Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

mercredi 4 mars 2026

Magnus Hirschfeld (1868-1935)

Magnus Hirschfeld (1868-1935) était un médecin et sexologue juif homosexuel allemand. Auteur d'essais, défenseur des homosexuels et minorités sexuelles, il a créé à Berlin l'Institut de sexologie. Il a aussi fondé le Comité scientifique et humanitaire et la Ligue mondiale pour la réforme sexuelle. En 1919, avec le psychiatre Arthur Kronfeld, il a ouvert à Berlin la première clinique transgenre dans le monde, et l'institut de « Recherches sur le sexe ». Il fuit en mai 1933 le régime nazi et se réfugie en France. Arte diffusera le 10 mars 2026 à 00 h 10 « Sexe, genre et liberté - La révolution Hirschfeld » de Miguel Kaluza.


Magnus Hirschfeld (1868-1935) était un médecin et sexologue juif allemand. Il a été pionnier dans l'étude de la sexualité humaine avec une approche scientifique et globale, ainsi qu'un des précurseurs ayant jalonné l'histoire des mouvements de libération homosexuelle. A Berlin, il a créé l'Institut de sexologie. Il a aussi fondé le Comité scientifique et humanitaire et la Ligue mondiale pour la réforme sexuelle. En 1919, avec le psychiatre Arthur Kronfeld, il a ouvert à Berlin la première clinique transgenre dans le monde, et l'institut de « Recherches sur le sexe ».

Il a défendu des minorités sexuelles. Il a lutté en particulier contre la persécution des homosexuels allemands soumis au paragraphe 175 du Code pénal allemand. 

Après l'arrivée au pouvoir d'Adolf Hitler en janvier 1933, les nazis pillent l'Institut de sexologie le 6 mai 1933. Les livres au nombre d'environ 10 000, souvent rares en allemand, sont soit brûlés soit vendus à l'étranger. Hirschfeld parvient à en racheter certains pour les placer dans l'institut qu'il projette de fonder à Paris. En mai 1933, Hirschfeld se réfugie à Paris, où il vit avec ses compagnons Li Shiu Tong et Karl Giese. Sa citoyenneté est révoquée par le gouvernement nazi. En 1934, il se fixe à Nice (au 63, promenade des Anglais). Décédé après une crise cardiaque, il est incinéré et ses cendres sont placées dans une tombe du cimetière de Caucade à Nice, surplombée par son portrait de profil en bas-relief en bronze de l'artiste allemand Arnold Zadikow (1884-1943), originaire comme le défunt de Kolberg. Sur la dalle de sa tombe, l'épitaphe reprend la devise de son comité pour la dépénalisation des relations homosexuelles : « Per Scientiam ad Justitiam » (la justice grâce à la connaissance).

Le 14 mai 2010, à l'occasion du 75e anniversaire de sa mort, l'association Mémorial de la déportation homosexuelle (MDH) et le Centre LGBT Côte d'Azur ont organisé une journée d'hommage et déposé sur sa tombe une gerbe « Au pionnier de nos causes ».

« L’Einstein du sexe »
Arte diffusa le 29 novembre 2017 « L’Einstein du sexe » (Der Einstein des Sex - Leben und Werk des Dr. Magnus Hirschfeld) par Rosa von Praunheim. « La vie fascinante de Magnus Hirschfeld (1868-1935), sexologue révolutionnaire et précurseur du mouvement gay  »  qui a combattu contre la persécution des homosexuels allemands soumis au paragraphe 175. Un « vibrant hommage » sans esprit critique.

« Fils d’un médecin juif, Magnus Hirschfeld (1868-1935) entreprend des études médicales en 1888 ».  Pourquoi Arte n'a-t-elle pas ajouté qu'il était allemand ?

Il « est choqué que la science considère l’homosexualité comme une maladie ».

Son « diplôme en poche, il ouvre un cabinet ».

« Une expérience traumatisante – le suicide d’un patient gay – le pousse à agir : il fonde en 1897 un comité scientifique pour la dépénalisation de l’homosexualité ».

Lors de la Première Guerre mondiale, Magnus Hirschfeld interrompt ses travaux de recherche et se dévoue comme médecin dans un hôpital de campagne.

La « pétition en faveur de la révision du Code pénal est signée par de nombreuses personnalités, mais le projet de loi présenté au Parlement est rejeté ».


La « République de Weimar va néanmoins permettre à Hirschfeld de travailler en toute liberté ».

« En 1919, il fonde à Berlin le premier institut de sexologie ».

« Les congrès internationaux, les initiatives politiques et les publications en faveur de la cause homosexuelle se multiplient. Mais Hirschfeld est victime d’une agression par de jeunes nazis en 1920… »

Magnus Hirschfeld quitte l'Allemagne pour donner des conférences aux États-Unis en 1931 et, suivant les conseils de ses amis, il demeure en exil, à Zurich et à Ascona en Suisse, puis à Paris et enfin à Nice.

Après l'arrivée au pouvoir d'Adolf Hitler, les nazis saccagent l'Institut de sexologie le 6 mai 1933. Les livres dont ils s'emparent sont brûlés dans des autodafés nazis.

À Paris, Magnus Hirschfeld s'efforce vainement de recréer un nouveau institut de sexologie. En 1934, il s'installe à Nice, sur la Promenade des Anglais. En 1935, il y meurt d'une crise cardiaque le jour de son 67e anniversaire.

« Célèbre figure de la cause LGBT, le cinéaste allemand Rosa von Praunheim rend ici un remarquable hommage à celui qui fut le précurseur du mouvement gay ».

Un hommage sans esprit critique.

« Sexe, genre et liberté - La révolution Hirschfeld »
Arte diffusera le 10 mars 2026 à 00 h 10 « Sexe, genre et liberté - La révolution Hirschfeld » de Miguel Kaluza.

« Sexologue allemand avant-gardiste, Magnus Hirschfeld (1868-1935) lutta il y a plus d’un siècle pour les droits des transsexuels. Partant sur les traces de ce pionnier, ce documentaire questionne la guerre culturelle d’hier et d’aujourd’hui autour des transidentités. »  

« Si Donald Trump assène qu’il n’existe que deux genres, masculin et féminin, affichant avec Vladimir Poutine son mépris des personnes queer, la transidentité nourrissait déjà le débat il y a plus de cent ans. » Non, il s’agit de constater une réalité biologique.

« Dans l’Allemagne de la jeune et libérale République de Weimar émerge alors un mouvement transgenre, qui fédère les premières personnes au monde recourant à la chirurgie pour changer de sexe. »

« Parmi leurs indéfectibles alliés, le sexologue Magnus Hirschfeld fonde en 1919 à Berlin l’Institut de sexologie, un établissement pionnier. À l’époque, la transgressive capitale allemande aux nuits festives compte plus de bars gay et lesbiens qu’actuellement, mais ces sous-cultures suscitent aussi de violentes réactions de rejet au sein de la société. »

« Luttant en faveur de la diversité, le médecin milite pour les droits des personnes queer et, inspirés par sa devise "La justice grâce à la science !", ses travaux révolutionnaires ouvrent la voie à leur reconnaissance. »

« Le scientifique consacre un livre aux travestis – terme qu’il invente –, dissocie l’orientation sexuelle et l’identité de genre en pointant que nombre de transformistes sont hétérosexuels, et théorise le troisième sexe et les "sexualités intermédiaires". 

« Survivant à une agression après une conférence à Munich en 1920, il poursuit ses recherches jusqu'à l'accession au pouvoir des nazis, persécuteurs de ces minorités, qui saccagent son institut. »

« Étant juif, Magnus Hirschfeld doit s’exiler en Suisse puis en France. »

« Depuis 2024, la loi sur l'autodétermination permet à chacun outre-Rhin de décider de son genre et de son prénom. Mais cette avancée pour la communauté queer déclenche de virulentes controverses et un déferlement homophobe. Elle est aussi dénoncée par les féministes, qui craignent des abus. » Par exemple, des compétitions sportives féminines où sont admis des hommes transsexuels. Ce qui fausse les résultats des épreuves sportives.

« Qui définit le sexe et pourquoi la diversité sexuelle et de genre a-t-elle toujours autant dérangé ? "Le sexe d’un être humain ne se situe pas dans son corps, mais dans son âme", écrit dès 1907 Magnus Hirschfeld, surnommé le "Einstein du sexe". Lequel œuvre pour la décriminalisation de l’homosexualité en tentant de démontrer qu’elle est innée, quand pour d’autres, elle relève d’un choix intime. » Quid des débats sur les changements de sexe effectués sur des enfants ou adolescents, voire des adultes fragiles ? Quid des regrets de transsexuels ? Quid des problèmes philosophiques, éthiques, sociaux essentiels posés ?

« Avec les éclairages d’historiens, de sociologues et de membres de la communauté queer – dont le danseur Felix Ruckert, icône berlinoise du milieu –, ce passionnant documentaire retrace tout à la fois le parcours de ce sexologue avant-gardiste au fil d’étonnantes archives et la difficile conquête de leurs droits par les personnes trans. »

« Aujourd’hui comme hier, la question du genre, que certains refusent de séparer de la biologie, reste sensible. Alors que les agressions homophobes augmentent depuis des années, le réalisateur Miguel Kaluza rappelle aussi combien les libertés acquises restent fragiles dans un monde où elles sont menacées par les extrêmes droites au pouvoir, des États-Unis à la Hongrie. » Quelles statistiques ? Où augmentent-elles ? Dans des pays islamiques ou quartiers à forte population musulmane ?


« L’Einstein du sexe » par Rosa von Praunheim
Allemagne, 1999
Image : Elfi Mikesch
Montage : Michael E. Shephard
Musique : Karl-Ernst Sasse
Production : Hessischer Rundfunk, ARTE, Argus Film Produktie, Rosa von Praunheim Filmproduktion
Producteur/-trice : Rosa von Praunheim
Scénario : Chris Kraus, Valentin Passoni
Avec Kai Schuhmann, Friedel von Wangenheim, Ben Becker, Wolfgang Völz, Otto Sander, Gerd Lukas Storzer, Olaf Drauschke, Tima die Göttliche, Pays :
Sur Arte le 29 novembre 2017 à 23 h 40

Allemagne, France, Etats-Unis, 2025
Production : Thurnfilm, en association avec ZDF/ARTE
Sur Arte le 10 mars 2026 à 00 h 10
Sur arte.tv du 09/03/2026 au 06/06/2026
Visuels :
© Magnus Hirschfeld Gesellschaft
© Herbert Hoffmann/ullstein bild via Getty Images


A lire sur ce blog :
Articles in English
Les citations sont d'Arte. Cet article a été publié le 29 novembre 2017.

mardi 3 mars 2026

« Les poupées de Käthe Kruse » de Maria Anna Tappeiner

Arte diffusera le 13 mars 2026 à 00 h 10 « Les poupées de Käthe Kruse » de Maria Anna Tappeiner. « Retour sur la vie de Käthe Kruse (1883-1968), créatrice allemande de mythiques poupées aux traits enfantins qui témoignent d'une vision encore traditionnelle des rôles genrés et dont le succès ne se dément pas. »

« Descendants de nazis. L’héritage infernal » de Marie-Pierre Raimbault et Michael Grynszpan 

« Née en 1883, Käthe Kruse a révolutionné l’univers de la poupée dans les premières décennies du XXe siècle. »

« Après avoir débuté sur les planches comme comédienne, elle abandonne sa carrière lorsqu’elle rencontre le sculpteur et décorateur berlinois Max Kruse, qu’elle n’épouse qu’après avoir mis au monde leurs trois premières filles – sur les sept enfants qu’ils auront ensemble. »

« Alors que ces dernières lui réclamaient un bébé à bercer pour "jouer à la maman", la jeune femme, dont la mère était couturière, réalise pour leur faire plaisir ses premières poupées de chiffon qu’elle dote de traits enfantins : une idée novatrice qui suscite vite l’engouement et valent à ses créations d’être récompensées dans de nombreux salons, en Allemagne et à l’étranger. »

« Pour honorer les commandes qui affluent du monde entier, elle devient une véritable entrepreneure, gère ses ateliers et développe intelligemment son activité. »

« Aujourd’hui encore, près de soixante ans après sa mort, ses poupées fabriquées entièrement à la main continuent de se vendre à prix d’or. »

« Interrogeant des spécialistes de Käthe Kruse ainsi que l’une de ses arrière-petites-filles, ce documentaire retrace la vie d’une femme à sa manière émancipée pour son temps, mais dont les créations témoignent d'une vision encore traditionnelle des rôles genrés ».

« La réalisatrice Maria Anna Tappeiner évoque également l'ambivalence qui fut la sienne durant la Seconde Guerre mondiale. Car si, à la demande du parti nazi, cette créatrice de talent a pu confectionner des poupées habillées de l’uniforme SS, elle a mis un point d'honneur à ne pas se séparer de ses employés de confession juive. »


« Les poupées de Käthe Kruse » de Maria Anna Tappeiner
Allemagne, France, Suisse, 2025, 43 mn
Production : Westend, en association avec BR/ARTE
Sur Arte le 13 mars 2026 à 00 h 10
Sur arte.tv du 12/03/2026 au 09/06/2026
Visuels :
© Archiv Torsten Rehbinder
© WestendTV_Julien Wintermeier


lundi 2 mars 2026

Le complot dit « des Blouses blanches »

Élaboré par Staline afin d'éliminer des apparatchiks, le complot dit « des Blouses blanches » sionistes a visé, en 1953, 15 célèbres médecins juifs russes accusés à tort d'avoir assassiné des dirigeants politiques et militaires de l'Union soviétique par des prescriptions inadéquates. La mort de Staline, survenue le jour de Pourim, a empêché la mise en oeuvre du plan visant à mettre les Juifs russes dans des camps, notamment en Sibérie. Pourim 5786  débutera le 2 mars 2026 au soir et se terminera le 3 mars 2026 au soir. Le samedi 28 février 2028 au matin, le 
guide suprême Ali Khamenei (1939-2026) et plusieurs dignitaires du régime des mollahs iranien ont été éliminés par l'armée israélienne lors de l'opération militaire "Lion rugissant" ou "Rugissement du lion". Il était le Guide suprême de la Révolution islamique depuis 1989 et a été Président de la république islamique d'Iran (1981-1989) qui vise, par son programme nucléaire militaire à détruire Israël.

La fête juive de Pourim rappelle la délivrance de la communauté juive exilée en Perse (vers - 520), grâce au courage d'Esther et de son cousin Mardochée pour contrecarrer le décret d'extermination d'Aman. Les enfants juifs commémorent cet événement en se déguisant et en agitant des crécelles. Le Livre d'Esther est lu dans les synagogues.

Survenue le jour ou à l'approche de Pourim, la mort de Staline a empêché la mise en oeuvre du plan visant à mettre les Juifs russes dans des camps, notamment en Sibérie.

Le 13 janvier 1953, la Pravda, (« Vérité » ou « Justice » en russe), alors journal officiel du parti communiste de l'Union soviétique, « publie en première page un article dénonçant le complot dit « des Blouses blanches » fomenté par des médecins criminels, principalement juifs, accusés d'avoir empoisonné deux hauts dignitaires du parti pour le compte de l'étranger et d'avoir conspiré contre Staline » (1878-1953).

Cette « nouvelle déclenche une violente vague d'antisémitisme à travers l’URSS, et la stupeur en Occident ». En URSS, de très nombreux habitants conjuguent haine des Juifs et peur d'être soignés par des médecins juifs.

Machination politique
Ce « complot » n'est « que l'étape ultime d'une effroyable machination politique menée par un Staline vieillissant et paranoïaque et destinée à désigner les Juifs soviétiques comme les nouveaux ennemis du peuple » dans un pays où un culte, mêlant vénération et crainte, est voué à Staline, surnommé le « petit père des peuples ». Tyran violent, paranoïaque, Staline (1878-1953) dirige l’Union soviétique depuis la fin des années 1920 et a éliminé progressivement ses adversaires, collaborateurs ou rivaux potentiels, notamment Trotsky. "L'important n'est pas celui qui vote, mais celui qui compte les voix", pensait Staline qui a supprimé ses opposants politiques, réels ou potentiels, au fur et à mesure où il affermissait son pouvoir dictatorial.

« En effet, tout est écrit à l'avance, comme un scénario : les médecins du Kremlin seront emprisonnés et torturés, certains jusqu'à la mort et cette vaste campagne antisémite décidée par le dictateur réactivera les fantasmes les plus nauséabonds de la vieille Russie ».

« C'est l'apogée d'une machination politique menée d'une main de maître par Staline, durant les dernières années de son règne, au moment même où se cristallise la Guerre froide ». 

Le prologue de cette machination antisémite remonte à la mort, dans un sanatorium, d’une crise cardiaque, de Andreï Jdanov, proche de Staline, en 1948. Le pouvoir communiste met en scène ses funérailles dans une liturgie soignée. En 1947, Jdanov avait prononcé un discours soulignant l’opposition entre deux mondes. La Dr Lydia Timatchouk, médecin de Jdanov, rédige une lettre adressée à Staline afin de l’alerter sur la faiblesse cardiaque de Jdanov qui aurait été sous-estimée par ses collègues. Ce courrier est lu par Staline qui l’instrumentalisera quelques années plus tard pour élaborer le « complot des blouses blanches ».

A l’époque, les médecins soignant des dirigeants de l’Union soviétique vivent à Moscou où ils sont surveillés tout en bénéficiant de privilèges. Parmi eux : Yakov Etinguer, brillant cardiologue, déclare dans le salon de son domicile : « Celui qui débarrassera l’URSS de Staline sera un héros ». Des propos enregistrés par le MGB, futur KGB. Le fils du Dr Yakov Etinguer est arrêté dans la rue, et disparait. Puis, le médecin et son épouse sont interpellés pour propos antisoviétiques en novembre 1950. Antisémite, rusé mais inculte, le juge Mikhail Rioumine (1913-1954) est chargé de cette affaire qu’il mènera de manière impitoyable. Torturé, le Dr Yakov Etinguer s’évanouit en mars 1951 à son retour dans sa cellule, sa tête heurte une table et cet homme âgé est retrouvé mort. Le certificat de décès indique comme cause du décès un infarctus.

Le 1er juillet 1951, Mikhaïl Rioumine, éminent fonctionnaire des services de la sécurité, écrit à Staline qu’Etinguer aurait avoué avoir tué Alexandre Chtcherbakov (1901-1945), écrivain directeur du bureau d'information soviétique (Sovinformburo), dans le cadre d’un « complot sioniste visant les dignitaires du Kremlin ». Pure invention, réfute l’historien Jonathan Brent qui a consulté les archives de ce dossier. Dans son courrier, Rioumine accuse aussi Viktor Abakoumov (1908-1954), militaire ministre de la Sécurité d’Etat, d’avoir entravé son travail et d’être membre d’un complot contre le Kremlin, siège du pouvoir politique. 

Pour Staline, qui a observé avec attention les procès de Prague (alors en Tchécoslovaquie), cette lettre arrive opportunément. Beria (1899-1953), Malenkov et Molotov ont alors acquis trop de pouvoir selon lui. Le temps est venu d’une nouvelle purge pour placer à leurs postes des individus faisant preuve d’une allégeance totale à son égard. Quel mobile avancer pour convaincre le peuple et s’assurer de sa conviction que seul Staline le protège des ennemis de l’intérieur et de l’extérieur ?

Le 4 juillet 1951, Abakoumov est arrêté.

Le 13 juillet 1951, le Kremlin informe par courrier les dirigeants du Parti communistes dans toutes les républiques soviétiques d’un « complot de médecins juifs » auquel aurait participé Abakoumov afin de tuer les dirigeants principaux de l’Union soviétique.

Le « complot des blouses blanches », médecins prétendument empoisonneurs de dirigeants du Kremlin dans le cadre d’une conspiration sioniste mondiale, mettant « la patrie en danger », s’avère utile à Staline pour que perdure son pouvoir solitaire et criminel. Feignant de l’avoir découverte récemment, Staline présente alors la lettre du médecin sur la faiblesse cardiaque de Jdanov. Le pouvoir soviétique accuse des « médecins-espions à la solde de l’Occident » de représenter une « menace pour le peuple ».

Antisémitisme
En ce début des années 1950, environ 2,5 millions de Juifs vivent en Union soviétique. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, les Juifs ont déjà été instrumentalisés par Staline. Sur son ordre, un Comité antifasciste juif avait été créé et réunissait des scientifiques, des écrivains, des réalisateurs, des acteurs, des médecins. Son président : Solomon (Shloyme) Mikhoels (1890-1948), populaire acteur et directeur juif du Théâtre yiddish de Moscou. Une délégation du Comité avait effectué, avec succès, une tournée aux Etats-Unis afin de convaincre les Juifs américains de soutenir financièrement l’effort de guerre, l’Armée rouge dans cette « grande guerre patriotique ».

Mais, après la victoire sur le IIIe Reich et la refondation de l’Etat d’Israël sur sa terre ancestrale – l’URSS vote pour la résolution onusienne afin d'écarter le Royaume-Uni du Proche-Orient et prend conscience que son nouvel ennemi est les Etats-Unis, les juifs soviétiques accueillent avec enthousiasme la recréation d'un Etat Juif -, Staline veut souder la nation autour du nationalisme, et les Juifs en URSS sont animés par une effervescence : Mikoels a été convaincu par ses coreligionnaires américains de fonder une république autonome juive en Crimée. Un projet qui inquiète Staline craignant la présence et l’action de Juifs pro-Américains aux frontières de l’URSS. Assassiné en 1948 (« accident de la circulation »), Mikhoels est honoré par des funérailles officielles. Peu après, quatorze membres du Comité sont interpellés, jugés et condamnés à mort pour espionnage.

Pour asseoir son pouvoir face à des apparatchiks pouvant s’allier contre lui, pour donner une dimension mondiale à une prétendue conspiration contre l’Union soviétique, Staline lie le procès de membres de ce Comité au « complot des blouses blanches » juives : il recourt au lien de parenté entre Mikhoels et Miron Vovsi (1897-1960), médecin chef de l’Armée rouge. Autres objectifs de Staline : galvaniser le peuple contre l’Occident et procéder à une nouvelle purge dans les institutions.

Dès l’automne 1952, des médecins juifs, dont Vladimir Vinogradov, médecin de Staline, sont arrêtés, secrètement, dans toute l’URSS. Mais aucune preuve de lien avec les Etats-Unis n’est trouvée par les services secrets soviétiques. 

« Frappez-les à mort ! » Tel est l’ordre intimé par Staline à ses sbires afin d’obtenir des aveux. Privations de nourriture et de sommeil, détention en cellules étroites, autres tortures surtout la nuit… Tout est utilisé contre ces médecins juifs « cosmopolites ». A l’instar des purges staliniennes précédentes et du procès Slánský à Prague, alors en Tchécoslovaquie. Rudolf Slánský, secrétaire général du Parti communiste, est alors accusé de « complot sioniste ». Son procès et celui de 13 autres dirigeants de ce Parti et vice-ministres, essentiellement juifs, s’achève en décembre 1952 par la pendaison publique de onze accusés.

Né en Lettonie (alors dans l’empire russe), Miron Vovsi (1897-1960) est le cousin de Solomon Mikhoels (1890-1948), directeur et acteur du Théâtre Juif Yiddish de Moscou, président du Comité antifasciste Juif (CAJ ou EAK) et assassiné sur ordre du pouvoir communiste. Général et médecin-chef de l'Armée rouge, Miron Vovsi a été le médecin personnel de Staline. Le Dr Miron Vovsi (1897-1960), célèbre médecin à l’hôpital du Kremlin, est incarcéré comme « opposant au pouvoir soviétique », pour avoir opéré des choix médicaux supposément afin de détruire la santé et d’abréger la vie de dirigeants politiques et de chefs militaires comptant parmi ses patients. Il symbolise « l’ennemi de l’intérieur ». Il est torturé et avoue finalement le 14 novembre 1952 ce que lui ont extorqué ses interrogateurs.

La reconnaissance publique des fautes s’avère essentielle pour l’édification du peuple.

Diffusée à 18 millions d’exemplaires, La Pravda publie un article, rédigé par Staline, le 13 janvier 1953, émaillé de détails sur ce prétendu « complot des blouses blanches sionistes » accusées d’avoir assassiné Jdanov, Tcherbakov et d’autres. Elle vise à diffuser la propagande antisémite stalinienne – les noms des médecins sont imprimés -, à persuader de la nécessité d’une purge dans le Parti communiste. Ce qui suscite la peur chez les Juifs russes, ranime des clichés antisémites – blood libel - et risque de provoquer des pogroms en raison de la peur d’être soigné par des médecins juifs.

Le 5 mars 1953, Staline meurt des suites de l’éclatement d’un vaisseau sanguin. Les Russes pleurent, demeurent en état de choc. Les communistes dans le monde sont eux aussi affligés. Mais les familles des « blouses blanches » éprouvent un intense soulagement.

La succession de Staline se déroule sur plusieurs mois.

Membre du Politburo, Beria fait libérer les médecins juifs. 

En avril 1953, la réhabilitation de la plupart des membres du prétendu « complot des blouses blanches » marque le premier acte de la déstalinisation et un acte inédit en Union soviétique.

Vice-président du Conseil des ministres de l’URSS, Beria est arrêté le 26 juin 1953 par ses collègues du Politburo. Il est condamné à mort le 23 décembre 1953 par un tribunal spécial de la Cour suprême et exécuté le jour même. Son cadavre est incinéré et ses cendres dispersées dans une forêt.

"Le Dernier complot de Staline"
Documentaire réalisé par Philippe Saada, Le Dernier complot de Staline (Stalin Last Plot) « braque les projecteurs sur cet épisode encore méconnu de l'histoire de l'URSS et du communisme en revenant sur la mécanique implacable de cette affaire emblématique des méthodes totalitaires du pouvoir stalinien ».

"Janvier 1953 : Staline, à la veille de sa mort, sombrant dans la paranoïa obsessionnelle, s'invente un dernier ennemi imaginaire : les Juifs. Pour cela, il organise la plus violente campagne antisémite jamais menée en URSS, en dénonçant un complot fomenté par des médecins criminels juifs visant les plus hauts dignitaires du pays : le "Complot des Blouses blanches".

"Jamais racontée, encore méconnue, cette conspiration met en évidence les relations d'ambiguïtés, de paradoxes et de violences entre Staline et les Juifs. Elle révèlera les multiples facettes du dictateur, de son extrême folie à la manipulation de son plus proche entourage. Grâce à des images d'archives inédites et aux précieux témoignages des derniers protagonistes de l'affaire - enfants des victimes et proches-, qui nous racontent leur stupeur et leur détresse au moment de l'affaire, ce documentaire jette une lumière sur la mécanique implacable de ce complot, emblématique des méthodes totalitaires de gouvernement du pouvoir soviétique."

Grâce à « des archives inédites et les témoignages précieux des derniers témoins de l'affaire, enfants des victimes et leurs proches », ainsi que « de ses plus grands spécialistes » dont l’historien Jonathan Brent, ce film « revient sur l'horreur totalitaire de la répression stalinienne nous racontent la détresse des accusés et le soulagement provoqué par le dénouement inattendu de l'affaire ».

"La dernière demeure" 
Arte diffusa sur son site Internet, dans le cadre de "Invitation au Voyage" (Stadt Land Kunst), "La dernière demeure de Staline" (Stalins letzte Bleibe). "En Russie, il se passe toujours quelque chose dans les datchas, ces résidences secondaires très prisées. C’est dans l’une d’entre elles qu’est mort Staline, dans des circonstances encore troubles aujourd’hui."

Iran
Pourim 5786  débutera le 2 mars 2026 au soir et se terminera le 3 mars 2026 au soir. Le samedi 28 février 2028 au matin, le guide suprême Ali Khamenei (1939-2026) et plusieurs dignitaires du régime des mollahs iranien, dont l'ancien Président Mahmoud Ahmadinejad, ont été éliminés par l'armée israélienne lors de l'opération militaire "Lion rugissant" ou "Rugissement du lion". Ali Khamenei était le Guide suprême de la Révolution islamique depuis 1989 et a été Président de la république islamique d'Iran (1981-1989). 

Mû par une vision apocalyptique et espérant la venue de son messie ou mahdi,  le régime chiite a développé son programme nucléaire militaire afin de détruire l'Etat d'Israël puis les autres Etats "mécréants".

Daniel Pipes a écrit "La menace mystique de Mahmoud Ahmadinejad" (New York Sun10 janvier 2006). Il y analysait l'espoir de Mahmoud Ahmadinejad, alors Président iranien, dans le mahdaviat :
"Il s'agit, comme on pouvait s'y attendre, d'un terme technique religieux. Mahdaviat est un dérivé de mahdi, un terme arabe signifiant «le bien guidé» et désignant un personnage central de l'eschatologie islamique. Comme l'explique l'Encyclopedia of Islam, il est «le restaurateur de la religion et de la justice, celui qui régnera avant la fin des temps». Ce concept trouve son origine dans les premières années de l'Islam et, avec le temps, a été plus particulièrement associé à sa branche chiite. Alors qu'«elle n'atteignit jamais le rang d'élément essentiel dans la doctrine religieuse sunnite», poursuite l'encyclopédie, «la croyance en un mahdi de la famille du prophète devint un aspect central de la foi chiite radicale», où elle est également connue sous l'appellation de «retour du douzième imam».
Le mahdaviat désigne donc la foi en la venue du mahdi et les efforts pour préparer son retour...
Dans un reportage d'une grande qualité, Scott Peterson, de Christian Science Monitor, expose toute l'importance du mahdaviat dans les ambitions d'Ahmadinejad et explore les incidences de cette foi dans sa politique."

Scott Peterson a écrit : "Le retour éventuel du Mahdi est un article de foi pour les musulmans chiites, profondément ancré dans la conscience et la tradition mystique persanes... Amir Mohebian, "rédacteur politique du journal conservateur Resalat", souligne que les croyances en la fin des temps ont des racines similaires dans la théologie chrétienne et musulmane"... « Si vous pensez que nous vivons les derniers jours du monde et que Jésus reviendra, cette idée changera toutes vos relations », explique Mohebian. « Si je pense que le Mahdi viendra dans deux, trois ou quatre ans, pourquoi devrais-je être indulgent ? C'est le moment de rester fort et d'être dur. »


"La dernière demeure de Staline"
France, 2019,3 min
Disponible sur Arte du 14/01/2019 au 14/01/2021

« Le dernier complot de Staline » par Philippe Saada
Roche Productioins, 2009, 51 min
Sur Histoire les 9 mars 2017 à 9 h 20, 16 mars 2017 à 1 h, 21 mars à 1 h 35 et 25 mars 2015 à 2 h 45
Sur Public Sénat le 14 janvier 2023 à 20 h 08 

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Les citations sont extraites du communiqué de presse. Cet article a été publié le 8 mars 2017, puis les 13 janvier 2019, 14 janvier 2020, 14 janvier 2021, 13 janvier 2022, 17 janvier 2025.