Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

vendredi 21 août 2026

Lalo Schifrin (1932-2025)

Lalo Schifrin (1932-2025) était un compositeur prolifique, arrangeur, pianiste et chef d'orchestre argentino-américain. Formé à la musique classique, notamment au Conservatoire de musique de Paris, il s'oriente vers le jazz et, dans les années 1960, vers la composition de musique de films 
(Bullitt, L'Inspecteur Harry, Opération dragon…) ou séries télévisées (Mission impossible, Mannix, Starsky et Hutch, etc.) qui le rendent célèbre. Lalo Schifrin a été une "passerelle artistique" entre diverses formes de musique : du classique au jazz, via des rythmes d'Amérique latine. Arte diffuse sur son site Internet « Lalo Schifrin : Mission : Impossible, Mannix...  », concert filmé le 3 février 2023 dans l’Auditorium de Radio France à Paris, et « Les B.O. de Lalo Schifrin » de Thierry Jousse.

Paul Dessau (1894-1979)
Saleem Ashkar
Daniel Barenboim  
« Requiem pour la vie », de Doug Schulz

Lalo Schifrin (1932-2025) était né à Buenos Aires (Argentine) dans une famille d'artistes : son père juif était premier violon et chef de l'orchestre philharmonique de l'opéra de Buenos Aires (Argentine), le Théâtre Colón.

Agé de cinq ans, il étudie le piano avec Enrique Barenboim, père du pianiste et chef d'orchestre Daniel Barenboim. Curieux, il découvre secrètement le tango et devient cinéphile par attrait aussi pour la bande-son des films. 

Adolescent, il se forme au Colegio Nacional de Buenos Aires et se passionne pour le jazz. 

Parallèlement à ses études en Droit, Lalo Schifrin a pour professeur de piano Andreas Karalis, ancien directeur du Conservatoire de Kiev (Ukraine), puis de composition Juan Carlos Paz.

En 1952, Lalo Schifrin réussit, au consulat français de Buenos Aires, le concours d'entrée du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, et bénéficie d'une bourse d'études pour continuer ses études à Paris. Là, tout en étudiant auprès notamment d'Olivier Messiaen, il gagne sa vie en jouant dans des orchestres de jazz, en particulier au Club Saint Germain. Il apprécie les rythmes cubains, alors en vogue, et les intègre dans son style de jazz. 

Il débute comme pianiste de jazz et compositeur pour le label d'Eddie Barclay, et arrangeur musical pour RCA France. Il enregistre des disques de musique latine pour les disques Vogue ou le label d'Eddie Barclay.

En 1956,  Lalo Schifrin, de retour en Argentine pour « des raisons familiales et économiques », il fonde, avec entre autres son concitoyen Gato Barbieri, son orchestre de jazz invité à la radio et la télévision argentines. Et il compose deux musiques de film, dont celle d'El jefe distingué par le Prix du meilleur film argentin.

En 1956, le trompettiste Dizzy Gillespie, qu'il admire, l'entend jouer à Buenos Aires, et le convie aux États-Unis. Au bout de deux ans, Lalo Schifrin obtient enfin un visa pour les Etats-Unis et se rend à New-York en septembre 1958. Durant cette attente, l'orchestre de musique latine « populaire » de Xavier Cugat le recrute comme pianiste remplaçant et arrangeur. Ce n'est qu'en 1959 que la Fédération américaine des musiciens l'autorise à être pianiste du quintette de Dizzy Gillespie (1960-1962). Lalo Schifrin écrit pour Gillespie des pièces ou arrangements pour grandes formations ; un travail couronné par le succès du disque Gillespiana (1960), nommé aux Grammy Awards, puis de The New Continent (1962). Epuisé par les tournées avec Dizzy Gillespie, Lalo Schifrin met un terme à sa collaboration à la fin 1962.

Selon l'auteur Matthew Karush, Lalo Schifrin contribue à populariser la bossa nova aux États-Unis par plusieurs albums.

Via Clarence Avant, Il devient arrangeur pour le label Verve Records - pour Stan Getz, Count Basie, Sarah Vaughan, Jimmy Smith, Luiz Bonfá, Cal Tjade, etc. - et la Metro-Goldwyn-Mayer (MGM), propriétaire du label. Ayant apprécié un de ses albums de Bossa Nova, Arnold Maxim, membre du conseil d'administration de la MGM, le recommande pour la musique du « petit » film Sur la piste du rhino blanc (Rhino!). Lalo Schifrin se fixe à Hollywood, fin 1963.

En 1964, ce francophone compose la musique du film Les Félins de René Clément : « René Clément m’a permis de révéler ce potentiel, de combiner musique symphonique, jazz et électronique. Si l’on compare ma carrière cinématographique à une maison, Les Félins en sont les fondations. » 

Dès 1965, Lalo Schifrin crée "plus de cent musiques de films et près de quatre-vingt-dix musiques de séries télévisées et téléfilms, en mélangeant la musique classique et le jazz et en appliquant la technique du contrepoint musical afin de combiner le son et les images". Selon le journal Le Monde, « [à] l'inverse d'autres compositeurs au style toujours identifiable, Lalo Schifrin s'adapte particulièrement à la scène et à l'ambiance qu'il doit illustrer. C'est dans les films policiers et d'espionnage qu'il se montre le plus brillant ». Il a composé la musique de Bullitt, L'Inspecteur Harry, Opération dragon 

En 1966, Bruce Geller, producteur, scénariste et réalisateur de séries télévisées, demande à Lalo Schifrin de composer la bande-son, puis un générique mémorable pour la série Mission impossible. Lalo Schifrin crée un air à cinq temps rapide, mondialement célèbre En 1967, pour le même producteur, il élabore le générique de la série populaire Mannix.

Dans les années 1960, Lalo Schifrin compose des symphonies et, surtout dans la décennie 1980, conduit en parallèle une carrière de chef d'orchestre et compositeur de musique « classique ». Il écrit plus de soixante compositions dont Invocations, Concerto pour contrebasse, Concertos pour piano Nos. 1 & 2, Pulsations, Résonances… Il dirige ou supervise des concerts lyriques ou classiques à Paris, Londres, Los Angeles ou Vienne. 

En 1988, signe de son éclectisme, il crée l'album d'ethnomusicologie Cantos Aztecas chanté en langue aztèque, le nahuatl, par Plácido Domingo et enregistré durant un concert devant la pyramide de la Lune de Teotihuacan au Mexique.

Après 1990 à Rome et 1994 à Los Angeles, Lalo Schifrin est pour la troisième fois, en 1998, l'arrangeur des concerts « Les Trois Ténors » réunissant les ténors Plácido Domingo, José Carreras et Luciano Pavarotti. Ces concerts ont lieu durant des Coupes du monde de football.

En 1990, Lalo Schifrin se rend professionnellement en Israël. Interrogé sur sa judéité, il a répondu : « Eh bien, je dois te dire que lorsque je suis allé en Israël pour la première fois, j’ai ressenti quelque chose en voyant que les policiers portaient l’étoile de David sur leurs uniformes. Je veux dire, ça m’a vraiment marqué. » Lalo Schifrin a dirigé l'orchestre philharmonique d'Israël.

Lalo Schifrin a gagné quatre Grammy Awards (sur dix-neuf nominations) et a été sélectionné pour quatre Emmy Awards. Depuis 1988, il a une étoile sur la Hollywood Walk of Fame.

En 2018, un Oscar d'honneur lui est décerné. 

Cinémathèque française
En 2016, la Cinémathèque française a rendu hommage à Lalo Schifrin. Stéphane Lerouge, restaurateur de bandes originales de films et concepteur de la collection discographique Ecoutez le cinéma ! au sein d'Universal Music France, et Bernard Benoliel, directeur de l'action culturelle et éducative à la Cinémathèque française, ont écrit sur cet « homme-orchestre » :

« Je ne cesse de le dire, et ce n'est pas un snobisme : j'ai grandi dans la musique classique mais j'ai choisi les deux arts du XXe siècle, le cinéma et le jazz. Dès que j'ai pu, j'ai réalisé un croisement des formes d'expression dans lesquelles je me suis plongé. C'est comme une combinaison chimique : les matières mixées forment une troisième matière. » De même, la singularité de Lalo Schifrin sur l'échiquier de la musique d'aujourd'hui réside dans une triple culture, celle d'un Argentin aimanté par la terre promise hollywoodienne, après un passage essentiel par la France. En clair, les territoires de Schifrin sont autant géographiques que musicaux. Parlez-lui de Stravinski, il vous répondra Jackie Chan. Branchez-le sur Steve McQueen, il se révèlera intarissable sur Borges. Tel est Lalo Schifrin : multiforme et pluriculturel, pulvérisateur de frontières, compositeur de bandes originales vénérées mondialement, camouflant parfois l'ambition de son œuvre pour le concert.

DU JAZZ AU CINEMA
Pianiste virtuose, compositeur, arrangeur, chef d'orchestre, Lalo Schifrin naît en 1932 à Buenos Aires, dans une famille de musiciens. Dès l'après-guerre, la formation classique du jeune Lalo s'enrichit d'une autre culture, celle du jazz, dont les albums sont impossibles à trouver en Argentine : par protectionnisme, la dictature de Juan Perón proscrit l'import de disques étrangers. « J'achetais en contrebande des 78 tours de Charlie Parker ou Thelonious Monk, se souvient Schifrin. Le bebop me fascinait. C'était la musique de la modernité et de l'interdit. » Ses études l'amènent en 1952 au Conservatoire de Paris. Il a vingt ans, il se partage entre les cours d'Olivier Messiaen, les clubs de jazz de Saint-Germain-des-Prés et… la Cinémathèque française. C'est d'ailleurs à Paris qu'il enregistre en 1955 son premier album, Rendez-vous dansant à Copacabana, relecture de standards façon latin jazz. La suite appartient à l'histoire : de retour en Argentine, il rencontre le trompettiste Dizzy Gillespie qui, en 1958, l'engage comme pianiste et arrangeur. Schifrin lui compose sur mesure un album feu d'artifice aujourd'hui historique, Gillespiana. La chance de Schifrin, c'est d'être pris sous contrat sur le label de jazz Verve, propriété de la MGM. Ce qui, par un subtil aiguillage, va faciliter son glissement vers le cinéma. Arnold Maxim, président de MGM Records, le recommande au cinéaste René Clément pour une coproduction franco-américaine, Les Félins. Au générique début, le nom de Schifrin y croise celui de Costa-Gavras, alors jeune assistant réalisateur. « J'avais en moi un ressort, résume le compositeur. Et René Clément m'a permis de révéler ce potentiel, de combiner musique symphonique, jazz et électronique. Si l'on compare ma carrière cinématographique à une maison, Les Félins en sont les fondations. »

REVOLUTIONS
La suite de sa trajectoire évoque un train lancé à vive allure sur des montagnes russes. Ses premières partitions hollywoodiennes, Les Tueurs de San Francisco et Le Kid de Cincinnati confirment la déferlante Schifrin. Avec ses confrères Henry Mancini, Quincy Jones et Michel Legrand, le compositeur réinvente le son du cinéma américain des années soixante, précipitant la retraite des vétérans Steiner, Rozsa ou Tiomkin. Le cinéma et la télévision lui permettent de forger un langage propre, comme une synthèse de ses différentes cultures. En témoigne la bande originale de la série télévisée Mission impossible, dont le fameux thème, construit sur une mesure composée à 5/4, entre d'emblée dans la mémoire collective. Il consacre la signature de Schifrin et précipite ses collaborations avec Peter Yates (Bullitt), John Boorman (Duel dans le Pacifique), le jeune George Lucas (THX 1138) ou Mark Rydell (The Fox, à la vénéneuse partition chambriste, dont est issu le célèbre thème pour les publicités Dim). Le cinéma de Schifrin, ce sont aussi des collaborations au long cours avec Stuart Rosenberg (Luke la main froide, Brubaker) et surtout Don Siegel, pour lequel il compose cinq bandes très originales, dont Les Proies, Tuez Charley Varrick et évidemment le premier Dirty Harry. « Grâce à la musique, analyse Schifrin, le spectateur est plongé à tour de rôle dans l'esprit des deux ennemis jurés, Scorpio avec sa folie meurtrière, Harry avec ses doutes et sa détermination. » Impossible d'oublier l'ultime séquence, où Eastwood jette à l'eau son insigne, sur un thème au lyrisme triste pour piano électrique : rarement un polar sec et tendu aura connu un épilogue d'une telle amertume. Schifrin retrouvera Harry Callahan à trois autres reprises, confortant son image de spécialiste du « thriller urbain », image flatteuse mais peu conforme à la réelle palette de ses capacités.

DU CINEMA AU JAZZ (SYMPHONIQUE)
Au fil des années, Lalo Schifrin fait l'expérience de quelques rendez-vous manqués (L'Exorciste, source d'un dialogue tumultueux avec William Friedkin) et enrichit son palmarès de rencontres inattendues (Richard Lester, Billy Wilder, Liliana Cavani, Sam Peckinpah). Sans compter Bruce Lee avec Opération Dragon, première co-production américano-hongkongaise de l'histoire. « C'était une demande impossible à refuser, souligne le compositeur. Tous les matins, Bruce Lee faisait sa gym sur la musique de Mission impossible ! » Dans les années 1990, Schifrin est invité à revisiter son propre passé : Carlos Saura le ramène à ses racines argentines dans Tango, Brett Ratner le sollicite de manière référentielle pour la série des Rush Hour, comme un lien vivant avec Bruce Lee, son icône. À côté de l'écriture pour l'image, Schifrin se produit régulièrement en concert et, depuis 1992, enregistre une collection d'albums intitulée Jazz Meets the Symphony (sept volumes à ce jour), déclaration d'amour à la musique au pluriel. En 2012, la documentariste Pascale Cuenot lui consacre un portrait sensible, fédérant des témoins de plusieurs générations, de John Boorman au guitariste Kyle Eastwood, fils de Clint. 2016 est marqué par la création de plusieurs musiques de concert, dont un concerto pour guitare, Concierto de la amistad, dirigé par Gustavo Dudamel au Hollywood Bowl. Aujourd'hui, pour beaucoup d'artistes du Nouveau Monde, Lalo Schifrin incarne une sorte d'idéal : son sens mélodique, la luxuriance de ses orchestrations, son génie du rythme, son approche personnelle des folklores lui confèrent un statut singulier, celui d'un compositeur savant d'expression populaire. Ce retour à la Cinémathèque française, soixante ans après ses premières séances à Chaillot, permettra de mesurer à quel point cet homme discret et élégant a fait œuvre de révolution. Comme une confirmation de son credo : « J'ai toujours cherché à détruire les barrières qui séparent les hommes, tant sur le plan des idées que de la musique. »

« Lalo Schifrin par Lalo Schifrin. Une leçon de cinéma. Et surprise musicale  »
« Rencontre avec Lalo Schifrin animée par Stéphane Lerouge et Bernard Benoliel, suivie d'une surprise musicale et de la projection de L'Inspecteur Harry, le 9 novembre 2016 à la Cinémathèque française. »

« Le metteur en scène, c'est le cerveau ; le producteur, les poumons ; le directeur de la photo, les yeux ; le compositeur... Le compositeur, ce sont les oreilles. Il lui faut prendre en compte tout ce qui a déjà été fait, être réceptif à l'agencement général. Le musicien doit suivre, ou parfois, faire l'inverse. Il ne doit pas seulement penser au rythme, mais aussi à l'harmonie. » (Lalo Schifrin)

« Lalo Schifrin : Mission : Impossible, Mannix... »
Arte diffuse sur son site Internet « Lalo Schifrin : Mission : Impossible, Mannix...  », concert filmé le 3 février 2023 dans l’Auditorium de Radio France, Paris.

« Lalo Schifrin est à l’origine de partitions qui ont marqué l’histoire du grand et du petit écran. Le célèbre compositeur de films est décédé le 26 juin 2025 à l'âge de 93 ans. Le chef Victor Jacob et l’Orchestre philharmonique de Radio France rendaient hommage à ce mastodonte de la pop culture dans l’auditorium de Radio France en février 2023. »

« C’est à Lalo Schifrin que l’on doit les BO emblématiques de Mission : Impossible, Dirty Harry, Starsky & Hutch… Autant d'œuvres audiovisuelles qui ont marqué le XXe siècle et qui doivent beaucoup à ce jeune compositeur argentin devenu star d’Hollywood. »

« En clin d’œil au passage de Lalo Schifrin sur les bancs du Conservatoire national de Paris, ce concert s’ouvre sur une création des étudiants de la classe de composition pour l’image du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Lyon. A cette découverte s’ajoute bien sûr l’interprétation des plus célèbres compositions de Lalo Schifrin : Mannix, The Fox, Dirty Harry Suite, Mission : Impossible… »

Programme :
LALO SCHIFRIN
Un hommage à Lalo Schifrin (commande de Radio France)

Mannix (version pour piano solo)
Mannix
Opération Dragon
Les félins
The Fox
Dirty Harry Suite
Le Kid de Cincinnati
Invisible City
Tango del atardecer
Jazz Piano Sonata - 3ème mouvement (création mondiale)
Concierto caribeño pour flûte et orchestre (Allegro vivace)
Mission : impossible (The Plot)
Mission : impossible (Final)

Chapitres
0:53
Mannix (Version piano)
3:40
Mannix
7:00
Opération Dragon (Enter The Dragon)
13:38
Les Félins
18:52
Le Renard (The Fox)
24:44
L'Inspecteur Harry (Dirty Harry), Suite
33:11
Un Hommage À Lalo Schifrin
47:43
Le Kid De Cincinnati (The Cincinnati Kid)
53:41
Invisible City
1:00:34
Tango Del Atardecer
1:06:45
Jazz Piano Sonata - 3ème Mouvement (Création Mondiale)
1:11:28
Concierto Caribeño Pour Flûte Et Orchestre (Allegro Vivace)
1:19:52
Mission : Impossible (The Plot)
1:22:50
Mission : Impossible (Final)
1:30:03
Bullitt
1:36:46
Cool Hand Luke

« Les B.O. de Lalo Schifrin »
« Blow up  », c’est l'actualité du cinéma (ou presque). Chaque semaine, le magazine proposé par Luc Lagier pose un regard ludique et décalé sur le cinéma. »

Dans ce cadre, Arte diffuse « Les B.O. de Lalo Schifrin » de Thierry Jousse.

« Blow up revient sur le compositeur cultissime, connu notamment pour les B.O. de Bullitt, THX 1138 ou Mission : impossible. »


Concert filmé le 3 février 2023 dans l’Auditorium de Radio France, Paris.
Production : France Musique
Direction musicale : Victor Jacob
Orchestre : Orchestre Philharmonique de Radio France
Supervision artistique : Stéphane Lerouge
France, 2023, 105 min
Disponible jusqu'au 02/02/2027

« Les B.O. de Lalo Schifrin » de Thierry Jousse
France, 2023, 16 min
Production : CAMERA LUCIDA PRODUCTIONS
Producteur : Jean-Stéphane Michaux
Auteur : Luc Lagier
Disponible jusqu'au 11/01/2029


jeudi 20 août 2026

« Károly Ferenczy. Modernité hongroise »

Le Petit Palais présente la première rétrospective française « Károly Ferenczy. Modernité hongroise ». « Avec près de 140 œuvres, le parcours met en évidence les multiples facettes de la démarche − paysages, portraits, scènes familiales, sujets bibliques, nus ou caricatures − de Károly Ferenczy (1862-1917), artiste inclassable et polyglotte, et révèle son rôle fondamental dans l’émergence d’une école artistique proprement moderne en Hongrie.»

Le congrès de Vienne ou l’invention d’une nouvelle Europe
« Le fils de Saul » par László Nemes 

Károly Ferenczy (1862-1917) est né en 1862 à Vienne, alors dans l'Empire austro-hongrois, sous le nom de Carl Freund. Son père  est officier de construction ferroviaire autrichien, et sa mère Ida Graenzenstein. Anobli à Budapest, Karel Freund change son nom patronymique pour un nom hongrois, Ferenczy.

« Aussi célèbre en Hongrie qu’il est méconnu en France, Károly Ferenczy (1862-1917) est une figure majeure de la modernité en Europe centrale. Son oeuvre profondément singulier l’impose comme l’un des grands peintres du tournant des XIXe et XXe siècles. Par cette première rétrospective française, le Petit Palais entend mettre en lumière son originalité fondamentale. Ni naturaliste, ni symboliste, ni impressionniste, ni nabi, mais un peu tout cela à la fois, il incarne le cosmopolitisme de la fin-de-siècle dans toute l’étendue de sa culture. Membre fondateur d’une colonie d’artistes installée au coeur de la nature, Ferenczy fait de la peinture de plein air l’une de ses pratiques les plus emblématiques. Il prône le collectif comme idéal artistique et cherche dans la nature l’expression d’une spiritualité syncrétique. Sous son pinceau, le soleil apparaît souvent comme un protagoniste central dans des paysages d’une lumière sans équivalent. »

« Avec près de 140 œuvres, le parcours met en évidence les multiples facettes de sa démarche − paysages, portraits, scènes familiales, sujets bibliques, nus ou caricatures − et révèle son rôle fondamental dans l’émergence d’une école artistique proprement moderne en Hongrie.»

L’exposition a été conçue en collaboration avec le Musée des Beaux-Arts de Budapest et la Galerie nationale hongroise. »

« Conçue comme un parcours principalement chronologique ponctué de sections thématiques, l’exposition retrace l’évolution stylistique de Ferenczy, depuis ses oeuvres de jeunesse marquées par ses voyages en Italie et en France jusqu’à ses dernières années. »

« Le visiteur est accueilli par un autoportrait entouré de deux oeuvres présentant l’artiste dirigeant la pose de son modèle. Cette entrée en matière introduit d’emblée les deux pôles structurants de son travail qui irriguent l’ensemble de sa carrière : la peinture de plein air et le travail en atelier. Les premières salles présentent ensuite ses oeuvres de jeunesse, réalisées à l’issue de ses voyages de formation, notamment en Italie, ainsi que ses premières années passées à Szentendre, en Hongrie. Ces tableaux témoignent de la culture visuelle acquise au contact des grands maîtres européens et de l’influence durable de son séjour parisien à l’Académie Julian. »

« L’exposition se poursuit par un ensemble thématique consacré aux portraits de ses proches : son épouse, son père, ses enfants et révèle un regard intime et attentif. Cette dimension personnelle entre en résonance avec une période décisive de sa formation : son séjour à Munich. L’oeuvre de Ferenczy y évolue vers un langage plus symboliste, étroitement lié à la nature, où la forêt devient un motif central. Plusieurs tableaux majeurs comme Le Chant d’oiseau (1893) ou Orphée (1894) illustrent cette transformation, affirmant une nouvelle profondeur narrative et spirituelle. »

« L’installation de Ferenczy dans la colonie artistique de Nagybánya marque un tournant essentiel dans sa carrière. Il y atteint une maturité artistique pleine et durable. Des oeuvres emblématiques de cette période témoignent de son originalité : sujets religieux transposés dans des paysages contemporains, coexistence de temporalités multiples et inscription d’une spiritualité diffuse au coeur de la vie quotidienne. Les thèmes bibliques, abordés à plusieurs reprises au fil du parcours, y trouvent une expression singulière, mêlant iconographie sacrée, observation de la nature et références au monde moderne. »

« L’exposition met également en lumière le dialogue étroit entre peinture et littérature au sein du cercle de Nagybánya, notamment à travers les illustrations réalisées par Ferenczy pour les poèmes de József Kiss. Ce lien souligne le caractère profondément intellectuel de l’artiste, lecteur passionné et fin connaisseur de la littérature européenne. Son ouverture sur le monde se prolonge dans l'attention qu'il porte aux scènes de la vie quotidienne et aux figures observées dans les environs de Nagybánya : paysans, bûcherons, bohémiens, cavaliers et petits métiers. Présentées en regard d’oeuvres d’artistes hongrois contemporains, ces peintures mettent en évidence la singularité de son regard et son rôle moteur dans l’émergence d’une modernité hongroise. »

« Après 1900, la peinture de Ferenczy s’ouvre à une période de grande luminosité. Paysages, scènes de baignade, rivières et chaumières traduisent une sérénité nouvelle et une maîtrise accomplie de la couleur et de la composition. Dans le même temps, Ferenczy poursuit son travail de portraitiste, élargissant son attention au milieu intellectuel et artistique qu’il fréquente, tout en développant une pratique plus libre et satirique à travers des caricatures révélant une facette plus intime et humoristique de son oeuvre. Les dernières années de sa carrière sont marquées par une exploration renouvelée de la représentation du corps. Les nus féminins, traités dans une approche classique en atelier, dialoguent avec des figures masculines saisies dans des contextes dynamiques, telles que le cirque ou l’athlétisme, où la mise en scène du mouvement occupe une place centrale. Cette réflexion trouve un prolongement majeur dans le vaste projet de La Pietà, auquel Ferenczy se consacre longuement entre 1913 et 1916. Cette oeuvre située au croisement de la peinture religieuse et d’histoire apparaît comme l’ultime et insolite chef-d’oeuvre du peintre, qui meurt avant que ne s’achève la Première Guerre mondiale. »

« Le parcours s’achève sur une série de paysages tardifs d’une intensité chromatique exceptionnelle. Dans ces oeuvres, la nature devient vibrante et presque méditative, témoignant de la pleine maîtrise picturale de Ferenczy. L’exposition se conclut avec Le Mur rouge IV (1910), tableau emblématique tant par la force de sa couleur que par l’atmosphère contemplative qui s’en dégage, laissant au visiteur un souvenir durable de l’art d’un peintre majeur de la modernité en Europe centrale. »

L’exposition a été conçue en collaboration avec le musée des Beaux-Arts de Budapest et la Galerie nationale hongroise.

Le commissariat général est assuré par Annick Lemoine, présidente de l’établissement public des musées d’Orsay et de l’Orangerie, et le commissariat scientifique par Ferenc Gosztonyi, historien de l’art, chef de projet et muséologiste à l’Institut de recherche en histoire de l’art d’Europe centrale (KEMKI), Réka Krasznai, conservatrice en chef, directrice du département des peintures, Musée des BeauxArts de Budapest - Galerie nationale hongroise, Edit Plesznivy, conservatrice en chef, chargée des peintures hongroises des XIXe et XXe siècles, Musée des BeauxArts de Budapest – Galerie nationale hongroise, Baptiste Roelly, conservateur du patrimoine en charge des dessins, estampes, manuscrits et livres anciens au Petit Palais.

Catalogue de l’exposition
Károly Ferenczy. Modernité hongroise
« Károly Ferenczy (1862-1917), est peut-être moins connu en France que son contemporain et rival, le nabi József Rippl-Rónai. Son art n'en est pas moins remarquable. Cette première monographie en langue française révèle un artiste qui combine un naturalisme atypique avec un esthétisme « fin de siècle » et souligne l’importance et les singularités de sa peinture dans le contexte européen de son époque. Ferenczy est un artiste éminemment cultivé et profondément intellectuel.
C’est un lecteur passionné, doté d’une connaissance profonde de la littérature internationale. Il fréquente assidûment la bibliothèque spécialisée en histoire de l’art du Musée des Beaux-arts de Budapest, voyage beaucoup, visite les collections des grands musées européens. De 1887 à 1889, Ferenczy fait des études à l’Académie Julian à Paris. C’est à cette époque qu’il découvre la littérature contemporaine française. Il développe une aversion pour les romans trop «matérialistes» de Zola, mais s’enthousiasme pour Baudelaire et Huysmans.
Ce livre retrace la carrière de Ferenczy en mettant en lumière la diversité stylistique de son oeuvre et en montrant son rôle capital dans l’émergence d’une modernité hongroise.
Annick Lemoine, présidente de l'établissement public des Musées d'Orsay et de l'Orangerie Auteurs : Ferenc Gosztonyi, conservateur en chef, musée des Beaux-Arts de Budapest – Institut de recherche en histoire de l’art d’Europe centrale (Kemki) ; Réka Krasznai, conservatrice en chef, directrice du département des peintures, musée des Beaux-Arts – Galerie nationale hongroise, Budapest ; Edit Plesznivy, conservatrice en chef, chargée des peintures hongroises des XIXe et XXe siècles, musée des Beaux-Arts – Galerie nationale hongroise, Budapest ; Baptiste Roelly, conservateur du patrimoine en charge des dessins, estampes, manuscrits et livres anciens au Petit Palais – Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris. »
Format : 22 x 28 cm
Pagination : 240
Façonnage : Relié
Illustrations : 100 env.
39 €


Parcours de l’exposition

INTRODUCTION
« Aussi célèbre dans sa Hongrie d’origine qu’il est méconnu en France, Károly Ferenczy est un peintre parmi les plus singuliers du XIXe siècle et du début du XXe siècle. Ni naturaliste, ni symboliste, ni nabi, ni impressionniste, mais un peu tout cela à la fois, il impose son originalité profonde à l’école hongroise et s’affirme comme une figure de proue de sa modernité. Issu d’une famille aisée, il voyage en Italie, en France, en Allemagne et se forge une solide culture européenne. Trop cosmopolite pour ne retenir que le folklore et le pittoresque hongrois dans ses oeuvres, Ferenczy est aussi trop indépendant pour n’être qu’un suiveur des courants modernes qui se développent dans les capitales de l’art. Tout en étant solitaire dans sa démarche artistique, il contribue de manière décisive à créer, à Nagybánya, une colonie d’artistes qui placent la nature au centre de leur philosophie et dont le quotidien est rythmé par des excursions pour peindre en plein air. L’Antiquité et les maîtres anciens que le peintre découvre en Italie demeurent des références essentielles tout au long de sa carrière, de même qu’il conserve toujours quelque chose du naturalisme auquel il s’est rompu à l’académie Julian à Paris et du symbolisme, caractéristique de l’Europe centrale, qu’il assimile à Munich. Si ses styles évoluent à mesure que son métier s’affine, certaines thématiques traversent sa carrière de part en part : la famille, le sacré, la nature… Sophistiqué et exigeant, Ferenczy sait aussi se concentrer sur les enjeux proprement picturaux de son métier et livre des morceaux de peinture parmi les plus éblouissants de son temps. »

FAIRE DE SON IMAGE UN MANIFESTE
« Réunies autour d’un autoportrait, deux oeuvres montrent Károly Ferenczy ajustant la pose de son modèle dans des environnements différents. Le peintre se met en scène dans un geste d’intimité créatrice et livre une part essentielle de sa démarche artistique. Les traits de l’artiste s’y révèlent par là entre deux de ses chefs-d’oeuvre, qui se répondent à la manière de pendants pour évoquer les deux principaux versants de son activité. Infatigable promeneur qui fait de la représentation du paysage en plein air l’une de ses pratiques d’élection, Ferenczy s’impose aussi comme un peintre de l’intimité familiale, des vues d’intérieur et du travail en atelier. Dans un cas comme dans l’autre, l’artiste étudie soigneusement ses cadrages et veille à ne laisser aucune pose au hasard. Le tableau représentant l’atelier de Ferenczy est à l’origine de l’un de ses plus grands succès internationaux : il lui a valu de recevoir une médaille d’or lors de la 6e Biennale de Venise en 1905. »

TEMPS 1
UN ARTISTE EN DEVENIR (1884-1896)

Des racines européennes
« Issu d’une famille originaire de Vienne et installée à Budapest, Károly Ferenczy baigne dès son plus jeune âge dans le cosmopolitisme caractéristique des élites de l’Europe centrale au XIXe siècle. Outre le hongrois, il lit aussi bien l’allemand, le français et l’anglais que l’italien. Entre Vienne et Rome, Naples et Paris, Munich et Budapest, les voyages qu’il entreprend pour se former dans les principales capitales de l’art lui permettent de développer un ancrage européen et une culture particulièrement large, sur les plans littéraire et visuel aussi bien que philosophique et historique. Ferenczy étudie les paysages, les vestiges antiques et les maîtres anciens en Italie, baigne dans le symbolisme à Munich, se laisse subjuguer par un naturalisme quasi photographique inspiré du peintre Jules Bastien-Lepage à Paris. Ces expériences et stimulis cumulés se décantent une première fois dans les oeuvres qu’il réalise à Szentendre, une ville située aux abords de Budapest, sur les rives du Danube, et dans laquelle il s’installe au terme de ses voyages. »

Visages familiers
« La cellule familiale joue un rôle essentiel dans la vie et dans l’oeuvre de Károly Ferenczy, qui dépeint les différents membres de sa famille tout au long de sa carrière. Son père, collectionneur de tableaux, fut l’un des membres fondateurs de la Société nationale hongroise des beaux-arts (OMKT). Son frère aîné, Ferenc s’illustre dans l’écriture de pièces de théâtre et son épouse, Olga Fialka, est elle-même artiste avant de renoncer à sa carrière pour élever leurs trois enfants et assurer le quotidien familial. Leur fils aîné, Valér, est destiné par son père à devenir peintre à son tour. Son autre fils, Béni, se forme à la sculpture et sa jumelle, Noémi, se tourne quant à elle vers les arts textiles. Tous trois bénéficieront d’une grande reconnaissance et seront considérés comme des artistes de premier rang. Les voyages, les visites de musées et les conversations esthétiques font partie de la vie familiale. »
« Les enfants effectuent leurs études à Munich, Paris, Vienne et Florence. En 1916, une exposition « familiale » est conjointement consacrée aux oeuvres du père et de ses trois enfants au musée Ernst de Budapest. »

Munich : l'éveil symboliste
« Károly Ferenczy quitte Szentendre en 1893 pour Munich, où il réside avec sa famille jusqu’en 1896. Ce séjour est un tournant dans l’oeuvre du peintre, qui s’ouvre aux inspirations bibliques et mythologiques. Il modifie sa technique et s’éloigne de la facture minutieuse des années précédentes. À la lumière unifiée des toiles naturalistes succèdent l’ombre et l’incertitude du crépuscule. Le paysage prend une place de plus en plus importante : Ferenczy fait de la forêt son nouveau terrain d'expérimentation. Plus grande que nature, la représentation d’Adam frappe par sa frontalité. Entouré d’animaux sauvages, le premier homme selon la tradition biblique s’éveille à la conscience et à la beauté de la Création. »
« Dans la monographie qu’il consacre à son père, Valér Ferenczy décrit cette oeuvre comme l’image du propre éveil du peintre à la nature. Cette communion avec le paysage est au coeur de son Autoportrait et du Chant d'oiseau. Mystérieuses et sensorielles, ces oeuvres convoquent l’ouïe, mais aussi la vue. Le nouveau regard que Ferenczy porte sur le monde est celui d’un symbolisme aussi envoûtant qu’énigmatique. »

TEMPS 2
UN ARTISTE ACCOMPLI (1896-1900)

Nagybánya, les premières années (1896-1900) : un atelier à ciel ouvert
« Dans les années 1890, de nombreux artistes d’Europe centrale rompent avec les circuits officiels des académies et salons pour s’installer à la campagne et pratiquer leur art plus librement. Pris dans cette tendance, Károly Ferenczy s’installe à Nagybánya avec ses amis Simon Hollósy, István Réti, Béla Iványi Grünwald ou János Thorma. Dans cette petite ville minière qui se trouve aujourd’hui en Roumanie, ils fondent une colonie d’artistes placée sous le signe du travail en plein air, de la vie collective et de la rupture avec la tradition. Le mouvement prend de l’ampleur, jusqu’à compter une cinquantaine de membres. Opérant un parallèle avec l’école française, un journal hongrois s’interroge en 1896 : « Et si Millet, Corot et Manet, peintres français mondialement connus, ont répandu grâce à leur art une lumière somptueuse sur toute la grande France depuis la petite ville de Barbizon, pourquoi une peinture belle, forte, saine et en tout point hongroise mais toujours de qualité européenne ne pourrait-elle pas se développer à Nagybánya ! »

Sacré
« Présente dans l’oeuvre de Ferenczy dès sa période munichoise, l’iconographie sacrée prend de l’importance après son installation à Nagybánya. Selon les témoignages de ses contemporains, Ferenczy n’était pas croyant. Son intérêt pour les sujets bibliques s’explique sans doute par son approche singulière de l’art, située à la jonction du naturalisme et du symbolisme. Le soleil ou le paysage se voient investis de connotations sacrées par les récits qu’ils accompagnent et la synthèse de ces différents registres n’est pas sans évoquer une conception panthéiste de la nature qui est largement répandue en Europe centrale à la fin-de-siècle. Le sacré serait ainsi partout dans la nature et il ne serait pas plus étonnant de voir les rois mages cheminer dans les forêts de Nagybánya que d’y assister au sermon de Jésus sur le flanc d’un vallon. L’intensité des drames humains qui se jouent dans la Bible semble avoir particulièrement intéressé Ferenczy. Dans plusieurs oeuvres, il traite des relations familiales, le plus souvent des relations père-fils ou de la complexité des liens fraternels. »

József Kiss, un poète à Nagybánya
« Aujourd’hui peu connu, József Kiss (1843-1921) est un poète hongrois dont l’oeuvre est parcourue par les thématiques de l’amour, du voyage, de l’histoire hongroise et de l’identité juive. En 1896, Kiss se rend à Nagybánya afin de proposer aux artistes qui s’y trouvent de participer à l’illustration d’une édition particulièrement luxueuse de ses poèmes. Károly Ferenczy, Simon Hollósy, Béla Iványi Grünwald, János Thorma et István Réti acceptent. Ferenczy retient douze poèmes, pour lesquels il réalise quatorze dessins et peintures. Dans ses illustrations, très graphiques par leur esthétique, l’expression naturaliste et tonale des scènes de la vie quotidienne se combine avec des accents décoratifs propres à l’Art nouveau (formes végétales, courbes, etc.). Iványi Grünwald réalise vingt-deux illustrations pour le recueil, Hollósy en livre cinq, Réti seize et Thorma quatre. La présentation de l’ouvrage en novembre 1897 est à l’origine de la première exposition publique du collectif de Nagybánya à Budapest. »

Le peuple de Nagybánya
« Károly Ferenczy réalise plusieurs toiles qui montrent les habitants de Nagybánya et leurs traditions populaires, sans pour autant tomber dans l’illustration anecdotique du folklore hongrois. Il inscrit dans le paysage des paysans, des bûcherons ou des tziganes saisis dans leurs activités quotidiennes. Ses confrères nagybaniens Béla Iványi Grünwald, Oszkár Glatz ou János Thorma font de même. Lorsqu’ils s’installent dans la ville, le travail dans les mines représente la principale source d’emploi pour les habitants. Ils font aussi bien poser ces derniers que les membres de leur propre famille pour réaliser leurs plus grandes compositions, mais se servent aussi mutuellement de modèles. Les artistes qui séjournent à Nagybánya et y prennent leurs habitudes, conservent leur résidence principale à Budapest et demeurent des citadins « étrangers » aux yeux de la population locale. »

Peindre au soleil
« A rebours du naturalisme ou des notes de symbolisme qui teintent sa première période, Károly Ferenczy évolue vers un chromatisme puissant et une touche simplifiée qui atteignent leur aboutissement dans son travail de plein-air à Nagybánya. Ce pan de sa carrière est appelé période « plein soleil ». Les tableaux que réalise alors l’artiste réservent un rôle clef à la lumière solaire. La meilleure manière de représenter l’effet du soleil sur un paysage devient la problématique centrale de son art, qui se concentre sur des sujets d’extérieurs tels des baigneurs, des paysages purs ou des loisirs de plein-air. Il expérimente beaucoup à cette fin, alternant les formats de ses toiles pour retenir des proportions de support qui lui semblent idéales et pratiquant tant la peinture à l’huile que la tempera pour envisager différents effets de matière. C’est en déclinant cette question de la lumière solaire que Ferenczy réalise certains de ses principaux chefs-d'œuvre, tels Au sommet de la colline (1901) et La Peintre (1903). »

TEMPS 3
ULTIMES EXPÉRIMENTATIONS (1906-1917)

Le corps en scène
« À partir de 1906, après avoir obtenu un poste de professeur à l’École supérieure des beaux-arts de Budapest, Ferenczy revient au travail en atelier pour réaliser des nus ou des sujets urbains, comme ses tableaux représentant le monde du cirque (acrobates, lutteurs…). Les séries des nus et du cirque s’articulent autour du même problème artistique séculaire qu’est la représentation des corps. Alors même que cette facette de son travail est souvent négligée au profit de ses seuls paysages, la beauté et le corps humain en tant que sujets de peinture ont joué un rôle important dans l’art de Ferenczy. À mesure qu’il avance en âge, il se concentre de plus en plus sur l’interprétation et le renouvellement de traditions picturales remontant à la Renaissance. Ses nus engagent ainsi un dialogue avec Titien, Vélasquez ou Courbet. En tant que familier du monde du théâtre, du cirque, du music-hall et du sport, Ferenczy étudie particulièrement les corps et mouvements des athlètes après 1910. »

La Pietà, dernier tableau sacré
« Sa Pietà est le dernier tableau religieux de Károly Ferenczy. L’artiste le présente à la 11ème Biennale de Venise, en 1914, ainsi qu’à Budapest, au palais des Expositions, en 1915. Il la considère comme l’une de ses œuvres les plus importantes, avant de la découper pour une raison inconnue. Il n’en demeure que trois fragments, une photographie d’archive et des études préparatoires. Le naturalisme extrême du corps du Christ et le fond sombre et homogène, caractéristique de la dernière période de l’artiste, forment un contraste saisissant. En 1915-1916, Ferenczy lutte contre la maladie et projette une seconde Pietà, qui restera inachevée. Les dessins réalisés par l’artiste pour cet autre tableau montre qu’il se distinguait principalement de la première version par la présence d’un ange qui tient une palme. »

Ferenczy portraitiste
« Le portrait occupe une place prépondérante dans la production de Károly Ferenczy : il correspond à plus d’un cinquième de son oeuvre, qui compte environ quatre cents tableaux dans l’ensemble. Outre ses célèbres autoportraits, les portraits de Ferenczy les plus connus sont ceux des membres de sa famille ou de ses amis. Ces tableaux à l’atmosphère intime témoignent d’un intérêt profond pour les subtilités de la nature humaine. »
« Le cercle d’amis de l’artiste est notamment représenté ici par le double portrait du peintre de Nagybánya d’origine espagnole Cézár Herrer et son épouse. Il a aussi répondu à des commandes de nombreuses personnalités hongroises, écrivains, journalistes ou collectionneurs et c’est ainsi tout le milieu dans lequel il baigne qui ressort de cette galerie de portraits. Ses dessins et caricatures comptent également certains des portraits les plus virtuoses ou drôles qu’il ait réalisé. »

Derniers paysages
« Bien qu’installé principalement à Budapest à compter de 1906, Károly Ferenczy conserve sa maison et son atelier à Nagybánya, où il continue d’effectuer des séjours réguliers. Ferenczy, qui pratique plusieurs sports, partage son amour de l’équitation avec sa famille et peint, à plusieurs reprises, ses enfants à cheval. Si l’on se réfère à sa correspondance, le tir à l’arc fait partie de leurs activités sportives à partir de 1905. Les paysages qu’il réalise dans ce dernier temps de sa carrière se démarquent des précédents par une nouvelle palette et une atténuation de la lumière solaire.
Il continue à effectuer de longues excursions ou des chevauchées familiales et s’emploie dorénavant surtout à restituer les couleurs délicates des variations d’une atmosphère tantôt couverte, tantôt ensoleillée. Cette subtilité nouvelle, proche des recherches des peintres nabis, tranche avec ses œuvres précédentes et joue de vibrations chromatiques aux tonalités sourdes pour mieux apprivoiser les couleurs les plus vives. »


Du 14 avril au 6 septembre 2026
Musée des Beaux-arts de la Ville de Paris.
Avenue Winston-Churchill, 75008 Paris.
Tel : 01 53 43 40 00
Du mardi au dimanche de 10h à 18h.
Nocturnes les vendredis et samedis jusqu'à 20h.
Visuels 
Affiche
Károly Ferenczy, Au sommet de la colline, 1901. Huile sur toile, 110 x 141,5 cm.
Musée des Beaux-Arts – Galerie nationale hongroise. © Musée des Beaux-Arts –
Galerie nationale hongroise, 2026.
Photographie recadrée

Károly Ferenczy, Le Peintre et son modèle dans la forêt, 1904.
Huile sur toile, 120 × 135 cm.
© Collection Barbara Czapolai

Károly Ferenczy, Jeunes filles cultivant des fleurs,1889.
Huile sur toile, 110 × 110 cm.
Collection particulière. Photo Tibor Master.

Károly Ferenczy, La Femme peintre, 1903.
Huile sur toile, 136 × 129,6 cm.
Musée des Beaux-Arts de Budapest – Galerie nationale hongroise. © Galerie nationale hongroise - Musée des Beaux-Arts, Budapest, 2026