Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

mercredi 1 avril 2026

« Moïse. Figures d’un prophète »

Dans l'exposition « Moïse. Figures d'un prophète », le Musée d’art et d’histoire du Judaïsme (MAHJ) a souligné « l’importance et de la diversité des représentations de Moïse dans la culture occidentale » depuis l’Antiquité. Il présenta « les enjeux philosophiques, religieux, politiques et artistiques de l’iconographie mosaïque, notamment les usages de la figure du prophète comme archétype du libérateur aux XIXe et XXe siècles ».  Article publié à l'approche de Pessah 5786 (1er avril au soir-9 avril 2026 au soir).

Créateur et libérateur, bègue ayant vu et dialogué avec l’Eternel, prophète persécuté menant son peuple, les Hébreux, de la terre d’esclavage égyptienne du cruel Pharaon vers la Terre Promise où il n’entrera pas, précurseur et guide… Au mahJ, « 150 peintures, dessins, gravures, sculptures, objets d’art, manuscrits, livres et extraits de films » montrent « l’importance et de la diversité des représentations de Moïse dans la culture occidentale, de l’Antiquité à nos jours ». Ils révèlent « les enjeux philosophiques, religieux, politiques et artistiques de l’iconographie mosaïque, notamment les usages de la figure du prophète comme archétype du libérateur aux XIXe et XXe siècles ».

« Dès l’Antiquité, malgré l’interdiction de représentation dont il fut le messager (deuxième commandement), Moïse est le prophète le plus fréquemment représenté dans l’iconographie biblique. Au IIIe siècle déjà, au cœur du monde juif, dans la synagogue de Doura Europos (Syrie actuelle), on trouve d’importantes fresques figurant des épisodes de la vie de Moïse ».

Des « manuscrits médiévaux richement enluminés aux peintures de Nicolas Poussin, sources juives et chrétiennes dialoguent tout au long des temps modernes. La traduction et l’édition des textes antiques par les chrétiens assurent à l’histoire de Moïse un rayonnement sans précédent dès le XVIe siècle. Avec les débuts de l’édition hébraïque à Venise et Prague, les Juifs utilisent à leur tour ces images chrétiennes pour élaborer leur propre iconographie. S’appuyant sur la diversité de ces sources, l’exposition dresse un portrait de Moïse, explore sa singularité et retrace les épisodes marquants de l’Exode ».

Dans « l’Europe des temps modernes, la représentation de Moïse cristallise de nombreux enjeux politiques, religieux et philosophiques, dont les artistes sont les vecteurs. Moïse est avant tout présenté comme la préfiguration du Christ, ses miracles annonçant les sacrements de l’Église. Alors que les princes catholiques légitiment leur autorité temporelle en s’identifiant à la figure du Moïse législateur, les protestants se retrouvent dans l’histoire du peuple élu, persécuté par Pharaon, et exaltent le prophète libérateur pour développer une rhétorique de la résistance ».

Pour représenter la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, les Révolutionnaires français ont écarté tout style rappelant le christianisme. Marqués comme les autres Français par l'empreinte religieuse, ils ont choisi l'iconographie rappelant les Tables de la Loi données par Dieu à Moïse au mont Sinaï.

Dans la Bible hébraïque, Dieu, dénommé aussi L’Éternel ou HaChem (Son Nom, en hébreu), a gravé, sur le mont Sinaï, le Décalogue sur les Tables de la Loi, tables en pierre. Ce Décalogue, ou Dix Commandements, constitue une alliance entre L’Eternel (Adonaï, ou HaChem) et les Hébreux, le peuple d'Israël. Et bien plus, car il a été intégré dans le christianisme et le droit positif de la plupart des pays. "Les Hébreux ont plus fait pour civiliser les hommes que toute autre nation (The Hebrews have done more to civilize men than any other nation)", a déclaré John Adams (1735-1826), deuxième Président des Etats-Unis.

A la charnière des XIXe et XXe siècles, d’Eretz Israël – et non de « Palestine » comme l’indique le MAHJ - aux États-Unis, Moïse « devient la figure symbolique incarnant les désirs d’émancipation qui agitent les communautés juives et les Noirs américains. Les écrits de Theodor Herzl, « Moïse moderne », icône du libérateur visionnaire et source d’inspiration pour les nouveaux artistes juifs, sont lus avec intérêt par les intellectuels noirs américains. Leurs tentatives d’émancipation sont elles-mêmes encouragées par les journaux juifs américains ».

« Ébauchés avec le combat abolitionniste, les échanges entre Juifs et Noirs culminent dans la lutte pour les droits civiques à partir des années 1950. Martin Luther King, qui multiplie les références à Moïse et au destin des juifs, entretient un dialogue fécond avec le rabbin Abraham Joshua Heschel ».

Moïse s’avère « le prophète qui a vu Dieu et dialogué avec Lui, qui a fait l’expérience de l’ineffable, puis est redescendu en témoigner auprès des hommes. Les artistes en ont ainsi fait une figure tutélaire, celle du visionnaire, du prophète et de l’intercesseur qui guide, ouvre de nouvelles voies, cherche de nouvelles lois. L’exposition s’achève sur l’identification intime et stimulante des artistes au fondateur du judaïsme, à partir notamment du célèbre Moïse de Michel-Ange, sculpté pour le tombeau du pape Jules II à Rome et magnifiquement filmé par Michelangelo Antonioni en 2004 ».

Des conférences, films et un colloque complètent l’exposition.

Cette exposition est produite par le MAHJ avec la participation du Centre allemand d’histoire de l’art, avec le soutien de la direction régionale des Affaires culturelles d’Île-de-France – ministère de la Culture et de la Communication, de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah et de la Fondation Pro-Mahj, et en partenariat avec Télérama, L’Arche et France Culture.

Les commissaires en sont Anne Hélène Hoog, conservatrice de la collection historique et des judaica du Mahj, commissaire générale, Matthieu Somon, doctorant, université Paris I, Centre allemand d’histoire de l’art, commissaire, Matthieu Léglise, doctorant, université Paris I, commissaire, Sonia Fellous, CNRS, université Paris I, conseillère scientifique et auteur d’une Histoire du judaïsme problématique et de la remarquable  Histoire de la Bible de Moïse Arragel, Quand un rabbin interprète la Bible pour les chrétiens Tolède 1422-1433 (Somogy Editions d’Art, 2002), avec le concours de Nathalie Hazan-Brunet, conservatrice de la collection moderne et contemporaine du Mahj.

Le 20 avril 2016 à 14 h, le MAHJ proposa un atelier pour enfants de 8 à 12 ans sur Moïse, ce héros. "Comment les artistes ont-ils représenté Moïse au fil du temps ? Une visite de l’exposition permet aux enfants de découvrir la richesse de l’iconographie liée à la figure de ce prophète, ainsi que la variété des supports et des techniques artistiques. Les enfants créent ensuite « leur » Moïse suivant la tradition du papier découpé en Europe de l’Est".

Prologue
« Dès l’Antiquité, Moïse est une des figures les plus emblématiques et les plus fréquemment représentées de l’iconographie biblique. C’est sans doute la relation privilégiée de l’homme avec son Dieu qui fait de lui la préfiguration messianique idéale. Les images du récit de sa jeunesse viennent renforcer la dimension mythologique du prophète ».

« Si les religions monothéistes exploitent les épisodes de sa vie pour démontrer leur propre part dans l’Élection divine, elles privilégient ou au contraire écartent certains d’entre eux. Ainsi l’Adoration du veau d’or, le Brisement des Tables de la Loi, ou encore la Manne et le Serpent d’airain, absents chez les juifs, sont très présents chez les chrétiens au Moyen Âge ».

« La première salle expose ces différences à travers un choix d’images de manuscrits médiévaux hébraïques, français et latins. Elle rappelle également que la figure de Moïse appartient au répertoire iconographique juif dès l’Antiquité, ainsi que le montrent les exceptionnelles scènes bibliques des fresques d’une synagogue découvertes en 1920 sur le site de Doura Europos (300 avant notre ère – 256 de notre ère) en Syrie ».

Les grandes étapes de la vie de Moïse
Le MAHJ a réuni « des mises en images du récit mosaïque, de l’Antiquité aux Temps modernes ». 

« L’effort de traduction et d’édition des textes antiques par les humanistes a assuré à l’histoire de Moïse une diffusion et un rayonnement sans précédent dès le XVIe siècle, contemporain des débuts de l’édition hébraïque à Venise et Prague. Témoignant du dialogue entre sources juives et chrétiennes, les quelques œuvres éminentes de la période moderne rassemblées ici cernent les singularités de l’art dans les mondes juif et chrétien. On y trouve en point d’orgue la représentation de la Révélation, le don de la Loi au Sinaï, moment fondateur des deux cultes ».

« Débiteur des sources juives, l’imaginaire des artistes chrétiens informe à son tour, notamment par le biais de l’estampe, l’iconographie juive et particulièrement la mise en image de cet épisode sur les pages de titre des éditions de la Bible, de la Haggadah et dans le décor des objets de culte juif ».

Les hébraïsants chrétiens : un pont entre deux cultures
« L’importance de l’interprétation des sources juives est perceptible jusque dans la physionomie de Moïse, les deux représentations traditionnelles du prophète dans l’art occidental s’expliquant par une divergence de traduction ». 

« La Vulgate de saint Jérôme, traduction du texte hébreu en latin, dote Moïse de cornes une fois descendu du Sinaï où les tables de la Loi lui ont été remises : dans Exode 34, 29-30, qaran [rayonnante], devient cornuta [cornue], sous sa plume. Le célèbre Moïse de Michel-Ange pour le tombeau du pape Jules II est fidèle à cette leçon ». 

« En revanche, la Bible des Septante pourvoit le prophète de rayons lumineux, parti qu’adopte Philippe de Champaigne dans ses quatre portraits de Moïse connus, dont un exemplaire exceptionnel est exposé ». 

« La quête de l’hebraica veritas (vérité hébraïque) est un enjeu majeur pour les philologues et les théologiens comme pour les artistes ». 

« À partir de portraits gravés et dessinés, cette section dresse un panorama des principaux hébraïsants et kabbalistes chrétiens de l’époque moderne, acteurs majeurs de la diffusion de la culture juive dans l’Occident chrétien. Elle met en évidence la dimension européenne des réseaux humanistes et le rôle catalyseur de la création de la chaire d’hébreu au Collège de France (1530) dans le développement de l’étude du judaïsme ancien et de la diffusion du judaïsme à travers le monde chrétien ».

Moïse figure du Christ : l’héritage judéo-grec
« Cette partie examine la permanence de l’allégorisme biblique développé par l’historien juif hellénisé Philon d’Alexandrie dans sa Vie de Moïse, traduite en latin dès le XVe siècle, puis en langues vernaculaires au XVIe siècle. Originaire d’Alexandrie, creuset culturel où se mêlent les philosophies platoniciennes et stoïciennes, Philon s’approprie ces héritages et les synthétise ».

« Moïse devient ainsi l’idéal du roi-philosophe, du grand-prêtre, du législateur et du prophète. Cette interprétation exceptionnelle est adaptée par les Pères de l’Église (Origène, Grégoire de Nysse), qui voient en Moïse la préfiguration la plus accomplie du Christ et dans ses miracles l’annonce des sacrements de l’Église. »

« L’exégèse allégorique de la Bible se perpétue au Moyen Âge, notamment par le biais de la Bible des pauvres et du Miroir de la salvation humaine, puis à l’époque moderne. Elle motive une grande partie des commandes artistiques de la Contre-Réforme : décors de couvents, tableaux de dévotion et de méditation privés. »

« Un ensemble d’œuvres de Giulio Romano, Virgil Solis, Jean Cousin et Charles Le Brun montre les racines judéo-grecques de cette approche de la Bible, ainsi que sa survivance tant dans l’art protestant que dans la production catholique : la Manne y préfigure l’Eucharistie et le Serpent d’airain la Crucifixion, selon diverses astuces plastiques (symbolisme des formes végétales et coloris qui annoncent la Crucifixion, la Résurrection et la Rédemption). »

La figure du chef élu
« Propagée par les Pères de l’Église, la pensée de Philon inspire nombre de traités politico-religieux et de manuels d’éducation des souverains, au premier rang desquels figurent le célèbre Prince de Nicolas Machiavel (mis à l’index par le Vatican) et son Discours sur la première Décade de Tite-Live. »

« Quoique très contrastées, ces nombreuses réécritures font toutes de Moïse le modèle du prince. »

« Cette lecture politique trouve une résonance remarquable dans la production artistique de la Contre-Réforme et au sein des monarchies européennes ». 

« Des œuvres d’après Michel-Ange, de Federico Barocci, Nicolas Poussin, Nicolas Prévost et Charles Le Brun, toutes destinées à des puissants tels que les papes, Richelieu, Colbert ou Pomponne II de Bellièvre – président à mortier du Parlement de Paris –, témoignent de l'étroitesse des rapports des hommes d'État européens avec Moïse ». 

« Le prophète semble alors une caution de leur autorité temporelle qui se réclame aussi d’une élection divine exprimée dans les épisodes du Buisson ardent, du don de la Loi et de Moïse présentant le Décalogue que privilégient les puissants dans leurs commandes. »

La figure du libérateur
« Moïse n’est pas seulement le prophète et le législateur des Hébreux, il est avant tout leur libérateur ». 

« En butte à l’hostilité des catholiques, les protestants se sont fréquemment assimilés au peuple élu persécuté afin de légitimer leur résistance. Le « prophétisme protestant » a ainsi un fort impact sur l’art des nations gagnées par la Réforme. C’est le cas notamment aux Pays-Bas, alors dominés par les Habsbourg d’Espagne ». 

« Ce phénomène est plus rare dans les pays où le catholicisme s’est maintenu comme religion majoritaire, telle la France, où les destructions occasionnées par la révocation de l'édit de Nantes expliquent la rareté des œuvres huguenotes du XVIIe siècle ». 

« L’exposition montre néanmoins le cas exceptionnel d’une approche protestante de l’histoire de Moïse exaltant le rôle libérateur du prophète. Il s’agit du cycle peint par le protestant Sébastien Bourdon et tissé à Aubusson, d’après ses compositions, pour le baron de Vauvert, un gentilhomme huguenot reconnu pour son action protectrice envers les protestants du Languedoc. Présenté pour la première fois au public, ce décor atteste une moralisation de l’histoire de Moïse à des fins politiques, originale en France : les épisodes de la vie du prophète que retient Bourdon, en accord avec son commanditaire, légitiment la résistance des Huguenots à l’oppression ». 

« Cette section souligne la proximité des juifs et des protestants. Leur recours systématique à la lettre de la Bible les différencie des catholiques, marqués par un rapport plus distant aux Écritures. »

Moïse dans la tradition iconographique juive
« L’image de Moïse portant les Tables de la Loi imprègne la culture des communautés juives d’Europe occidentale, chez les élites comme dans les foyers modestes. Elle est le plus souvent associée à celle de son frère Aaron ». 

« Objets de culte et images ornant les manuscrits et les imprimés accrochés aux murs des maisons et des synagogues témoignent des formes de cette présence ». 

« Incarnation de la Loi, intercesseur élu et modèle d’humilité, Moïse est une figure dont on aime se sentir proche afin de bénéficier de ses vertus. Il incarne la Loi tout autant que la force de la foi ». 

« Placer l’image du prophète et législateur dans son environnement permet de le rendre présent et influent dans les actions et décisions de la vie quotidienne. »

Le grand émancipateur
« Moïse et Israël au tournant du siècle
Au tournant du XXe siècle, l’émergence du sionisme s’accompagne d’une effervescence artistique juive. Moïse devient la figure tutélaire de cette quête nationale et identitaire, dont le cœur est l’idée de « renaissance », culturelle, spirituelle et territoriale ». 

« Le corps même de Moïse, son incarnation plastique dans les oeuvres des artistes juifs du début du XXe siècle devient le symbole de cette nouvelle ère du peuple d'Israël ».
 
« Avant de fonder l’école Bezalel à Jérusalem en 1906, Boris Schatz entame un cycle d’œuvres autour de la figure du prophète. Il est l’un des premiers, avec Ephraim Moses Lilien, à associer visuellement Moïse et Theodor Herzl, « Moïse moderne » considéré comme la réincarnation emblématique du prophète. Cette identification deviendra un lieu commun des arts visuels juifs au début du XXe siècle et cette iconographie aura une importance considérable sur la diffusion et la promotion du sionisme ». 

« Ce transfert visuel et symbolique s’exprime avec force dans le Moïse regarde la Terre promise avant sa mort de Lesser Ury. L’œuvre opère une condensation de l’image romantique d’un Moïse solitaire et visionnaire avec la fameuse photographie de Herzl contemplant l’horizon du balcon de son hôtel à Bâle, prise lors du cinquième congrès sioniste en 1901. Une esthétique michelangelesque dans le traitement du corps de Moïse achève de faire de cette toile une parfaite incarnation des idéaux de la « renaissance juive ».

Go down Moses : juifs et Noirs aux États-Unis à l’heure de l’émancipation
« Les États-Unis, « Israël de notre temps » (Herman Melville), développent dès les origines un fort rapport d’identification à Moïse, considéré comme le « prophète américain », et se façonnent d’après son histoire ». 

« Au tournant du XXe siècle, le réinvestissement du récit de l’Exode par les protestants y prend un nouvel essor : si les immigrés juifs américains s’inventent un nouvel exode, une nouvelle terre promise – une nouvelle identité –, les Noirs américains s’identifient à Moïse et à l’Exode pour s’approprier un texte biblique qui leur est imposé par le système esclavagiste ». 

« Moïse devient dès lors un personnage familier et tutélaire, véritable héros libérateur, auquel se réfèrent les grands défenseurs de la cause Noire ». 

« De l’héroïsme d’Harriet Tubman (1820 ?-1913), surnommée « Black Moses », qui organise le sauvetage des esclaves évadés, au combat pour les droits civiques de Martin Luther King, épaulé par le rabbin Abraham Joshua Heschel, la figure d’un Moïse libérateur prend une place décisive dans l’imaginaire de la communauté afro-américaine ». 

« Les écrits de Herzl sont lus avec enthousiasme par les intellectuels noirs au début du XXe siècle, tandis que les journaux juifs américains encouragent les tentatives d’émancipation de ces derniers ». 

« Cette alliance judéo-noire s’articule autour de la figure et de la geste de Moïse, que musiciens et écrivains se réapproprient pour en faire le noyau mythique et séminal d’une identité en devenir ». 

« Comme chez les juifs en Palestine, Moïse donne corps à la question Noire aux États-Unis. »

Le Moïse prophétique de Reuven Rubin et Marc Chagall
« Les visions primitivistes à l’expressivité véhémente de Reuven Rubin, qui appartient à la deuxième génération des artistes de Bezalel, sont particulièrement représentatives de l’« homme nouveau » associé à la « renaissance culturelle » juive ». 

« Toutefois, son Moïse et le Buisson ardent présente un Moïse éloigné de toute considération politique, témoignant d’un face à face fondateur avec l’Ineffable. Empruntant les traits de l’artiste, ce Moïse adamique, totalement dénudé – variation radicale sur les sandales ôtées devant le Buisson ardent – évoque la rencontre avec une nouvelle terre, une nouvelle identité et un nouveau Dieu dont la présence « enflamme » littéralement le prophète. Celui-ci reçoit en son sein le feu créateur, libérateur et régénérant. Cette re-naissance est une expérience intérieure, une méditation sur l’acte même de création ». 

« Marc Chagall, qui a croisé la route de Reuven Rubin en Palestine, propose une vision à la portée universelle, qui fait dialoguer l’esprit prophétique de Moïse et celui du Christ. À l’image du primitivisme de Rubin, le syncrétisme de Chagall déplace les enjeux politiques et nationaux propres aux représentations juives de Moïse dans la première moitié du siècle sur un terrain plus intime, qui rend bien compte de la quête spirituelle et artistique d’un peuple – qui est également celle d’un homme. »

Face à face : portrait de l’artiste en Moïse
« Moïse est le prophète qui a vu Dieu et dialogué avec Lui, qui a fait l’expérience de l’Ineffable puis est redescendu en témoigner auprès des hommes ; prophète bègue à l’élocution embarrassée, il est avant tout un homme du geste et de la vision ».

« Les artistes en font donc une figure tutélaire et l’associent à leurs interrogations sur l’essence et les possibilités de leur pratique artistique, dans un processus de projection et d’identification ».

« Le Portrait de Michel-Ange en Moïse par Federico Zuccari (1542 ?-1609) montre de façon flagrante cette identification de l’artiste à Moïse, dont les avatars ponctueront toute l’histoire des arts visuels jusqu’au Regard de Michel-Ange de Michelangelo Antonioni, vertigineuse méditation testamentaire sur la célèbre statue du « Moïse des artistes ».

« De l’artiste-prophète des auteurs romantiques, héroïque et solitaire qui ouvre de nouvelles voies, cherche de nouvelles lois, et témoigne de ce que le reste de l’humanité ne peut voir (Vigny, Hugo, Chateaubriand), jusqu’aux interrogations sur une modernité envisagée comme une Terre promise (Cézanne), en passant par l’art visionnaire et prophétique d’un Gustave Moreau, ces variations artistiques et littéraires sur le « prince des prophètes » rendent compte de l’actualité toujours renouvelée de Moïse dans un monde de plus en plus sécularisé ».

« Dans leur quête d’une judéité problématique et insaisissable, les créateurs et intellectuels juifs du début du XXe siècle (Schönberg , Freud, Kafka…) ont eux aussi réinvesti la figure de Moïse. »

« Moïse et Pharaon » de Rossini Festival d’Aix-en-Provence 2022 »

Créé le 26 mars 1827 à l'Académie royale de musique (salle Le Peletier, Paris), Moïse et Pharaon ou le Passage de la mer Rouge est un opéra en quatre actes, sur un livret de Luigi Balocchi et d’Étienne de Jouy. Une version modifiée de Mosè in Egitto, créée par Rossini au Teatro San Carlo de Naples le 5 mars 1818 sur un livret d’Andrea Leone Tottola, inspiré d’une tragédie de Francesco Ringhieri L’Osiride (1760).

« Le spectaculaire opéra de Rossini (1792-1868) s’invite pour la première fois à Aix-en-Provence, dans une mise en scène inventive de Tobias Kratzer » au Théâtre de l'archevêché (7, 9, 12, 14, 16, 20 juillet 2022).

"Jamais sujet plus vaste ne s'était offert à un compositeur. Ici la Terre et ses puissances essaient de combattre contre Dieu", écrivait Balzac (1839) à propos de Moïse et Pharaon. Pour la première fois, l’un des opéras "sérieux" du compositeur du Barbier de Séville est présenté à Aix-en-Provence, sous la direction d’un fin connaisseur du XIXe siècle italien, le jeune chef Michele Mariotti (neuf œuvres de Rossini déjà inscrites à son répertoire). »

"Rossini est décidément un génie inépuisable dont on ne cesse de redécouvrir les multiples facettes ! Devenu la coqueluche des Français en pleine égyptomanie, il adapte l’un de ses opéras napolitains pour partir à la conquête de l’Opéra de Paris. Récit de la sortie d’Égypte des Hébreux opprimés culminant dans la célèbre traversée de la mer Rouge, Moïse et Pharaon est un grand opéra spectaculaire ponctué de plaies et de prodiges : une œuvre d’une noblesse et d’une puissance dramatique sans pareilles, aux chœurs saisissants et à la vocalité démonstrative, qui a fasciné Stendhal et Balzac en leur temps. Elle est donnée pour la première fois au Festival d’Aix-en-Provence, avec de nouveaux venus prestigieux : Michele Mariotti, grand spécialiste du XIXe siècle italien, mène une distribution on ne peut plus prometteuse, dominée par le Moïse légendaire de Michele Pertusi ; Tobias Kratzer, multi-récompensé pour l’intelligence de ses relectures, évoque les réalités complexes du monde méditerranéen d’aujourd’hui, entre réalisme et utopie".

« Ce récit de la fuite d'Égypte des Hébreux opprimés, qui culmine dans la célèbre traversée de la mer Rouge, fait la part belle aux chœurs et au spectaculaire. C'est tout l’enjeu de la mise en scène de l’allemand Tobias Kratzer, remarqué ces dernières années pour l’intelligence de ses relectures de Faust, Tannhäuser ou encore Guillaume Tell du même Rossini : concilier l’ampleur du spectacle avec la nécessité de moderniser une histoire figée dans nos imaginaires par les productions hollywoodiennes de Cecil B. DeMille. Sur la scène du Théâtre de l’Archevêché, cet épisode biblique entre ainsi en résonance avec les complexités du monde méditerranéen contemporain et de ses peuples en exil, entre réalisme et utopie. »

« Spectacle filmé le 12 juillet 2022 au Festival d’Aix-en-Provence. »

BIBLiOGRAPHIE

ASSMAN Jan, Moïse l’Égyptien. Un essai d’histoire de la mémoire, traduit de l’allemand par Laure Bernardi, Paris, Aubier, 2001. 

ATTIAS Jean-Christophe, Moïse fragile, Paris, Alma, 2015.

BARMASH Pamela, NELSON W. David, (dir.) Exodus in the Jewish Experience: Echoes and Reverberations, Lanham, Lexington Books, 2015.

BUBER Martin, Moïse, Paris, PUF, 1986.

BIEMANN Asher D., Dreaming of Michelangelo: Jewish Variations on a Modern Theme, Stanford University press, 2012.

BLUMA Goldstein, Reinscribing Moses: Heine, Kafka, Freud, and Schoenberg in a European Wilderness, Cambridge MA, Harvard University Press, 1992.

CHOURAQUI André, Moïse : Voyage aux confins d’un mystère révélé et d’une utopie réalisable, Paris, Flammarion, coll. « Champs Histoire », 2011.

COFFEY John, Exodus and Liberation: Deliverance Politics from John Calvin to Martin Luther King Jr, Oxford University Press USA, 2014.

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FEILER Bruce, America’s Prophet: how the story of Moses haped America, New York, Harper, 2010.

FLEG Edmond, Moïse, Paris, Gallimard, 1928.

FREUD Sigmund, « Le Moïse de Michel-Ange », Paris, Revue française de psychanalyse, 1927, vol. 1, n° 1, pp. 120-148.

FREUD Sigmund, L’homme Moïse et la religion monothéiste, Paris, Gallimard, coll. « Folio Essais », 1993.

MANN Thomas, La Loi, Paris, Mille et une nuits, 1997 ; éd. originale : Das Gesetz. Erzählung, Stockholm, Bermann-Fischer Verlag, 1944.

MAURILLE Michel, Freud et le Moïse de Michel Ange, Paris, L’Harmattan, 2009.

NEALE HURSTON Zora, Moses, Man of the Mountain, Philadelphia, J.B. Lippincott C°, 1939.

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NEWMAN Richard, Go Down Moses. A Celebration of the African American Spiritual, New York, Clarkson Potter, 1998.

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SILVER Daniel Jeremy, Moïse: images et reflets, Paris, Fayard, 1984, traduit de l'américain par Denise Meunier.

WALZER Michael, De l'Exode à la liberté: essai sur la sortie d'Egypte, Paris, Calmann-Lévy, 1986.

WRIGHT Melanie J., Moses in America: The Cultural Uses of Biblical Narrative, Oxford University Press, 2003.



Production : BEL AIR MEDIA
Mise en scène : Tobias Kratzer
France, 2022, 160 min
Direction musicale : Michele Mariotti
Décors et costumes : Rainer Sellmaier
Lumière : Bernd Purkrabek
Chorégraphie : Jeroen Verbruggen
Vidéo : Manuel Braun
Avec Michele Pertusi (Moïse), Adrian Sâmpetrean (Pharaon), Jeanine De Bique (Anaï)
NOUVELLE PRODUCTION DU FESTIVAL D’AIX-EN-PROVENCE
EN COPRODUCTION AVEC L'OPÉRA NATIONAL DE LYON, LE TEATRO REAL DE MADRID
AVEC LE SOUTIEN DE MADAME ALINE FORIEL-DESTEZET, GRANDE DONATRICE D’EXCEPTION DU FESTIVAL D’AIX-EN-PROVENCE
Sur Arte le 12 juillet 2022 à 21 h 30

Du 14 octobre 2015 au 21 février 2016

Au Musée d'art et d'histoire du Judaïsme 
Hôtel de Saint-Aignan
71, rue du Temple. 75003 Paris
Tél. : (33) 1 53 01 86 60
Lundi, mardi, jeudi, vendredi de 11 h à 18 h. Mercredi de 11 h à 21 h. Dimanche de 10 h à 19 h


Visuels
Affiche
Michel-Ange (1475-1564), Moïse, tombeau de Jules II
1513-1515, Rome, basilique Saint-Pierre-aux-Liens © Jemolo/Leemage

Jean-François Millet, Autoportrait en Moïse,
1841, huile sur toile, Cherbourg-Octeville, musée d'art Thomas-Henry © Musée d'art Thomas-Henry / Daniel Sohier

Nicolas Poussin, Moïse sauvé des eaux
Vers 1647, huile sur toile, Paris, musée du Louvre, département des peintures 
© RMN-Grand Palais (Musée du Louvre) / Jean-Gilles Berizzi

Anonyme, Moïse présentant les tables de la Loi
XVIe siècle ; huile sur bois, Paris, Société de l'histoire du protestantisme français 
© Société de l'histoire du protestantisme français

Lampe de la Reconsécration, lampe de Hanoukkah
Allemagne, XVIIIe siècle
Paris, Musée d’art et d’histoire du Judaïsme
© Mahj / Christophe Fouin

Atelier de Jean Bourdichon, Moïse recevant les tables de la loi et Adoration du veau d'or 
Touraine, vers 1500
Manuscrit en latin et français. Encre et tempera sur parchemin ; Paris, bibliothèque Sainte-Geneviève
© Bibliothèque Sainte-Geneviève, cliché IRHT

Philippe de Champaigne, Moïse présentant les tables de la Loi
1645-1663 ; huile sur toile ; Amiens, Musée de Picardie
© Musée de Picardie / Marc Jeanneteau

Anonyme allemand, La chute de la manne et Frappement du rocher, fin XVIe siècle – début du XVIIe siècle ; dessin à l’encre sur papier ; Paris, musée du Louvre, département des Arts graphiques © RMN – Grand Palais (Musée du Louvre) / Adrien Didierjean

Natan Moshe Brilliant, Tableau indiquant la direction de l’est, mizrah, Lituanie, 1877-1878
Encre, papier découpé, feuille métallique et aquarelle Israël, collection particulière – DR

Ephraim Moses Lilien, Les livres de la Bible
Allemagne, 1908 ; Paris, Musée d’art et d’histoire du Judaïsme © Mahj / Christophe Fouin

Lesser Ury, Moïse regarde la Terre promise avant sa mort, 1928, pastel sur carton, Berlin, Jüdisches Museum © Jüdisches Museum Berlin / Jens Ziehe

Gustave Moreau, Étude de tête pour Moïse en vue de la Terre promise
Vers 1854, Paris, musée national Gustave Moreau
© RMN – Grand Palais / René-Gabriel Ojéda


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Les citations sont extraites du dossier de presse. L'article a été publié le 19 février 2016, puis les 18 avril 2016, 13 avril 2017, 8 avril 2018 - en cette fin de Pessah 5778 -, 29 mai 2020, 19 mai 2021 - à l'approche de la fête juive de Chavouot qui célèbre le début de la saison de la moisson du blé et le don de la Torah à Moïse, et donc aux Hébreux, sur le mont Sinaï.

lundi 30 mars 2026

Nora Herman

Née à Buenos Aires (Argentine), dans une famille Juive d’origine polonaise, Nora Herman explore et loue, via la peinture, la sculpture, la gravure, le dessin et l'écriture, la genèse, la germination, le processus naturel, dynamique, évolutif de la vie, ce qu'elle recèle de potentialités. Le Musée des Beaux-arts d’Angoulême proposera l’exposition « Traces laissées par le mouvement du corps, de l’âme et de la vie » de Nora HermanVernissage le 31 mars 2026 à partir de 18 h. Visite guidée le 7 mai 2026.


C’est le jaillissement de la vie que célèbre Nora Herman, née à Buenos Aires (Argentine), dans une famille Juive d’origine polonaise. Son père est dessinateur humoristique.

Nora Herman a commencé à sculpter dès l’âge de trois ans.

A 17 ans, elle quitte l’Argentine de la junte militaire pour Madrid (Espagne), où elle ouvre son atelier. Puis, vers 1980, elle apprend la technique de la sculpture à la Parsons School (New York).

Depuis 1982, cette artiste vit et travaille à Paris. Vers 1990, après avoir maîtrisé la gravure, elle aborde la peinture dans des œuvres odes à la vie, à la nature, et interrogatives ou optimistes.

« J’aime beaucoup l’œuvre de Henry Moore, sculpteur anglais et Federico Garcia Lorca poète espagnol, qui avec un art inégalé lient la vie vive aux formes artistiques. J’aime aussi Rothko, de Kooning, Joan Mitchell, Juan Gris, Julio González… et bien sûr, nos ancêtres Leonardo de Vinci, Fra Angelico », confie Nora Herman en février 2011.

« Son œuvre, consacrée simultanément à la peinture, la sculpture, la gravure, le dessin et l'écriture, tisse un discours visuel ininterrompu qui ne se laisse pas emprisonner en une expression unique.
Sculpteur, ses bronzes entre équilibre et instabilité écrivent la vulnérabilité de notre lien avec la terre.
Peintre, elle exprime cette confusion de la terre et de l’eau, cet “ océan-univers ” dont naissent ses toiles.
Graveur, elle se risque au delà de la maîtrise technique, de la surface, au cœur de la matière, pour créer dans la fragilité.
Dessinateur, elle forge une dentelle subtile transmuant le plan en volume, dans lequel… on songe à se plonger.
Auteur, elle cisèle la matière de l'âme nous émouvant dans ses différentes textures.
Façonnée par l'entrelacement de ses ressources sensibles et culturelles, elle nous livre une œuvre définitivement emplie d'invitations où les sens et l’esprit se trouvent conjointement, ou tour à tour, saisis dans la douce et forte vague qu'engendre la rencontre avec ses œuvres. »

Parmi ses distinctions : le Prix Pollock-Kranser à New York City, les Prix de sculpture du ministère espagnol de l’Education nationale (1979) et Lacourière du Cabinet des Estampes de la Bibliothèque Nationale de France (1993), et le concours de sculpture monumentale de la Ville de Paris (2001).

Nora Herman a exposé à Madrid, Kyoto, Paris, La Haye, etc. Ses œuvres figurent dans des collections publiques et privées.

Hymnes à la vie
Pourquoi cet intérêt pour la graine, pour la genèse ? « Cela me produit un grand bonheur de voir la vie s’agréger, se développer, se magnifier. Au commencement, les êtres ont une infinité de possibilités. Ils peuvent s’ils le désirent, et si les conditions sont favorables, devenir le meilleur d’eux-mêmes. Cette possibilité est très porteuse d’espoir, et c’est bien le reflet de ma manière de voir la vie, et ce que l’on peut faire avec elle », déclare cette « observatrice émerveillée ».

Au fil des ans, Nora Herman élabore une œuvre hymne à la Nature dans des séries : « Les eaux profondes » (1995), « Germination » (1997) et « Et ces quelques fleurs... » (2002).

La peinture abstraite d’« Et ces quelques fleurs... » stylise des motifs floraux aux couleurs souvent « pop ». Des reliefs accentuent un mouvement fort. Son œuvre est un hymne à la vie et à la communion avec l’univers.

C’est une fascination admirative, parfois interrogative, pour la vie. Les fleurs s’épanouissent et gravitent. Souvent d’un rose éclatant, les pétales s’ouvrent et irradient un halo, plus clair ou dans une couleur tranchée. Soit elles emplissent l’espace en élévation spirituelle, soit elles sont un élément d’un « océan-univers » où elles flottent. Les graines de pollen jaune « volent ». Des formes circulaires sont en suspension. Les matières se superposent : apports de la sculpteur, les reliefs confèrent mouvement, vie et profondeur. Souvent composé de petits ronds, le fond vert lumineux teinté de jaune fonce en s’excentrant. Nora Herman use aussi de couleurs foncées, denses. Tout est imbriqué et va vers l’infini...

Ce dynamisme anime ses gravures sur papier de Japon très léger. Le mouvement vertical noir strie un fond vert printemps.

« Etres », sculptures en bronze, sont patinés en nuances de vert très doux et laissent deviner une femme ou un arbre. Dans les sculptures « Les liens qui nous unissent » (1994), les personnages étaient enveloppés dans des cercles quasi-tutélaires. Les « êtres » sont en général seuls, indépendants...

L’automne 2003 a été dense pour Nora Herman : deux expositions, dont l’une au Sénat, l’installation d’une sculpture commandée par la Ville de Paris - « Ceci est une barque pour s’en aller » au Passage Piver (75011) - et deux livres dont l’un rassemble des écrits sur les œuvres de Nora Herman et les réflexions de celle-ci : « … Et l’origine était l’eau » (Ed. d’écarts) et « Les terres de l’en-deçà » (Ed. Tiempo).

« Les couleurs des peintures (« Mais tu reçois la graine ») sont plus sourdes, car la terre s’y mêle, et lumineuses », confiait l’artiste qui peint la confusion entre terre et eau en un univers quasi-aérien…

Une quête sur le pourquoi
Après La germination, les cercles de feu, Terres de l’en-deçà, cette artiste s’interroge sur L’origine des origines. Et explore la genèse, approfondit sa réflexion sur le temps et l’espace, recherche de nouvelles formes nourrissant sa thématique.

En 2011, la galerie AROA (Aide à la recherche d’œuvres d’art) a présenté l’exposition Origines avec des sculptures et gravures de Nora Herman et des peintures de Sung Pil Chae. Y étaient exposées des oeuvres épurées aux lignes fines et douces, d’une fragilité émouvante. Une alliance paradoxale de force et de vulnérabilité, de contrastes dynamiques et complémentaires, de conquête d’espaces et de défi à la pesanteur par leur équilibre suspendu au temps et leur lien affirmé avec la terre.

« J’ai fait des formes très dépouillées, ouvertes, couchées à même le sol. Aujourd’hui, les sculptures ont une base comprise en elles mêmes, tel un piédestal pour les mettre en valeur, en hauteur, et elles sont plus complexes. Les gravures de la série précédente étaient en couleur ; celles actuelles sont en Noir et blanc, comme celles que j’avais fait dans les années 1980-1990... Encore ce mouvement d'aller et de retour. Quant aux dessins, c'est un travail très méticuleux à la mine de plomb avec des repentirs, un travail méditatif », explique Nora Herman.

De la graine, ronde ou ovale, s’échappent des formes fines, effilées, arrondies, en ellipses, riches d’un avenir prometteur, et en partie accompli. Une réflexion sur l’origine de son art, sur la naissance du processus créatif et les mouvements l’affectant, le nourrissant, le faisant évoluer. Sur des possibilités d’épanouissement multiples et variées.

Galerie Leizorovici
En ce printemps 2012, la Galerie Leizorovici présenta la nouvelle série de dessins de Nora Herman au Salon Chic Dessin. 

« Ce nouvel ensemble est la prolongation naturelle de la série précédente. Intitulées « L’Origine des Origines ». Ces dessins sont une évocation poétique matérialisée.  Réalisés à la mine de plomb sur papier Japon très léger (6 g.) ils sont  posés sur du Moulin de Gué coloré (600g.) » - un papier chiffon que l'artiste colore et retravaille très épais-, avec des inclusions végétales. Ce songe de l’Origine se révèle à nous avec une finesse extrême en même temps que toutes ces valeurs, couleurs, fragrances et textures. L’on s’interroge dans quel souvenir ancestral, l’artiste a pu puiser intact L’ORIGINE DE LA VIE  ».

En 2013, la galerie Herzog a présenté « Pépitas », exposition d'une série de dessins, sculptures et gravures récents réalisés par Nora Herman dans l'exposition L'origine des Origines.

Nora Herman a présenté, du 28 au 30 mars 2014, dans son atelier parisien ses dessins, peintures, sculptures et gravures récents réalisés par dans sa série L'origine des Origines.

Le laboratoire de recherche de l’Institut Curie "lui a passé commande en 2014 de deux œuvres sur la morphogenèse, la potentialité et l’épigénétique, intitulées : Chemin de Vie -Vive et Tissu de Vie -Vive".

Cité Internationale des Arts
La Cité internationale des Arts présenta l'exposition collective "#Visions épigénétiques" (16-27 mai 2015), avec des œuvres de Nora Herman. Cette exposition "laisse libre cours à l’interprétation d’artistes contemporains sur la plasticité du vivant. dont Nora Herman. Ces artistes "se sont confrontés au monde scientifique afin d’établir un pont entre l’art et l’épigénétique, une discipline qui s’interroge sur le destin de nos cellules".

Cette exposition "s’inscrit dans la démarche Art-Science du réseau d’excellence européen EpiGeneSys, elle implique plusieurs chercheurs de l’Institut Curie, du CNRS et de PSL. Aujourd’hui, l’épigénétique est un domaine en pleine évolution. Après avoir décrypté le code génétique de nombreuses espèces dont l’homme, les scientifiques ont réalisé qu’ils ne tenaient pas encore la clé pour expliquer tous les mystères de la vie, des maladies et de notre évolution… En effet, il existe encore un autre niveau de complexité qui permet une régulation fine de l’expression des gènes. Actuellement, ces phénomènes sont très étudiés pour comprendre de nombreuses maladies comme les cancers ou pour savoir si nos comportements influenceront ou non nos descendants".

"Pour que cette thématique d’avenir ne reste pas seulement dans les laboratoires de recherche, l’exposition présentera de nombreuses oeuvres mêlant l’art et la science pour éveiller l’intérêt du grand public à l’épigénétique. L’exposition évoquera des aspects de l’épigénétique et de la biologie des systèmes tels que : qu’est-ce que l’épigénétique ? Quels en sont les principes ? Comment ces principes sont associés à des questions sociales et de vie quotidienne ? Quel est le rôle de l’épigénétique dans la médecine d’aujourd’hui et de demain ? Les travaux présentés sont le fruit de projets collaboratifs, d’interactions au cours de workshops et de travaux personnels. L’imagination, le jeu et la soif de connaissances seront sollicités notamment via des sculptures, des dessins, des installations, des applications interactives ou des animations pour éveiller l’intérêt de chacun aux mécanismes épigénétiques responsables de l’évolution de notre destinée et à leurs retombées dans le domaine médical".

L’exposition "s’inscrit dans la démarche Art-Science du réseau d’excellence européen EpiGeneSys coordonné par Geneviève Almouzni, spécialiste de l’épigénétique, directrice CNRS du laboratoire Dynamique du noyau (CNRS/Institut Curie)et directrice du Centre de Recherche de l’Institut Curie. Le réseau d’excellence européen EpiGeneSys, financé dans le cadre du programme FP7 de la commission européenne, regroupe aujourd’hui plus de 160 laboratoires répartis dans toute l’Europe. Il a été créé pour favoriser les échanges et ainsi l’efficacité de cette nouvelle communauté de recherche en pleine ascension. Une de ses nombreuses missions est de sensibiliser le grand public grâce à des interactions avec des artistes inspirés par les possibilités de l’épigénétique".

Galerie Aroa
La Galerie Aroa présenta l'exposition Rencontre entre Nora Herman et Philippe Petitfrère (28 septembre-12 novembre 2017). L' artiste Nora Herman poursuit son exploration symbolique de la genèse, la germination, le processus naturel, dynamique, évolutif de la vie et à ses formes parfois surprenantes et émouvantes, sobres ou exubérantes. "Dans cette exposition automnale, Constellations Intimes, nous pourrons découvrir un ensemble de gravures, de dessins et de sculptures à travers lesquelles l’artiste nous livre une vision poétique sur la Vie et ses Origines".

"Où commence l’existence ? D’où viennent les formes, les matières, les couleurs qui nous entourent ? Autant de questions que Nora Herman explore dans ses œuvres. Ses sculptures faites de conjonctions de bronze et de galets, ses dessins à la mine de plomb sur papier Japon posés sur Moulin de Larroque coloré, ses gravures très élaborées et réalisées à la suite de plusieurs résidences au Danemark, à l’Institut Curie, puis, en Suède, offriront, chacun à sa manière des visions cosmogoniques".

"Ce sont des visions éphémères, des pulsions de vie, des particules innombrables se répandant dans l’espace. Un tout minéral, animal et spatial et c’est sans doute ce qui a amené l’artiste à travailler ensuite sur les constellations. Un jaillissement de formes et des promesses de vie en flottement dans l’univers".

"Ce travail-miroir, dans lequel chacun saura trouver un reflet de sa propre existence, révèle la fragilité, la légèreté, l’équilibre, l’harmonie… Apprivoiser l’essence de la Vie est la source du travail de Nora Herman et ses oeuvres sont une invitation à nous plonger dans l’Origine du Tout".

"…Mais, depuis ce commencement désolé jusqu’à nos jours… Combien de changements se sont produits pour qu’autant de formes nous occupent". (Extrait de …Et l’origine était l’eau de Nora Herman, éditions d’écarts, Paris, 2003

« Traces laissées par le mouvement du corps, de l’âme et de la vie »
Le Musée des Beaux-arts d’Angoulême proposera l’exposition « Traces laissées par le mouvement du corps, de l’âme et de la vie » de Nora HermanVernissage le 31 mars 2026 à partir de 18 h. Visite guidée le 7 mai 2026.

 « Le Musée de Beaux-arts d'Angoulême niché au cœur de l’ancien évêché de la cathédrale Saint-Pierre, a été fondé en 1136 et rénové en 2008. Aujourd’hui ce joyau architectural abrite des œuvres qui vous invitent à découvrir la Paléontologie de la Charente, les Beaux-arts et les arts extra-européens. Dans l’aile dédiée aux Beaux-Arts, une salle nommée « Angoulême vu par… », présente des expositions d’art contemporain. De 2026 à 2030, elle hébergera les œuvres du Centre Georges Pompidou, offrant une parenthèse enchantée aux Angoumoisins, pendant la fermeture de ce dernier. »

« L’exposition personnelle de Nora Herman, sera précédée et suivie dans la programmation par les expositions des œuvres du Centre Georges Pompidou, favorisant ainsi un dialogue enrichissant entre les différentes œuvres. Elle sera composée d’un ensemble récent de peintures, dessins et sculptures, explorant les traces laissées par le corps en mouvement, par les mouvements de l’âme et de la vie, et par des rêveries poétiques. »

« Cette exposition, qui s’inscrit dans la démarche de l’artiste, s’attèle à créer un refuge, un espace d’apaisement, un lieu de contemplation pour les êtres qu’elle accueillera. »

« Le travail de Nora Herman gravite autour de l’Origine, de la pulsion de vie et de ces lieux où la vie s’agrège, en sommes toutes, de la Vie -Vive. »

En partenariat avec l’Artothèque. »



Du 1er avril au 31 mai 2026
Vernissage le 31 mars 2026 à partir de 18 h
Square Girard II - rue Corneille - 16000 - Angoulême
Tel : 05 45 95 79 88
Mardi au vendredi de 10h à 12h30 - 13h45 à 18h
Samedi et dimanche : 14h à 17h30
Gratuit : 1er dimanche du mois
Visuels : © NoraHerman-ADAGP - 2026


Du 28 septembre au 12 novembre 2017. Vernissage le 27 septembre 2017 de 18 h à 22 h
A la Galerie Aroa 

38 bd. Inkermann - 92200 Neuilly-sur-Seine
Tél. : 01 74 63 00 18

Du 15 au 27 mai 2015. Vernissage le 15 mai 2015 de 18 h à 22 h.
A la Cité internationale des Arts   
Galerie au 18 rue de l'Hôtel-de-Ville. 75004 Paris
Entrée libre de 14 h à 19 h. Fermeture les dimanches 17 et 24 mai.

Du 28 au 30 mars 2014
A l'atelier de Nora Herman
92 bis quai de la Loire, 75019 Paris
Code 1547. Interphone Herman
Vendredi et samedi de 11 h à 21 h 30. Dimanche de 11 h à 20 h et sur rendez-vous.
Vernissage le 27 mars 2014 de 18 h 30 à 21 h30.

Du 22 mars au 14 avril 2013
A la galerie Lucette Herzog
Passage Molière
157, rue Saint-Martin, 75003 Paris
Tél. : 01 48 87 39 94
Du mardi au samedi de 15 h 30 à 19 h et sur rendez-vous
Vernissage le 21 mars 2013 à 18 h 30. Finissage le 7 avril 2013 de 16 h à 18 h 30.

L'origine des Origines
Les 29 mars, 30 mars et 1er avril 2012
Chic Dessin
Galerie Leizorovici - Stand A2
L'Atelier Richelieu
60, rue de Richelieu, 75002 Paris
Jeudi 29 mars : Preview de 14 h à 18 h. Vernissage de 18 h à 21 h 
Vendredi 30 mars-dimanche 1er avril : de 11 h à 20 h

Jusqu’au 26 février 2011
38, boulevard d’Inkermann. 92200 Neuilly-sur-Seine
Vendredi et samedi de 13 h à 19 h
Tous les autres jours, y compris le dimanche, sur rendez-vous
Tél. : 01 74 63 00 18

Visuels de haut en bas : oeuvres de Nora Herman © DR
Origine des origines, sculpture
Ensemble de sculptures
Germination, sculpture
Origine des origines, gravure

Constellations intimes III  noir Gravure Fabriano- 72 x 20 cm -2014 - Nora Herman

« L’Origine des Origines »
Mine de plomb sur Japon sur Moulin de Gué
 2010
93 x 32 cm

Un tissu de vie-vive
2015
250 x 125 cm

Semi bourrache danesas B.  EA I_II. 36 x 20 cm. 2014

L'Origine des Origines XVI (2)

Et ces êtres là qui gravitent dans l’univers I Série Suédoise. - Gravure -79 x 22 cm -s_ Hanhnemühle - Nora Herman - 2016

Et ces êtres là qui gravitent dans l’univers II - Série Suédoise - Gravure - Nora Herman - 2016

L'Origine des Origines XV (2)

Lavandas danesas.  EAI_II.  36 x 20 CM. 2014

Constellations intimes I noir.j Gravure s_Fabriano- 72 x 20 cm -2014 -  Nora Herman

Abrojos daneses A.  N° 1_6. 36 x 20 CM. 2014

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Publié sur ce blog les 20 février 2011, 28 mars 2012, 19 mars et 7 avril 2013, 28 mars 2014 et 14 mai 2015, cet article a été modifié le 24 septembre 2017.