L'Irlande est divisée entre l'État d'Irlande, État souverain occupant la plus grande partie de l'île, républicain et dont la capitale est Dublin, et l'Irlande du Nord, qui fait partie du Royaume-Uni et a pour capitale Belfast. Au nombre d'environ 2500, les juifs ont enregistré une hausse du nombre d'actes antisémites depuis l'agressions djihadiste du 7 octobre 2023 en Israël. Arte diffusera le 9 novembre 2026 à 22 h 35 « Travail forcé, enfants volés : l’Irlande au tribunal », documentaire d’Aoife Kelleher et de Rachel Lysaght.
Une des îles britanniques, l'Irlande est localisée dans l'océan Atlantique Nord. La mer d'Irlande la sépare à l'est de la Grande-Bretagne.L'île est divisée entre l'État d'Irlande, État souverain occupant la plus grande partie de l'île, républicain et dont la capitale est Dublin, et l'Irlande du Nord, qui fait partie du Royaume-Uni et a pour capitale Belfast.
"Colonisée par les Celtes au VIe siècle avant l'ère commune, l'Irlande est christianisée par saint Patrick au Ve siècle. Au Moyen Âge, l'île est régulièrement attaquée et colonisée par les Vikings, puis subit les invasions normandes et anglaises. L'île devient un État client en étant unifié en un seul royaume par l'Angleterre en 1542, et partage le même monarque que l'Angleterre et l'Écosse à partir de l'Union des Couronnes en 1603. Elle est rattachée à la Grande-Bretagne en 1800 par un Acte d'union, donnant naissance au Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande."
L'échec du projet de Home Rule entraine la guerre d'indépendance irlandaise et la division de l'Irlande. Avec le Traité anglo-irlandais, l‘île devient indépendante en 1922, mais l'Irlande du Nord quitte le nouvel État libre d'Irlande le lendemain de sa fondation ; seule reste indépendante l’Irlande du Sud.
Dans les années 1970-1980, l'Irlande du Nord est divisée par une guerre civile dénommée Troubles entre unionistes (partisans de l'appartenance au Royaume-Uni) et nationalistes (luttant pour la réunification de l'île). En 1998, l'accord du Vendredi saint met un terme à ce conflit en instituant une coopération entre les deux. Lors de la fête des Orangistes le 12 Juillet, des tensions apparaissent.
Juifs
L'implantation des juifs en Irlande date du Moyen-âge, plus précisément du XIe siècle.
Une communauté juive s'y est fixée à la fin du XVe siècle. Après leur expulsion du Portugal en 1497, certains Juifs séfarades se réfugièrent sur la côte sud de l'Irlande. L'un d'eux, William Annyas, a été élu maire de Youghal, dans le comté de Cork, en 1555. Francis Annyas (Ãnes) fut maire de Youghal en 1569, 1576 et 1581.
En 1660, la première synagogue d'Irlande a été fondée près du château de Dublin.
En 1718, la communauté juive a acheté un terrain qui devint le premier cimetière juif d'Irlande, et est dénommé cimetière de Ballybough. Ce cimetière est localisé dans le quartier de Fairview à Dublin, où vivait une petite communauté juive.
En décembre 1714, le philosophe irlandais John Toland publia la brochure « Raisons de naturaliser les Juifs en Grande-Bretagne et en Irlande ». En 1746, un projet de loi présenté à la Chambre des communes irlandaise se prononçait « pour la naturalisation des personnes professant la religion juive en Irlande » : c'était la première mention des Juifs à la Chambre des communes. En 1747, un autre projet de loi a été présenté, adopté sans amendement, et soumis au Lord Lieutenant d'Irlande, William Stanhope, 1er comte de Harrington, pour être transmis à Londres ; il n'a jamais obtenu la sanction royale. Ces projets de loi irlandais eurent cependant une conséquence cruciale : la création du Comité de diligence, institué par des Juifs britanniques pour suivre l'évolution de la mesure. Ce comité a été à l'origine de la création du Board of Deputies (BOD), organe représentatif des juifs. Les Juifs étaient exclus du bénéfice de la loi irlandaise sur la naturalisation de 1783. Les exceptions prévues par cette loi furent abolies en 1846. La loi sur les mariages (Irlande) de 1844 prévoyait la possibilité de célébrer des mariages selon le rite juif à l'article XII.
Daniel O'Connell est célèbre pour sa campagne en faveur de l'émancipation des catholiques ; il a aussi mené des actions similaires pour les Juifs. En 1846, à son initiative, la loi « De Judaismo », prescrivant un vêtement spécifique aux Juifs, a été abrogée. O'Connell déclara : « L'Irlande a des droits sur votre peuple ancestral ; c'est le seul pays que je connaisse qui n'ait subi aucune persécution des Juifs . »
Pendant la Grande Famine (1845-1852), qui fit environ un million de morts en Irlande, de nombreux Juifs participèrent à l'organisation des secours et firent preuve d'une grande générosité. En 1850, un journal dublinois souligna que le baron Lionel de Rothschild et sa famille avaient "contribué pendant la famine irlandaise de 1847 ... une somme bien supérieure aux contributions conjointes des Devonshire , Hereford, Lansdowne, Fitzwilliam et Herbert, qui tiraient chaque année de leurs domaines irlandais plusieurs fois cette somme". Par ailleurs, en 1847, Abraham (Bobby) Genese décède à Limerick et est enterré dans le cimetière chrétien de la ville ; son frère Salomon de Salomon de Dublin fait exhumer le corps d'Abraham pour le réenterrer au cimetière juif de Ballybough à Dublin
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En 1874, Lewis Wormser Harris fut élu conseiller municipal de Dublin pour le quartier de South Dock. En 1876, il fut élu maire de Dublin, mais il décéda le 1er août 1876 avant son entrée en fonction.
En 1892, un nouveau siège de la Congrégation hébraïque de Dublin fut établi et consacré par Hermann Adler, grand rabbin de l'Empire britannique, qui déclara : « L'Irlande est le seul pays au monde qui ne peut être accusé de persécuter les Juifs. »
En 1901, Albert L. Altman, riche négociant en sel dublinois, fut élu conseiller municipal du quartier d'Usher's Quay. Il siégea pendant trois ans, jusqu'à son décès en 1903. Durant son mandat, il fut au cœur de controverses nationalistes : la scission post-Parnell au sein du Parti parlementaire irlandais, son rôle de chef de file dans une insurrection ouvrière pour la tempérance au sein des milieux partisans de l'autonomie, la décision du conseil municipal de refuser un accueil officiel à Édouard VII durant sa première visite à Dublin comme nouveau roi - événement que James Joyce plaça au centre de sa nouvelle « Ivy Day in the Committee Room » (Le Jour du Lierre dans la salle du comité), extraite de la série « Dubliners » (Les Gens de Dublin) -... Converti au catholicisme, Altman a subi des attaques antisémites et des moqueries durant sa carrière politique.
L'essor démographique de cette communauté a lieu à la charnière des XIXe et XXe siècles avec l'afflux de réfugiés juifs fuyant les pogroms d'Europe orientale, en particulier en Lituanie, et s'installant dans les villes, notamment à Dublin et à Belfast. En 1871, la population juive d’Irlande s’élevait à 258 personnes, en 1881 à 453. La plupart des immigrants, jusqu’alors, provenaient d’Angleterre ou d’Allemagne. En 1901, plus de la moitié (2 200) des 3 771 juifs habitaient à Dublin. En 1904, la population juive atteignait environ 4 800 personnes. De nouvelles synagogues et écoles furent créées.
Le 10 septembre 1908, des Juifs irlandais ont créé la « Judeo-Irish Home Rule Association » pour promouvoir l’autonomie de l’Irlande. Sa réunion inaugurale se tint à la Mansion House de Dublin grâce au conseiller municipal Mendal Altman. L’association s’engagea à obtenir « une pleine autonomie, telle que celle accordée par le Parti parlementaire irlandais , afin de favoriser l’industrie irlandaise et, d’une manière générale, de promouvoir le bien-être et la prospérité de l’Irlande ».
De 1904 à 1906, a lieu le boycott de Limerick, dénommé pogrom de Limerick. Un boycott économique visant la petite communauté juive de Limerick - 130 personnes qui disposent d'un shohet, abatteur rituel pour les poulets et bovins, d'un cimetière à Kilmurray près de Castleconnell - et lancé par les prêches incendiaires - les juifs sont présentés comme les "ennemis de tous les pays" où ils vivent - d'un prêtre rédemptoriste, le père John Creag. Il s'agit de commerçants juifs d'origine lituanienne, venus en particulier d'un village d'Akmijan de la province de Kovno Gubernia. Ils assurent une partie du commerce de détail de la ville, localisé sur Colooney Street (aujourd'hui Wolfe Tone Street) - ils sont colporteurs, drapiers, épiciers, laitiers, artisans voire prêteurs. Certains vivent à Edward Street et ses environs. Les juifs sont aussi d'agressions physiques - le dimanche de Pâques 1884, l'épouse de Lieb Siev et son enfant sont la cible de jets de pierres contre leur domicile - et diverses violences. Certains meneurs sont condamnés par la justice aux travaux forcés durant un mois. Cette haine provient de l'antijudaïsme chrétien et du refus de débiteurs de payer leurs dettes. Des Juifs fuient la ville : de 171 en 1901, la population juive a diminué à 122 personnes en 1911. L'opinion irlandaise a été divisée. Dans un premier temps, le père John Creagh a été soutenu par sa hiérarchie, puis nommé à Belfast, et ensuite comme missionnaire aux Philippines.
Deux Juifs irlandais ont soutenu l'Armée républicaine irlandaise (IRA) et le Premier Dáil pendant la guerre d'indépendance irlandaise . Michael Noyk, avocat d'origine lituanienne, et. Robert Briscoe, membre éminent de l'IRA durant la guerre d'indépendance et la guerre civile irlandaise.
De 1925 à 2002, un groupe scout juif, le 16e groupe de Dublin, a œuvré à Dublin, disposant de son propre campement dans le domaine de Powerscourt pendant la majeure partie de cette période.
Pour assurer une représentation politique aux communautés minoritaires au Parlement, Ellen Cuffe (comtesse de Desart), membre de la communauté juive, a été nommée pour un mandat de douze ans par WT Cosgrave au Sénat irlandais en 1922. Elle siégea en tant que membre indépendant jusqu'à sa mort en 1933. Défenseure de la langue irlandaise, elle a présidé la Ligue gaélique.
La Constitution irlandaise de 1937 accordait une protection particulière aux Juifs. Éamon de Valera considérait cette disposition comme fondamentale dans le contexte de persécutions antisémites dans des pays européens. La mention des congrégations juives dans la Constitution irlandaise a été supprimée en 1973 par le Cinquième Amendement le même amendement qui a supprimé le « statut spécial » de l’Église catholique, les références à l’Église d’Irlande, à l’Église presbytérienne, à l’Église méthodiste et à la Société religieuse des Amis (Quakers).
De 1933 à 1939, l'Etat libre irlandais a été représenté dans le IIIe Reich par Charles Bewley (1888-1969), ministre plénipotentiaire et envoyé extraordinaire d'Irlande à Berlin, antisémite, pro-nazi. Durant son mandat, moins d'une centaine de Juifs obtinrent un visa irlandais. Le ministère de la Justice s'est opposé à l'accueil de réfugiés juifs par crainte de réactions hostiles.
En 1939, un comité organisa le Kindertransport, transport d'environ dix mille enfants juifs non accompagnés, âgés de trois à dix-sept ans et originaires d' Allemagne et de Tchécoslovaquie, et entrés au Royaume-Uni sans visa. Certains de ces enfants furent envoyés en Irlande du Nord. Ils ont été accueillis par des familles, ou à la ferme de réfugiés de Millisle (ferme de Magill, sur la route de Woburn) jusqu'à sa fermeture en 1948.
L’État irlandais était neutre pendant la Deuxième Guerre mondiale, période dénommée en Irlande « État d’urgence ». Environ 100 000 Irlandais ont combattu aux côtés des Alliés.
Pendant et après la guerre, l'establishment politique a montré une certaine indifférence officielle envers les victimes juives de la Shoah. Cette indifférence a été qualifiée d'« antipathique, hostile et insensible » par le ministre de la Justice, de l'Égalité et de la Réforme législative, Michael McDowell. Le Dr Mervyn O'Driscoll, de l'University College Cork, a décrit les obstacles, officiels et officieux, qui empêchaient alors les Juifs de se réfugier en Irlande.
La conférence de Wannsee a recensé 4 000 Juifs d'Irlande parmi les personnes désignées pour être exterminées pendant la Shoah. Au moins six Juifs irlandais ont été assassinés pendant la Shoah.
Alors Premier ministre de l'Etat libre d'Irlande, Eamon de Valera (1882-1975) s'est rendu à l'ambassade d'Allemagne à Dublin pour présenter ses condoléances après la mort d'Hitler le 2 mai 1945.
Après la guerre, il a été difficile pour les organisations juives d'obtenir le statut de réfugiés pour les enfants juifs, alors que la Croix-Rouge irlandaise n'a rencontré aucune difficulté avec l'opération Shamrock qui a permis d'accueillir plus de 500 enfants chrétiens, principalement originaires de Rhénanie. Cependant, Éamon de Valera passa outre la décision du ministère de la Justice et 150 enfants juifs réfugiés furent accueillis en Irlande en 1948.
Parmi les personnalités juives irlandaises importantes : le rabbin Isaac Herzog, devenu grand rabbin d'Israël, ou son fils Chaïm Herzog, né à Belfast et qui fut le sixième président de l'État d'Israël. Robert Briscoe a été le premier maire juif de Dublin. Citons aussi Bethel Solomons, joueur de rugby à XV pour le Wesley College et pour l'Irlande (10 sélections de 1907 à 1910), Louis Buchalter (plus tard Bookman) (1890-1943), originaire de Lituanie, joueur de football au niveau international pour l'Irlande (remportant le Home International Championship en 1914), Louis Jacobson joueur de cricket pour l'Irlande.
Parmi les lieux à visiter en Irlande : la Hebrew Congregation sur Rathfarnham Road à Dublin, l'Irish Jewish Museum, localisé dans l'ancien quartier juif de Portobello, et le cimetière historique de Ballybough.
En 2006, Tesco, chaîne de supermarchés britannique, a présenté ses excuses pour avoir vendu Les Protocoles des Sages de Sion et d'autres ouvrages antisémites sur ses sites Internet en Grande-Bretagne et en Irlande.
En 2026, la communauté juive compte 2500 personnes, soit 0,05 % de la population totale d'Irlande. Elle ne semble pas avoir excédé au fil des siècles 5 500 âmes. L'Irlande "accorde une dérogation autorisant l'abattage sans étourdissement préalable pour des motifs religieux. La circoncision est légale, soumise à des régulations exigeant notamment que le praticien dispose d'une certification ou d'un agrément médical local".
"Le 7 novembre 2024, le Parlement irlandais a adopté une motion non contraignante reconnaissant « qu’un génocide est perpétré sous nos yeux par Israël à Gaza ». Le ministre irlandais des Affaires étrangères, Micheal Martin, a déclaré que l’Irlande avait l’intention de s’associer au recours déposé par l’Afrique du Sud contre Israël pour génocide devant la Cour internationale de justice (CIJ) avant la fin de l’année."
En novembre 2024, un rapport du groupe de veille de l’éducation IMPACT-se a révélé, en étudiant les manuels scolaires irlandais, que la Shoah "est minimisée, Auschwitz étant désigné à tort comme un « camp de prisonniers de guerre », ce qui dilue sa réalité historique. Les manuels sont souvent hostiles à Israël et comportent des questions qui laissent entendre que les valeurs juives ne sont pas compatibles avec la paix. De plus, le judaïsme est présenté comme cautionnant la violence au nom de la justice, contrairement aux représentations pacifiques d'autres religions. Ces constats soulignent la nécessité d'une réforme des programmes scolaires afin de promouvoir un enseignement précis, équilibré et respectueux". Dans un exemple cité dans le rapport, un manuel d’études religieuses indique que l’islam est « en faveur de la paix et contre la violence », alors que le judaïsme « croit que la violence et la guerre sont parfois nécessaires pour promouvoir la justice ». La parabole du Nouveau Testament du « Bon Samaritain » est illustrée par l’image d’un garçon portant un keffieh – le foulard arabe censé protéger du soleil et du sable qui est devenu un symbole du nationalisme palestinien – et protestant contre Israël. Dans un manuel pour enfants racontant l’histoire de Jésus, une bande dessinée contient la phrase « certaines personnes n’aimaient pas Jésus », avec des personnages désapprobateurs portant des vêtements distinctement juifs, notamment des tallit et des kippot. Dans un autre cas, Jésus est décrit comme ayant vécu en « Palestine ». « Les déformations des faits historiques peuvent perpétuer des récits qui remettent en cause la légitimité d’Israël et favorisent des programmes politiques contre l’État d’Israël », indique le rapport. Le PDG d’IMPACT-se, Marcus Sheff, a déclaré que le programme scolaire irlandais « considère les Juifs et le judaïsme comme un élément mineur du tissu social irlandais » et que l’hostilité croissante à l’égard des Juifs et des Israéliens en Irlande ne devrait donc « pas être une surprise ».
"En réponse au rapport, le grand rabbin d’Irlande Yoni Wieder a déclaré que si certaines des inexactitudes relatives au judaïsme et à l’histoire juive pouvaient être mises sur le compte d’une « recherche bâclée et d’un manque de familiarité », celles concernant le conflit israélo-arabe étaient vraisemblablement intentionnelles". « L’armée israélienne est régulièrement présentée comme ciblant intentionnellement les enfants et les civils. Il n’est jamais fait mention des efforts qu’elle déploie pour protéger des vies innocentes. On parle rarement des atrocités perpétrées par le Hamas, le [groupe terroriste chiite libanais du] Hezbollah et l’Iran, ou de la menace qu’ils représentent pour Israël et pour leur propre peuple », a-t-il déclaré. Il a cité Punam Rane, conseillère municipale de Dublin, qui, lors d’une réunion tenue sur le 7 octobre et coïncidant avec le premier anniversaire du pogrom du Hamas, a affirmé que « l’ensemble de l’économie américaine est dirigé par les Juifs, par Israël ». Les Juifs irlandais se sentent beaucoup plus isolés, note Wieder, et nombre d’entre eux expriment la « peur de s’exprimer ». La montée de la « rhétorique incendiaire a créé un contexte dans lequel l’antisémitisme peut prospérer », a-t-il estimé, tout en mettant en garde contre une « surestimation de l’ampleur de l’antisémitisme ». Certains Juifs « ont très peur et pensent souvent à ce qui pourrait leur arriver, à eux ou à leur famille, tandis que d’autres se sentent en sécurité et ne voient pas de raison majeure de s’inquiéter », a-t-il ajouté."
Le Jewish Representative Council of Ireland (JRCI), "principal organe de représentation de la communauté juive irlandaise, a déclaré au Jewish Chronicle, basé à Londres, que les jeunes Juifs se sentaient « assiégés » dans les salles de classe, ce qui a contraint un certain nombre d’entre eux à changer d’école en raison de l’antisémitisme. Le président de la JRCI, Maurice Cohen, a déclaré que ses efforts pour discuter de ses préoccupations avec la ministre irlandaise de l’Éducation, Norma Foley, se sont heurtés à des refus répétés. « Il n’y a aucune preuve que l’antisémitisme soit enseigné dans les écoles irlandaises », a déclaré son ministère au journal."
Durant la guerre israélienne existentielle consécutive à l'agression djihadiste du 7 octobre 2023 dans le sud d'Israël, le nombre d'agressions antisémites a augmenté, induit notamment par la diplomatie pro-arabe du pays. "Les juifs irlandais ont rapporté 143 incidents antisémites au cours du second semestre de l'année 2025, selon un rapport recensant pour la première fois ces agissements auxquels a été confrontée la communauté juive d'Irlande, qui compte environ 2.200 personnes. «Nous exprimons notre profonde inquiétude face aux conclusions de ce rapport», a déclaré Maurice Cohen, directeur du Conseil représentatif des Juifs d'Irlande (JRCI). «Nous demandons l'élaboration rapide d'un plan national pour lutter contre la montée de l'antisémitisme», a-t-il ajouté, estimant que les efforts actuels sont insuffisants. Les incidents recensés se sont produits dans l'espace public, sur des lieux de travail, dans des établissements scolaires, des commerces ou encore dans le secteur de la santé, selon le rapport rendu public lundi, qui comptabilise aussi les courriels haineux".
"Le comptage a été compilé «en l'absence totale de tout système public permettant de signaler ou de documenter ces incidents», a expliqué dans un communiqué le JRCI, principal organisme représentant la petite communauté juive irlandaise. Le rapport «soulève de graves inquiétudes pour les politiques publiques, la gouvernance institutionnelle et la cohésion sociale» en Irlande, a déclaré Maurice Cohen, cité dans le communiqué.'
"En janvier 2026, le Premier ministre irlandais Micheal Martin a dit être «parfaitement conscient du fait que la communauté juive en Irlande est confrontée à une montée de l'antisémitisme». Il a annoncé une augmentation du financement de l'enseignement dans les écoles de la Shoah, l'extermination de six millions de Juifs par l'Allemagne nazie pendant la Seconde guerre mondiale. Selon un sondage publié en janvier par the Claims Conference, un collectif basé à New York, 15% des jeunes Irlandais n'ont jamais entendu parler de l'Holocauste. Et près de 10% des Irlandais âgés de 18 à 29 ans pensent qu'il s'agit d'un « mythe ».
Cillian McGrattan, Docteur en science politique et essayiste, a écrit "Israël, obsession irlandaise" (K La Revue, 24 juin 2026) :
"Entre fin octobre et mi-novembre 2025, l’Assemblée d’Irlande du Nord a failli s’effondrer en raison d’une motion de censure visant le ministre de l’Éducation, coupable d’avoir visité Israël et d’y avoir exprimé son soutien (en compagnie d’autres élus). Au début de l’année 2026, parallèlement, une enquête accablante et très médiatisée a mis en évidence des niveaux considérables d’ignorance irlandaise – notamment parmi les jeunes – concernant les faits élémentaires sur la Shoah. Sans surprise, hélas, les agressions antisémites sont en hausse. Plus récemment, au cours d’un débat au parlement irlandais sur un rapport relatif à l’utilisation d’informateurs de l’Armée républicaine irlandaise (IRA) par les forces de sécurité britanniques (et à la disposition apparente de ces dernières à tolérer meurtres, viols et abus sur mineurs commis par les premiers), une comparaison entre les Troubles nord-irlandais et « le génocide dont nous avons été témoins à Gaza » a été formulée sans que personne ne la conteste. Je souhaite suggérer que l’obsession des classes politiques irlandaises pour Israël – des deux côtés de la frontière irlandaise – révèle deux points dignes d’attention et d’étude approfondie : a) l’antisémitisme est un élément intrinsèque, fondateur et définitoire du nationalisme irlandais ; et b) la fixation nationaliste irlandaise sur Israël démontre comment l’antisémitisme lui-même opère à partir d’un « manque » et autour de celui-ci."
Israël
Dans « Élie. Al-Kahira, 1914-1948 », deuxième volet de sa trilogie, la romancière Bat Ye'or décrit l'instrumentalisation par le Vatican des Américains d'origine irlandaise dans l'entre-deux guerres afin d'influer sur la politique des Etats-Unis en un sens défavorable à la refondation d'un foyer national juif dans son berceau historique, Eretz Israël.
L'Irlande a été neutre durant la Deuxième Guerre mondiale, et le représentant de l'Allemagne nazie travaillait à Dublin. Le gouvernement a arrêté des membres de l'Armée républicaine irlandaise (Irish Republican Army, IRA) qui souhaitaient collaborer avec le IIIe Reich contre les intérêts britanniques. Mais de nombreux autres militants de la cause irlandaise ont communiqué des renseignements sensibles au IIIe Reich.
En 2010, Lord David Trimble, Prix Nobel de la Paix et ancien chef du Parti unioniste d'Ulster, et Robert Quick, directeur de BGS Ltd, ont signé la tribune "Keep calm and work with Israel to defeat the security threat from Islamic State" (The Telegraph, 27 octobre 2021). Il est membre de "Friends of Israel Initiative" fondé par José María Aznar afin de contrer les tentatives de délégitimer l'Etat d’Israël.
En janvier 2019, dans le cadre du BDS (Boycott Désinvestissement Sanction), "la chambre basse du parlement irlandais – le Dail – a voté en faveur d’un projet de loi interdisant l’achat de tous les biens et services des" implantations israéliennes en Judée et Samarie. "Le projet de loi avait déjà été adopté par la chambre haute du parlement – le Seanad – avant d’être présenté à la chambre basse et de recueillir une majorité de 78 voix contre 45, a expliqué Al Jazeera. Le projet de loi – connu officiellement sous le nom de projet de loi sur le Contrôle de l’Activité Économique (Territoires occupés) – doit encore franchir plusieurs étapes avant d’être intégré dans la loi irlandaise, mais il devrait aboutir grâce à son large soutien des partis de l’opposition irlandaise."
En novembre 2020, Lord David Trimble a proposé Benjamin Netanyahu, alors Premier ministre d'Israël, et Mohammed bin Zayed Al Nahyan, prince héritier d'Abu Dhabi et commandant suprême adjoint des forces armées des Émirats arabes unis (EAU). pour le Prix Nobel de la Paix en raison des accords d'Abraham.
En janvier 2021, la "Campagne de solidarité Irlande-Palestine (IPSC) a annoncé que son action « Des artistes irlandais s’engagent à boycotter Israël » venait de franchir le cap des 1 000 signataires". L’engagement des artistes irlandais, initié par le compositeur renommé et cofondateur de l’IPSC Raymond Deane, a été lancé voici une décennie. L’Engagement – qui engage les signataires à s’abstenir de se produire dans l’État d’apartheid d’Israël – a été lancé par la Campagne de solidarité Iralande-Palestine (IPSC) en août 2010".
"Signé dès le début par 140 artistes créateurs et de scène irlandais, l’engagement réunit désormais plus d’un millier de signataires, dont Stephen Rea, Sinéad Cusack, Donal Lunny, Andy Irvine, Damien Dempsey, Sharon Shannon, Robert Ballagh, Mary Black et Kíla. Depuis, le groupe a également été rejoint par de nouveaux grands artistes, tels Sisterix, CMAT, Pillow Queens, Kneecap, TPM, Steo Wall, Oein DeBhairduin et Roisin El Cherif ainsi que par des personnalités déjà bien établies telles que Kevin Barry, Joe Rooney, Mary Coughlan, Derbhle Crotty, Paul Duane et Eugene O’Hare."
"À la mi-octobre 2021, l’autrice irlandaise Sally Rooney, âgée de 30 ans, a annoncé qu’elle ne donnerait pas à un éditeur israélien l’autorisation de traduire son dernier roman en hébreu, car elle soutient un boycott des entreprises israéliennes [dans un communiqué, elle se dit ouverte à une alternative pour que le livre “soit accessible à ses lecteurs en hébreu”]. Sa décision a créé la surprise, mais elle n’a en réalité rien d’étonnant. Depuis des décennies, l’Irlande est une alliée des Palestiniens, et la compassion pour leur détresse fait partie intégrante de la culture irlandaise."
“Ce n’est pas le choix isolé d’une seule artiste, c’est au contraire conforme à une opinion publique très répandue en Irlande”, analyse Vincent Durac, professeur de sciences politiques et relations internationales à l’University College de Dublin.
"Plus de 1 300 artistes, dramaturges, acteurs et romanciers irlandais soutiennent le mouvement dit BDS (boycott, désengagement, sanctions) mené par les Palestiniens, que Sally Rooney, connue pour le best-seller Normal People, a cité dans un communiqué. Sur le modèle du mouvement sud-africain de lutte contre l’apartheid, le BDS appelle les gouvernements et le secteur privé à se désolidariser d’Israël, accusé de “colonialisme de peuplement”. “Je comprends que tout le monde ne soit pas d’accord avec ma décision, mais je ne pourrais tout simplement pas assumer ce choix”, a écrit Sally Rooney. Un engagement à boycotter les institutions israéliennes a été signé".
En 2026, les équipes israélienne et irlandaise de football ont joué l'une contre l'autre. "La menace d’un boycott a très sérieusement été dans l’air de la part de l’Irlande, soutien de longue date de la cause palestinienne, dont elle a reconnu l’Etat en 2024 aux côtés de l’Espagne et de la Norvège. Finalement, seul le gardien Gavin Bazunu s’est retiré pour les deux rencontres face à Israël en annonçant sur son compte Instagram : « Ma décision repose uniquement sur ma conviction personnelle que tuer des innocents est injustifiable ». Une décision suivie d’un vote des joueurs, majoritairement favorables pour disputer cette rencontre de Ligue des nations B."
Le 27 septembre 2026, le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, a reposté sur X le post de Josh Howie en le commentant:
"En mai 1939, l'équipe nationale de football irlandaise s'est rendue à Brême pour un match contre l'équipe nationale allemande.Afin d'« honorer les hôtes », les joueurs irlandais se sont tenus avant le coup d'envoi et ont rendu le salut nazi pendant que l'hymne allemand « Deutschland über alles » était joué.Pendant la Seconde Guerre mondiale, la conscience irlandaise a disparu, et l'Irlande a choisi de maintenir la « neutralité » entre le bien et le mal.En 1945, alors que le monde savait déjà parfaitement ce qui s'était passé, le Premier ministre irlandais Éamon de Valera a jugé bon de rendre visite au représentant allemand en Irlande pour présenter ses condoléances sur la mort de Hitler.Et aujourd'hui — un autre match de football. Cette fois contre l'équipe nationale israélienne. Une fois de plus, la fameuse conscience irlandaise fait son apparition et entre sur le terrain.Près de 90 ans ont passé. Le talent unique de l'Irlande pour se retrouver du mauvais côté de l'histoire reste intact.À l'époque, ils ont rendu le salut nazi. Cette fois, ils se rangent du côté du terrorisme palestinien. Au-dessus des brassards noirs que porteront ce soir les joueurs irlandais flotte le drapeau noir du djihadisme.Bonne chance à l'équipe nationale israélienne ce soir. 🇮🇱. Celui-ci n’a pas hésité à dresser un parallèle avec un match Allemagne-Irlande, en mai 1939 à Brême, pour lequel les joueurs irlandais avaient à l’époque rendu le salut nazi en plein hymne Deutschland über alles."
Vent debout contre le conflit armé à Gaza, la fédération irlandaise a assumé un protocole d’avant-match minimaliste, sans échange de fanions ni de poignée de main entre les joueurs. Et l’équipe au trèfle a donc porté un brassard noir, en signe de solidarité avec « toutes les vies perdues dans ce conflit » israélo-palestinien, dixit David Courell, le directeur général de la Fédération irlandaise (FAI)." Le 27 septembre 2026, le score était de 3-0 en faveur de l'Irlande."L'équipe israélienne avait été autorisée par l’UEFA a porté ce brassard noir, avait déclaré avant le match retour la fédération israélienne. Cette décision était aussi une manière de poursuivre la bataille des symboles face à l’Irlande, soutien de longue date de la cause palestinienne. Lors de la manche retour le 4 octobre 2026, les Israéliens ont porté un brassard noir pour commémorer l'agression djihadiste du 7 octobre 2023 en Israël. "Match nul sur le terrain (1-1). La rencontre de dimanche soir, délocalisée pour des raisons de sécurité selon les autorités irlandaises, s’est déroulée à Backa Topola, en Serbie, et à huis clos. Comme lors du match aller, les joueurs irlandais ont ostensiblement baissé la tête au moment de l’hymne israélien et avant le coup d’envoi, il n’y a eu ni échange de fanions ni poignée de main entre capitaines. Sur le terrain, Troy Parrott a ouvert le score sur penalty pour l’Irlande (39e) et Dor Peretz a égalisé pour les Israéliens (47e)."
« Je suis absolument ravi que ce soit terminé, cela nous a coûté à tous », a soufflé le sélectionneur irlandais, Heimir Hallgrimsson, qui a décrit une ambiance « comme un match amical ». « Il n’y avait personne qui regardait, pas d’étincelle dans ce match, a-t-il souligné. J’ai reconnu le mérite des joueurs, ils ont été absolument géniaux dans des temps difficiles et je ne souhaite à aucune équipe nationale de traverser ce que nous avons traversé ces deux dernières semaines. »
Le 3 octobre 2023, une "conférence de presse du sélectionneur de l’Irlande, Heimir Hallgrimsson, avait été écourtée après de nouvelles tensions extra-sportives entre des journalistes israéliens et le staff de l’entraîneur."
Arte
« La grande famine en Irlande »
Arte diffusa le 30 novembre 2021 « La grande famine en Irlande » (Die große Hungersnot in Irland ; The Hunger), documentaire de Ruán Magan.
« Retour parfaitement documenté sur l'un des épisodes les plus sombres de l'histoire de l’Europe : l’effroyable famine de 1845-1851 qui fit un million de morts dans une Irlande méprisée par la Grande-Bretagne. »
« C’est l’histoire de la pire catastrophe humanitaire des années 1800, d’autant plus stupéfiante qu’elle est survenue au Royaume-Uni, alors pays le plus riche et le plus puissant du monde ».
« En 1845, le mildiou, provoqué par un parasite importé d’Amérique du sud dans les soutes des navires de commerce, dévaste les récoltes de pommes de terre dans le nord de l'Europe ».
« Sur le continent, la France, la Prusse, la Belgique et les Pays-Bas dénombrent plus de cent mille morts ».
« Mais en Irlande, l’hécatombe se révèle d’une tout autre ampleur. D’une pauvreté abyssale, un tiers de la population rurale dépend pour subsister de la pomme de terre, tubercule très nourrissant qui pousse partout. Dans masures et taudis, des générations de métayers et de journaliers s’entassent, dépendants de cette monoculture. Le climat humide favorisant la propagation du parasite, les récoltes sont entièrement détruites ».
« La famine va durer sept ans et décimer un million de personnes, jetant sur les routes de l’exode deux millions de malheureux ».
« Usant de l’Irlande agricole comme d’un "panier à provisions", la Grande-Bretagne se montre pourtant largement réfractaire à financer un quelconque plan de sauvetage, fidèle à sa doctrine économique du laisser-faire ».
« Au point d’espérer secrètement se débarrasser de cette sous-classe irlandaise, considérée comme un obstacle au développement de l’agriculture productiviste ? »
« Comment les Britanniques, forts de leur empire colonial, ont-ils pu se montrer aussi "négligents, indifférents, insensibles", selon les historiens, parmi lesquels certains vont même jusqu'à parler de "génocide" ? »
« S’appuyant sur des archives, des documents d’époque et l’éclairage de nombreux experts internationaux dont l’universitaire français Fabrice Bensimon, ce documentaire puissant radiographie les causes de ce naufrage européen et en répertorie démissions et scandales ».
« Dans une époque d’effervescence néo-libérale ("Les largesses sans fin ne peuvent s'éterniser", assurent les dirigeants anglais au comble du cynisme), une élite capitaliste et une classe moyenne sans scrupules ne reculent devant rien pour protéger leurs intérêts, poussant les sans-terre au meurtre, au pillage et au cannibalisme ».
« Première catastrophe humanitaire à être couverte par les médias modernes, cette famine constitua en Europe l’un des ferments des insurrections de 1848 et servit de détonateur aux indépendantistes irlandais ».
« La révolution irlandaise »
« Le récit précis et détaillé de l'avènement de la République d'Irlande, il y a un siècle, des prémices de la lutte nationaliste, en 1900, à la guerre civile achevée en 1923. »
« Quand exactement est née l'Irlande indépendante ? Le 11 juillet 1921, quand la trêve concédée par la Grande-Bretagne met fin à la guerre d'indépendance menée par l'Armée républicaine irlandaise (IRA) ? »
« Le 6 décembre 1922, quand le traité anglo-irlandais, négocié de part et d'autre par Michael Collins et Arthur Griffith, face à Lloyd George et Winston Churchill, aboutit à la proclamation de l'État libre d'Irlande, réunissant les vingt-six comtés du Sud, avec Dublin pour capitale, tandis que six comtés de l'Ulster restent dans le giron britannique ? »
« Ou le 24 mai 1923, quand la guerre civile entre le jeune gouvernement indépendant et les partisans d'une véritable souveraineté, emmenés par Éamon de Valera, prend fin après onze mois d'affrontements ? »
« Ce débat illustre toute la complexité d'un combat national forgé dans le premier quart du XXe siècle face à une domination britannique de nature coloniale, et que ce documentaire très riche parvient à retracer en détail sans perdre le spectateur. »
« La "révolution irlandaise" commence officiellement avec l'insurrection déclenchée le lundi de Pâques 1916, en plein conflit mondial, par un petit groupe alors très minoritaire d'indépendantistes ».
« Mais c'est au tournant du siècle, dans les turbulentes années 1900, que ses idéaux commencent à se répandre au sein d'une petite classe moyenne urbaine et éduquée, de la promotion de la culture gaélique au syndicalisme, du féminisme au nationalisme ».
« Invitant une dizaine d'historiens à commenter cartes et archives (photos, plus rarement films, extraits de témoignages), Ruan Magan restitue avec minutie ces quelque vingt années qui verront l'utopie d'une République souveraine et égalitaire échouer en partie, mais donner à l'Irlande "la liberté de progresser vers la liberté", selon le mot de Michael Collins ».
« S'inspirant du très sérieux "Atlas of the Irish Revolution" (non traduit), dont certains des coauteurs interviennent dans le film, il montre ainsi comment, derrière les grandes figures historiques, tout un peuple d'hommes et de femmes va se rallier à la cause indépendantiste et en payer le prix ».
« Une histoire popularisée par Ken Loach avec "Le vent se lève"" "(Palme d'or 2006), dont l'interprète principal, Cillian Murphy ("Peaky Blinders"), est la voix off de ce documentaire dans sa version originale ».
« Juin 44 : un jour de météo favorable »
« Pays officiellement neutre, l'Irlande joua pourtant un rôle crucial lors du débarquement allié en Normandie. En juin 1944, le déclenchement du fameux Jour J fut en effet suspendu à l'expertise d'une certaine Maureen Sweeney, qui travaillait à la station météorologique de Blacksod, sur la côte Ouest irlandaise... »
« En juin 1944, Maureen Sweeney travaillait à la station météorologique de Blacksod, sur la côte Ouest irlandaise. Pendant plusieurs jours, le déclenchement de la plus grande invasion militaire de tous les temps fut suspendu à son expertise. Ses bulletins annonçant une tempête, l'opération Overlord dut ainsi être reportée. La brève accalmie qu'elle prédit ensuite permit finalement au général Eisenhower de lancer la vaste offensive qui conduisit à la victoire des forces alliées. »
« Aujourd'hui âgée de 96 ans, Maureen Sweeney apporte un témoignage unique sur ce moment historique où les militaires durent remettre leur destin entre les mains des météorologues. »
« Le documentaire donne également la parole à Susan Elaine Eisenhower, la petite-fille de celui qui devint président des États-Unis en 1953, à l'historien Antony Beevor et au vétéran Joe Cattini. »
« À travers leurs propos, appuyés par les éclairages d'experts militaires et météorologues, et de fascinantes séquences d'archives, ce film dévoile le rôle crucial de l'Irlande, pays officiellement neutre, durant la Seconde Guerre mondiale. »
« Irlande : le linge sale de l’Église »
Arte diffuse sur son site Internet « Irlande : le linge sale de l’Église. Les blanchisseuses de la Madeleine », documentaire de Gerry Gregg.
« De 1922 à 1996, plus de 10 000 jeunes femmes ont vécu en esclavage dans des couvents irlandais où elles travaillaient gratuitement en tant que blanchisseuses. Une poignante immersion au coeur d’un système étatique scandaleux qui a perduré pendant des décennies ».
"J’ai souvent pensé que je n’aurais pas survécu si j’avais été envoyée dans une blanchisserie des sœurs de la Madeleine. Je serais morte", confie avec émotion Joan Burton, vice-Première ministre d’Irlande de 2014 à 2016, placée à sa naissance, en 1949, dans un orphelinat avant d’être adoptée à l’âge de 2 ans. Ainsi, elle échappa au funeste destin des "Maggies", comme les surnommaient les Irlandais, ces filles, adolescentes et femmes qui trimaient dans les blanchisseries des sœurs de la Madeleine. »
« De 1922 à 1996, le pays en compta dix, tenues d’une main de fer par les nonnes. Près de dix mille malheureuses y vivaient et y travaillaient dans d’épouvantables conditions, placées là par les pouvoirs publics, l’Église catholique ou les familles, plus ou moins conscientes de ce qui se déroulait entre leurs murs. »
« Alors que ce scandale d’État a été mis au jour au début des années 1990, une dizaine de femmes livrent aujourd’hui des témoignages glaçants d’effroi sur leur enfance et leur jeunesse brisées. Les mauvais traitements, les abus sexuels, les brimades, le froid, l’isolement, l’absence d’éducation, le travail harassant… "Tu es là parce que personne ne veut de toi", disaient les nonnes à Gabrielle, qui se souvient de cette ignominie, les larmes aux yeux. »
« Dans une société misogyne et ultraconservatrice, où l’anticléricalisme n’existait pas, les femmes n’avaient que deux perspectives : devenir nonnes ou mères de famille. Celles que l’on jugeait trop belles et les filles-mères étaient généralement écartées de la société et enfermées dans ces blanchisseries. Dans la chaleur, la vapeur, les odeurs âcres, les Maggies travaillaient sans gants ni masque et nettoyaient aussi bien des tabliers ensanglantés d’abattoirs que des draps d’hôpitaux. Celles qui ne tenaient pas les cadences infernales étaient aussitôt châtiées par les sœurs... »
« En 2002, Peter Mullan rendait un bouleversant hommage à ces femmes couvertes d’opprobre avec The Magdalene Sisters, Lion d’or à la Mostra de Venise. »
« Aujourd’hui, l’Irlande n’a toujours pas soldé ses comptes avec les victimes de ce système étatique qui réduisit plus de dix mille femmes en esclavage pendant des décennies, avec la complicité de toutes les couches de la société. »
« Construit à partir des témoignages poignants d’une dizaine de survivantes, ce documentaire dévoile leur chemin de croix et les répercussions dévastatrices que leur réclusion forcée a eues sur elles, leurs enfants et leurs familles. Tissé d’images d’archives personnelles et historiques, ce film contribue à redonner une humanité à celles qui en ont été privées. »
« Travail forcé, enfants volés : l’Irlande au tribunal »
Arte diffusera le 9 novembre 2026 à 22 h 35 « Travail forcé, enfants volés : l’Irlande au tribunal », documentaire d’Aoife Kelleher et de Rachel Lysaght.
« En Irlande, l’association Justice for Magdalenes lutte depuis quinze ans pour faire valoir les droits des femmes victimes des "foyers pour mères et bébés", une plaie encore à vif dans le pays. »
« De 1922 à 1996, l’Église catholique irlandaise, avec la complicité active de l’État, a emprisonné dans des institutions des milliers de femmes : mères célibataires placées dans des "foyers pour mères et bébés" puis séparées de force de leurs enfants, qui seront adoptés, envoyés dans des "écoles industrielles" ou qui trouveront la mort dans des circonstances troubles ; jeunes filles vulnérables contraintes de vivre et travailler sans rémunération dans les blanchisseries des couvents de la Madeleine... »
« En Irlande, la blessure reste à vif : malgré les preuves et les témoignages qui ont brisé l’omerta, les victimes, marquées à vie, n’ont jamais obtenu réparation. »
« Depuis quinze ans, plusieurs de ces survivantes, soutenues par l’organisation militante Justice for Magdalenes, se battent pour que justice soit enfin rendue, et pour que l’État irlandais reconnaisse son écrasante responsabilité dans ces crimes gravissimes. »
« Emprisonnement et travail forcé, vol et trafic d’enfants, torture, expérimentations médicales sur des bébés… Malgré des excuses publiques présentées en 2013 devant le Parlement par le Premier ministre Enda Kenny, qui a qualifié ce système de "honte nationale", et la création d’une commission d’enquête sur le sujet, rien de concret n’en a résulté pour les victimes, souvent très âgées, qui attendent toujours une reconnaissance officielle et une indemnisation du préjudice subi. »
« De Dublin jusqu’au Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, ce film retrace un long combat pour défendre leurs droits, et donne la parole à quelques-unes d’entre elles : anciennes filles mères à qui on a arraché leur bébé – dont celle qui inspira le film Philomena de Stephen Frears – ou personnes nées dans l’un de ces foyers, qui ont appris sur le tard avoir été la proie d’un trafic d’enfants ».
« L'Irlande submergée par la cocaïne »
Arte diffuse, dans le cadre d’ARTE Regards, « L'Irlande submergée par la cocaïne ».
« En Irlande, la cocaïne fait des ravages. La drogue arrive par la mer et inonde le marché. Avec une hausse exponentielle de la consommation depuis 2017, cette crise touche particulièrement les femmes. À Limerick, Nathalie O’Donoghue, mère célibataire, affronte sa dépendance, pour offrir un avenir meilleur à ses enfants. »
Cartes : Photos © Tyrone Productions
L’Irlande sous domination britannique
Depuis le 16e et 17e siècles l’Irlande se trouve sous domination britannique. En 1801, elle est intégrée au Royaume-Uni en vertu de l’Acte d’Union et son peuple devient théoriquement l’égal des Anglais, des Écossais ou des Gallois. Mais dans les faits, les catholiques irlandais sont victimes de préjugés et de mépris dans leur propre pays. Au milieu du 19e siècle, la Grande-Bretagne se trouve à la tête d’un empire planétaire, plus que jamais confortée dans son statut de première puissance mondiale.
L’Irlande, le panier à provisions de la Grande-Bretagne
Dans les années 1830-1840 on exporte chaque année 90 millions d’œufs vers la Grande-Bretagne. Mais aussi du saumon, du bétail, de la laine, de l’alcool, et suffisamment de céréales pour nourrir deux millions de Britanniques.
La démographie en Irlande juste avant la famine
Dans les deux décennies précédant la famine, la population explose. De trois millions d’habitants en 1780, on passe à huit millions en 1841. Le recensement de 1841 établit la population du Royaume-Uni à un peu plus de 27 millions d’habitants, dont un tiers environ d’Irlandais. Il met aussi en lumière la grande pauvreté de l’Irlande où trois millions de personnes vivent dans des constructions rudimentaires, faites de pierre ou de boue. Mais les deux millions les plus pauvres du pays habitent dans des taudis qualifiés de « quatrième classe » (des masures d’une seule pièce, en boue et en matière organique). Trois millions d’habitants sont cependant rattachés à la classe moyenne, plus aisée : il s’agit d’agriculteurs aux exploitations plus vastes, de négociants, ou encore de commerçants et de professions libérales habitant les grandes villes.
L’élite irlandaise
En 1845, 95 % des terres d’Irlande appartiennent à un petit nombre de propriétaires, pour la plupart protestants et fidèles à la Couronne britannique. C’est une classe dominante constituée d’environ 5 000 familles de grands propriétaires terriens et de familles nobles qui possèdent des domaines. Les parlementaires sont issus de ses rangs et souvent elle exerce le pouvoir au niveau local.
La pomme de terre
Une grande partie de la population irlandaise dépend de la monoculture de la pomme de terre, un tubercule très nourrissant qui se cultive facilement, car elle pousse à peu près partout, y compris sur les sols pauvres ou en montagne. Grâce à la pomme de terre, même les plus pauvres sont correctement nourris.
Le mildiou
Apparu dans la cordillère des Andes, cette maladie provoquée par le parasite Phytophthora infestans et qui touche les cultures de pommes de terre remonte d’abord vers le nord avant de traverser l’Atlantique dans les cales des navires marchands. Au cours de l’été 1845, il atteint le port d’Anvers. Balayant la Belgique, les Pays-Bas, la France et la Prusse, le mildiou détruit toutes les récoltes sur son passage. En Irlande, le climat humide favorise sa propagation accélérée.
La famine en Irlande
Elle dure sept années, de 1845 à 1852. En 1845 le mildiou ravage un tiers de la récolte de pommes de terre en Irlande, privant un million d’habitants de nourriture. 1846 est la première année de famine grave et prolongée. Entre fin juillet-début août 1846, 75% à 90% de la récolte de pommes de terre sont détruits en une semaine. À l’été 1847, le gouvernement britannique déclare la fin de la famine et ferme les soupes populaires, abandonnant quatre millions de personnes à leur sort. Mais en 1848, le mildiou continue ses ravages et les morts, les expulsions et les départs se poursuivent. Les années les plus meurtrières surviennent surtout à partir de 1848. En 1849, la famine reflue, mais ne disparaît pas. 1850, 51 et même 52 par endroits sont encore des années de famine. Lorsque la crise alimentaire se termine vraiment en 1852, les décès et l’émigration se combinent à une diminution des mariages et une hausse de l’infertilité : dans de grandes parties de l’ouest et du sud-ouest, il n’y a pratiquement plus d’enfants. Avant la famine, l’Irlande comptait 8 millions et demi d’habitants. En tout, un million de personnes ont trouvé la mort et en une décennie deux millions d’Irlandais se sont expatriés définitivement.
La famine dans le reste de l’Europe
Ensemble, la France, la Belgique, la Prusse et les Pays-Bas totalisent 100 000 morts dues à la famine, ce qui ne représente que 10 % du nombre de victimes en Irlande. Seule explication à ce gouffre : les écarts d’efficacité entre les réponses gouvernementales. En Belgique, notamment, les autorités ont agi avec davantage de bienveillance et pris la mesure du problème pour parer au plus pressé.
Travaux publics
L’ouverture des soupes populaires
En juin 1847 sont ouvertes les soupes populaires. Elles constituent un tour de force logistique sans précédent. Elles servent quotidiennement à trois millions de personnes une bouillie bon marché de maïs, de riz et d’avoine. Épaulée par les Irlandais, c’est une grande réussite de la politique britannique. Elles ne coûtent pas cher : là où on avait déboursé plus de cinq millions de livres pour les chantiers des travaux publics, ce dispositif ne dépasse pas 1 million 750 000.
Les expulsions
Au cours des sept années de famine, plus d’un demi-million de personnes sont expulsées. La noblesse, qui possède 95 % des terres en Irlande, est à l’origine de la plupart des expulsions.
Les maisons de travail
Depuis 1842, les organismes communaux au service des plus démunis ont construit des maisons de travail dans la plupart des villes d’Irlande, 130 au total. 20 % des morts survenues au cours de la famine ont lieu dans les maisons de travail ou les hôpitaux traitant les maladies infectieuses. La plupart touchent des enfants de moins de 15 ans. À la fin de la famine, plus de 200 000 personnes ont péri dans les maisons de travail.
L’essor des médias de masse au 19e siècle et premières levées de fonds
La famine coïncide avec l’émergence du journalisme illustré, de sorte qu’elle est l’une des premières catastrophes représentées visuellement. En 1846 et 1847 les articles suscitent des dons en provenance du monde entier. La communauté irlandaise aux États-Unis envoie de la nourriture et du matériel d’une valeur de plus d’un million de dollars. En Angleterre, le banquier Lionel de Rothschild contribue à lever 400 000 livres par l’intermédiaire de l’Association britannique de secours, tandis que l’appel lancé par la reine Victoria permet de collecter 170 000 livres. Le tsar de Russie, le sultan ottoman Abdülmecid Ier, ainsi que les officiers britanniques à Calcutta apportent eux aussi une aide généreuse. Malgré leurs propres difficultés, les tribus amérindiennes Choctaw et Cherokee réunissent 800 dollars. Le pape Pie IX publie une encyclique pour demander à tous les catholiques de secourir les Irlandais. Les Français, quant à, eux donnent plus de 50 000 livres.
L’émigration irlandaise
Nombreux sont ceux qui partent définitivement. Souvent, un seul enfant est envoyé en éclaireur. Quand il aura trouvé du travail à l’étranger, il pourra économiser pour faire venir d’autres membres de la famille. C’est un exode sans précédent. Grâce au développement du transport maritime grand public, les exilés partent souvent à l’autre bout du monde. En une décennie, ils sont près d’un million et demi à gagner les États-Unis et 340 000 le Canada. 50 000 mettent le cap sur la Nouvelle-Zélande et l’Australie. Les examens médicaux étant superficiels, les passagers sont parfois porteurs de maladies. Les bateaux qui partent pour le Canada en 1847 enregistrent de forts taux de mortalité. On parle de « cercueils flottants ». Hommes, femmes et enfants confondus, ils sont 100 000 à mourir pendant la traversée vers le Canada ou en quarantaine à l’arrivée, soit près d’un tiers des candidats. Le passage vers les États-Unis est plus sûr. Neuf réfugiés sur dix parviennent vivants à destination. Ils s’installent pour la plupart dans les États de l’Est : Massachusetts, Pennsylvanie et New York.
Irlande, France, 2020, 91 min
Coproduction : ARTE GEIE, Tyrone Productions, Create One
Sur Arte le 30 novembre 2021 à 20 h 50
Disponible du 23/11/2021 au 29/12/2021
Visuels : © Tyrone Productions
Irlande, 2019, 1 h 37 mn
Production : Tyrone Productions, Create One, en association avec RTÉ
Raconté dans la version originale par Cillian Murphy
Sur Arte le 30 novembre 2021 à 22 h 25
Sur arte.tv du 30/11/2021 au 27/02/2022
Visuels : © Getty Images
« Juin 44 : un jour de météo favorable » de Gerry Gregg
Irlande, France, 2019, 53 min
Production : New Decade TV Ltd
Sur Arte le 1er décembre 2021 à 02 h 35
Disponible du 23/11/2021 au 29/12/2021
« Irlande : le linge sale de l’Église. Les blanchisseuses de la Madeleine » de Gerry Gregg
Irlande, 2020, 91 min
Coproduction : ARTE GEIE, RTÉ, New Decade TV
Auteur : Fernando de Juan
Sur arte.tv du 10/10/2026 au 15/12/2026
Visuels :
© New Decade TV Ltd
© Public Domain (Fair Use License)
© DR
« Travail forcé, enfants volés : l’Irlande au tribunal » d’Aoife Kelleher et de Rachel Lysaght
Irlande, France, 2023, 98 min
Production : Underground Films, Rocliffe Production, Fís Éireann/Screen Ireland, avec la participation d’ARTE GEIE
Autrices : Aoife Kelleher et Rachel Lysaght
Sur Arte le 9 novembre 2026 à 22 h 35
Sur arte.tv du 02/11/2026 au 08/12/2027
Visuels : © Underground Films
Allemagne, 2025, 31 min
Disponible jusqu'au 24/01/2031
Articles sur ce blog concernant :
Les citations viennent d'Arte. Cet article a été publié le 29 novembre 2021.





















