Citations

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« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

vendredi 5 juin 2026

Teba N. condamnée légèrement pour avoir exclu des étudiants présumés juifs de son groupe Instagram

Le 18 février 2026, Teba N., étudiante en première année d’économie à l’université Paris Sorbonne, a comparu devant la XVIIe chambre du Tribunal correctionnel de Paris. Elle était poursuivie pour harcèlement scolaire ayant entraîné une dégradation des conditions de vie et provocation non publique à la haine antisémite : le 15 septembre 2025, administratrice d'un groupe Instagram réunissant les étudiants de sa promotion, elle en avait exclu quatre condisciples aux prénoms ou noms juifs. Bénéficiant du soutien de 25 organisations de la mouvance islamo-gauchiste, elle a nié être antisémite. Sans convaincre. Le 5 juin 2026, le Tribunal a rendu un jugement clément.

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Le 18 février 2026, l’antisémitisme était au centre des débats de plusieurs procès en Ile-de-France. Au tribunal de Bobigny, se poursuivait le procès concernant la mort de Jérémie Cohen. Devant la Cour appel de Paris, Brahim Kassar, Tunisien âgé de 20 ans, et son frère jumeau Ismaël Kassar, expulsé récemment, étaient jugés pour avoir scié l'arbre planté en hommage à Ilan Halimi dans un jardin municipal à Epinay-sur-Seine ; ils avaient été condamnés en 2025 à une peine d’emprisonnement sans que la circonstance aggravante d’antisémitisme ait été retenue par le Tribunal correctionnel de Bobigny. Par ailleurs, la Cour d’appel de Paris jugeait aussi le négationniste Vincent Reynouard. Et devant la XVIIe chambre du Tribunal correctionnel de Paris, Teba N. devait répondre de harcèlement scolaire et provocation non publique à la haine en raison de la religion. Et ce n’était qu’une part infime de plaintes pour antisémitisme aboutissant à des procès.

« En 2025, 1 320 actes antisémites ont été recensés, soit une baisse de 16 % par rapport à l’année 2024 et soit plus de 3,5 actes antisémites par jour. Toutefois, les actes antisémites se maintiennent à un niveau historiquement élevé », surtout depuis l'agression djihadiste dans le sud d'Israël par des milliers de Gazaouis le 7 octobre 2023.

Le 15 septembre 2025, Teba N., étudiante française âgée de 18 ans, était inscrite en première année de licence d’économie à l’université Paris I Panthéon Sorbonne. Elle a créé un groupe de discussion sur Instagram destiné à ses condisciples et l’a nommé « L1 Eco Sorbonne ». Elle était l’administratrice de ce groupe d’environ 200-250 membres ; les étudiants de la promotion pouvaient rejoindre ce groupe en cliquant sur un lien. A cette date, elle a exclu sciemment quatre étudiants de sa promotion dont les profils Instagram montraient un prénom ou un nom à consonance juive ou israélienne. Quand un tiers a réadmis dans le groupe certains étudiants exclus, Teba N. les a exclus de nouveau.

Après ces exclusions, Teba N. a écrit ce message : « si il y a d’autres sionistes dans ce groupe en plus de ceux que j’ai déjà tej [jetés, Ndlr] vous pouvez d’ores et déjà le quitter on veut pas de vous ici pareil pr les racistes de manière générale ». Elle avait ajouté un drapeau palestinien.

Aux étudiants du groupe qui l’interrogeaient sur ses décisions unilatérales réitérées, Teba N. a répondu : « asso d’israel en bio mdr c moi la ouf ? » et « heureusement que j’ai dit sioniste et non juif, faut pas me faire ce que je n’ai pas dis ».

A Yasmine qui s'enquérait : « mais ma go t’es sur de ce que tu fais mm ? », Teba N. avait répondu : « moi ? certaine ». Des membres du groupe avaient discuté sur l’exclusion d’un étudiant prénommé Simon. Celui-ci avait écrit : « je m’appelle simon je suis ni juif ni sioniste faites pas d’amalgame svp ». Pas de réaction officielle de Teba N. L’étudiant prénommé Simon a été alors réintégré dans le groupe.

Philippe Baptiste, ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Espace, avait écrit sur X, ex-Twitter :
"A l’université Paris 1, des étudiants juifs exclus d’un groupe Whatsapp d’élèves sur la base de leurs noms ! J’apporte tout mon soutien à ces jeunes, victimes de l’antisémitisme que nous devons combattre partout, y compris, malheureusement, dans nos universités. Une seule ligne est possible : la tolérance zéro ! 
Je fais confiance à l’université pour prendre des mesures disciplinaires et j’ai pour ma part demandé à la rectrice de Paris de saisir le procureur de la République au titre de l’article 40 du code de procédure pénale".

Le 17 septembre 2025, Christine Neau-Leduc, Présidente de l’université Paris I Sorbonne avait saisi la section disciplinaire de l’établissement, et, le 18 septembre 2025, avait effectué un signalement au Procureur de la République.

Le 8 octobre 2025, Teba N. avait été placée, par le juge des libertés, sous contrôle judiciaire avec interdiction de quitter le territoire français et de contacter les victimes.

Le 17 novembre 2025, cette section, constituée pour moitié de représentants d'enseignants et pour moitié de représentants d'étudiants, a rejeté les poursuites en considérant que les exclusions avaient été induites par des désaccords politiques, et non par l’appartenance religieuse, et qu'ayant été commises dans un groupe privé avant la rentrée universitaire, elles ne constituaient pas une faute disciplinaire. Or, les étudiants ont été exclus avant d'avoir pu s'exprimer, a fortiori avant d'avoir pu exprimer une opinion politique. La section avait le choix entre plusieurs sanctions : de l’avertissement à l’exclusion. Selon le syndicat estudiantin UNI (Union nationale inter-universitaire), ces membres appartiennent souvent à la gauche, voire à l'extrême-gauche.

Christine Neau-Leduc, avait formé un recours contre cette décision devant le Tribunal administratif de Paris. « C’est le tribunal administratif qui va trancher et j’espère qu’il y aura des sanctions », a déclaré le ministre Philippe Baptiste le 17 février 2026. Il a posté sur X :
"Alors que la section disciplinaire a relaxé l’étudiante qui avait exclu des étudiants juifs d’un groupe de la promo, la décision de l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne de faire appel de la décision est la bonne : de tels comportements n’ont pas leur place à l’université. Cette affaire démontre l'urgence de professionnaliser ces instances. C’est ce que demandaient les présidents d'université, je m’y suis engagé, et la loi Levi-Fialaire apportera cette réponse dès le 1er mai prochain. Elle garantira que des faits d'une telle gravité soient examinés avec toute l'expertise et l'impartialité nécessaires."
Pour ces exclusions, Teba N. était poursuivie également devant la XVIIe chambre correctionnelle du Tribunal judiciaire de Paris pour harcèlement scolaire ayant entraîné une dégradation des conditions de vie (art. 222-33-2-3 et s. du Code pénal) et provocation non publique à la haine ou à la violence en raison de l’origine, l’ethnie, la nation, la race ou la religion (art. R. 625-7 et s. du Code pénal).

Sur Change, la pétition  ayant demandé l’exclusion de cette étudiante avait recueilli 1.150 signatures.

Mobilisations 
Dans la semaine précédant l’audience, avait circulé sur les réseaux sociaux l’affiche d’organisations, dont certaines localisées à l’université Paris I Sorbonne, qui avaient appelé à un « rassemblement devant le Tribunal de Grande instance de Paris » en soutien à la prévenue. Cette affiche exhortait à soutenir « Teba, étudiante à Paris 1 réprimée pour avoir défendu la Palestine ». Dans la partie gauche de l’affiche, se détachant d’un fond d’un drapeau palestinien, une personne, le visage partiellement dissimulé par un keffieh, levait la main droite en faisant le signe « V » de la victoire. Et sur la partie droite, les logos des associations – leur nombre augmentait au fil des jours pour atteindre 25 - appelant au rassemblement se détachaient sur un fond rouge vif : Étudiants musulmans de France (EMF) Paris Sorbonne, Comité Soutien Palestine Paris 1, Comité de soutien à la Palestine de Nanterre, Comité Palestine Solidarité Paris 4, CSRP, Fédération Syndicale Étudiante de Paris 1 (FSE), Ka Ubuntu (KU - Parti Panafricaniste et Indépendantiste Réunionnais), Le poing levé Paris 1, Les Jeunes Insoumis-es, Ligue Jeunesse Révolutionnaire, NPA Jeunes, OST, Peaux Noires Lignes Rouges (PNLR, « Collectif communiste antiraciste pour la fin de la suprématie blanche »), Solidaires étudiant-e-s syndicats de luttes, Stop répression Palestine, Syndicat Alternatif Paris 1, Union pour la reconstruction communiste (URC), Young Struggle (YS, « Organisation de jeunes socialistes – internationalistes ; Contre la violence du système capitaliste, luttons pour le socialisme‼ »), etc.

Le 16 février 2026, FSE Paris I postait sur Instagram : 
« L’APPEL AU RASSEMBLEMENT EN SOUTIEN À TEBA ✊🇵🇸
Soyons nombreux et nombreuses mercredi 18 février à 12h30 devant le Tribunal de Paris, métro Porte de Clichy 🔥
Soutien à Teba et tous les réprimés pour leur soutien à la Palestine 🇵🇸🇵🇸🇵🇸PSPSPS »

Le 16 février 2026, le Collectif Nous vivrons postait sur Instagram :
« Être un étudiant juif en France en 2026…
En septembre dernier, jour de la rentrée, deux étudiantes de la Sorbonne ont été harcelées et exclues du groupe whatsapp de leur promotion car elles avaient été identifiées comme juives / sionistes.
C’est ça le quotidien des étudiants Juifs depuis le 7/10.
Là où tous les autres étudiants auraient dû s’insurger, là où @sorbonne_univ @paris1pantheonsorbonne aurait du sanctionner pour que cela ne se reproduise jamais, ces jeunes filles ont fait face au silence et à la complicité qui va, cette semaine, même jusqu’à se transformer en manifestation de soutien à celle qui a sciemment discriminé des camarades en raison de leur identité. Pendant que la vie de la harceleuse suit son cours, celle des deux étudiantes a été durablement bouleversée.
Le procès aura lieu cette semaine et cette manifestation doit être empêchée. Nous ne devons rien céder aux tentatives de diversion et d’inversion victimaire orchestrées par des syndicats étudiants qui visiblement ne représentent que certains d’entre eux.
L’antisemitisme n’est pas une opinion politique. C’est un délit qui doit être puni par la loi.
@laurentnunezmi @edouard_geffray @sorbonne_univ @paris1pantheonsorbonne @neuleduc.c #nousvivrons #antisemitisme #université #sorbonne »
Le 17 février 2026, FSE Paris 1 postait sur Instagram :
« ⚠️⚠️⚠️ LES SIONISTES MENACENT LE RASSEMBLEMENT POUR TEBA ⚠️⚠️⚠️
Mobilisons nous largement et massivement contre cette intimidation et ce harcèlement d’une jeune étudiante de P1 pro-Palestine !
SOUTENIR LA PALESTINE N’EST PAS UN CRIME 🇵🇸🇵🇸🇵🇸 »

Le 18 février 2026, vers 13 h, devant le Tribunal judiciaire d’un Paris pluvieux, un groupe d’une vingtaine d’individus, généralement vêtus de noir et les visages dissimulés, brandissaient des drapeaux palestiniens et ceux de leurs associations. Une faible mobilisation – un militant par organisation -, mais qui montrait le caractère fédérateur de la « Cause palestinienne ». A quelques mètres, des policiers surveillaient ce groupe.

La FSE Paris 1 postait sur Instagram une vidéo et des photographies en gros plan, pour éviter de révéler sa faiblesse, et montrant la mobilisation d’un groupe très réduit :

« Nous étions présent.e.s au tribunal de Paris pour le rassemblement en soutien à Téba, étudiante de P1 réprimée pour avoir refusé la présence de soutiens à un génocide sur son groupe de promo 🇵🇸✊
Ces attaques s’inscrivent dans un mouvement plus large de répression du mouvement étudiant et pro-palestinien. Nous rappelons que soutenir la Palestine n’est pas un crime 💥
Relaxe pour Teba et pour tous.tes les réprimé.e.s ! 🚩 »
Slogans par haut parleur : « Solidarité pour les réprimés », « Soutenir la Palestine n'est pas un crime ».

Et sur les banderoles : « De P1 à Gaza, résistance » « Solidarité avec Teba et tous-tes les reprime.es », « Stop au génocide, Stop à la colonisation », « Soutenir la Palestine n'est pas un crime », « De Gaza à Paris, Vive la résistance contre l'impérialisme ».

En se dirigeant vers la salle d’audience, on s’attendait à un discours politique partial anti-israélien de la prévenue soutenue par une alliance islamo-gauchiste. Et on a eu souvent la taqiya.

Antisémitisme mal dissimulé
Au niveau de la salle d’audience, étaient postés six policiers : trois devant la salle inspectaient les sacs des spectateurs, veillaient à ce que les téléphones portables soient éteints et que nul ne prenne de photographie, et trois dans la salle. Pourtant, dans cette salle, des spectateurs pouvaient consulter leurs portables librement, une photographe professionnelle est même entrée avec son appareil.

Dans la salle d’audience, l’esquisse d’une balance fixée au mur indiquait seule que des magistrats allaient statuer dans le Tribunal.

La salle était divisée en deux : dans les rangées côté parties civiles et leurs avocats, une France plutôt âgée et juive – avec certes la présence du Président musulman de l’association C.H.A.R. (Contre la haine l’antisémitisme et le racisme) aux côtés de son vice-Président juif ; une jeune femme portait un polo noir sur lequel était inscrit « Nous vivrons » -, et dans celles, derrière la prévenue et son avocat Me Rafik Chekkat, une France Black Blanc Beur plutôt jeune. 

Menue, Teba N. portait un pantalon et une veste noirs larges. Sa chevelure était cachée sous un voile islamique blanc serré qui maintenait aussi ses fines lunettes.

Une magistrate a retracé le cursus scolaire de la prévenue, « une bonne élève » qui a été scolarisée notamment dans un collège catholique privé, et est boursière.

La prévenue était bien briefée par son avocat Me Rafik Chekkat, et dévidait un discours composé d’éléments de langage (EDL) qu’elle répétait sans se lasser, sur un ton plutôt monocorde. Sa défense ? Elle n’était pas antisémite et ignorait que les deux étudiantes exclues étaient juives. Elle expliquait leur exclusion par le soutien de l'une d'elles à l'armée israélienne, et comme elle alléguait se soucier des étudiants mineurs du groupe qu’elle administrait sur Instagram : « une armée, c’est dangereux ». Elle ne voulait pas d’une étudiante qui soutenait une « armée militaire... Cela n'a rien à faire dans ce groupe... Le côté militaire est potentiellement dangereux pour des étudiants mineurs... ». Malgré ses efforts pour lisser son discours sans présenter d'aspérités risquant de se retourner contre elle, elle a déclaré : « Si cela avait été en soutien au Hamas plutôt qu’à Tsahal, j’aurais fait pareil ». Elle a dressé un parallèle entre un mouvement terroriste islamiste branche "palestinienne" des Frères musulmans et l'armée régulière d'un Etat Juif, démocratique dénommé Israël, membre de l'ONU (Organisation des Nations unies) !

Elle n'a pas "surveillé tous les profils des étudiants". L'une des trois étudiantes exclues, qui, la veille, avait parlé avec les étudiantes juives françaises, "ne savait pas qu'elles étaient juives". Donc, Teba N. ne pouvait pas non plus le savoir. "On me met dans une mauvaise posture de ce que je combats", ajoutait-elle. Et d'ajouter : "On me reproche le voile, or c'est la religion".

La phrase de Simon justifiant sa demande de réintégration en écrivant n'être ni juif ni sioniste ? "Une blague de très mauvais goût. On ne rigole pas sur le racisme et l'antisémitisme. Je n'ai pas apprécié". Le sionisme ? "C'est un courant politique militaire". Et elle évoquait "le contexte international. Je peux comprendre que cela ait pu être mal interprété... Tous les sionises ne sont pas juifs, tous les juifs ne sont pas sionistes". La prévenue a regretté la judiciarisation : elle avait présenté rapidement ses excuses, et avait souhaité un règlement amiable. Elle disait aussi avoir reçu des menaces. Son avocat, Me Rafik Chekkat, a insisté sur la précipitation à révéler les faits sans interroger sa cliente qui a reçu des "injures islamophobes, n'est pas retournée le lendemain à l'université et est restée deux mois sans aller en cours."

Une étudiante exclue suivait un compte Instagram "Soutien à Israël", et non "Soutien à l'armée israélienne". Pourquoi ne pas l'avoir contactée avant de l'exclure ? Pas de réponse de la prévenue.

Comment Teba N. savait-elle qu’une étudiante soutenait l’armée israélienne – on peut suivre un compte sur les réseaux sociaux pour s’informer, sans en partager les opinions ? « C’était indiqué sur son compte ». « Non, son compte était privé », a répliqué Me Annie Cohen, avocate d'une étudiante exclue. « Il était public », a insisté Teba N.. L’avocate a montré une copie-écran prouvant le caractère privé dudit compte. Une autre étudiante exclue, au compte privé lui aussi, mentionnait sur son compte "EEIF" (Éclaireuses Éclaireurs israélites de France), un mouvement juif scout. Teba N. aurait-elle interprété la lettre « I » comme « Israélien » ou a-t-elle sciemment exclue une Israélite de son groupe WhatsApp ? Ou les deux. 

Quant au message sur Mein Kampf figurant dans son dossier, Teba N. a montré qu'il provenait d'un compte WhatsApp qui n'est pas le sien, et non de son compte Instagram. Comment ce document est-il parvenu dans son dossier ? Mystère. « Les plaintes de ma cliente sont toujours en cours d’instruction », feignait de s’étonner Me Rafik Chekkat qui visait le compte de SwordofSalomon ayant révélé l’identité et le visage de sa cliente. Une des trois magistrats a alors expliqué que le problème provenait du réseau social X, ex-Twitter, qui, à la différence d’Instagram, ne répondait pas aux demandes judiciaires. Elle a donc exclue tout favoritisme.

Bref, un discours victimaire de Teba N.

On observait un écart entre le registre lexical de ses propos policés et le langage pauvre, blessant, émaillé d’abréviations de ses messages écrits dans son groupe Instagram, entre son calme durant les interrogatoires et la brutalité réitérée de ses actes d’exclusion d’étudiants juifs, ou présumés tels. 

A peine Me Annie Cohen-Tapia, avocate des deux étudiantes exclues et de l’association C.H.A.R., avait-elle évoqué le compte Instagram de la prévenue caractérisé par des sourates du Coran et les références à des comptes faisant l'apologie du terrorisme ou "Palestine vaincra", que Teba N. l’a interrompue en invoquant la liberté religieuse - "Etre musulmane, ce n'est pas une faute" - et l’islamophobie. Pourtant, il aurait été intéressant de qualifier l’antisémitisme – islamique ? - de la prévenue, et de connaitre les comptes qu’elle suivait, ses éventuels liens avec les associations anti-israéliennes mobilisées durant des jours en sa faveur. Selon ces dernières, elle aurait été mue par des motivations politiques radicales.  .

Des magistrats semblaient non convaincus, et certains parfois atterrés par les dénis, notamment d’antisémitisme, de la prévenue.

Puis, quatre personnalités ont témoigné pour les victimes et parties civiles.

Autrice des « Nouveaux Antisémites » (2025), la journaliste Nora Bussigny a résumé les résultats de son enquête sur l’antisémitisme dans les universités. Elle a défini le sionisme en reprenant la définition de dictionnaires : mouvement d'autodétermination du peuple Juif sur la terre d'Israël. « Peut-on être antisioniste sans être antisémite ? », s'est enquis Me Rafik Chekkat qui discourait en citant Rony Brauman et l'UJFP (Union juive Française pour la Paix). « C'est possible », a répondu l’essayiste. Une réponse surprenante : elle s’est déplacée du registre objectif à celui subjectif constitué de rencontres, en semblant ignorer que l’antisionisme est par essence antisémite car il nie le droit étatique à un seul peuple : le peuple Juif.  "L'antipathie pour Israël peut-elle être instrumentalisée à des fins racistes, islamophobes ?", a poursuivi l'avocat. "Oui, de la part de parti politique d'extrême-droite", a répondu Nora Bussigny. « Puisque vous êtes là, j’en profite pour vous poser cette question : pourquoi me classez-vous dans votre dernier livre comme "avocat très militant" », a interrogé Me Rafik Chekkat. « Parce que vous êtes engagé pour la cause palestinienne », a répondu la journaliste.

Présidente de l’université Paris Sorbonne, Christine Neau-Leduc a insisté sur l’image ternie de la Sorbonne par cette affaire, le climat délétère au sein de l'université. Elle a  raconté sa rencontre avec les familles "très meurtries" qui "avaient peur". Les deux étudiantes juives françaises n’ont pas pu poursuivre leur scolarité dans cette université prestigieuse. Me Rafik Chekkat a fustigé une "forme de précipitation" de la Présidente et du ministre de l'Enseignement supérieur à réagir "sans rien connaitre, avec des erreurs factuelles" (groupe WhatsApp au lieu de groupe Instagram).

Daphné Hubelé  puis Yossef Murciano, respectivement Présidents de l’UEJF (Union des étudiants juifs de France) de l’université Paris 1 Sorbonne et du mouvement national, ont dressé un panorama de l’antisémitisme en milieu universitaire. Il a dénoncé "l'inversion accusatoire" pour prouver l'antisémitisme, et déploré l'inscription "Free Palestine" sur une plaque en hommage à Ilan Halimi. A titre d'exemple de l'antisémitisme en milieu universitaire, a été cité l'étudiante interdite d'entrée dans un amphi de Sciences Po. Et, à la mi-septembre 2025, l’université Panthéon-Sorbonne a annoncé avoir signalé au Procureur de la République un sondage choquant lancé le 24 août 2025, dans un groupe WhatsApp regroupant la promotion de première année de licence Economie de l’université Paris-1 Panthéon-Sorbonne : un étudiant a interrogé  « Pour ou contre les juifs ? » Et si certains s’étaient indignés (« Tu as fumé la moquette ? », « Ça va pas la tête ? »), d’autres avaient répondu au sondage.

Les avocats des victimes et des parties civiles – LICRA, C.H.A.R., UEJF, la Sorbonne et Me Déborah Journo pour Actions Avocats – ont demandé des sanctions sévère pour les discriminations antisémites - "Ce n'est pas Baptiste ou Jade à qui on a fait comprendre qu'ils n'étaient pas les bienvenus. Les étudiantes ont été ciblées par leurs  noms ou prénoms juif/israélien. La justification "armée israélienne" a été fournie a posteriori. Me Annie Cohen, avocate de victimes et de C.H.A.R., a réfuté l'argument de l'avocat de Teba N. avançant la liberté d'expression de sa cliente. Or, cette dernière a privé les étudiants exclus de tout débat, de l'expression de leurs opinions sur un "sujet d'intérêt général". Teba N. n'a pas eu le moindre mot pour les étudiantes juives ayant du quitter l'université". Les avocats ont sollicité l'indemnisation du préjudice moral subi par les étudiantes exclues.

Un avocat de l’UEJF a argumenté en faveur d’une requalification juridique : le groupe Instagram étant ouvert, sans "communauté d'intérêt", avec "l'antisémitisme pour seul filtrage", il a considéré que la provocation à la haine était publique, et non privée. 

Un directeur juridique de l’université a plaidé pendant environ cinq minutes pour l’université Sorbonne et a réclamé 1500 euros de frais judiciaires. A Me Rafik Chekkat qui s’en étonnait, il répondait qu’il était un cadre et que c’était le coût de son travail nocturne de préparation de l’audience.

Dans ses réquisitions implacables, la Procureure a estimé que les délits étaient constitués : pour la prévenue, "on n'a pas le droit d'être israélien car le soutien à Israël n'est pas admis". Elle a déploré son "discours rigide et victimaire qui ne se remet pas en question". Il "ne s'agit pas de réprimer une position propalestinienne", mais Teba N. a donné aux étudiants le "sentiment d'être invités à s'autocensurer". Elle a requis dix mois de prison avec sursis total, une amende de 7.000 € au vu de revenus modestes, la participation de la prévenue à un stage au Mémorial de la Shoah à Paris et l'interdiction de contact avec les deux étudiantes exclues.

Me Rafik Chekkat  a plaidé longuement, et au moment de débuter un hors sujet, une magistrate lui a rappelé l’heure tardive. Cet avocat a souligné combien sa cliente n'était pas responsable du contexte général. Il a cité Hannah Arendt sur la déségrégation des Noirs, débuté des digressions sur l'accueil de Theodor Herzl auteur de L'Etat Juif. Il s'est interrogé sur la raison de la campagne médiatique et de la politisation. Il a évoqué le "risque plausible de génocide selon la Cour internationale de justice" et la notion de "débat d'intérêt général" dégagée par la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH).

Jugement le 19 mai 2026, reporté au 5 juin 2026.

« Beurgeoisie »
Que retenir de cette longue audience débutée vers 13 h 50 et achevée vers 20 h 30 ?

Le 18 février 2026, Me Rafik Chekkat a posté  sur son compte Instagram :
« 🔴 ⚖️ Aujourd’hui a lieu le procès d’une étudiante, Mme T.N., 18 ans, poursuivie pour avoir retiré d’un groupe privé Instagram qu’elle gérait une étudiante abonnée notamment au compte officiel de l’armée israélienne, ainsi que deux autres étudiantes qui la soutenaient.
L’étudiante poursuivie n’avait aucune connaissance de l’origine ou de la religion des personnes retirées (deux d’entre elles sont de confession juive). Elle a toujours justifié son geste par son opposition au sionisme, au racisme, et aux crimes commis par l’armée israélienne.
Elle a tenté de réintégrer les étudiantes retirées dans le groupe (l’une des trois est revenue) et de contacter l’UEJF pour dissiper tout malentendu, en vain. L’UEJF et d’autres protagonistes (dont le ministre de l’Enseignement supérieur) ont immédiatement publié des communiqués qui tronquaient les faits et accusaient l’étudiante d’antisémitisme. 
S’en est suivie un emballement médiatique et un torrent de publications racistes et sexistes envers l’étudiante, qui a vu son identité et sa photo divulguées par le compte « Sword of Salomon » et un appel explicite à commettre des violences envers elle.
Mise à pied à titre conservatoire par l’université, traumatisée, Mme T.N. est restée deux mois chez elle. Le 13 novembre. 2025, le conseil de discipline de l’université rejetait toutes les accusations portées contre elle et l’autorisait à reprendre les cours.
Mme T.N. reste poursuivie au pénal pour les faits de harcèlement scolaire et de provocation non publique à la haine ou à la discrimination. Son audience a lieu aujourd’hui à 13h30 à Paris devant la 17e chambre correctionnelle.
Plusieurs associations de lutte contre l’antisémitisme se sont constituées partie civile (CHAR, LICRA, OJE…).
Aucune suite n’a été donnée à ce jour aux plaintes déposées par Mme T.N. pour les faits de « doxing », menaces et cyber harcèlement. »
Le 19 février 2026, FSE Paris Cité  postait  sur Instagram :
« 💥 Soutenir la Palestine n’est pas un crime, relaxe pour Téba !
📢INTERVENTION DE LA FSE EN SOUTIEN À LA CAMARADE RÉPRIMÉE TÉBA DEVANT LE TRIBUNAL DE PARIS.
Après avoir exclu de son groupe de promo des individus en soutien avec l'armée génocidaire, Téba subit le harcèlement raciste des sionistes de son université.
Elle a été convoquée au tribunal de Paris hier pour son soutien à la Palestine. Cette attaque s’ajoute à une liste longue de répression contre les mouvements palestiniens au sein des universités.
💥 Soutenir la Palestine n’est pas un crime, relaxe pour Téba ! »
Teba N. a été scolarisée dans de réputés établissements secondaires, public et catholique privé sous contrat. Elle a bénéficié de l’enseignement d’une République laïque, a du vraisemblablement respecter une minute de silence pour le professeur Samuel Paty, victime d’une campagne haineuse, accusé à tort de blasphème et décapité en 2020 par Abdoullakh Anzorov, réfugié russe musulman d'origine tchétchène. Durant l’audience, la prévenue a sanctuarisé l’islam : elle a refusé toute question sur des sourates du Coran, a brandi la liberté d’exercice de religions tout en ayant exclu des étudiantes juives, et s'est retranchée derrière l’accusation d’« islamophobie ». Sa pratique de l’islam – fréquentation d’une mosquée ? –, et son affiliation à un courant sunnite ou chiite, ont été occultées vraisemblablement durant l'instruction. Ce qui n’a pas permis d’éclairer l’éventuelle part de l’antisémitisme islamique dans les actes pour lesquels elle comparaissait devant le Tribunal. Car il est très rare qu'une prévenue, a fortiori étudiante en première année dans une ville qu'elle découvre, poursuivie pour antisémitisme bénéficie d'une telle mobilisation islamo-gauchiste : 25 associations, un rassemblement, etc.

Quand Teba N. a fustigé une « armée militaire » - une redondance pour souligner sa profonde réprobation mais qui prête à sourire -, on s’interroge : la France devrait-elle supprimer le ministère de la Défense et interdire le traditionnel défilé à Paris de ses armées organisé depuis 1880 le 14 juillet, jour de fête nationale ? Les parents qui amenaient leurs enfants voir ce défilé, avant que tout public en soit écarté par le Président Emmanuel Macron, étaient-ils conscients du risque encouru par leurs progénitures ? A moins que la prévenue ait stigmatisé uniquement l’Armée israélienne…

Par ses actes, par ses propos, par son comportement, par ses vêtements, cette étudiante a semblé appartenir à une contre-société apparue notamment lors du procès de N. Mickaël Pastor Alwatik devant la Cour d’assises sur les attentats islamistes de janvier 2015. Cette future membre de la « beurgeoisie » - néologisme forgé à partir de « beur » (Arabe, à l’envers) et de « bourgeoisie » - ne partage pas des valeurs de la France. Se plaindra-t-elle de discrimination à l’embauche si sa candidature à un poste ne sera pas retenue ? Acceptera-t-elle de travailler avec des collègues juifs français ou de recruter des candidats juifs français ?

L’UEJF s’est « distinguée » par des comportements affligeants : alors qu’elle avait révélé les faits litigieux en septembre 2025, elle s’est constituée partie civile… à l’audience !? Pourquoi deux avocats de l'UEJF dans ce procès ? Un de ses avocats et son Président national sont arrivés très en retard. Cet avocat s’est montré peu galant et dédaigneux envers ses consœurs qui ne se sont pas laissées impressionnées. Le témoignage de Yossef Murciano présentait un faible intérêt car il n’apportait guère d’éléments neufs par rapport à ceux dits par Daphné Hubelé, peu audible. Pourquoi l’UEJF se dote-t-elle depuis quelques mandats d'un Président qui n’est plus étudiant depuis des années ? 

“Au départ, elle est retournée en cours et elle a ressenti une forme d’isolement, une espèce de mise à l’écart, des regards insistant. Et puis après l’apothéose, c’est lors d’un cours qu’elle a suivi où des gens derrière elle disaient que les Sionistes allaient devoir payer pour ce qu’il s’était passé. Et ça quand on l’a appris, on s’est dit qu’on devait mettre notre fille en sécurité. Ce n’était pas possible qu’elle aille en cours dans ces conditions. C’était impensable en fait”, avait expliqué la mère d'une étudiante exclue à un journaliste.

Me Annie Cohen-Tapia, avocate des deux étudiantes et de CHAR, m’a confié : « Ce qui est terrible dans ces dossiers, c’est qu’on est sans arrêt dans la victimisation des prévenus. L’étudiante prévenue a tenté tout le long de l’audience de se faire passer pour une victime. Rappelons qu’elle retourne à l’université Sorbonne sans difficulté alors que les deux étudiantes juives françaises victimes d’antisémitisme ont été extraites de l’université pour leur sécurité. Sans compter le traumatisme de leur premier jour à l’université. Le passage de l’adolescence au monde adulte a été bien cruel pour ces jeunes filles ».

Jugement clément
Le vendredi 5 juin 2026, s
ur le parvis Robert Badinter du Tribunal judiciaire de Paris, une vingtaine de militants assuraient, par leurs slogans, Teba N. et "les réfugiés" de leur soutien. Leur banderole accusait Israël de génocide. Des drapeaux palestiniens étaient brandis.

Le Tribunal a jugé Teba N. coupable de harcèlement scolaire n'ayant pas entrainer d'incapacité et de provocation non publique à la haine et la violence en raison notamment de la religion le 15 septembre 2025. Il l'a condamnée à une peine d'emprisonnement de quatre mois assorti d'un sursis total, à un stage obligatoire de deux jours au Mémorial de la Shoah, à une amende de 800 € pour une infraction, à l'interdiction d'entrer en contact durant deux ans avec les étudiantes exclues, à verser à chacune de ces étudiantes 1.000 euros au titre du préjudice moral tout en rejetant leurs demandes au titre du préjudice matériel et 1.000 € pour leurs frais de justice. Il a déclaré recevables au titre de parties civiles la LICRA et la Sorbonne auxquels il a alloué respectivement 800 € et 1 euro pour leur préjudice moral ainsi que 500 € à chacune pour leurs frais de justice. CHAR et l'UEJF ont été curieusement déclarées irrecevables comme parties civiles.   

La Présidente a demandé à Teba N., vêtue d'une longue jupe marron foncé et d'une chasuble écrue, la tête couverte d'un voile islamique écru, si elle avait compris le jugement. Teba N. a acquiescé. La Président l'a informée du délai d'appel. 

Me Rafik Chekkat était absent de l'audience, mais il a posté sur X à 16 h 22 :
"🔴⚖️ Vous vous souvenez de cette étudiante de 18 ans, jugée en février pour avoir retiré d’un groupe privé Instagram qu’elle gérait une étudiante abonnée notamment au compte officiel de l’armée israélienne, ainsi que deux autres étudiantes qui la soutenaient (voir détails de l’affaire ci-dessous).
Elle a été condamnée aujourd’hui à 4 mois de prison avec sursis, 2 000 € d’amende, 7 100 € de dommages-intérêts à verser aux parties civiles et un stage au Mémorial de la Shoah à ses frais.".
Me Déborah Journo et le Collectif Nous Vivrons se réjouissent de cette condamnation. Ce jugement a reconnu l'antisionisme comme de l'antisémitisme. Certes, Teba N. avait écrit "S'il y a d'autres sionistes dans ce groupe en plus de ceux que j'ai déjà tej, vous pouvez d'ores et déjà le quitter, on veut pas de vous ici". Mais c'est un cas d'espèce : l'un des trois étudiants exclus a été réintégré dans le groupe parce qu'il écrivait n'être pas juif. 

Ce jugement s'avère très clément, notamment par rapport aux réquisitions de la Procureure. Décevant. Non dissuasif. 

Des étudiantes juives françaises brillantes exclues d'un groupe parce qu'elles sont juives, cibles de l'animosité de condisciples, contrainte de changer en cours d'année universitaire d'établissement pour y poursuivre leur scolarité : mille euros de préjudice moral, pas de préjudice matériel !? 

Deux jours de stage aux frais de Teba N. au Mémorial de la Shoah "islamiquement et arabiquement correct". Et si elle n'a pas les moyens pour payer le tarif du stage ? Qui pense que ce stage induira une prise de conscience de l'antisémitisme, un revirement de Teba N. ? Les montants alloués par le Tribunal aux étudiantes demeurent très faibles. Nul doute que les trois magistrats ont tenu compte des revenus modestes de Teba N. Il est vraisemblable que les deux étudiantes et associations n'obtiendront jamais les milliers d'euros infligés par le Tribunal à Teba N. vraisemblablement insolvable. Même si Teba N. effectue un stage rémunéré dans le cadre de ses études, comment les parties civiles le sauront-elles pour effectuer d'éventuelles saisies bancaires ? Ajoutons l'absence de sanction disciplinaire...

Piètre victoire de la LICRA.

Un euro pour le préjudice moral de la Sorbonne. C'est ridiculement faible au regard de la couverture médiatique de l'affaire.

Pour l'UEJF, présente par deux Présidents et représentée par deux avocats à l'audience de plaidoirie, c'est un camouflet. Le Tribunal n'a vraisemblablement pas apprécié le comportement peu respectueux de certains représentants de l'organisation estudiantine juive. Mais l'UEJF se réjouit de ce jugement : "Le tribunal a explicitement reconnu le caractère antisémite de cet acte", a-t-elle écrit sur X. Comment aurait-il pu faire autrement : Teba N. avait réautorisé un étudiant affirmant qu'il n'était pas juif en sollicitant sa réadmission dans son groupe WhatsApp ?

Quant à C.H.A.R., elle bénéficie de la durée légale (5 ans) pour se porter civile dans un procès pénal : l'association avait été créée sous le nom de MICRA (Musulmans contre le racisme et l'antisémitisme) depuis 2017.

Bref, plus de vingt-cinq ans après le déclenchement par Arafat de l'Intifada II, plus de deux ans et demi après l'agression djihadiste du 7 octobre 2026, perdurent les "territoires perdus de la justice". 

C'est inquiétant. On s'interroge : combien d'universités Jüdenrein dans les prochaines années ?


jeudi 4 juin 2026

« Sèvres, une passion Rothschild. De la Villa Ephrussi à Paris »

La Galerie des Gobelins accueille l’exposition magnifique « Sèvres, une passion Rothschild. De la Villa Ephrussi à Paris ». Goût de la beauté, admiration pour le savoir-faire excellent, fidélité aux porcelaines de Sèvres... Au fil des générations, la famille juive française Rothschild a enrichi ses collections et été une philanthrope donatrice généreuse envers les musées français. Le 9 juin 2026, 
une journée d’étude sur le thème des séquestres pendant la Seconde Guerre mondiale sera accueillie par les Manufactures nationales (site des Gobelins).
Le monde d'Albert Kahn. La fin d'une époque
Paul Rosenberg (1881-1959)
« Une élite parisienne. Les familles de la grande bourgeoisie juive (1870-1939) » par Cyril Grange

« Plongez au cœur d’une saga familiale unique, où la passion pour la porcelaine de Sèvres du XVIIIe siècle transcende les siècles. Entre amour du Beau, maîtrise d’un savoir-faire d’exception et attachement au patrimoine, la famille Rothschild tisse un lien précieux avec Sèvres, berceau d’une manufacture emblématique, vivante depuis 1740. »

« Au sein de cette famille de philanthropes d’exception, les collections naissent et se transmettent de génération en génération. Ainsi préservés, ces trésors ont parfois rejoint les collections publiques françaises ou de grands musées dans le monde, grâce à la générosité de la famille. »

« Depuis Francfort, Vienne, Naples, Londres ou Paris, les membres de la famille Rothschild entrèrent en possession des plus beaux objets conçus au XVIIIe siècle. » 

« Vases en forme de vaisseaux, d’éléphants, d’ananas, de tours, ornés de têtes de boucs, de lions, de nymphes ou d’enfants… L’exposition met à l’honneur ces porcelaines de Sèvres aux couleurs chatoyantes et aux formes virtuoses. Dans une présentation immersive, elles illumineront des intérieurs reconstitués ou dialogueront avec des documents d’archives inédits. »

« Ce projet réunit pour la première fois l’établissement des Manufactures nationales–Sèvres & Mobilier national avec l’Académie des Beaux-arts, dont la Villa Ephrussi de Rothschild est un fleuron de la côte d’Azur. Béatrice Ephrussi de Rothschild, l’une des plus grandes «Sèvres-maniaques» de la famille, légua en 1934 sa villa des bords de Méditerranée, écrin d’une fabuleuse collection de porcelaines de Sèvres, à l’Académie des beaux-arts. »

« Épicentre de la famille, Béatrice Ephrussi de Rothschild, omniprésente dans l’exposition, en introduit le parcours divisé en neuf sections. Il dévoilera ces précieux témoins de l’Histoire, passés entre les mains des souverains, des favorites puis des Rothschild. Ce panorama européen dévoilera également l’ampleur de la tragédie des spoliations dont la famille fut victime. »

« L’exposition bénéficie de prêts exceptionnels de prestigieux établissements parmi lesquels le musée du Louvre et le château de Versailles qui ont consenti des prêts exceptionnels, mais également d’institutions internationales comme le Metropolitan Museum et Waddesdon Manor, ainsi que de prêts de collectionneurs privés. »

Sèvres, une histoire de famille
« Dans cette première section, les visiteurs découvrent dix membres de la famille Rothschild, introduits par Béatrice Ephrussi. Chacun est représenté par l’un des vases les plus importants de sa collection. Le second espace montre les mécanismes de la transmission des objets entre les différents membres de la famille. »

Le marché de l’art
« Dans cet espace qui reconstitue à partir de vitrines anciennes l’atmosphère de la salle des ventes des années 1870, le visiteur découvre comment les collectionneurs acquièrent les objets : les grandes ventes de Sèvres qui ont marqué le siècle, les marchands et les fortunes dépensées dans leurs acquisitions. »

Un château Rothschild sur la mer : la Villa Ephrussi de Rothschild
« Béatrice Ephrussi, l’une des plus grandes «Sèvres-maniaques» de la famille, légua en 1934 sa villa des bords de Méditerranée à l’Académie des beaux-arts. Cette section invite à pénétrer dans l’un de ses salons. »

Au cœur de la Manufacture
« Dans le « salon carré » du Mobilier national, le visiteur découvre les étapes de la création des chefs-d’œuvre de Sèvres. Du dessin au plâtre, dont de rares modèles sont exposés pour la première fois, il découvre comment vit le jour l’un des plus incroyables vases de l’histoire de la Manufacture récemment réédité : le vaisseau à mât. »

Haute-Décoration, Sèvres et les résidences
« Ferrières, Mentmore, Waddesdon Manor… les Rothschild ont fait bâtir une soixantaine de châteaux et hôtels particuliers, dans lesquels les plus grands décorateurs ont mis en scène leurs Sèvres. Eugène Lami, le premier d’entre eux, constitue le fil conducteur de cette section volontairement immersive qui permet de pénétrer dans l’opulence éblouissante du « Goût Rothschild ».

Les heures sombres
« Les « palais Rothschild », de France, d’Allemagne et d’Autriche se virent dépouillés de leurs objets au cours de la Seconde Guerre mondiale. Cette section présentera des témoignages poignants de la spoliation de tous ces objets, de la tabatière au secrétaire, sous ces différentes formes dans les branches viennoise et française de la famille. »

Sèvres, les Rothschild et les musées
« Philanthropes et généreux donateurs des collections publiques, les Rothschild ont enrichi les musées de France d’exceptionnelles porcelaines Sèvres. Depuis la baronne Salomon de Rothschild jusqu’à la baronne Liliane, ils ont fréquenté les conservateurs et offert des pièces de choix pour participer à leur tour à l’histoire du goût offert au plus grand nombre. »

Tables et fêtes
« Les Rothschild sont célèbres pour leur art de la fête : depuis les bals Renaissance du XIXe siècle jusqu’aux fêtes de Ferrières des années 1970, le goût du décor et de la surprise, de la mise en scène et de l’apparat est au coeur de leur façon de régner sur la société mondaine de leurs temps. La table en est le premier instrument. Le visiteur découvrira dans cette section, une table d’exception et des souvenirs de fêtes inoubliables. »

Épilogue : Rose et Vert
« Dans cet épilogue volontairement pop, le visiteur termine l’exposition par les deux couleurs favorites du « Goût Rothschild » : le rose et le vert. Autour d’une robe du soir de la baronne Marie-Hélène dansent cuvettes, encriers, glacières et vases de Sèvres aux inaltérables « rose pompadour » et « apple green ».

Les commissaires de l’exposition sont Oriane Beaufils, directrice des collections de la Villa Ephrussi de Rothschild, Saint-Jean-Cap-Ferrat, et Viviane Mesqui, conservatrice au musée national de Céramique, Sèvres.

Cette exposition bénéficie de prêts exceptionnels du musée du Louvre, du château de Versailles, du Metropolitan Museum et de Waddesdon Manor, ainsi que de prêts de collectionneurs privés.

Elle a bénéficié du soutien de Rothschild & Co, de The Rothschild Foundation, de Madame Michele Beiny, de The French Porcelain Society, de Bonhams Cornette de Saint-Cyr, de la Galerie Steinitz, de Monsieur Adrian Sassoon, de Monsieur Cyrille Froissart, de Messieurs Philippe Sacerdot et Giles Ellwood, de Messieurs John et James Whitehead, d’Yves Delorme, de Monsieur Frantz Wehrlé et de Lelièvre Paris.

Autour de l’exposition
CATALOGUE
L’exposition « Sèvres, une passion Rothschild – De la Villa Ephrussi à Paris » est  « accompagnée d’un bel ouvrage, publié aux éditions Monelle Hayot. Ce catalogue d’exposition marquera un tournant dans l’étude des collections Rothschild, tant par l’importance des recherches et découvertes réalisées à l’occasion de l’exposition, que par sa beauté et la diversité des approches qu’il propose. »
« Les collections de porcelaine de Sèvres des différentes branches de la famille y sont étudiées de manière approfondie, remises en contexte et dialogueront avec des enjeux aussi bien historique, technique qu’esthétiques. La richesse des illustrations et du propos révèle au plus grand nombre l’ampleur des collections de la famille Rothschild, en particulier celles conservées à la Villa Ephrussi de Rothschild et léguées à l’Académie des beaux-arts 1934. »
Auteurs des essais :
Kate de Rothschild Agius, Antoine d’Albis, Melanie Aspey, Natalie Attwood, Patrice Balny, Vincent Bastien, Oriane Beaufils, Hélène Delalex, Tristan Desforges, Sébastien Évain, Cyrille Froissart, Mia Jackson, Viviane Mesqui, Camille Mestdagh, Tamara Préaud, Derek Quelch, Miriam E. Schefzyk, Guillaume Séret, Yarin Spinko

PROGRAMMATION
Une exposition à découvrir en famille !
« Des textes de salle spécialement conçus pour le jeune public offrent une approche ludique et accessible de l’exposition. À l’accueil de la Galerie des Gobelins, un livret-jeu gratuit invite les enfants de 6 à 12 ans à plonger dans l’exposition Sèvres, une passion Rothschild grâce à une série de jeux et d’activités inspirés de ses thématiques. »
« Pour prolonger cette découverte, des visites en famille de 1h15 sont proposées par les médiateurs des Gobelins les mercredis et week-ends. Ce parcours interactif permet aux parents et aux enfants de découvrir ensemble les principales sections de l’exposition et d’échanger autour des œuvres dans un cadre convivial. »

La Nuit européenne des musées à la Galerie des Gobelins
Samedi 23 mai, de 19h à 22h
« La Nuit européenne des musées offre chaque année l’occasion de découvrir les institutions culturelles à la tombée de la nuit. À cette occasion, une programmation spéciale est proposée autour de l’exposition Sèvres, une passion Rothschild. Le samedi 23 mai, une soirée conviviale et festive invite les visiteurs à découvrir l’exposition en famille ou entre amis. Ateliers d’initiation, démonstrations de savoir-faire, rencontres avec des artisans et temps d’échanges permettront de plonger au cœur des métiers d’art et des techniques qui donnent naissance aux œuvres présentées. Pour l’occasion, les étudiants de l’option Histoire de l’art du lycée Eugène Ionesco proposeront également un parcours de médiation ponctué de points de parole au cœur de l’exposition, offrant aux visiteurs un éclairage sensible et pédagogique sur les œuvres présentées. »

Journée d’études aux Gobelins
Mardi 9 juin
« En parallèle de l’exposition se déroulera le 9 juin prochain une journée d’étude sur le thème des séquestres pendant la Seconde Guerre mondiale. Le régime de Vichy prononça le 23 juillet 1940 une loi de déchéance de la nationalité française à l’encontre de ceux ayant quitté le territoire avant l’arrivée de l’occupant allemand. Elle cibla aussi bien le général de Gaulle que les membres de la famille Rothschild et visait à mettre leurs biens sous séquestre puis à les vendre. Les musées nationaux furent des acteurs de cette forme méconnue de spoliation, en acquérant par préemption des biens provenant de ces collections. Leur rôle sera ainsi mis en lumière au cours de cette journée, alors que les recherches menées à l’occasion de l’exposition ont révélé que tous ces biens n’avaient pas été restitués. Cette journée d’étude entre en résonance avec l’exposition qui consacre une section entière au sujet des spoliations. La journée, accueillie par les Manufactures nationales (site des Gobelins), est organisée par Claire Bonnotte Khelil, Margaux Dumas et Viviane Mesqui, en collaboration avec la Mission de recherche et de restitution des biens culturels spoliés entre 1933 et 1945 (M2RS). »

Les Rothschild collectionneurs à l’école du Louvre
22-26 juin 2026
« Ce cycle de cours d’été est accessible en présentiel à Paris ou en différé tout au long de la saison estivale. Les inscriptions se font sur le site internet de l’École du Louvre. »
Les trésors du XVIIIe siècle
Du 12 mai au 4 juin
« À l’occasion de l’exposition Sèvres, une passion Rothschild, la Manufacture nationale de Sèvres présente, à la Galerie de Sèvres, une sélection de ses plus belles créations imaginées au XVIIIe siècle. Le Surtout de Bacchus, spectaculaire ornement de table composé de plusieurs groupes sculptés en biscuit de porcelaine, est exposé en majesté au rez-de-chaussée. Créé en 1773, ce chef-d’œuvre évoque la fête et l’engouement de l’époque pour l’Antique. Au premier étage de la galerie, d’autres pièces en pâte tendre - trembleuses, Vaisseau à mât, raviers, et bien d’autres - invitent les amateurs de Sèvres à plonger au cœur du goût du XVIIIe siècle. »


INTRODUCTION

« À la fois célèbre et méconnue, la famille Rothschild s’est illustrée par une ascension sociale fulgurante au cours du XIXe siècle. Originaire de Francfort, elle s’est déployée à travers l’Europe en créant des succursales de la banque familiale. Ses membres ont investi dans les chemins de fer, les grands crus, les collections d’œuvres d’art et ont fait construire des demeures d’exception, écrins de leurs extraordinaires collections. Comme les Médicis avant eux, ils ont tout collectionné, de la peinture aux oiseaux, des antiques à la porcelaine de Sèvres. »

« Cette exposition retrace un siècle et demi de passion familiale pour les créations de la manufacture de Sèvres, de Madame de Pompadour à François-Xavier Lalanne. Elle constitue un rassemblement inédit de chefs-d'œuvre ayant tous appartenu à cette famille hors du commun. Le point de départ de ce parcours familial au pays de « l’or blanc » commence avec Béatrice Ephrussi, petite-fille du fondateur de la branche française des Rothschild, qui légua plus de mille Sèvres à l’Académie des beaux-arts en 1934. »

Portes provenant de la Banque Rothschild & Frères
Paris, vers 1840
Marqueterie de bois de rose, palissandre et citronnier
Saint-Jean-Cap-Ferrat, Villa et Jardins Ephrussi de Rothschild
« Installé au 19 de la rue Laffitte, dans le quartier de la Chaussée d’Antin, l’hôtel de James de Rothschild accueillait à la fois la banque Rothschild & Frères (jusqu’en 1982) et la résidence  principale du baron et de son épouse, Betty. Cette paire de portes provient du décor original du bâtiment. Autour des cinq flèches du blason familial, se déploie un riche entourage de cuirs, de volutes et de créatures fantastiques inspirés de la Renaissance, à la mode dans les années 1840. »


LES ROTHSCHILD, UNE DYNASTIE DE COLLECTIONNEURS
Première partie
« L’histoire de la famille Rothschild commence à la fin du XVIIIe siècle avec Mayer Amschel Rothschild, commerçant tenant boutique dans la Judengasse, ghetto juif de Francfort. Son commerce prenant de l’ampleur, ses fils partent fonder des succursales de la banque familiale dans plusieurs villes d’Europe : Nathan se rend à Londres, Carl Mayer à Naples, Salomon à Vienne et James à Paris, tandis que Mayer demeure à Francfort. Leur blason montre cinq flèches réunies par un ruban, symbole des cinq frères dont l’union fait la force. »
« Ces fondateurs des différentes branches européennes de la famille deviennent tous des collectionneurs d’art chevronnés, accordant une place toute particulière à la porcelaine de Sèvres. À la fin du XIXe siècle, les plus grandes créations de la manufacture sont presque toutes entre les mains de la famille, un monopole qu’ils ne partagent qu’avec le marquis de Hertford, Richard Wallace ou John Pierpont Morgan. La porcelaine de Sèvres est définitivement une passion Rothschild, comme le montrent les portraits de quelques-uns des plus grands collectionneurs de la famille en la matière. »

La Toilette de la Sultane (1 : 21-506400) et
La Sultane donnant ses ordres aux odalisques (2 : 21-506401)
Manufacture de Sèvres
Nicolas Pierre Pithou le Jeune (actif de 1762 à 1795) (1) et Pierre-Nicolas Pithou l’Aîné (actif de 1759 à 1790) (2)
1783 et 1786
Porcelaine tendre
Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, V 5141 et V 5142
Collections : James de Rothschild, puis par descendance : Alphonse, Edouard et Guy de Rothschild
« Ces plaques, acquises par Louis XVI pour ses appartements privés du château de Versailles, furent conçues comme des tableaux indépendants, avant d’être montées, vers 1818-1820, sur des cabinets de style Louis XVI. James de Rothschild les acquit sans doute dans les années 1840 ou 1850 et les installa dans le salon blanc du château de Ferrières, véritable musée des Sèvres de la famille, où elles restèrent jusqu’en 1972. Ornées de scènes imaginées par le peintre Charles Amédée Van Loo, les plaques évoquent un Orient rêvé, cher à la peinture du XVIIIe siècle. »

SÈVRES EN FAMILLE
Deuxième partie
« La porcelaine de Sèvres constitue un miroir des relations entre les membres de la famille. Tous aiment cette « pâte tendre » et forment des collections pour lesquelles ils se conseillent, se jalousent ou se font concurrence. Il n’est ainsi pas rare que plusieurs membres de la famille enchérissent à la même vente. Ils se partagent parfois des garnitures, le goût se transmettant d’un Rothschild à l’autre. Les héritages successifs font voyager les objets, de la Suisse à la France par exemple, avec Julie de Rothschild qui lègue à son petit-neveu, Maurice, le château de Pregny. Les collections passent également de la France à l’Angleterre lorsque James Armand de Rothschild reçoit en héritage de sa grand-tante Alice le château de Waddesdon Manor. Certains membres de la famille héritent de plusieurs branches et d’autres, de parents indirects, comme Henri de Rothschild dont la plupart des pièces proviennent de sa grand-mère Charlotte. La porcelaine est aussi un gage d’affection : les testaments montrent que tel ou tel vase est légué à un proche, une belle-fille, une cousine, parfois éloignée, révélant des liens familiaux plus forts qu’on ne pouvait les imaginer, tels ceux qui unissent Gustave à sa belle-fille Nelly ou Anthony à son neveu Alfred de Rothschild, qui reçoit en héritage son premier vase « à têtes d’éléphants ».

Vase « à têtes d’éléphants »
Manufacture de Sèvres
Attribué à Jean-Louis Morin (peintre)
Vers 1760
Porcelaine tendre
Waddesdon Manor
« Cette forme virtuose fut imaginée par Jean-Claude Duplessis en 1756. Elle est sublimée par des fonds rose et vert, utilisés ensemble autour de 1760, écrins de scènes militaires dont Morin était un spécialiste. Ce chef-d’oeuvre fit probablement partie des collections de Louis XV avant de rejoindre celles de Ferdinand de Rothschild. Originaire de Vienne, celui-ci s’installa dès 1860 en Angleterre, où il fit construire le château de Waddesdon Manor. Son exceptionnelle collection de Sèvres comprenait trois autres vases « à têtes d’éléphants ».

LE MARCHÉ DE L’ART DU « VIEUX SÈVRES »
Troisième partie

Facture adressée par Charles Mannheim à Charlotte de Rothschild, pour une « Garniture de cinq Vases en vieux Sèvres pâte tendre à décor à décor en camaïeu bleu et doré », octobre 1890
© Pauline Assathiany

« La Révolution française dispersa sur le marché de l’art européen des milliers d’objets d’art. Les collectionneurs anglais, dont le futur roi George IV, furent les premiers à retrouver le goût pour la porcelaine de Sèvres et rassemblèrent dans leurs collections les plus exceptionnelles créations de la manufacture. En France, l’attrait pour le « vieux Sèvres » de l’Ancien Régime renaît dans les années 1820. James et Betty de Rothschild sont alors installés rue Laffitte, à quelques pas de l’hôtel Drouot, qui ouvre ses portes en 1852. Celui-ci marque le début d’une frénésie des enchères parisiennes dans laquelle la famille Rothschild joue un rôle capital. Une course à la « curiosité » anime le Tout-Paris. Les premières générations de la famille, en France  comme en Angleterre et en Autriche, participent aux grandes ventes telles celles des collections du comte de Pembroke, de Léopold Double ou encore du prince Demidoff et y acquièrent des Sèvres. Les prix s’envolent et le connoisseurship se développe, tandis que le commerce des faux prend de l’ampleur. Le marché londonien n’est pas en reste et Alphonse, Gustave ou Béatrice de Rothschild achètent certains de leurs chefs-d’œuvre dans les ventes organisées par Christie, Manson & Woods, celles des collections de Ralph Bernal en 1855 ou de Lord Revelstoke en 1893. Au cœur de ce système, le réseau des marchands tels que Charles Mannheim, Henri Stettiner, Léon Gauchez ou la célèbre dynastie des Wertheimer joue un rôle capital dans le développement de leurs collections. »

Garniture de quatre vases : paire de pots-pourris « à jour » en troisième grandeur et paire de vases « Duplessis »
Manufacture de Vincennes
Charles Nicolas Dodin (peintre, actif de 1754 à 1803)
André Vincent Vielliard (peintre, actif de 1752 à 1790)
1755
Porcelaine tendre
Bruxelles, collection particulière

Vase « gobelet à dauphins »
Manufacture de Vincennes
André Vincent Vielliard (peintre, actif de 1752 à 1790)
1755
Porcelaine tendre
New York, collection particulière
« La garniture est acquise en 1890 par Charlotte de Rothschild auprès du marchand Charles Mannheim. Dispersée lors de ventes du XXe siècle, elle est de nouveau réunie le temps de cette exposition. »

LA VILLA ÎLE-DE-FRANCE
Quatrième partie

« Alors qu’elle se rend presque chaque année sur la Côte d’Azur, où vient se réfugier en hiver toute l’aristocratie européenne, Béatrice Ephrussi fait l’acquisition en 1906 d’un terrain de huit hectares, qui n’est alors guère plus qu’un éperon rocheux situé sur les cimes du cap Ferrat, un petit village de pêcheurs devenu aujourd’hui la « presqu’île des Milliardaires ». Construite en cinq ans, la villa, qu’elle baptise Île-de-France, est meublée en suivant le goût éclectique de sa propriétaire : primitifs italiens, paravents japonais, mobilier de Joseph, Jacob, Delanois ou Dubois mais également tapis de la Savonnerie et porcelaine de Sèvres, qu’elle collectionne avec passion jusqu’aux derniers mois de sa vie. La baronne décide, avant sa mort en 1934, de léguer l’édifice et l’intégralité de sa collection d’art, soit près de 6 000 objets, à l’Académie des beaux-arts, en souvenir de son père Alphonse qui en était membre. Les collections de ce « château Rothschild » de bord de mer, ouvert au public depuis 1938, sont encore largement méconnues du public. »

La vie en rose : le triomphe du « camaïeu carmin »
« Béatrice Ephrussi a réuni un ensemble exceptionnel de porcelaines peintes en camaïeu carmin. Ce décor, élaboré à partir d’or, pouvait présenter des nuances subtiles allant du rose pâle au rouge violacé. Appliqué sur les pièces destinées à la toilette ou à la table, il est emblématique des débuts de la manufacture, alors située à Vincennes, avant d’être déplacée à Sèvres en 1756. L’engouement pour ce décor dans les années 1750 a été favorisé par les achats de clients importants tels que le roi Louis XV et la marquise de Pompadour. Le peintre François Boucher fut le principal fournisseur des modèles de ces décors, composés de paysages, de jeux d’enfants ou de fleurs. Les collections de la baronne Ephrussi témoignent de son goût encyclopédique jusque dans ce domaine, aussi bien par la variété des teintes, des services et des sources d’inspiration comme en témoigne un gobelet peint d’après une scène de chasse de Jean-Baptiste Oudry. »

Vue de la chambre de Béatrice Ephrussi à la Villa Ephrussi de Rothschild © DR

Vases Hollandais
Paire de vases « hollandois », deuxième grandeur
Manufacture de Vincennes
Charles Nicolas Dodin (peintre, actif de 1754 à 1803)
1756
Porcelaine tendre
Saint-Jean-Cap-Ferrat, Villa et jardins Ephrussi de Rothschild
« Cette forme de vase fut créée en 1754 par Jean- Claude Duplessis (1699-1774) en première et deuxième grandeurs. Un dessin du modèle est conservé aux archives de la manufacture de Sèvres. La troisième grandeur ne fut créée qu’en 1758. Le vase « hollandois », en forme d’éventail, était destiné à faire pousser des bulbes de fleurs. Il est composé de deux parties. La partie supérieure, qui contient les bulbes, s’emboîte dans la partie inférieure en forme de socle ajouré qui contient l’eau. »
« Les deux vases ont été ornés sur la face antérieure d’une scène peinte en camaïeu carmin d’après des gravures de François Boucher (1703-1770). Sur le premier, on distingue un amour timbalier, inspiré par la gravure de Louis Félix de La Rue (1731-1765), La Terre. Sur le deuxième, on observe un amour qui joue de la flûte. Plusieurs membres de la famille Rothschild prisaient ces décors d’amours d’après Boucher, notamment Alphonse de Rothschild (1827-1905) qui a légué ces deux vases à sa fille, Béatrice Ephrussi (1864-1934). »

AU COEUR DE LA MANUFACTURE DE SÈVRES
Cinquième partie

« Fondée en 1740, la manufacture de porcelaine était à l’origine installée au château de Vincennes. Trop à l’étroit dans ce lieu peu adapté pour le développement de son activité, elle déménagea à Sèvres dans un nouveau bâtiment à l’été 1756. Dès 1753, elle avait pris le nom de « manufacture royale » et connut un essor considérable au cours du XVIIIe siècle. Sa recherche perpétuelle d’innovation donna naissance à des objets d’une grande virtuosité, qui rejoignirent au siècle suivant les collections de la famille Rothschild. »

« L’exceptionnel patrimoine conservé dans les archives de la manufacture met en lumière les différentes étapes de la fabrication des porcelaines, de la création d’une forme à la réalisation du décor. Les modèles du XVIIIe siècle sont aujourd’hui encore mis au service des créations et des rééditions proposées par la manufacture, témoins de la continuité de ces savoir-faire d’exception. »

« Cet espace invite en premier lieu à plonger dans l’univers des formes de la manufacture, dont l’un des plus célèbres créateurs fut Jean-Claude Duplessis. Pour leur conception, le plâtre est un matériau de prédilection. Il est mis en oeuvre afin de créer des modèles, qui servent de référence aux artisans, et de réaliser des moules, qui mettent en forme la pâte. »

Les coulisses de la Manufacture de Sèvres, Vue du Magot
© Manufacture de Sèvres

Mille et un décors
« Les décors réalisés à Sèvres au XVIIIe siècle témoignent de l’exceptionnelle créativité de ses artistes et et de ses artisans. Ils sont sublimés par une palette de couleurs variées et souvent rehaussés d’une dorure généreuse. Les motifs floraux et en particulier les roses occupent une place de choix. »

« Béatrice Ephrussi semble avoir été fascinée par la richesse de ces motifs et sa collection constitue une véritable encyclopédie des ornements mis en oeuvre à Sèvres dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Une « tassemania » s’est emparée de cette collectionneuse atypique, qui réunit des centaines de petits objets présentant des décors toujours différents. »

« Cette fascination pour les décors est également perceptible chez Edmond de Rothschild qui dans les années 1880 envoya une certaine Madame de Zeppenfeld réaliser des copies de décors conservés dans les archives de la manufacture de Sèvres. Accueillie par Jules Champfleury, directeur de la manufacture, elle étudia en particulier un exceptionnel livre-tarif du XVIIIe siècle, recueil d’ornements dans lequel les clients pouvaient effectuer leurs choix. Les dessins de Madame de Zeppenfeld, aujourd’hui conservés à Waddesdon Manor, sont réunis pour la première fois depuis la fin du XIXe siècle avec leurs modèles. »

Ensemble de gobelets et soucoupes
Manufacture de Sèvres
Porcelaine tendre
Saint-Jean-Cap-Ferrat, Villa et jardins Ephrussi de Rothschild

LE « GOÛT ROTHSCHILD »
Sixième partie
« Bâtisseurs autant que collectionneurs, les Rothschild ont fait construire de prestigieuses résidences conçues pour être les écrins de leurs collections d’art. Ce sont les châteaux de Mentmore, Ferrières, Waddesdon Manor, Halton mais également les hôtels particuliers à Paris, Londres, Vienne ou Francfort. Dans certaines pièces, les objets d’art étaient parfois présentés dans des vitrines, à la manière des « cabinets de curiosité » de la Renaissance germanique. Les porcelaines de Sèvres pouvaient alors côtoyer les ivoires, l’orfèvrerie ou la majolique. On recherchait l’effet d’ensemble avec ces précieuses juxtapositions. Dans les salons réservés à la vie familiale, le goût pour « l’unité de style » et les intérieurs de l’Ancien Régime conduit plutôt à placer les porcelaines sur des meubles, à constituer ou reconstituer des ensembles formant garnitures et à créer un « esprit des lieux » mêlant la peinture, le mobilier et les objets d’art. À travers toute l’Europe, on retrouve dans les décors des salons ce mélange d’opulence, d’audace ou de confort qui forme l’écrin d’exceptionnelles collections et définissent ce que les décorateurs appellent aujourd’hui encore le « goût Rothschild ».

Un prêt exceptionnel du Louvre
Pot-pourri « à vaisseau » ou « en navire », dit aussi « vaisseau à mât »
Manufacture de Sèvres
Attribué à Charles Nicolas Dodin (peintre, actif de 1754 à 1803)
Vers 1760
Porcelaine tendre
Paris, musée du Louvre, OA 10965
« Cette oeuvre est le plus précieux Sèvres des collections Rothschild en France. Elle fut livrée en 1760 à Madame de Pompadour et placée dans son hôtel d’Évreux, actuel palais de l’Élysée. Seuls dix pots-pourris de cette forme furent réalisés à Sèvres, la moitié ayant fait partie des collections Rothschild !
Celui-ci se distingue par la combinaison des fonds rose, vert et bleu, et est agrémenté d’une scène de « chinoiserie ». Ce chef-d'œuvre rejoignit les collections du baron Alphonse de Rothschild avant 1889 et resta dans la famille jusqu’au milieu des années 1970. »

Eugène Lami, décorateur du « goût Rothschild »
« Peintre, militaire et mondain, architecte et décorateur, Eugène Lami est l’un des premiers artisans de ce que l’on appelle aujourd’hui le « goût Rothschild ». Il travaille pour plusieurs membres de la famille pendant un demi-siècle et devient ami de la baronne Betty, de sa fille Charlotte, de sa belle-fille Léonora ou du baron Gustave. Son nom est particulièrement attaché au décor du château de Ferrières pour lequel il imagina entre 1853 et 1862 un véritable système décoratif mêlant diverses sources d’inspiration, Renaissance anglaise, style Henri II, Grand Siècle louisquatorzien et passion du rococo. Lami imagine sur le papier les intérieurs pour lesquels il voyage afin d’acquérir des objets, dont il dessine parfois lui-même les vitrines ou les gaines. Les douze aquarelles du château de Ferrières, exposées ensemble pour la première fois, constituent un témoignage unique de son oeuvre au service de la famille Rothschild. Le visiteur averti y reconnaîtra James, Alphonse ou Gustave, installés dans le décor et entourés de leurs objets d’art parmi lesquels triomphe, dans le salon blanc, la porcelaine de Sèvres. »

Intérieur d’un salon du château de Pregny
Eugène Lami (1800-1890)
1876
Signé et daté EUG. LAMI 1876 en bas à gauche
Aquarelle sur papier
Collection particulière
© CMN / Pascal Lemaître

LE DESTIN TRAGIQUE DES COLLECTIONS ROTHSCHILD PENDANT LA GUERRE
Septième partie
« Dès le début de la Seconde Guerre mondiale, les collections de la famille Rothschild furent prises pour cible en Europe, dans le cadre des persécutions antisémites perpétrées par l’Allemagne nazie. Celle-ci mena une entreprise de spoliation massive de leurs œuvres d’art, qui avaient notamment vocation à rejoindre le musée imaginé par Adolf Hitler à Linz ou les collections d’éminents cadres du régime. L’Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg (ERR), état-major d’intervention dirigé par le commandant du Reich Alfred Rosenberg, joua un rôle de premier plan dans cette traque systématique, visant à dépouiller les Rothschild de leurs collections. Elles furent en grande partie restituées à l’issue de la guerre. »
« En France, l’occupant allemand ne fut pas le seul acteur de ces spoliations. Le régime de Vichy, sous la houlette du maréchal Pétain, prononça une loi de déchéance de nationalité entraînant la mise sous séquestre les biens de ceux considérés comme des ennemis du régime et ayant fui le pays. Édouard, Robert, Maurice, Philippe et Henri de Rothschild en furent les premières victimes. Leurs biens furent mis en vente et certains préemptés par les musées nationaux. Les recherches menées à l’occasion de l’exposition ont révélé que certaines oeuvres préemptées n’avaient pas encore été restituées à la famille. Un dossier a été déposé à la CIVS, Commission pour la restitution des biens et l’indemnisation des victimes de spoliations antisémites. »

Cuvette « Verdun », première grandeur
Manufacture de Sèvres
Vers 1758
Porcelaine tendre
Collection particulière
« Nathaniel de Rothschild, comme la plupart des Rothschild, apprécie particulièrement la porcelaine de Sèvres à fond vert. Dans l’inventaire de ses biens dressé à Vienne après sa mort en 1905, on trouve une garniture de trois grands vases à fond vert, un service à dessert de cent soixante-six pièces et une dizaine d’autres vases et « jardinières » également à fond vert. Il est difficile d’identifier précisément cette cuvette parmi ses biens.
On la trace néanmoins via l’inventaire des objets vendus par Clarice de Rothschild chez Rosenberg & Stiebel après la Seconde Guerre mondiale. Le revers de l’objet porte encore son étiquette Rosenberg & Stiebel. »


LA PHILANTHROPIE DES ROTHSCHILD ENVERS LES MUSÉES
Huitième partie
« Les collections nationales ont pu s’enrichir de nombreux chefs-d'œuvre en porcelaine de Sèvres grâce à la générosité de la famille Rothschild.
« En 1922, la baronne Adèle de Rothschild léguait à l’État les collections réunies dans son hôtel de la rue Berryer, afin d’y établir une Fondation pour les jeunes artistes. Une importante partie de ses collections et de ses porcelaines de Sèvres rejoignait en même temps le musée du Louvre. »
« En 1934, sa cousine Béatrice Ephrussi offrait à la France, par son legs à l’Académie des beaux-arts, l’une des plus riches collections de Sèvres sur le territoire. »
« En 1990, les héritiers du baron Edmond de Rothschild faisaient entrer par dation dans les collections du musée du Louvre un ensemble exceptionnel d’œuvres parmi lesquelles, plusieurs chefs-d’œuvre du mobilier de porcelaine. Liliane de Rothschild réalisa elle plusieurs dons d’objets exceptionnels au musée du Louvre ou au musée national de Céramique. »
« Cette générosité ne s’arrête pas aux portes de la France, comme en témoignent les extraordinaires collections de Waddesdon Manor, la « Salle Rothschild » du musée national d’Israël à Jérusalem et les récentes donations des héritiers d’Alphonse et Clarice de Rothschild au Museum of Fine Arts de Boston. »

Garniture de trois vases « des âges », première et deuxième grandeurs Manufacture de Sèvres
Attribué à Pierre-André Le Guay (peintre, actif de 1772 à 1817) et Charles Buteux (peintre, actif de 1756 à 1782)
1779
Porcelaine tendre
Saint-Jean-Cap-Ferrat, Villa et jardins Ephrussi de
Rothschild
« Cette garniture constitue à bien des égards un emblème du « goût Rothschild » en porcelaine de Sèvres. La forme, d’une grande monumentalité, riche en dorure, à fond vert, passion Rothschild par excellence, est ornée de savoureuses scènes de genre, qui rappellent le goût pour la peinture hollandaise du baron Alphonse qui légua aussi à sa fille quelques tableaux nordiques. En léguant à l’Académie des beaux-arts en 1934 sa collection, elle fit du « Musée Île-de-France » devenu Villa Ephrussi de Rothschild, la seule collection publique européenne détentrice d’une garniture « des âges ».

TABLES PRODIGIEUSES
Neuvième partie
« Célèbres pour leurs collections d’art, les Rothschild le sont également pour le faste de leurs tables. James de Rothschild engagea en 1826 le célèbre Antonin Carême qui laissa son nom à plusieurs recettes familiales, parmi lesquelles le célèbre « soufflé Rothschild ». Le décor des salles à manger se devait d’être à la hauteur du raffinement de la cuisine : les tables étaient ornées des orchidées les plus rares et de pièces de forme, d’orfèvrerie ou de porcelaine souvent garnies de fleurs. Les Rothschild ont par ailleurs collectionné les services de table avec avidité. Ils détiennent parfois des services entiers comme le service Razoumovski, acquis par Ferdinand de Rothschild pour Waddesdon Manor. Parfois ce sont des ensembles composites comme le « service à fond vert » d’Alphonse de Rothschild composé d’au moins cinq services différents. Ce dernier fit l’objet d’une inoubliable mise en scène par Renzo Mongiardino qui conçut une véritable « chapelle de Sèvres » dans l’un des petits cabinets de la galerie d’Hercule de l’hôtel Lambert. Ils furent aussi nombreux à rechercher le plus emblématique de tous les services de la manufacture, le service « bleu céleste » de Louis XV. La table dressée dans cette pièce regroupe ainsi les Sèvres bleu céleste d’Edmond, Gustave, Mayer Amschel ou encore Béatrice. »

Terrine « forme nouvelle » en première grandeur, service « bleu célèste de Louis XV »
Jean-Claude Duplessis (vers 1695 - 1774)
Manufacture de Vincennes
1754
Porcelaine tendre
Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon
« Fortement inspiré des modèles d’orfèvrerie alors en vogue, le dessin de cette terrine revient, comme pour les autres pièces de cet ensemble, à Jean-Claude Duplessis (1699-1774). Il s’agit de l’une des deux « Terrines forme nouvelle 1e gr Bleu Céleste fleurs » avec leurs plateaux vendues en 1754 au prix de 2 400 livres chacune. Reposant sur quatre pieds en console avec des branches de chêne et des palmes pour anses, la prise du couvercle montre un citron peint au naturel. Sur chacune des faces, deux larges réserves de fleurs, parfois associées à des fruits, sont bordées d’une riche dorure à guirlandes de leurs, épines de roses et piastres, éléments décoratifs qui caractérisent ce service. Cette pièce fut exclue de la partie du service cédée par le roi en mai 1757, et elle fut employée par Marie-Antoinette (1754-1793) à Trianon jusqu’à la Révolution.
Déjà chez le baron Robert de Rothschild (1880-1946), cette terrine était dissociée de son grand plateau oblong, dont on connaît un exemplaire livré au roi aujourd’hui conservé à Gisselfeld Kloster au Danemark. »

« C’est une chose très saine de faire des fêtes » (Marie-Hélène de Rothschild)
« Le nom de Rothschild reste associé à des fêtes éblouissantes. James et Betty reçoivent quatre fois par semaine rue Laffitte sous la monarchie de Juillet et font aménager une salle de bal. La fin des travaux des différentes résidences donna souvent lieu à des inaugurations spectaculaires, comme celle du château de Ferrières en 1862. Les décors de ces fêtes sont alors confiés à des peintres et décorateurs, Eugène Lami pour le baron James, Belloir et Vazelle pour Adèle de Rothschild à l’hôtel Beaujon, Alphonse Karr chez Adolphe et Julie à Nice. La renaissance du château de Ferrières en 1959, sous la direction de Marie-Hélène de Rothschild et du décorateur Henri Samuel redonne au château son faste du Second Empire et il accueille de nouveaux d’inoubliables fêtes. Le bal Proust en 1971 puis le bal surréaliste en 1972 font du château une oeuvre d’art totale où se mêlent décor et décor éphémère, porcelaine de Sèvres, costumes et gastronomie audacieuse. Les artistes qui y contribuent sont alors Salvador Dalí, Yves Saint Laurent, Andy Warhol ou François-Xavier Lalanne, qui réalisa le dernier des grands « Sèvres Rothschild », le surtout montrant un canard en porcelaine voguant au milieu des nénuphars. »

Robe de Madame Hélène Rochas pour le bal Proust
Yves Saint Laurent
Décembre 1971
Velours de soie noir
Paris, Musée Yves Saint Laurent

« ROSE POMPADOUR » ET « APPLE GREEN »
Dixième partie
« La manufacture de Sèvres s’est distinguée au XVIIIe siècle par la richesse et la variété de ses fonds de couleur. La pâte tendre était en effet la seule à même de recevoir les couleurs alcalines développées par les chimistes de Sèvres. Parmi ces couleurs, le vert et le rose constituent la signature du « goût Rothschild ». Le fond vert est commercialisé dès 1756. Il est produit à base de cuivre et la couleur évolue constamment offrant une gamme riche de nuances, qui va du vert très bleu au « verd gay », du vert « olive » jusqu’au fameux « vert de pomme », d’un ton émeraude profond. Tous les membres de la famille de Paris à Francfort, de Vienne à Londres ont collectionné les Sèvres vert. Le fond rose est mis au point l’année suivante, en 1757, par le peintre Philippe Xhrouet. On l’appelle « rose Pompadour » ou « rose du Barry » au XIXe siècle et, après avoir été prisé par Louis XV, Madame de Pompadour et le prince de Condé, il devient un favori des Rothschild, au point que le baron Guy de Rothschild donne à l’un des chevaux de son écurie de Meautry le nom de « Sèvres rose » !

Vase « à oreilles Quatre saisons » en première grandeur, à fond rose, d’une paire
Manufacture de Sèvres
1758
Porcelaine tendre
Paris, Musée du Louvre
© Musée du Louvre, Dist. GrandPalaisRmn / Thierry Ollivier

LES MANUFACTURES NATIONALES

« Issues de la réunion du Mobilier national et de la Cité de la céramique – Sèvres & Limoges, les Manufactures nationales ont été créées le 1er janvier 2025 pour promouvoir l’excellence des savoir-faire français et mettre en valeur la richesse de ce patrimoine matériel et immatériel avec plus de 53 métiers d’art exercés au sein de ses manufactures et ateliers.
Unique au monde, ce nouveau pôle public dédié aux arts décoratifs, aux métiers d’art et au design marie patrimoine et création pour jouer un rôle central dans la mise en oeuvre de la stratégie nationale en faveur des métiers d’art.
Son action porte autour de 6 axes prioritaires : la formation ; la recherche ; la création ; le soutien à l’écosystème fragile des métiers d’art ; la valorisation du patrimoine ; le rayonnement international des savoir-faire.
Héritier de quatre siècles d’histoire, il est constitué de : 2 musées (le musée national de Céramique à Sèvres ; le musée national Adrien Dubouché à Limoges), 9 manufactures et ateliers de création (dont la manufacture nationale de Sèvres, la manufacture de tapisserie des Gobelins ; la manufacture de tapisserie de Beauvais ; la manufacture de tapis de Savonnerie ; les ateliers de dentelles d’Alençon et du Puy-en-Velay ; l’atelier de recherche et de création en mobilier contemporain), 7 ateliers de restauration et une mission de l’ameublement.
Résolument tourné vers les territoires, ce pôle public est implanté dans 8 départements : à Paris, dans les Hauts-de Seine (Sèvres), dans l’Hérault (Lodève), dans la Creuse (Aubusson), dans l’Orne (Alençon), en Haute-Loire (Puy-en-Velay), en Haute-Vienne (Limoges) et dans l’Oise (Beauvais). »

VILLA ET JARDINS EPHRUSSI DE ROTHSCHILD

« Fille et petite-fille de grands collectionneurs, Béatrice Ephrussi (1864-1934) hérite du goût familial, un mélange de faste, d’exubérance et de raffinement qui tient tout à la fois du salon aristocratique et du cabinet de curiosités. Elle est en effet la petite-fille de James de Rothschild, fondateur de la branche française de la célèbre dynastie.
Elle grandit ainsi entre Paris et le château de Ferrières, haut-lieu du collectionnisme familial. En 1905, la baronne découvre le cap Ferrat, une presqu’île encore sauvage sur la Côte d’Azur, à quarante kilomètres de la frontière italienne.
Elle y fait construire la Villa « Île-de-France », un palais inspiré de la Renaissance italienne, posé sur la Méditerranée. Achevée en 1912, la villa Île-de-France devient l’une des plus glorieuses propriétés d’ « hivernant » de la Belle Époque. Un an avant sa mort en 1934, Béatrice Ephrussi lègue la totalité de ses biens à l’Académie des beaux-arts, qu’elle charge de créer un musée en mémoire de son père, le baron Alphonse, lui-même membre de l’Académie. Musée de collection, préservant « l’esprit d’un salon », le « Musée Île-de-France », qui voit le jour en 1938, aujourd’hui nommé « Villa et jardins Ephrussi de Rothschild » est le premier « Musée Rothschild » ouvert en Europe et le seul en France.
La richesse et l’éclectisme des collections réunies à Saint-Jean-Cap-Ferrat reflètent le caractère de collectionneuse insatiable et d’infatigable voyageuse de leur propriétaire. Le XVIIIe siècle français y triomphe bien sûr mais Béatrice de Rothschild s’intéressa à bien d’autres domaines. L’Italie du Moyen-âge et de la Renaissance, dont elle acquiert des retables à fond d’or, des tabernacles sculptés et des plafonds peints qu’elle transforme parfois de manière fantaisiste en porte-manteaux. Elle découvre aussi des contrées plus exotiques : le Japon, la Chine ou l’Inde. On trouve ainsi à la villa Île-de-France, des paravents en laque de Coromandel, une collection de souliers mandchous, des tapisseries des Flandres, des chaises à porteur vénitiennes mais aussi la plus riche collection de porcelaines de Sèvres après celle du musée du Louvre. »


Sous la direction d’Oriane Beaufils et de Viviane Mesqui, « Sèvres, une passion Rothschild – De la Villa Ephrussi à Paris » .Editions Monelle Hayot. 528 pages. Format 22 x 29 cm à la française. 65 €


Du 17 avril 2026 au 26 juillet 2026
42 avenue des Gobelins. 75013 Paris
Tel : 01 44 08 53 49
Du mardi au dimanche de 11h à 18h
Visuels :
Villa Ephrussi
 © C. Recoura

Vues exposition
© Pauline Assathiany