organisons notre 2e diner-débat, à vocation aussi éducative, en partenariat avec la Maison de la diaspora haïtienne, sur le thème : L’identité Juive, l’identité d’un peuple

L'invité d’honneur en est le professeur Ephraim Isaac, doyen de l’université de Harvard, chef du Département d’études africaines et afro-américaines et chef du Département des langues sémites dans cette prestigieuse université américaine.

Sont aussi conviés comme principaux intervenants Georges Loinger, doyen des résistants Juifs de France, le professeur Elikia M’Bokolo, le grand-rabbin de Johannesbourg (Afrique du Sud), et Angie Brooks, conférencière et Education conseillère en éducation à la Kana Foundation.(Londres).


Addendum :

Laurence Mordekhai Thomas n'a pu assister à ce dîner-débat en 2011.
Extraits vidéo et photos de ce diner en 2011 sur le site de la FJN
Lors du diner du 8 janvier 2012, Guershon Nduwa s'est vu remettre un exemplaire de la nouvelle édition du Siddour Kol Hanechama. La prédédente édition de ce livre en 2003, qui n'est plus commercialisée, "présentait ainsi la bénédiction méchané habriot que l’on doit réciter soi-disant  : "En voyant un Noir, une personne dont le physique est anormal de naissance ou bien en voyant un éléphant ou un singe". La nouvelle édition ne contient pas cette phrase blessante.


(1) Lors de la conférence du 9 janvier 2011, le professeur Shmuel Trigano a indiqué que les Juifs Noirs étaient des Juifs sépharades : la distinction Ashkénazes/Sépharades est liée à une application de la Halakha (loi juive) généralement plus rigoureuse par les Juifs Ashkénazes.

Vidéo de la FJN lors du rassemblement à la mémoire de Sébastien Selam en novembre 2012.


Diner de la FJN
Le 8 janvier 2012 à 18 h
4, rue Lamartine, 75009 Paris
Menu cacher beth din de Paris (20 euros)
Inscription et pré-paiement obligatoires : contact@fjn-123.fr, 0977612899 (ligne fixe) ou 0667699267

Le 9 janvier 2011
8, rue Georges Bernard Shaw, 75015 Paris. Entrée rue Dessaix, côté de la Poste
De 19 h à 22 h
Inscription obligatoire : contact@fjn-123.fr
Buffet dinatoire cacher Beth Din de Paris
Entrée, payable sur place : 5 € ou plus

Le documentaire Etre Juif et Noir en France de Annick N'Guessan a été diffusé ce 25 février 2014 à Paris.

Articles sur ce blog concernant :

Article publié le 3 janvier 2011, puis les 29 janvier 2013 à l'approche de la conférence de Guershon Nduwa sur les Juifs africains au sud Sahara, le 30 janvier 2013, à 16 h 15, au 19, rue du Pont-aux-Choux 75003 Paris, 25 février 2014, 16 mars 2025 - Toute personne ayant des informations sur ses proches est invitée à se manifester afin de les prévenir de l'état de santé de Guershon Nduwa. Il a été modifié le 16 janvier 2012.

vendredi 20 février 2026

Focus de Causeur sur l’affaire al-Dura

Vingt-cinq ans après la diffusion le 30 septembre 2000 par le JT de 20 h de France 2 du « reportage » controversé sur la « mort de Mohamed al-Dura » prétendument causée par des tirs ciblés de soldats israéliens selon Charles Enderlin, correspondant de France 2 à Jérusalem (Israël) et son fixer ou cameraman palestinien Talal Abu Rahma, le mensuel Causeur consacre, dans son n° 142 de février 2026, un focus passionnant sur ce blood libel. Intitulé « Affaire al-Durah, 25 ans après qui a tué la vérité ? » et sous-titré « Comment France 2 a diffusé une intox antisémite », ce focus réunit des éclairages par le principal activiste Philippe Karsenty, des journalistes Elisabeth Lévy et Claude Askolovitch, le documentariste Michaël Prazan, des avocats Me Aude Weill-Raynal et Me Gilles-William Goldnadel, et le politiste Pierre-André Taguieff. Une affaire grave évoquée aussi par le Dr Richard Prasquier, Président d'honneur du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France). Et ce, dans le contexte de la commission d’enquête  parlementaire « sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public » où se distingue le député Charles Alloncle (Union des droites pour la République, UDR).

La justice française se prononcera sur les images controversées de « la mort de Mohamed al-Dura »

Un expert balistique estime « sérieuse » la possibilité d’une « mise en scène » de la « mort » de « Mohamed » al-Dura

France 2 et Charles Enderlin n’expliquent pas à la Cour d’appel de Paris les incohérences et contradictions relatives à l’incident al-Dura

Affaire al-Dura : les rushes de France 2 en exclusivité sur Youtube

La Cour d’appel de Paris a relaxé Philippe Karsenty dans l’affaire al-Dura

L’arrêt de la Cour d’appel de Paris relaxant Philippe Karsenty tance sévèrement France 2 et Charles Enderlin

Le CRIF demande une commission d’enquête indépendante composée d’experts afin d’établir la vérité dans l’affaire al-Dura

Une réunion sur l’affaire al-Dura calamiteuse pour France 2


C’est un 25e anniversaire qui ne passera finalement pas inaperçu.

Le 30 septembre 2025 à 
à 10h32, Mediapart a diffusé l'interview de Jamal al-Dura intitulée "Jamal al-Dura : « Le sang de Mohammed n’en finit pas de couler » et signée par Gwenaelle Lenoir. Pourquoi ce regain d'intérêt pour l'affaire al-Dura ? Pour tenter d'effacer le souvenir des fakes, notamment sur "la famine dans la bande de Gaza" ? Pour renforcer l'image diffamant Israël et ses soldats présentés faussement comme "tueurs d'enfants" depuis des décennies, notamment auprès de la génération née en 2000 (génération Z ou Gen Z) ?

En ce mois de février 2026, le mensuel Causeur a l’initiative pertinente de présenter les analyses d’experts divers pour analyser ce film court, mondialement connu, qui soulève des questions essentielles sur la pratique et l’éthique des journalistes, sur la diffamation durable d’Israël par Pallywood (néologisme forgé par l’historien Richard Landes), sur l’incitation à la haine des juifs par un « blood libel » (accusation fausse portée contre les Juifs accusés de tuer un enfant non-juif pour utiliser son sang dans la fabrication de matzot pour Pessah) diffusé le 30 septembre 2000, au début de l’Intifada II déclenchée par Yasser Arafat, par le JT de 20 h du fleuron du secteur audiovisuel public français, sur l’inaction d’organisations juives françaises – Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) sauf sous les mandats de son Président Richard Prasquier, des Consistoires de France et de Paris Île-de-France -, sur la justice française, sur la persévérance de Philippe Karsenty, sur le rôle de rares intellectuels…

Le 30 septembre 2000, France 2 diffusait un reportage commenté par Charles Enderlin qui attribuait la « mort de Mohamed al-Dura » à des « tirs venus de la position israélienne » au carrefour de Netzarim (bande de Gaza). Le 21 mai 2008, l’arrêt de la Cour d’appel de Paris a souligné les invraisemblances et incohérences de ces images devenues emblématiques de l’Intifada II. Pour établir les faits survenus ce 30 septembre 2000 à ce carrefour, le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) a réitéré lors d’une conférence de presse le 2 juillet 2008, en présence d'Elisabeth Lévy et de Gil Mihaely, respectivement directrice de la rédaction et directeur de la publication de Causeur, sa demande de constitution d’une commission indépendante d’experts. Une demande adressée au Président de la République Nicolas Sarkozy et accueillie froidement par France 2 qui en entrava le fonctionnement.

Au sommaire  du numéro 142  de Causeur, six articles sur dix-sept pages.

Le focus s’ouvre par « L’heure des pro-pal » d’Élisabeth Lévy. La directrice de la rédaction du magazine rappelle le contexte de diffusion du film, les positions fermes de Charles Enderlin et Talal Abu Rahma, et les premiers doutes, puis elle introduit les cinq autres articles. Elle est persuadée que « Charles Enderlin s’est fait balader par son caméraman et ses images made in Pallywood, et qu’ensuite, plutôt que de reconnaître une erreur, il a joué les vierges outragées. C’est certainement à l’insu de son plein gré qu’il a donné un écho mondial à des images trompeuses, alimentant le feu antijuif. C’est volontairement qu’il a ensuite préféré sa réputation à la vérité ». Charles Enderlin s’est peut-être obstiné pour d’autres raisons : volonté de façonner sa statue de sage visionnaire ignoré, pour le malheur d’Israël, par des politiciens, écriture de l’Histoire du conflit à l’aune de son idéologie gauchiste. Le « cas Al-Durah est doublement paradigmatique. Tout d’abord, il « accommode à la sauce de l’information planétaire » le « blood libel » dont on connait l’effet létal pour les juifs. De plus, c’est un « cas d’école du fonctionnement du parti des Médias ». Elle conclut en défiant les députés de demander à une « commission indépendante de se prononcer sur l’authenticité du reportage al-Durah ».

Interrogé par Gil Mihaely dans « Le plus grand faux antisémite de notre génération », Philippe Karsenty, Ancien maire-adjoint (UMP, puis LR) de Neuilly, porte-parole du Comité Trump France, affirme que « la mort de Mohamed al-Dura » est une mise en scène, et l’icône médiatique est devenue une référence à ce jour. Il liste les incohérences dans ce « reportage de 48 secondes », les saynètes de guerre simulée tournée au carrefour de Netzarim devenu un studio de cinéma à ciel ouvert constituant les 18 minutes de rushes fournies par France 2. Il rend hommage à tous ceux qui ont œuvré à faire connaître la vérité. Des images « qui validaient le récit idéologique » de France 2. Il exprime sa surprise de découvrir la pétition en soutien à Charles Enderlin, peu après sa victoire devant la Cour d’appel de Paris en 2008. S’il salue Richard Prasquier, seul Président du CRIF à l’avoir soutenu et à avoir agi pour faire éclater la  vérité, il déplore le soutien constant de l’UEJF à France 2.

Dans « L'héritage du libelle de sang », le documentariste Michaël Prazan Propos explique à Élisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques que « l’affaire Al-Durah, qui a réactivé le mythe du juif tueur d’enfants, s’inscrit dans la continuité de l’antisémitisme chrétien et du nazisme », et a réactivé « un antisémitisme ancestral, plurimillénaire, intériorisé par bon nombre de nos contemporains, qui n’attend qu’un prétexte pour se réveiller
… A présent, la propagande djihadiste se déverse à jet ininterrompu sur les écrans de millions d’internautes dans le monde » et nourri l’antisémitisme auquel contribue « l’idéologie décolonialiste ». Et de citer la conférence de l’ONU contre le racisme à Durban en 2001. Le premier « libelle de sang » date de l’an 38 à Alexandrie, alors dans l’empire romain : « un certain Apion, de culture hellénistique, déclenche une émeute antijuive en relayant dans son ouvrage Les Egyptiaques une rumeur de crime rituel… Un demi-siècle plus tard, le fameux historien Flavius Josèphe rédigera un Contre Apion ». Dans l’Occident chrétiens médiéval, cette accusation de crime rituel se fonde notamment sur un passage de l’Évangile appelé « libelle de sang » dans lequel la foule juive lance à Ponce Pilate au sujet du Christ : « Que son sang soit sur nous, et sur nos enfants ! » Angleterre, France, Espagne, puis Espagne sont les lieux de massacres de juifs causés par ces accusations fausses… Durant la Peste noire au XIVe siècle, la plupart des « 350 pogroms recensés sur l’ensemble du continent sont provoqués par une accusation de crime rituelle – « six papes doivent condamner les persécutions ». Dès le XVe siècle, la « rumeur fusionne avec la légende d’origine roumaine, le mythe de Dracula ». Celui-ci est repris par Edouard Drumont et les Nazis : « métaphore du juif aux dents pointues qui suce le sang des jeunes victimes, et à travers celle-ci le sang des nations. En 1946, le pogrom de Kielce (Pologne) est induit par cette rumeur de crime rituel, et est commis par des chrétiens mécontents de revoir des juifs rescapés de la Shoah vouloir reprendre possession de leurs maisons. Dans l’entre-deux guerres, « l’accusation de crime rituel s’exporte en Iran et en Égypte par l’intermédiaire des professeurs allemands acquis à l’antisémitisme nazi officiant dans les écoles d’ingénieurs, et par la propagande des médias allemands qui y étaient implantés ». Quid de la propagande nazie de Radio Berlin, par le grand mufti de Jérusalem, en direction du monde Arabe ? Michaël Prazan cite les caricatures montrant Ariel Sharon « manger des enfants » durant la Première Intifada, ou Benyamin Netanyahou « avec des dents de vampire dégoulinant de sang » - cette image apparaissait dans l’affiche visible le 20 février 2025 dans la bande de Gaza. Il exhorte à « contrer cette réécriture de l’Histoire ».

Dans « Un jugmeent, quatre arrêts. Cinq raisons de ne pas croire France 2  », Mes Aude Weill-Raynal et Gilles-William Goldnadel relatent la chronologie, du Tribunal à la Cour de cassation, de la procédure judiciaire initiée par France 2 et Charles Enderlin contre Philippe Karsenty poursuivi pour diffamation, et non diffusion d’une fausse information. « A la lumière de ce qui précède, on peut se demander si la justice est, d’une part légitime et d’autre part compétente, pour authentifier un reportage controversé. A l’arrivée, les contraintes drastiques de la loi sur la diffamation, qui exige de celui qui allègue de faits d’en avoir détenu la preuve préalablement, conduisent le juge à conclure que s’il a eu raison trop tôt, c’est qu’il avait tort. Faut-il en conclure que le formalisme juridique auquel doivent se soumettre les juges peut faire échec à la vérité historique démontrée par d’autres moyens ? Ne devrait-on pas plutôt se tourner vers des analyses d’images, balistiques, médico-légales et biométriques ? Plus de vingt-cinq ans après la diffusion du reportage et plus de douze ans après la fin de cette épopée judiciaire, il est temps que des experts soient invités à se prononcer sur ces images sans que France Télévisions puisse exciper d’une quelconque autorité de la chose jugée pour les en empêcher. »

« Je ne sais rien de Mohamed al-Dura, sinon que cet enfant est mort à 12 ans contre le corps blessé de son père, le 30 septembre 2000 à Gaza, dans un échange de tirs entre forces palestiniennes et l’armée israélienne, au moment où se défaisait la paix d’Oslo ». Ainsi débute l’article « Le visage de la Palestine » de Claude Askolovitch, « Juif de gauche et sioniste blessé ». Comme le procès intenté par Jamal al-Dura, « père de Mohamed al-Dura », contre le Dr Yehuda David et le journaliste Clément Weill-Raynal a révélé les contradictions sur « les blessures » listées dans les dossiers médicaux de Jamal al-Dura examiné par des médecins dans des hôpitaux palestinien, puis jordanien, on peut raisonnablement rassurer notre confrère : Mohamed al-Dura était vivant à la fin du tournage de ces images en 2000.

« Inventeur du concept d’islamo-gauchisme », le politiste, historien des idées et philosophe Pierre-André Taguieff considère, dans son article « Il était une fois Pallywood », les « images trompeuses du « petit Mohamed » comme s’apparentant aux « Protocoles des Sages de Sion » et à l’affaire Dreyfus ». Un « étendard mythique de la guerre médiatique contre Israël et les Juifs ». Un « mythe politique sloganisé, intégré dans les appels au djihad ». Une icône médiatique « à forte charge émotionnelle » et « résistant aux démentis ». Le politologue déplore « une raison des médias qui n’a rien à envier à la raison d’État », et considère que l’affaire Al-Durah « reste un cas d’école sur la responsabilité journalistique et sur la puissance des images dans la construction de mythes politiques contemporains ». Pourtant, c’est le texte dit en voix off par Charles Enderlin qui me semble jouer un rôle essentiel car il offre l’interprétation de ces images.

Sur son site Internet, Causeur publie l'article « Affaire Al-Durah: mais où est passé le colonel Picquart ? » signé par Eric Verrax. "Cette contribution s’étonne de l’écart entre le courage du colonel Picquart (1854-1914) dans l’Affaire Dreyfus et l’absence totale de remise en question actuelle autour de l’affaire Al-Durah. Aucun responsable politique n’a osé jusqu’à aujourd’hui contester publiquement la version médiatique officielle, sans doute par crainte de l’ostracisme."

Dans sa chronique radiophonique du 15 février 2026, Richard Prasquier considère que « cette histoire est emblématique de la guerre des mots et des images qui est menée contre Israël, guerre  où la manipulation des médias s’est révélée unes  une arme  redoutable contre laquelle  Israël aujourd’hui encore n’a pas trouvé de parade efficace... Charles Enderlin bénéficia d’un réseau considérable et puissant de solidarité amicale et surtout professionnelle. Ceux qui y auraient dérogé y risquaient leur carrière. Le poids de la télévision publique  en imposait alors à tous ceux qui travaillaient avec les médias, y compris aux décideurs politiques qui ne voyaient pas l’intérêt de s’engager dans un combat à l’issue douteuse et dans une polémique pleine de traquenards. » 

Dans le réseau de Charles Enderlin : Delphine Horvilleur, travaillait alors auprès du correspondant de France 2 à Jérusalem. Elle est demeurée toujours silencieuse dans l'affaire al-Dura Elle a été "ordonnée rabbin au Hebrew Union College en 2008, et est depuis lors rabbin au MJLF (JEM) à Paris". Dans son article « Gaza/Israël : Aimer (vraiment) son prochain, ne plus se taire » publié le 7 mai 2025 - le 7 mai 1945 l'Allemagne nazie avait capitulé - par Tenoua, revue de JEM dont elle est directrice de la rédaction depuis 2009, Delphine Horvilleur a écrit :
« Sur les murs de ma synagogue sont gravés quelques mots, tirés d’un des versets les plus célèbres (et les moins bien compris) de la Bible : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ».
L’adage, à la manière d’une « tarte à la crème », énonce la bonne conscience des religions monothéistes : on s’en gargarise comme pour se convaincre qu’au fond, on ne se veut que du bien... 
Le phénomène n’est pas propre aux religions. Tendez l’oreille vers tant de discours actuels, polarisés à l’extrême. La méfiance est radicale vis à vis du « salaud » d’en face. Et c’est particulièrement vrai quand il s’agit de débattre du Proche‐Orient.
Très vite, chacun défend son « prochain » (et uniquement lui !), et la parole se censure… On se tait pour éviter de fournir la moindre munition au « camp » d’en face. Toute autocritique menace l’union sacrée, se fait traîtrise ou, pire, carburant pour un ennemi qui cherche à nous détruire. Alors Chut… taisons‐nous plutôt que de faire le jeu d’une quelconque récupération. Il en va de la sécurité de nos idées ou de nos enfants.
Moi‐même, j’ai ressenti souvent cette injonction au silence...
Je me suis tue mais, aujourd’hui, il me semble urgent de reprendre la parole. Je veux parler, au nom de « l’amour du prochain » ou plutôt de ce que ce verset biblique (si mal traduit) en dit vraiment.
Il est écrit : « Si tu sais adresser des reproches à ton prochain » et alors : « tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Cet amour n’a rien d’inconditionnel ou d’aveugle. Il implique au contraire, dans la Bible, d’ouvrir les yeux d’un proche sur ses fautes, et de tendre dans sa direction un miroir pour qu’il s’observe.
C’est donc précisément par amour d’Israël que je parle aujourd’hui. Par la force de ce qui me relie à ce pays qui m’est si proche, et où vivent tant de mes prochains. Par la douleur de le voir s’égarer dans une déroute politique et une faillite morale. Par la tragédie endurée par les Gazaouis, et le traumatisme de toute une région.
Comme beaucoup d’autres Juifs, je veux dire que mon amour de ce pays n’est pas celui d’une promesse messianique, d’un cadastre de propriétaire ou d’une sanctification de la terre. Il est un rêve de survie pour un peuple que personne n’a su ou voulu protéger et il est le refus absolu de l’annihilation d’un autre peuple pour le réaliser. Il est la conviction, déjà énoncée par ses fondateurs, que cet État doit être à la hauteur d’une histoire ancestrale et, selon les termes de sa déclaration d’Indépendance, « tendre la main » à tous les pays voisins et à leurs peuples.
Cet amour d’Israël consiste aujourd’hui à l’appeler à un sursaut de conscience…
Il consiste à soutenir ceux qui savent que la Démocratie est la seule fidélité au projet sioniste.
Soutenir ceux qui refusent toute politique suprémaciste et raciste qui trahit violemment notre Histoire.
Soutenir ceux qui ouvrent leurs yeux et leurs cœurs à la souffrance terrible des enfants de Gaza.
Soutenir ceux qui savent que seuls le retour des otages et la fin des combats sauveront l’âme de cette nation.
Soutenir ceux qui savent que, sans avenir pour le peuple palestinien, il n’y en a aucun pour le peuple israélien.
Soutenir ceux qui savent qu’on n’apaise aucune douleur, et qu’on ne venge aucun mort, en affamant des innocents ou en condamnant des enfants.
C’est seulement par ce soutien que s’énonce un véritable amour du prochain. Pas comme une promesse niaise et inconditionnelle, mais comme une exigence morale qui doit préserver l’humanité de chacun d’entre nous, et permettre au « prochain humain », c’est-à-dire une génération à naître, de connaître autre chose que la haine. »

Le 8 mai 2025, la journaliste Anne Sinclair a écrit sur Instagram : "Les Juifs n'affament pas les enfants". 

L'aide humanitaire gratuite arrive dans la bande de Gaza et est, selon un rapport de l'ONU en 2025, volée par les mouvements djihadistes ("acteurs armés"), dont le Hamas. Selon les statistiques de l'ONU, du 19 mai au 31 juillet 2025, "𝟖𝟓% de l'aide collectée par l'ONU a été 𝐢𝐧𝐭𝐞𝐫𝐜𝐞𝐩𝐭é𝐞 (= volée ou "auto-distribuée") à Gaza et n'est 𝐩𝐚𝐬 𝐚𝐫𝐫𝐢𝐯é𝐞 à 𝐝𝐞𝐬𝐭𝐢𝐧𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧. Seuls 68.5% de l'aide contrôlée par Israël et transférée à Gaza a été 𝐜𝐨𝐥𝐥𝐞𝐜𝐭é𝐞 par l'ONU."

Selon les statistiques de la CIA (Central Intelligence Agency) World Factbook disponibles en 2025, la population à Gaza a augmenté durant la guerre menée par Israël après l'agression djihadiste du 7 octobre 2023 : 1.997.328 (2022), 2.098.389 (2023) et 2.141643 (2024). Ces statistiques indiquent un taux d'accroissement de 2,06% entre 2023 et 2024. Par comparaison, le taux d'accroissement aux Etats-Unis pour la même période est de seulement 0.98%.

La première "exigence morale" consiste à dire la vérité, à faire preuve d'honnêteté intellectuelle  - il n'y a pas d'enfants gazaouis condamnés ni "d'annihilation d'un peuple" par Israël -, et, surtout "par amour de son prochain", à ne pas exprimer de blood libel. A quelques mois du 25e anniversaire de la diffusion des images sur "Mohamed al-Dura", la rabbin Delphine Horvilleur et Anne Sinclair ont porté une grave accusation contre Israël. Or, Israël n'affame pas, ne condamne pas des enfants.

Richard Prasquier poursuit : « Moins de deux semaines après le reportage de France II, distribué dans le monde entier, deux réservistes israéliens, Vadim Norzhich et Yossi Avrahami, entrèrent par erreur dans Ramallah et furent arrêtés par la police palestinienne. La foule envahit le poste de police et procéda à un lynchage absolument épouvantable . Un des assassins parut à la fenêtre montrant sous les applaudissements ses mains rouges du sang des deux malheureux. Plusieurs reporters présents tentèrent de filmer la scène, mais leurs caméras furent confisquées. Les journalistes d’une radio privée italienne parvinrent néanmoins à cacher leur matériel et leur film permit au monde de voir l’horrible apparition. Que se passa-t-il ?  Rien. Aucune manifestation. En fait il y eut bien une protestation, et elle fut honteuse, ce fut  celle du responsable de la RAI, la chaine publique italienne, Riccardo Cristiano. Il publia un communiqué suivant lequel il ne fallait pas confondre  la RAI avec l’autre chaine italienne et que lui, par déontologie professionnelle, ne se serait jamais permis de diffuser de telles images car elles pouvaient nuire à l’Autorité palestinienne ». Les mains rougies du sang des soldats israéliens avaient été brandies par un assassin sous les acclamations de joie des Palestiniens. Elles sont devenues le signe de la haine génocidaire d'Israël.
 
A noter que Yonathan Arfi, Président du CRIF depuis 2022, demeure inactif dans l’affaire al-Dura, comme il l’a été durant sa présidence de l’UEJF (2003-2005). Il n'en a pas parlé lors de son discours prononcé durant le 40e dîner du CRIF le 19 février 2026.

Espérons que la commission d’enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public, créée le 28 octobre 2025, à l’Assemblée nationale, auditionnera Philippe Karsenty afin de compléter son futur rapport. Les auditions depuis l'automne 2025 ont révélé les réticences de journalistes de France 2 et de Radio France à reconnaitre leur partialité et leurs biais idéologiques, souvent gauchistes, dans le traitement de l'information.


Causeur, n° 142, Février 2026. 82 pages. 6,50 €

jeudi 19 février 2026

Le sport en Tunisie - Un autoportrait de Claude Boukobza (1939-2025)

Longtemps méconnu, le sport en Tunisie a suscité récemment des études historiques puisant dans des archives - presse, photographies de Victor Sebag -, et recueillant les témoignages d’anciens pratiquants notamment d’un sport-roi : le volley-ball. Né à Sousse, Claude Boukobza (
1939-2025) a été joueur et entraîneur de l’équipe nationale tunisienne de volley-ball, journaliste sportif et maître d’éducation physique, notamment dans le collège de l’Alliance israélite universelle (AIU) de Tunis. Article publié en une version plus concise dans le numéro 12 (octobre 2024) de Torah Times Magazine et republié à sa mémoire : Claude Boukobza est décédé le 3 mars 2025. JewishRefugees has translated part of my article.

Point of no return published a biographical article about Alfred Nakache and Claude Boukobza

Le 17 mars 2024, à la Mairie du IXe arr. de Paris, la Société d’histoire des Juifs de Tunisie (SHJT), avec la Commission française des archives juives (CFAJ), a consacré une "journée d'étude", avec des tables-rondes passionnantes présentant des travaux récents sur un sujet souvent ignoré par des historiens : « Les Juifs et le sport en Tunisie ».

Valérie Hassan, présidente de la CFAJ, a décrit l’essor fulgurant du sport dès la fin du XIXe siècle. Induite par l’émancipation, le rôle des écoles publiques et la démocratisation des loisirs, favorisée par l’hygiénisme et la recherche d’une bonne santé physique, incluse dans le service militaire, la pratique sportive a été liée aussi à la puissance coloniale qui a amené ses sports dans son empire. Elle a constitué un facteur d’intégration, inculquant l’amour de la patrie. 

Président de la SHJT, Claude Nataf, a évoqué la pratique du sport par les Juifs de Tunisie sous le protectorat français (1881-1956). Contre des fléaux sociaux, dont la tuberculose, dans la 'Hara, quartier juif de Tunis aux taudis crasseux vestiges de la dhimmitude, cette pratique visait aussi à créer un « Juif nouveau » rompant le stéréotype antisémite du Juif malingre, difforme, et était 
perçue comme facteur de régénération physique (Muskeljudentum ou « judaïsme du muscle », Max Nordau, 1898). Encouragée par des structures communautaires, vecteur d’intégration dans la cité, cette pratique a bénéficié de clubs dynamiques (Alliance sportive, Union sportive tunisienne), parfois sionistes (Maccabi), et a contribué à l’éducation de la jeunesse juive tunisienne.

Abdelhamid Largèche, Professeur émérite à l’Université de Manouba (Tunisie), a traité de « l’approche comparée du sport par les communautés juive et musulmane en Tunisie : sociabilité et concurrence ».

Le journaliste Gérard Sebag a montré l’œuvre photographique de son père, Victor Sebag, sur des sportifs tunisiens.

Marie-Anne Guez, université Paris I Panthéon Sorbonne, a brossé un tableau des sportifs juifs dans la Première Guerre mondiale. Au nombre de plus de 450 engagés volontaires juifs de Tunisie, ils aspiraient souvent à devenir français. Parmi les morts honorés après guerre : le héros Isaac Bismuth.

Interviewés par Etienne Penard, maître de conférences à l’Institut de formation en éducation physique et sportive (IFEPSA) d’Angers, Gérard Boublil, Gilbert Cohen, Guy Haggiag et Max Sitruk ont partagé leurs souvenirs de volleyeurs.

Jean-Claude Kuperminc, directeur de la bibliothèque et des archives de l’AIU, a évoqué la pratique du sport dans les écoles de l’AIU à travers le fonds archivistique de cette bibliothèque.

Doriane Gomet, IFEPSA-UCO et Université Rennes 2, a étudié « le but de la tournée de Jean Borotra en Afrique du Nord (mai 1941) et les sportifs juifs de Tunisie sous Vichy » : dans le cadre d’une France affaiblie, ce ministre de la famille et de la jeunesse ainsi que commissaire général de l'éducation physique et des sports souhaitait préserver le contrôle de la France sur son empire, susciter l’adhésion au modèle de la Révolution nationale, dont l’éducation physique offrait un archétype, afin de « régénérer la race ». Dans sa délégation : les nageurs Zizi Taieb et Alfred Nakache.

La famille. « Je suis né pendant la Deuxième Guerre mondiale, dans une famille juive pratiquante. Dans notre fratrie, nous étions cinq : une sœur ainée Eliane, puis quatre garçons : Lucien, moi, Pinhas et Albert.

A Sousse, mon père Sauveur Boukobza, d'origine livournaise, était un tailleur pour hommes renommé. Il était diplômé de deux écoles de tailleurs, l’une à Paris, l’autre à Milan

Née à Constantine (Algérie), ma mère Esther était femme au foyer. 

Ma famille a subi les persécutions antisémites, notamment durant l’occupation allemande nazie de la Tunisie (novembre 1942-mai 1943).

Puis, elle a déménagé à La Goulette (banlieue de Tunis), où mon père avait trouvé du travail.

Agé de 10-12 ans, j’ai été champion de Tunisie dans la catégorie Benjamins en nage sur le dos. Mes idoles sportives étaient les nageurs Zizi Taieb, champion de Tunisie puis d’Afrique du nord, et Gilbert Naccache, champion de brasse d’Afrique du nord, puis de France. 

Nos loisirs d’enfants étaient les jeux de ballons dans un terrain vague.

Grand de taille (1,80 m), j’ai été remarqué par un club de volley-ball. 

Jusqu’à 17 ans, je pratiquais la natation, le water polo et le volley-ball, puis j’ai joué dans l’équipe nationale de volley-ball. »

Diplômé de l’INS
. « En 1956, la Tunisie indépendante a créé à Tunis l’Institut National du Sport (INS) pour former en deux ans les maîtres d’EPS (Education physique et sportive). J’y ai été admis.

Lors de la venue du ministre tunisien des Sports, je devais assurer le lever du drapeau national car, en fin de 1ère année, j’étais major de la promotion. Mais le directeur de l’INS m’a dit qu’il préférait qu’un condisciple musulman levât le drapeau.

J’ai obtenu mon diplôme avec mention. Cela m’a valu un stage d'un an à l’INS de Paris.

A mon retour à Tunis, j’ai été nommé maître d’EPS au lycée pour garçons Alaoui. J’y suis resté durant quatre ans.

Parallèlement, j'ai été nommé dans l’équipe nationale de volley-ball de Tunisie.

Et un an après, j’ai été contacté par le directeur de l’INS pour enseigner à ses élèves le volley-ball et la natation.

J’ai obtenu aussi le diplôme de maitre nageur ».

Journaliste sportif à Tunis
. « J’ai été journaliste sportif aux quotidiens « La Presse » et au « Petit matin ». 

Par ailleurs, l’hebdomadaire « Le Sport », similaire à « L’Equipe » dont je devins correspondant, m'a recruté pour rédiger des comptes-rendus de matches et des articles sur l’éducation physique

J’ai confié des journaux sportifs ayant publié mes articles à la bibliothèque de l’AIU qui les a numérisés. »

Tournées d’International de volley-ball. « Je me suis rendu à Moscou notamment pour le championnat du monde. L’équipe avait été qualifiée pour rencontrer au 2e tour celle d’Israël. Les joueurs tunisiens voulaient jouer contre l’équipe israélienne qu’ils étaient persuadés pouvoir vaincre. Mais les responsables tunisiens ont refusé, vraisemblablement pour des raisons politiques (absence de relations diplomatiques officielles entre les deux Etats, Nda). Notre équipe a donc perdu par forfait

J’ai participé aux Jeux universitaires à Turin, aux Jeux Africains à Dakar (Sénégal) où nous avions gagné le titre.

Mon équipe a concouru à des matches amicaux - en Egypte, au Maroc, en Belgique, en Espagne, en République fédérale d'Allemagne (RFA) et en République démocratique allemande (RDA) -, avec partout de très bons résultats. Cependant, nous avons perdu en Pologne et en Hongrie dont était originaire Hennig, notre entraineur. »

Volleyeurs juifs et musulmans. « L’équipe tunisienne était composée pour moitié de juifs, et pour moitié de musulmans. Nous nous entendions très bien. Un ami, Belkodja, élève à l’INS, a insisté pour jouer dans l'équipe L’Alliance que j'entrainais et qui était composée uniquement de sportifs juifs. 

Quelques années plus tard, L’Alliance n’avait pratiquement plus de volleyeurs en raison de l’émigration juive. J’ai alors joué dans l’équipe de cet ami, L’Espérance, composée de sportifs musulmans qui me respectaient.

Il n'y avait aucun problème entre les clubs sportifs « européens » et « arabes ». Le club L'Alliance et L’Avenir musulman étaient les meilleurs du championnat de volley-ball. Nos deux clubs fournissaient la majorité des joueurs de l’équipe nationale. Nous avons souvent joué la finale de la Coupe. » 

Formateur pour chômeurs. « L’Alliance a gagné la Coupe de volley-ball de la Tunisie, alors que l’Avenir musulman était favori. Cette victoire a suscité la colère du ministre tunisien des Sports qui pensait remettre la Coupe à un club sportif musulman.

Pour me « punir » - capitaine de l’équipe, j’avais reçu la Coupe de ses mains -, ce ministre m'a envoyé, durant les vacances de Noël, former durant huit jours de jeunes chômeurs, très pauvres, dans l'extrême sud tunisien ».

L’Alliance de Tunis. « A mon retour, j'ai été muté dans un collège de l’Alliance, dont les élèves ont gagné la Coupe juniors de volley-ball au championnat scolaire.

Une collégienne musulmane de 13-14 ans a gagné le championnat scolaire. Avec l’autorisation de son père, je l’ai inscrite dans une compétition locale où, en saut en hauteur, elle a remporté la coupe dans sa catégorie. »

Juriste et sportif. « Après la 4e année d’enseignement à l’Alliance, j'ai été invité à enseigner à l'INS la natation, le volley ball et le français aux futurs maîtres d’éducation physique. 

Pendant que j'enseignais 18h/semaine, j'ai étudié à la faculté de Droit de Tunis dont j’ai obtenu une licence vers 1969.

Je me suis alors rendu en France. En renouvelant mes papiers à la Préfecture, j’ai été informé que j’étais français car ma mère avait la nationalité française ; ce qui m’a ouvert des horizons professionnels. Stagiaire dans une compagnie d’assurance, j’ai été titularisé. 

Durant ma carrière professionnelle, j’ai été promu cadre, j’ai fait du syndicalisme, j’ai été secrétaire du Comité d’entreprise. En plus, j'ai entrainé au volley ball l’équipe de la BNP Hommes et Femmes (« Championnat travailliste ») et je jouais dans un club de Malakoff. »

Souvenir d’Albert Boukobza, benjamin de la fratrie

« Claude avait un entraineur juif tunisien communiste, un voisin qui l’avait un peu influencé politiquement. Lors d’une réunion familiale à son retour d’une tournée sportive, Claude nous avait raconté avoir rencontré en Pologne, alors sous l’emprise de l’Union soviétique, des juifs qui souhaitaient émigrer en Israël. A l’époque, les autorités polonaises interdisaient leur aliyah. 

Claude veillait à avoir une alimentation équilibrée. L’été, il nous conseillait de manger au petit-déjeuner des légumes. Mais, avant d’aller à la plage, mon frère Pinhas et moi préférions nous alimenter avec du sorgho, des beignets au miel... »


Articles de presse : © DR
Le Sport, Lundi 5 novembre 1962, n° 175, 6e année

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Cet article a été publé le 1er novembre2024, puis le 7 mars 2025.