Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

jeudi 21 mai 2026

Les juifs de Champagne au Moyen-âge

Dans l’ancien comté de Champagne, des communautés juives ont vécu du XIe au XIIIe siècles, actives sur les plans économiques et spirituels. Le CARAN (Centre d’accueil et de recherche des Archives nationales) accueille l’exposition « Les juifs de Champagne au cœur de la vie médiévale  ». Entrée gratuiteDans ce cadre, le 21 mai 2026, de 09h30 à 17h30, le musée d'art et d'histoire du Judaïsme (mahJ) a accueilli la Journée d'études « Les juifs en Champagne au Moyen Âge. Enjeux et héritages d’une présence pluriséculaire ». 

« Louise Weiss, une femme pour l’Europe » par Jacques Malaterre 
« Alger, la Mecque des révolutionnaires (1962-1974) » par Ben Salama 
Les mutilations génitales féminines
« La femme, la république et le bon Dieu » d’Olivia Cattan et d’Isabelle Lévy

Documentaires sur l'avortement sur Arte 

La Champagne est située au nord-est de la France, près de la frontière avec la Belgique. 

Rachi et les Communautés juives du comté de Champagne
En 2020, Aube en Champagne Tourisme et Congrès ont édité la brochure Rachi et les Communautés juives du comté de Champagne.

L’Aube, une histoire juive exceptionnelle
« Au cœur de l’Aube, l’ancien comté de Champagne a compté de prestigieuses communautés juives du XIe au XIIIe siècles. »
« Rachi, Rabbi Salomon fils d’Isaac, immense commentateur des textes sacrés du judaïsme, y naît à Troyes en 1040. Il donne une impulsion inattendue à la créativité intellectuelle des Juifs de Champagne. »
« Après lui, de nombreux érudits qui se réclament de son École champenoise, influencent les autres communautés juives dans l’interprétation de la Bible et du Talmud. Le nom de l’illustre comté de Champagne se propage alors dans tout l’Occident. »
Leurs commentaires et leurs décisions juridiques sont les uniques témoignages de cette époque, attestant d’une activité intellectuelle intense et d’une vie juive locale florissante. »

La Champagne, carrefour intellectuel du Moyen Âge
« Au XIe siècle, la Champagne est un territoire dirigé par les comtes de Champagne et de Brie, puissants vassaux du roi de France. Les Juifs y vivent depuis plusieurs siècles et jouissent de conditions de vie plutôt favorables. » 
« De nombreux échanges animent les relations entre les communautés juives et chrétiennes qui parlent la même langue, pratiquent les mêmes métiers et vivent dans les mêmes quartiers. »
« Dès le XIIe siècle, les comtes Thibaud II de Champagne puis Henri Ier le Libéral, favorisent l’effervescence intellectuelle du comté. Ils partagent la compagnie de nombreux érudits tels que Bernard de Clairvaux, Chrétien de Troyes, Pierre le Mangeur (Petrus Comestor) ou Abélard, et communiquent avec les Sages des communautés juives de Champagne dans une certaine convivialité. »
« Jusqu’au XIIIe siècle, les familles juives produisaient le vin nécessaire à leur consommation courante. On ignore si Rachi était vigneron de métier, mais la vigne faisait partie de son quotidien : il décrit abondamment la plante et ses maladies, les outils et techniques de la récolte et de la production de vin, l’ambiance des vendanges ou encore le goût du vin. Il est attesté que Rabbenou Tam percevait des revenus commerciaux liés aux produits de ses vignes. Cette proximité avec la vigne et le vin s’illustre par de nombreux mots techniques en champenois qui figurent dans leurs écrits. »

Les autres communautés juives médiévales de Champagne
« Au XIIIe siècle, la Champagne riche et puissante, regroupe près de 50 communautés juives prospères : Troyes, Ramerupt*, Dampierre, Villenauxe-la-Grande, Lhuître, Ervy-le-Châtel, Chappes, St-Mardsen-Othe, Bar-sur-Aube, Mussy-sur-Seine, Briennele-Château, Plancy-l’Abbaye, Trannes... En dehors de l’actuel Département de l’Aube, l’ancien comté de Champagne et de Brie comptait d’autres communautés juives à Vitry, Provins, Joinville, Sens ou Château-Thierry… »
« A Troyes, la vie juive s’organise dans le quartier de la Broce-aux-Juifs, aujourd’hui Quartier Saint-Frobert. Un autre quartier a probablement existé près de l’actuelle église Saint-Pantaléon (rue de la Synagogue). »
« Les conditions changent sous Louis IX qui limite drastiquement les droits des Juifs. Puis, Philippe le Bel et Charles VI expulsent les Juifs du royaume de France respectivement en 1306 puis à nouveau en 1394 pour une période de quatre siècles. La Champagne va progressivement oublier ces temps de partage féconds avec les Juifs qui y vivaient depuis des siècles. »
« Aujourd’hui, les élèves des Yeshivot du monde entier (Ecoles talmudiques) apprennent toujours les noms de ces villages de l’Aube, que les Sages portaient fièrement accolés à leur prénom. »

* « La prétendue tombe de Rabbenou Tam n’est pas avérée historiquement ni reconnue par le Consistoire Israélite de Paris. »

« La vie champenoise médiévale mise à l’honneur dans les textes juifs »
« La langue natale des Juifs de Champagne est le champenois, dialecte de la langue d’oïl. Ils parlent et connaissent mal l’hébreu. Aussi, dans leurs commentaires, les Sages des communautés juives traduisent souvent des mots hébreux en champenois et y décrivent des situations de la vie quotidienne. Une méthode qui facilite l’accès à la lecture et à l’étude des textes sacrés.
Les commentateurs nous transmettent ainsi les mots d’une langue vivante oubliée et de très nombreux témoignages sur la vie locale de l’époque : métiers, vêtements, faune, flore, relations entre Juifs et Chrétiens, organisation du comté,... »
« Ne maîtrisant pas l’alphabet latin, les commentateurs juifs transcrivent ces nombreux mots champenois en lettres hébraïques. Voici quelques mots retrouvés dans leurs commentaires. Devinez leur sens aujourd’hui : kalve sorits, viz, menusière, faldestole, esterles, loche, bevrone, bot, garove, paveil, déintière, chout... Réponses : « chauve-souris, escalier en colimaçon, couper en petits morceaux, chaise pliante, lacets, lampe, castor, crapaud, loup, jonc, friandises, chut »

L’incroyable destin de Rachi dans la petite ville de Troyes en Champagne
« Rachi quitte Troyes pour parfaire ses études religieuses en Rhénanie. De retour dans sa ville natale, il fonde un cercle d’étude dans lequel il formera une vingtaine d’élèves à une méthode d’exégèse* révolutionnaire. »
« Depuis Troyes, il consacre toute sa vie à commenter le Talmud et la Bible hébraïque. »
« Érudit accompli, il est consulté par de nombreuses communautés. »
« Ses trois filles lui assurent une descendance nombreuse. Il meurt à 65 ans, le 13 juillet 1105. Enterré à Troyes avec tous les honneurs, sa tombe a disparu, le cimetière juif du quartier Preize ayant été détruit au XVIe siècle pour agrandir la ville. Rachi reste aujourd’hui lu et étudié par les Juifs du monde entier qui le considèrent comme le « commentateur par excellence ».

L’école des Tossafistes, pur produit champenois
 « A la suite de Rachi, ses gendres et ses petits-fils, tels que Rabbenou Tam et Rachbam, fondent l’école des Tossafistes, « ceux qui rajoutent ». L’école rayonne d’abord depuis le village de Ramerupt jusqu’en 1146. Dampierre avec Isaac, arrière-petit-fils de Rachi, puis Sens, alors situé dans le comté ecclésiastique voisin, en reprennent ensuite le flambeau. »
« Lorsque le comté entre dans le royaume de France entre 1285 et 1305, Paris en devient l’épicentre. Présents en France du Nord, en Angleterre et en Rhénanie, les Tossafistes s’inspirent de la méthode d’exégèse de Rachi pour produire de manière collective, un brillant commentaire du Talmud. Il va traverser les siècles pour devenir une référence jusqu’à nos jours, complétant le commentaire de Rachi. »
« Rachi et les Tossafistes sont de grands pédagogues. Ils utilisent parfois des dessins et décrivent leur quotidien pour mieux expliquer les lois et les concepts des textes sacrés. Ainsi ils donnent de nombreuses informations sur les outils et les techniques permettant de travailler la vigne et de produire du vin, mais aussi de fabriquer du pain, de travailler le verre ou de construire des maisons ou des puits. Ils sont de véritables passeurs d’histoire ! »

La synagogue de Troyes et la Maison Rachi
« Les synagogues médiévales n’existent plus en Champagne. »
« Depuis 1960 une synagogue est installée rue Brunneval à Troyes dans un ancien immeuble aristocratique du XVIIe siècle. Les 2000 m2 de bâtiments ont été magnifiquement restaurés en 2016.
Depuis 2017, parallèlement au culte, la synagogue offre dans ses murs, un parcours muséographique audacieux pour découvrir Rachi, son histoire et son oeuvre grâce à une scénographie immersive et numérique innovante, « la Maison Rachi ».

Abel LAMAUVINIERE
"Premier diplômé de l'institut Rachi, présidé par le grand rabbin Sirat, et de l'université de Bourgogne", Abel Lamauvinière est "professeur, puis docteur d'histoire médiévale. Après une période comme formateur doctoral à l'EHESS, il mène des recherches sur la foi et les pratiques religieuses au Moyen Âge classique au sein d'une équipe de médiévistes, labellisée par l'Agence nationale de la recherche (COL&MON).

Il est l'auteur du livre Les juifs et le judaïsme à Troyes du XIe au XIVe siècle (L'Harmattan, 2021, 264 pages) : "Dans ce monde très chrétien, où vivent les juifs et comment vivent-ils leur foi à Troyes au Moyen Âge ? Y a-t-il des échanges entre chrétiens et juifs du temps de l'illustre rabbin Rachi ? Quel est le rôle des comtes de Champagne et du roi de France sur la vie des juifs champenois ? À une période où les comtes gouvernent depuis leur palais princier, permettant l'essor d'un genre littéraire et des célèbres foires de Champagne, cet ouvrage restitue l'histoire d'un vécu individuel mais également collectif. Troyes offre des singularités politiques pour les juifs, expliquant en partie leur rayonnement spirituel communautaire."
Il a aussi œuvré pour des colloques portant sur le judaïsme champenois :
- Lyon II, Du concile de Latran IV à l’autodafé de 1288 : l’exclusion des Juifs en Champagne méridionale
- Sedan, Pouvoir se défendre en tant que Juif en Champagne méridionale
- Helsinki, Les juifs et le traité sur l’usure de Robert de Courçon: prolégomènes autour du prêt numéraire au XIIe siècle en Champagne méridionale. In: XIV International Economic History Congress, Helsinki 2006 4e session, “Le Crédit au Moyen Âge”,

« Les juifs de Champagne au cœur de la vie médiévale »
Le CARAN (Centre d’accueil et de recherche des Archives nationales) accueille l’exposition « Les juifs de Champagne au cœur de la vie médiévale  ». Entrée gratuite.

« S’appuyant sur des sources toponymiques, de riches documents d’archives latines et hébraïques ainsi que sur les dernières découvertes matérielles, l'exposition « Les juifs de Champagne au cœur de la vie médiévale » recense la présence juive dans pas moins de 77 localités du comté de Champagne et restitue la réalité du quotidien de ces communautés. Insérées dans la société champenoise, elles participent pleinement à son essor économique, social et culturel : agriculture, artisanat, commerce et nouveaux métiers liés à l’urbanisation témoignent de leur implication dans la vie locale. Elle met également en lumière une créativité intellectuelle exceptionnelle, incarnée par Rachi de Troyes et son école de pensée, dont le rayonnement dépasse largement les frontières de la Champagne médiévale. »

Co-conçue par les Archives départementales de l’Aube, la Route médiévale de Rachi en Champagne et Aube en Champagne Attractivité, l'exposition « Les juifs de Champagne au cœur de la vie médiévale » « s’inscrit dans l’Itinéraire culturel du Conseil de l’Europe « Route du Patrimoine juif ».

Journée d'études
Dans ce cadre, le 21 mai 2026, de 09h30 à 17h30, le musée d'art et d'histoire du Judaïsme (mahJ) accueille le colloque « Les juifs en Champagne au Moyen Âge. Enjeux et héritages d’une présence pluriséculaire ». Une Journée d'étude organisée sous la direction scientifique de Claire Soussen (Centre Roland Mousnier, Sorbonne Université). Claire Soussen est "professeure d’histoire du Moyen Âge à Sorbonne Université. Elle est spécialiste des relations entre juifs et chrétiens à la fin du Moyen Âge en Occident, et en particulier en péninsule Ibérique. Ses recherches portent sur la polémique religieuse, l’histoire politique et sociale de la présence juive en chrétienté, les relations entre les juifs et les pouvoirs. Après avoir dirigé pendant 4 ans un programme ANR consacré à la visibilité et l’invisibilisation des minoritaires en péninsule Ibérique à travers l’évolution des quartiers juifs, les orientations actuelles de sa recherche portent sur l’histoire des juifs en Champagne et les modalités de leur insertion, ainsi que sur les juifs et/dans l’iconographie médiévale."

Elle dirige la thèse de Benjamin Grigis intitulée "Quartiers juifs en Champagne médiévale : étude archéologique et topographique". "A partir du XIe siècle, la province de Champagne est témoin d'un essor culturel majeur. Le Sage connu sous le surnom de Rachi de Troyes instigue un mouvement appelé « tossaphisme ». Il s'agit de savants juifs qui se sont consacrés à l'étude de la Torah et du Talmud et qui ont fondé de nombreux cénacles d'étude fréquentés par des disciples originaires de tout le royaume de France et au-delà. Les historiens, philologues et théologiens reconnaissent largement que la Champagne à cette période devient une capitale de la culture juive à l'échelle européenne. De plus, l'abondance de toponymes liés à la présence juive comme les « Rue des Juifs », « Juiverie » et « Champs des Juifs », dans cinquante-quatre communes de la région témoigne d'une présence juive répartie sur l'ensemble de la région. Vingt-deux « écoles talmudiques », cinq synagogues et six cimetières sont également attestés au Moyen-âge en Champagne, ce qui indique la présence de communautés peuplées, pouvant disposer d'édifices communautaires. L'absence d'étude archéologique et topographique contraste fortement avec cette hypothèse. Le caractère central des communautés de Champagne dans la vie intellectuelle du judaïsme médiéval est ainsi très bien documenté, mais pas les lieux de culte, de vie, ou de sépulture de ses représentants. Les indices qui permettent d'étudier les quartiers juifs au Moyen âge sont discrets mais loin d'être absents. Cette étude nécessite néanmoins une réelle interdisciplinarité. Elle débutera par l'étude complète des vestiges archéologiques des communautés juives, notamment deux bassins rituels (mikveh) et deux synagogues potentielles. Dans un second temps, une étude de la documentation archivistique aidera à dresser une topographie des quartiers juifs en Champagne médiévale. Cette définition topographique permettra de comprendre comment les juifs s'intègrent dans la ville, comment ils interagissent avec les différentes composantes de la société urbaine médiévale. Cette étude permettra donc d'appréhender la vie quotidienne des juifs du Comté. Notre étude portera sur les principales cités de cet espace : Troyes et Provins (les deux capitales du comté) Reims, Châlons-en-Champagne, Château-Thierry, Bar-sur-Aube, Chaumont, Epernay et Meaux. L'étude d'une multitude de villes permettra de confronter la situation de plusieurs quartiers juifs et d'y repérer des différences ou des similitudes, afin d'en déduire une dynamique empirique ou systématique. Dans un troisième temps, les implantations juives seront analysées à l'échelle de la région. L'articulation des communautés urbaines avec des implantations rurales permettra de comprendre les interactions à une échelle plus large. La confrontation des lieux de la présence juive avec les routes commerciales et les grandes communautés hors du Comté permettra également de compléter l'analyse."

Journée d'études en partenariat avec la Nouvelle Gallia Judaica, équipe de recherche du Laboratoire d'études sur les monothéismes (LEM, UMR 8584), et le Centre Roland Mousnier, UMR 8596, Sorbonne Université ».

« Les juifs semblent avoir été bien plus présents dans les campagnes qu’on ne l’a longtemps pensé. Et en ville, loin de vivre en vase-clos derrière les murs de leurs quartiers, ils échangeaient de manière quotidienne avec leurs contemporains non-juifs dont ils partageaient la langue, les conditions et les modes d’existence, ou dans le cadre des échanges intellectuels et commerciaux qui animaient cet espace ouvert aux circulations européennes qu’était le comté de Champagne au Moyen Âge. »

« Les aspects matériels, économiques et politiques de la présence des juifs en Champagne et leur inscription dans le monde médiéval seront examinés à travers la relecture de sources connues au prisme de questionnements renouvelés, à la faveur de documents inédits ou de témoignages matériels, tel que le miqveh découvert à Châlons-en-Champagne. »

« Alors que lhéritage religieux et intellectuel de Rachi et de sa postérité, lécole des Tossafistes, a fait lobjet de travaux nombreux et approfondis depuis des décennies voire des siècles si lon inclut la discussion talmudique et le commentaire biblique les aspects concrets, matériels, économiques et politiques de la présence juive en Champagne médiévale et son inscription dans le monde social, méritent dêtre examinés à nouveaux frais. »

« Dans le sillage des travaux impulsés dans les années 1970 par Bernhard Blumenkranz cherchant à faire une histoire décloisonnée des juifs médiévaux, des études plus récentes ont contribué à réévaluer les espaces et les modalités dinsertion de la présence juive à toutes les échelles et dans tous les espaces de la chrétienté latine, notamment en Champagne. À rebours des impressions laissées par létude ancienne de quelques types de sources textuelles, les juifs semblent avoir été plus présents dans les campagnes quon ne la longtemps pensé. En ville, loin de vivre en vase clos derrière les murs de leurs quartiers qui, le plus souvent, consistaient dans le regroupement de quelques maisons ou infrastructures communautaires, ils échangeaient de manière quotidienne avec leurs contemporains non-juifs dont ils partageaient la langue, les conditions et les modes dexistence, ou dans le cadre des échanges intellectuels et commerciaux qui animaient cet espace ouvert aux circulations européennes quétait le comté de Champagne au Moyen Âge. »

« Sur le plan politique, si leur qualité de sujets des princes chrétiens avait pour corollaire une tutelle fiscale et juridique, sapparentant parfois à lextorsion pure et simple de fonds, lexercice dune certaine autonomie leur était reconnue notamment pour gouverner leurs communautés et juger les affaires internes ou ressortissant à la loi juive. »

« De même, il semble quavant le dernier quart du xiie siècle, synonyme de durcissement de la situation des juifs, certaines personnalités juives ont été présentes dans lentourage des comtes de Champagne, à linstar de Rabbenu Tam, sollicité par Henri le Libéral, selon des modalités qui restent à explorer. »

« La relecture de sources connues au prisme de questionnements renouvelés, la découverte de nouveaux documents textuels ou de témoignages matériels, tel le miqveh médiéval découvert à Châlons-en-Champagne, les tendances récentes de la recherche historique appliquées à lhistoire des juifs en Occident, seront ainsi exposées aux spécialistes et non-spécialistes. »

9h30
Introduction
Paul Salmona (mahJ) et Claire Soussen (Sorbonne Université)
Matinée présidée par Pierre Savy (Université Gustave Eiffel)

10h-10h30
Les juifs de Champagne au Moyen Âge : entre Tsarfat et Ashkénaze, tutelle comtale et pouvoir royal
Claire Soussen (Sorbonne Université)

10h30-11h
Les sources hébraïques de la présence juive en Champagne
Judith Kogel (IRHT-CNRS)

11h-11h30
Discussion et pause

11h30-12h
Le miqveh de Châlons-en Champagne et son contexte archéologique
Claude de Mecquenem (Inrap)

12h-12h30
Juifs et juives à Provins, XIIe-XVe siècles
Marie Fontaine-Gastan (Institut historique allemand)

12h30-13h
Discussion

Après-midi présidée par Claire Soussen (Sorbonne Université)

14h30-15h
Circulations exégétiques entre savants juifs et théologiens chrétiens en Champagne (XIe-XIIIe siècles) : état de la question et pistes exploratoires
Axelle Neyrinck (Université de Reims Champagne-Ardenne)

15h-15h30
Cartulaires de chancellerie, cartulaires ecclésiastiques et censiers des XIIIe-XIVe siècles : des sources pour documenter la présence des juifs dans les campagnes champenoises ?
Thomas Lacomme (Université Lyon 3)

15h30-16h
Discussion et pause

16h-16h30
L’exploitation financière de « leurs » juifs par les comtes et comtesses de Champagne au xiiie siècle
Marie Dejoux (université Paris-I-Panthéon-Sorbonne)

16h30-17h
Les communautés juives du comté de Champagne. Enjeux de mémoire et de valorisation patrimoniale, culturelle et touristique
Arnaud Baudin (Archives départementales de l’Aube) et Delphine Yagüe (Groupement d’intérêt public Rachi - Troyes et l’Aube en Grand Est)

Conférences et visites guidées
Trois conférences sont proposées pour « comprendre les dynamiques politiques, économiques et sociales d’un territoire majeur du royaume de France. Un focus inédit sur la vie des communautés juives entre protections et contraintes fiscales » :

- Le 15 avril 2026 à 14h00, « L’implantation des communautés juives en Champagne médiévale » par Judith KOGEL, Directrice de recherches émérite à l’IRHT, présidente de la Société des Etudes Juives, Présidente du Conseil scientifique du Groupement d’Intérêt Public Rachi.

- Le 04 juin 2026 à 15h00 « Le statut des juifs en Champagne médiévale et les rapports au pouvoir temporel » par Claire SOUSSEN, Professeure en histoire médiévale à Sorbonne Université, Directrice de la Nouvelle Gallia Judaica, Présidente du Conseil scientifique de la Route médiévale de Rachi en Champagne.

- Le 26 juin 2026 à 15h00 « Passavant le meilleur ! La Champagne au temps des comtes » par Arnaud BAUDIN, Directeur adjoint des Archives départementales de l’Aube, Docteur en histoire médiévale, Membre du conseil scientifique de la Route médiévale de Rachi en Champagne.
Réservation obligatoire.

Sont aussi organisées des visites guidées avec Delphine Yagüe, co-commissaire de l’exposition, cheffe de projet de la Route médiévale de Rachi en Champagne (portée par Aube en Champagne Attractivité et intégrée à l’Itinéraire européen du Patrimoine Juif du Conseil de l’Europe) et directrice du Groupement d’Intérêt Public « Rachi-Troyes et l’Aube en Grand Est ». « A partir de documents d’archives, la visite guidée vous invite à comprendre la place des communautés juives du comté de Champagne, au cœur du monde social, agricole et économiques de l’époque, et à rencontrer des personnages phares dont Rachi de Troyes et ses disciples, célèbres exégètes, témoins de l’effervescence intellectuelle de la Renaissance du XIIe siècle. » Rendez-vous dans le Hall du Caran, tarif 10 €, 1 h de visite. 



Du 25 mars au 30 juin 2026
Salle Albâtre
11, rue des Quatre-Fils – 75003 Paris
Visite libre et gratuite du lundi au samedi de 9h00 à 16h45
Visuels :
Crédit de l’image de l’affiche Passavant : Statue de Jeanne, reine de France et de Navarre, comtesse de Champagne, en fondatrice du Collège de Navarre (Paris, vers 1310). Berlin, Staatliche Museen zu Berlin, Skulpturensammlung und Museum für Byzantinische Künst, inv. M 296. © Anthe Voigt-SMB-Skulpturensammlung

Le jeudi 21 mai 2026
Au mahJ
Hôtel de Saint-Aignan
71, rue du Temple. 75003 Paris
Visuel :
Scène d’entrainement d’un chevalier sous la représentation d’une Menorah, au bas d’une page de Mishneh Torah.
Mishneh Torah, MS 77A fol. III. 3v., collection David Kaufmann, 
Bibliothèque de l’Académie hongroise des sciences, Budapest À retrouver sur Akadem et sur la médiathèque du mahJ


mercredi 20 mai 2026

« Etty » de Hagai Levi

« Aux Pays-Bas sous occupation allemande, Etty Hillesum (1914-1943), étudiante juive anticonformiste, rencontre le psychologue Julius Spier, qui va bouleverser sa vie. Le scénariste et réalisateur Hagai Levi adapte le journal de cette jeune femme d’exception qui mourut en déportation. Série événement  d’une rare intensité, “Etty” retrace son cheminement intellectuel et l’éveil de sa conscience héroïque. »


« Dans un Amsterdam contemporain sous occupation nazie, Etty Hillesum 
(1914-1943), étudiante juive de 27 ans, animée par un profond désir de vivre, voit l’étau se resserrer peu à peu autour d’elle. Sa rencontre avec le thérapeute et bientôt amant Julius Spier, qui l’encourage à tenir un journal, va bouleverser sa vie. Sous l’impulsion de Julius Spier, elle a consigné dans un journal ses réflexions sur sa vie intime et le chaos de son époque durant les deux années qui ont précédé sa déportation à Auschwitz. retraçant avec minutie son cheminement intellectuel et l’éveil de sa conscience à ce qu’elle a nommé un "destin commun". Leur relation passionnée déclenche chez elle une métamorphose spirituelle, qui s’intensifie à mesure que se durcissent les persécutions antijuives, la menant à accomplir un acte de solidarité extraordinaire. »

« S’emparant librement des écrits d'Etty Hillesum, Néerlandaise juive anticonformiste, Hagai Levi retrace le destin sous l’occupation allemande. En six épisodes d'une rare intensité magnifiquement filmés, Hagai Levi ("BeTipul") donne vie aux écrits de cette singulière combattante, résistante de l'âme, retraçant avec minutie son cheminement intellectuel et l’éveil de sa conscience. »

« Etty s’offre ainsi comme le portrait lumineux d’une femme d’exception résolument moderne, au vibrant parcours humain et intellectuel. La série 
porte à notre connaissance une figure historique et littéraire à la notoriété encore confidentielle. C’est également l'histoire singulière d’un amour hors du commun, dans laquelle l’héroïne (vibrante Julia Windischbauer) voit le désir que lui inspire son thérapeute (Sebastian Koch, primé pour ses rôles dans La Vie des autres et L’Œuvre sans auteur) se muer en une transformation spirituelle, qui donne un tout autre sens à sa vie. »

« S’emparant librement des écrits d'Etty Hillesum, Hagai Levi ("BeTipul") retrace le destin sous l’occupation allemande de cette jeune femme d’exception. Le portrait intense et lumineux d'une héroïne moderne.  Frappé par la modernité du personnage d’Etty, Hagai Levi a fait le choix de libérer sa mise en scène du souci de la reconstitution historique, donnant à son odyssée intérieure une résonance puissamment actuelle ».

Série électionnée à la Mostra de Venise 2025 (hors compétition) et à Séries Mania 2026 (séance spéciale) 

En vertu d’un dispositif de diffusion exceptionnel, Etty est sorti en salles le 6 mai 2026 dans toute la France.

Premier épisode
 : « En proie à un mal-être persistant, Etty, sur les conseils de son amie Lizzie, consulte le psychologue et chirologue Julius Spier. » 

« En 1941, Amsterdam est occupé depuis peu par l’armée allemande. Etty Hillesum, étudiante en droit issue d’une famille juive russo-néerlandaise, est une jeune femme indépendante qui refuse les conventions de son temps. Nourrissant des ambitions littéraires, elle est aussi en proie à un mal-être persistant. »

« Le suicide de son professeur de langues slaves, qu'elle admire et qui a été brutalement chassé de l'université pour ses opinions communistes, accroît son désarroi. »

« Sur les conseils de son amie Lizzie, assistante du psychologue et chirologue Julius Spier, elle consulte ce thérapeute qui a fui l’Allemagne nazie, et propose une approche originale fondée sur l’analyse de la paume des mains. Leur rencontre va bouleverser leur vie. »

Deuxième épisode 
: « Après une séance orageuse, Julius Spier explique à Etty qu’elle doit continuer seule sa thérapie. »
« En visite chez ses parents à Deventer, la ville où elle a grandi à une centaine de kilomètres d’Amsterdam, Etty apprend la fugue de son frère Mischa, un jeune virtuose du piano, psychologiquement fragile. Après l’avoir retrouvée, elle lui propose de lui présenter le docteur Spier, dissimulant mal son propre désir de revoir ce dernier. »
« C’est l’occasion d’une confrontation désagréable avec le psychologue, puis d’un nouvel échange où il la pousse dans ses retranchements, avant de lui proposer de poursuivre sans lui son chemin thérapeutique… »

Troisième épisode
 : « Chassée de l’université par les mesures antisémites, Etty porte secours à Julius Spier, convoqué par la Gestapo. »
« Invitée à enregistrer et commenter des extraits de son journal intime par son ami Klaas Smelik, homme de radio et écrivain communiste, Etty en poursuit la lecture. Flashback : du jour au lendemain, les juifs se voient proscrits de la plupart des lieux publics, et Etty découvre qu'elle n'a plus le droit d'étudier à l'université. »
« Apprenant que Spier est convoqué à la Gestapo comme tous les étrangers juifs résidant à Amsterdam, elle s'y rend pour l'aider, à la demande de son amie Lizzie, qui doit s’occuper de ses filles désormais privées d’école. »
« À l'issue de cette épreuve, Julius se confie sur sa condition d’exilé et lui propose de remplacer Lizzie comme assistante à son cabinet. Jaloux et inquiet, Han, le logeur et amant d'Etty, l'enjoint de penser à sa propre sécurité. »

Quatrième épisode
 : « Alors que l’étau se resserre autour des juifs d’Amsterdam, Etty cherche un moyen de protéger Julius Spier, plus exposé qu’elle.é

Cinquième épisode
 : employée par le conseil juif d’Amsterdam, Etty se démène pour aider les juifs sans protection, de plus en plus nombreux à être envoyés au camp de Westerbork, et en préserver Julius Spier.

Dernier épisode
 : « Ayant échoué à convaincre Etty, qui pense qu’elle est enceinte, de se cacher chez lui, son ami Klaas Smelik l’emmène chez ses parents. »  


NOTE DU RÉALISATEUR HAGAI LEVI

« Il y a environ dix ans, alors que je traversais une période de confusion et d'impuissance, je suis tombé sur un petit livre en hébreu intitulé « Le ciel en moi – Les journaux d'Etty Hillesum ». Après des jours et des nuits de lecture passionnée, j'ai senti que j'avais trouvé quelque chose. Ce que j'ai trouvé, j'en parlerai toute ma vie. J'ai grandi dans la piété juive orthodoxe. À l'âge de 20 ans, lorsque j’ai quitté cette communauté, je l'ai fait avec force, avec violence. J'ai abandonné les questions sur Dieu, la foi et le sens de la vie. J'ai essayé de combler le vide qui en résultait – ainsi que l'anxiété et la dépression qui l'accompagnaient – par l'ambition, le travail, la réussite ; généralement en vain. Etty Hillesum m'a offert, à ce moment-là, une autre option : une religiosité différente, une nouvelle perception de Dieu, un autre type de foi et de sens qui rejette fermement toutes les formes de religion institutionnelle. 

Le journal intime de Etty Hillesum, écrit avec un talent rare et une honnêteté sans limite pendant 18 mois alors qu’Amsterdam est occupé par les nazis, se lit comme un voyage intérieur contemporain, celui d'une jeune femme moderne, urbaine, libre d'esprit, pleine d'humour et de sensualité. Au coeur du journal se trouve une sorte de bond en avant : une transformation rapide d'une jeune femme névrosée et égocentrique en une personne dotée d'un profond sens de l'autonomie. Ce processus est accéléré par la menace croissante à laquelle elle est confrontée en tant que femme juive, et influencé par son amant et mentor, le psycho-chirologue Julius Spier, mais il transcende les deux. À un certain moment, elle sait simplement que même si tout lui est enlevé - sa maison, sa liberté, voire sa vie - elle possède toujours un noyau intérieur solide, un endroit en elle qui ne peut jamais être perdu. 

Elle n'est ni une sainte ni une martyre : elle commence ce voyage comme l'un d'entre nous, ce qui permet à son histoire d'inspirer toute personne confrontée à une réalité apparemment désespérée. 

Je crois fermement qu'il est impossible, de nos jours, de raconter une autre histoire sur l'Holocauste sans s'efforcer de lui donner une pertinence universelle et contemporaine, et qu'elle doit être racontée dans un nouveau langage. 

Les idées d'Etty sont si cruciales et urgentes pour le monde dans lequel nous vivons aujourd'hui qu'elles doivent s'affranchir du cadre historique de son histoire et toucher notre propre réalité vécue. Cela est d'autant plus vrai à la lumière des événements horribles qui ont bouleversé mon monde et la vie de millions de personnes au cours des deux dernières années. Le rejet sans compromis d'Etty de toute haine, même envers ses persécuteurs ; sa solidarité radicale avec les défavorisés ; sa capacité à créer un monde intérieur dans lequel l'âme reste libre en toutes circonstances ; et son extraordinaire courage moral - tous exprimés à travers le prisme intime de son expérience personnelle - ont apporté réconfort et sens à d'innombrables lecteurs au cours des 44 années qui ont suivi la publication de ses journaux intimes. Je suis l'un d'entre eux. J'espère que cette série permettra à ces journaux d'atteindre de nombreuses autres personnes. 

Avant tout, il s'agit d'une histoire d'amour : l'amour d'une jeune femme pour l'homme qui a éveillé son âme, et de cet éveil est né un amour pour la vie, pour Dieu et pour toute l'humanité, dans le sens le plus profond et le plus élevé qui soit. » 


« Le showrunner et réalisateur multirécompensé Hagai Levi brouille les frontières temporelles pour faire revivre avec intensité la jeune diariste d’Amsterdam et faire résonner au présent les enjeux existentiels auxquels elle a dû se confronter. Hagai Levi est entre autres le créateur de BeTipul, série adaptée maintes fois dans le monde et devenue sur ARTE En thérapie, et de The Affair, qui lui a valu un Golden Globe en 2015. Propos recueillis par Julia STECHERT ».

« À quand remonte votre désir de porter à l’écran les journaux d‘Etty Hillesum ?
Hagai Levi : Au moment où je les ai lus, il y a plus de dix ans, sur le conseil de mon analyste. Je me suis dit tout de suite que cette histoire devait être racontée. Mais le plus poignant dans ce qu’elle écrit, ce sont des idées, donc des abstractions. Qui plus est, il s’agit d’un journal intime, par définition quelque chose d’intérieur. Comment en faire un film ? Cela m’a pris des années pour me sentir prêt.

Comment décririez-vous « votre » Etty Hillesum ? 
Ce qui m’a frappé d’emblée, c’est sa liberté, et combien elle semble moderne, et même contemporaine. On se sent de plain-pied avec elle, comme si ce qu’elle raconte se passait aujourd’hui dans une grande ville d’Europe. Au début du journal, elle apparaît comme une jeune femme ambitieuse, pleine de talent, qui rêve de devenir une grande écrivaine, ce qu’elle aurait probablement été si elle avait vécu. Sa vie intérieure est intense et sa vie affective aussi : elle a de multiples relations amoureuses, avec des hommes, des femmes, elle réfléchit beaucoup à ses liens sexuels et affectifs. Elle est intense et très drôle. Mais elle est aussi en proie à la névrose, à la dépression, au narcissisme, toutes choses familières à beaucoup d’entre nous, c’est pourquoi elle entreprend une thérapie. Je voulais abolir la distance avec elle, faire comprendre que sa vie, qu’elle a si magnifiquement racontée au jour le jour, ressemble à la mienne, à la nôtre, pour montrer ce qui reste un mystère : comment est-elle devenue cette personne non seulement héroïque face au nazisme, mais également habitée par la paix et l’amour de la vie ? En plongeant en elle-même, elle a trouvé une forme de plénitude, un centre qui lui appartient et ne peut lui être retiré, quelles que soient les circonstances, cela m’a paru à la fois exaltant et réconfortant. C’est rare de s’identifier fortement à quelqu’un d’aussi exceptionnel.

D’où votre refus de faire un film « d’époque » ?
On a tendance à se représenter l’Holocauste en noir et blanc mais je ne voulais pas faire un « film d’Holocauste » de plus. J’ai eu l’idée de rendre l’histoire d’Etty intemporelle, en l’inscrivant dans un moment proche, mais un peu antérieur à notre présent, comme les années 1980 – le téléphone portable n’existe pas encore. Les gens qui ont vécu le nazisme nous ressemblaient bien plus, à mon avis, qu’on ne le croit. Eux aussi pensaient appartenir à un monde moderne, où l’idéal démocratique progresserait. La beauté d’Amsterdam était la même qu’aujourd’hui. Au début de la série, l’occupation allemande n’empiète sur la vie d’Etty qu’à la marge, comme si elle vivait dans une bulle, dans le déni du danger et des horreurs qui se multiplient autour d’elle. En Israël, on connaît bien cette dichotomie intérieure. Des choses atroces se déroulent à quelques kilomètres mais on vit sa vie occidentale, somme toute confortable, et on s’y habitue. Ce phénomène se généralise. Aux Pays-Bas même, l’extrême droite est arrivée en tête des élections législatives en 2023. La question de l’immigration et de l’accueil des réfugiés, très importante dans la série, se pose aujourd’hui de la même façon partout dans le monde, Europe comprise.

Comment avez-vous procédé pour créer ce présent intemporel ?
Nous devions inventer un langage visuel qui indique la modernité sans la rattacher à une époque spécifique.
Les gens sont habillés en t-shirt et en jeans, oui, mais ça fait soixante-dix ans qu’on en porte. Les vêtements, les coiffures, les voitures, les trains… : nous devions créer un monde qui n’existait pas tout à fait et pour cela, chaque détail comptait. Amsterdam est très préservé, ce qui a beaucoup aidé. C’était important pour moi de montrer les lieux authentiques qu’Etty avait connus : nous avons tourné dans ces rues qu’elle parcourait à vélo, mais aussi dans les immeubles même qui abritaient alors la Gestapo et le Conseil juif de la ville. Nous avons aussi filmé les extérieurs autour de sa maison et de celle de Spier. Son appartement allait être complètement rénové au moment des repérages.
Nous l’avons recréé à Berlin fidèlement – en ajoutant quelques éléments modernes, comme pour la maison de Spier. Il fallait aussi qu’on voie ce qu’elle regardait par la fenêtre, cette esplanade si particulière, bordée au fond par le Rijksmuseum, qui n’a pas tellement changé.

Le casting a-t-il été difficile ?
Pendant des années, parce que je travaillais de plus en plus aux États-Unis, j’ai pensé tourner en anglais. Puis il m’est apparu impossible de ne pas faire entendre les langues d’Etty, le néerlandais et l’allemand. J’ai cherché d’abord aux Pays-Bas et en Allemagne, avant que le nom de Julia Windischbauer, qui était connue à Vienne comme actrice de théâtre, me soit suggéré. Dès la première rencontre, il y a eu une évidence : j’ai été frappé par son intelligence, et cette espèce de lumière intérieure qui semble n’appartenir qu’à elle. On a l’impression de voir les émotions palpiter sous sa peau. Ensuite, elle est partie de zéro pour apprendre le néerlandais, un défi qu’elle a merveilleusement surmonté. Tourner sans comprendre les mots en était un pour moi aussi. Deux personnes ayant contribué à la traduction des dialogues ont été mes « oreilles » pour la fidélité au texte et les nuances culturelles qui pouvaient m’échapper. Assez vite, j’ai constaté que j’arrivais moi-même à identifier beaucoup des paroles échangées – indépendamment de la qualité du jeu, qui va bien sûr très au-delà des mots. Décider quelle langue devait intervenir à quel moment, et traduire, a représenté en soi un long processus, mais je crois que ça en valait la peine. Quant à Sebastian Koch [Julius Spier], il avait le charisme, le charme, le mélange particulier d’autorité, d’intelligence et de chaleur qui étaient cruciaux pour le rôle.

Avez-vous souhaité transmettre un message en racontant l’histoire d’Etty ?
Ce n’est pas pour délivrer des messages que je raconte des histoires. Mais j’espère que sa force pourra inspirer le public ainsi qu’il en a été pour moi. Son rejet absolu de la haine et la générosité qu’elle a trouvée en elle-même sont plus nécessaires que jamais. Un des enjeux de la série est d’essayer de comprendre sa décision de ne pas se sauver, ni se cacher. Selon moi, il s’agit d’abord de solidarité. Elle ne souhaite pas profiter de ce qui pour elle relève de privilèges : ses liens avec des gens capables de l’aider à échapper au sort de son peuple. Justement parce que je ne la vois pas comme une sainte, cette position que beaucoup considèrent comme extrême m’a touché de façon intime. Etty refuse y compris de haïr les nazis. Au regard de notre présente réalité, c’est inouï. Mais je ressens personnellement combien toute haine constitue un poison. Comme elle l’a dit, « chaque atome de haine que nous ajoutons à ce monde le rend plus inhospitalier encore. »


« Han Wegerif
(Leopold Witte)
Propriétaire de la maison dans laquelle Etty loue une chambre d’étudiante, Han, veuf de 65 ans, est devenu son amant. Cette relation librement consentie convient à Etty, qui ne souhaite pas se marier. D’un tempérament égal et rassurant, Han, de son côté, l’aime avec sincérité. Constatant qu’elle est prête à se mettre en danger alors que les persécutions contre les juifs s’aggravent de jour en jour à Amsterdam, il l’exhorte à préserver sa vie.

Lizzie Blom
(Claire Bender)
Proche amie d’Etty, juive elle aussi, Lizzie a pris un chemin de vie différent : mariée, deux enfants, elle a arrêté ses études pour travailler comme assistante dans le cabinet du docteur Spier.
C’est elle qui suggère à Etty de le consulter pour tenter une thérapie. La voyant tomber amoureuse de lui, elle commence par s’inquiéter, mais leur amitié et leur sort commun de proscrites les maintiennent liées. Face au durcissement des mesures antisémites, Lizzie va cependant devoir faire un autre choix.

Etty Hillesum
(Julia Windischbauer)
Néerlandaise par son père, russe par sa mère, Etty vient d’une famille juive non pratiquante. 
L’instabilité de ses parents et la maladie mentale de son frère lui ont toujours fait penser que son mal-être était génétique. Anticonformiste, elle nourrit de hautes ambitions intellectuelles et a pour amant un homme plus âgé, son logeur Han. Sa rencontre avec le docteur Julius Spier provoque en elle un véritable séisme, la poussant à sortir d’elle-même.

Klaas Smelik
(Gijs Naber)
Écrivain communiste révolutionnaire, Klaas Smelik a été un amant de jeunesse d’Etty, avant de nouer avec elle une solide amitié, entre autres intellectuelle. Alors que l’occupation allemande met à l’épreuve son esprit de résistance, il invite Etty à lire son journal intime dans l’émission de radio qu’il continue d’enregistrer, « Le fil rouge ». C’est l’occasion pour lui de découvrir le changement profond qui s’est opéré en elle.

Julius Spier
(Sebastian Koch)
Juif allemand, formé à la psychologie par le célèbre Carl Gustav Jung, Julius Spier s’est spécialisé dans la chirologie, une approche thérapeutique fondée sur la lecture de la morphologie et des lignes de la main. Fuyant le régime nazi, il a ouvert un cabinet à Amsterdam, où sa pratique et son charisme suscitent l’enthousiasme d’un cercle de disciples lorsqu’il fait la connaissance d’une nouvelle patiente, Etty. Bien qu’il s’efforce de la contenir dans un cadre thérapeutique, cette rencontre bouleverse sa vie. »


« Etty » de Hagai Levi
Une série créée par Hagai Levi  
France/Allemagne/Pays-Bas, 2025, 6x52’
Production : Les Films du Poisson, Komplizen Serien, Topkapi Series, Quiddity, ARTE France, SWR
Producteurs : Yaël Fogiel, Laetitia Gonzalez, Jonas Dornbach, Frans van Gestel, Eilon Ratskovsky, Ossi Nishri, Hagai Levi, David Keitsch, Janine Jackowski, Sebastian Korteweg, Laurette Schillings
Auteure : Etty Hillesum
Scénario : Hagai Levi  
Image : Martijn van Broekhuizen
Montage : Yael Hersonski, Asaf Korman
Musique : Volker Bertelmann, Raffael Seyfried, Ben Winkler
Chargés de programme : Adrienne Fréjacques, Uta Cappel, Manfred Hattendorf, Brigitte Dithard
Avec Julia Windischbauer, Sebastian Koch, Leopold Witte, Gijs Naber, Claire Bender, 
Avec Julia Windischbauer (Etty Hillesum), Sebastian Koch (Julius Spier), Claire Bender (Lizzie Blom), Leopold Witte (Han Wegerif), Bart Klever (Van Donker), Gijs Naber (Klaas Smelik), Evgenia Dodina  
Sur ARTE les jeudis 21 et 28 mai 2026 à 21 heures
1er épisode (52 min) : le jeudi 21 mai 2026 à 20 h 55
2e épisode (42 min) : le jeudi 21 mai 2026 à 21 h 50
3e épisode (55 min) : le jeudi 21 mai 2026 à 22 h 35
4e épisode (74 min) : le jeudi 28 mai 2026 à 20 h 55
5e épisode (57 min) : le jeudi 28 mai 2026 à 22 h 10
6e épisode (49 min) : le jeudi 28 mai 2026 à 23 h 10
Sur arte.tv du 13 mai au 12 novembre 2026
Visuels : © Reiner Bajo