Citations

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« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

jeudi 9 juillet 2026

« Les coulisses du pouvoir » de Dror Moreh

Arte diffusera le 21 juillet 2026 à 23 h 25 « Les coulisses du pouvoir », documentaire partial de Dror Moreh. « Pourquoi, malgré le "Plus jamais ça" promis au lendemain de la Shoah, les massacres et les génocides se sont-ils succédé depuis la fin de l'URSS ? Pour tenter de comprendre, Dror Moreh ("The Gatekeepers") confronte d'ex-secrétaires d'État américains (James Baker, Colin Powell, Madeleine Albright et Hillary Clinton) à leurs décisions passées. » 

Les chrétiens en "Palestine"
« Gaza, la vie » par Garry Keane 

« Au lendemain de la Shoah, les Nations unies s'étaient engagées à ne plus jamais laisser perpétrer ni génocide ni crimes contre l'humanité, notions juridiques reconnues pour la première fois lors du procès de Nuremberg. »

« Or, dans l'après-guerre froide, les crimes de masse se sont multipliés sous l'œil des caméras, des massacres de la population musulmane durant la guerre de Bosnie (1992-1995) au génocide des Tutsi rwandais de 1994, de la désintégration de l'Irak après l'invasion américaine de 2003 aux guerres civiles libyenne (2014-2020) et syrienne (2011-2024). » Une juxtaposition de faits : quel rapport entre le génocide des Tutsis au Rwanda et le djihad de l'Etat islamique en Syrie ?

« Pourquoi la superpuissance américaine, gendarme autoproclamé du monde après la chute de l'URSS, n'a-t-elle pas su prévenir ou interrompre ces massacres dont elle n'ignorait rien ? » Le nouvel ordre mondial né de la Charte des Nations unies n'impose pas aux Etats-Unis de s'affranchir du droit international et de devenir le gendarme du monde. Et ce d'autant que les Etats-Unis sont critiqués, qu'ils interviennent contre la République iranienne ou signent un cessez-le-feu avec le régime des mollahs iraniens. Quid des forces des Nations unies dans le monde ? Quid de la FINUL critiquée pour avoir laissé le mouvement islamiste Hezbollah avoir créé une infrastructure terroriste au sud-Liban ? 

« Cherchant à comprendre son inaction au regard des millions de vies humaines sacrifiées, Dror Moreh interroge les plus hauts responsables de la politique extérieure américaine sous les administrations Bush senior, Bush junior, Clinton, puis Obama : entre autres les ex-secrétaires d'État James Baker (1989-1992), Colin Powell (2001-2005), Madeleine Albright (1997-2001) et Hillary Clinton (2009-2013), ainsi que leurs conseillers, mais aussi Samantha Power, journaliste devenue ambassadrice auprès de l'ONU, puis, de 2021 à 2025, administratrice de l'USAid, l'agence américaine pour le développement. » Des démocrates...

« Par le biais des archives et du montage parallèle, le réalisateur confronte leurs doutes, leurs justifications et leurs remords à la réalité des guerres contemporaines dont les civils sont les premières cibles. »

« Au travers des choix militaires et politiques qui ont façonné notre présent, un face à face avec le pouvoir, la décision et la responsabilité, que le réalisateur des Gatekeepers a tourné sur sept années. »

« Alors que l'Ukraine subit depuis plus de quatre ans une invasion russe d'une violence terrifiante, alors que la guerre d'anéantissement menée par Israël contre les populations civiles à Gaza se poursuit, qu'une nouvelle guerre à l'initiative de Donald Trump et de Benyamin Netanyahou, lequel s'affranchit de toute considération du droit international, embrase encore plus le Moyen-Orient, que l'USAid a été pratiquement démantelée et que le droit du plus fort cherche partout à s'imposer, on ne peut plus tout à fait regarder ce documentaire comme lors de sa sortie en salle en 2024 ». 

La guerre en Ukraine n'a pas commencé en 2022, mais en 2014. Le protocole de Minsk, ou Minsk I est un accord signé le 5 septembre 2014 à Minsk (Biélorussie), accord de cessez-le-feu en Ukraine orientale. En février 2015, les accords de Minsk II le remplacent en conférant à la France et à l'Allemagne le soin de veiller à son respect. Ainsi que l'a avoué François Hollande, alors Président socialiste français, la France et l'Allemagne ont gagné du temps pour permettre à l'Ukraine de mieux affronter militairement la Russie qui a vu les Etats-Unis ne pas respecter son engagement en intégrant dans l'OTAN (Organisation du traité de l'Atlantique nord) des pays limitrophes de la Russie. Celle-ci ne pouvait pas demeurer indifférente à la guerre menée par l'Ukraine au régime corrompu, au Président Vladimir Zélensky sans mandat, contre sa minorité russophone. 

Le samedi 7 octobre 2023 au matin, lors de Sim’ha Torah (Souccot), environ 6 000 Gazaouis lourdement armés - 3 800 terroristes islamistes, notamment du Hamas, et 2 200 civils -, ont envahi, le sud de l’Etat d’Israël pour commettre le djihad en criant « Allah Akbar ». Nul ne qualifie pertinemment d’agression djihadiste les actes - invasion, viols, 1200 assassinats, razzias, rapts… - commis par 6 000 Gazaouis : civils, dont des employés de l'UNRWA (Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient, United Nations Relief and Works Agency for Palestine Refugees in the Near East), et membres d'au moins cinq mouvements islamistes : Hamas - dont la Nukhba, unité militaire d'élite -, Djihad islamique, Front démocratique pour la libération de la Palestine (FDLP), Front populaire pour la libération de la Palestine (FPLP) et Brigades des martyrs d'Al Aqsa liées au Fatah. 

Depuis, Israël mène une guerre existentielle Swords of Iron (Epées de fer) contre l'Iran et ses proxys : le Hamas dans la bande de Gaza, le Hezbollah au Liban, les Houthis au Yémen, les factions islamistes en Judée et en Samarie... L'armée israélienne vise exclusivement les djihadistes, prévient les civils par tracts, appels téléphoniques, créations de corridors humanitaires, etc. Bien que les djihadistes utilisent les civils comme boucliers humains - armes et munitions stockées dans des maisons, tirs de roquettes à partir d'hôpitaux, etc. -, le rapport entre terroristes tués et civils victimes collatérales dans la bande de Gaza est le plus faible au monde (1/1,5). Chaque victime civile innocente est à déplorer. Et l'armée israélienne se conduit d'une manière éthique, encadrée par des juristes.

Quant à l'US Aid (Agence américaine pour le développement international), elle contrôlait 50 milliards de dollars par an, dont une partie importante finançait comme l'AFD françaises des actions absurdes : "par exemple, 2 millions de dollars pour des opérations de changement de sexe au Guatemala, 20 millions pour Sesame Street en Irak, 8 millions pour former des journalistes sri-lankais à éviter le langage binaire des genres, 1,5 million pour la défense des droits des personnes transgenres en Jamaïque, 1,5 million pour les médias cubains, 3,9 millions pour les causes transgenres en Macédoine, 1 million « pour aider les personnes handicapées du Tadjikistan à devenir des leaders climatiques ». Mais le pire, ce sont les révélations selon lesquelles l'USAID a dépensé de l'argent pour faire tomber des populistes dans le monde entier – Bolsonaro au Brésil, Le Pen en France – et a versé 20 millions de dollars pour obtenir des informations compromettantes sur Rudy Giuliani susceptibles de servir à destituer Donald Trump. Des sommes colossales ont été dépensées pour financer la « vérification des faits » – et nous savons ce que cela signifie. Un demi-milliard de dollars a été versé au réseau Internews, qui a « formé » des milliers de journalistes à travers le monde et encouragé la censure sur les réseaux sociaux. « La quasi-totalité des médias traditionnels – dans le monde entier – a été financée par le gouvernement américain par le biais de l'USAID », a tweeté Ron Paul. Le plus incroyable, c'est que l'USAID a bel et bien envoyé de l'argent à des groupes et des États terroristes, comme l'a révélé Daniel Greenfield : par exemple, 2,3 milliards de dollars à la Somalie ces deux dernières années, 2,1 milliards à Gaza et en Cisjordanie depuis le 7 octobre 2023, 3,7 milliards aux talibans depuis leur prise de pouvoir en Afghanistan et 1,1 milliard au Liban, contrôlé par le Hezbollah. Même des projets qui semblent relever des compétences de l'USAID se révèlent avoir été menés avec une incompétence notoire : des envois de matériel médical jamais arrivés à destination, une centrale électrique jamais achevée. On découvre que l'USAID était un instrument de la CIA et d'autres services de renseignement, menant pour leur compte des activités secrètes sans aucun lien avec l'aide étrangère. Sans parler des fraudes pures et simples, des pots-de-vin, de la corruption, des escroqueries : toutes sortes de chiffres et de noms circulent – ​​Bill Kristol, les Clinton (inévitablement) – même si la vérité et les chiffres exacts restent à établir. Et ce qui est encore plus sidérant que l'ampleur de ces dépenses, c'est l'ampleur des réactions hypocrites et moralisatrices de nombre de ceux qui y ont participé, l'ont dissimulée et/ou en ont profité – ou qui, tout simplement, partagent l'idéologie des radicaux d'extrême gauche de l'USAID et savaient pertinemment qu'il s'agissait d'une opération malhonnête. Au lieu de se cacher honteusement, ces individus ont redoublé d'efforts dans leur malhonnêteté et se sont mis à indigner de façon outrancière... La BBC a eu l'honnêteté d'admettre que sa propre organisation caritative, BBC Media Action, avait reçu 3,23 millions de dollars de l'USAID en 2024 – sans toutefois expliquer pourquoi l'USAID distribuerait une telle somme d'argent du contribuable américain à la BBC, qui tire déjà suffisamment de revenus du vol des citoyens britanniques" (Defending USAID de Bruce Bawer, FrontPage Magazine, 12 février 2025). 

Allouant des salaires mirobolants à des dirigeants, "l'USAID a bel et bien dilapidé l'argent des contribuables. De même, le magazine Time a dressé une longue liste de programmes de l'USAID, pour la plupart aux allures louables, dont l'efficacité reste à prouver, mais, là encore, n'a pas cherché à justifier les dépenses absurdes mises au jour par Musk..." 

"Et Samantha Power, la directrice de l'USAID fidèle alliée d'Obama, a proclamé que les merveilleuses personnes qui travaillent à l'USAID ne choisissent pas d'y travailler « pour l'argent » mais parce qu'elles « veulent changer le monde » – oui, en poursuivant leurs propres objectifs avec des milliards de dollars provenant de l'argent des autres, sans aucune transparence, sans aucun contrôle et sans le moindre souci des souhaits ou du bien-être des contribuables américains. Power a pris la parole pour défendre « les personnes vulnérables du monde entier ». Qu'en est-il des personnes vulnérables aux États-Unis ? Pourquoi l'USAID n'a-t-elle pas aidé les habitants de Maui, de Pacific Palisades ou de l'ouest de la Caroline du Nord ? Bien sûr, nous savons pourquoi : parce que pour un progressiste illuminé, dépenser 1,5 million de dollars pour promouvoir la diversité, l'équité et l'inclusion en Serbie ou 2 millions de dollars pour soutenir « l'activisme LGBT » au Guatemala est bien plus excitant que de loger et nourrir les Américains sans abri suite à un incendie ou une inondation."

« Les contempteurs de la raison d'État (dont Samantha Power, qui fustige "l'anesthésie émotionnelle générée par la bureaucratie") pourront y voir un riche nuancier des diverses couleurs de la langue de bois, dans lequel les droits humains ne comptent pas, ou si peu. »

« Mais s'il pointe avec une terrible efficacité les limites, voire les mensonges de la diplomatie, Dror Moreh interroge surtout la nature de l'aveuglement et de l'indifférence, bien au-delà des positions de ces hauts responsables et de leur personne. Il rend ainsi hommage à toutes les victimes abandonnées à leur sort et rappelle combien la démocratie et la paix sont fragiles. » 

 

« Les coulisses du pouvoir » de Dror Moreh
France, Israël, 2022, 2 h 09
Coproduction : ARTE France Cinéma, Dror Moreh Productions, Les Films du Poisson, Katuh Studio, SWR, BR/ARTE, The Post Republic
Sur Arte le 21 juillet 2026 à 23 h 25 
Sur arte.tv du 21/07/2026 au 27/07/2026
Visuels : © Les Films du Poisson


mardi 7 juillet 2026

Bella Ariel (1912-1943)

Bella Ariel (1912-1943) était une Juive turque, mannequin chez Jeanne Lanvin, faubourg Saint-Honoré (Paris). Durant la Deuxième Guerre mondiale, elle vivait et travaillait pour la haute couture à Paris, et a été photographiée par les plus grands artistes : les frères Séeberger, madame d'Ora,  Man Ray... Victime d'une vengeance sur fond d'antisémitisme et de cupidité, elle a été dénoncée en juin 1943, déportée et assassinée au camp nazi d'Auschwitz (Pologne). 
En mai 2026, les éditions Eyrolles ont publié "Bella, un destin brisé" d'Arnaud Nemet, avec une préface de Laurent Joly. 

L’histoire sous les pieds. 3000 ans de chaussures 

Bella Ariel était née en 1912 à Constantinople, alors dans l'empire ottoman. Au début des années 1920, sa famille juive sépharade turque et déjà francophone s'installe à Paris. En 1928, Nissim Ariel, père de Bella Ariel, meurt prématurément, et son frère Maurice, commerçant aisé, veille sur sa belle-sœur et ses neveu et nièces. La famille Ariel fréquente parfois la synagogue rue Saint-Lazare dont un grand nombre de fidèles sont alors des judéo-espagnols.

Brune, élancée, distinguée, Bella Ariel gagne sa vie comme mannequin chez Jeanne Lanvin faubourg Saint-Honoré à Paris. Sur le site de l'INA (Institut national de l'audiovisuel), deux vidéos sur Jeanne Lanvin et ses ateliers montrent Bella Ariel. Elle a les qualités requises : elle est photogénique, a des mensurations idéales et sait mettre en valeur les créations de la haute couture parisienne. Brune, le teint mat, elle représente une beauté rare, distincte des nombreux mannequins d'origine russe qui peuplent les salons de maisons de haute couture. Pour ses vêtements, Jeanne Lanvin s'inspire souvent de l'Orient. 

Sur son site Internet, l'agence photographique Roger Viollet montre des photographies de Bella Ariel, portant des vêtements signés Jeanne Lanvin, et photographiée par Boris Lipnitzki (1887-1971). 

Durant la Deuxième Guerre mondiale, Bella Ariel continue de travailler pour Jeanne Lanvin qui tente d'attirer une clientèle allemande. Cette jeune femme indépendante est la compagne d'un Français marié non-juif, Edouard Merlé. Les amants travaillent dans deux boutiques se faisant face rue du faubourg Saint-Honoré : la principale boutique à Paris de Jeanne Lanvin, la chemiserie de luxe Leinen-Peuch dirigée jusqu'à son aryanisation par les frères Edouard et Camille Wormser, nés dans une famille juive d'origine alsacienne.

Bella Ariel habite rue de Varenne, dans le VIIe arrondissement de Paris. Elle y loue un appartement.

A partir de 1942, le réseau de résistance, organisé par Marcelle Douglas, au sein de la maison de haute couture parisienne Jeanne Lanvin, après avoir aidé des dizaines d'employés juifs à quitter la zone occupée pour la zone libre en franchissant la ligne de démarcation, doit cesser son activité. 

L'étau se resserre autour de Bella Ariel.

Le 5 juin 1942, pour la Journée de l'Elégance à bicyclette, Bella Ariel est photographiée souriante au bois de Boulogne en train de circuler à vélo. Cette photographie est publiée en Une de la presse. Est aussi annoncée par cette presse l'obligation pour les juifs de plus de six ans de porter l'étoile jaune en zone occupée.

Bella Ariel est dénoncée en juin 1943. La lettre la dénonçant est ainsi rédigée : Bella Ariel « est donc en contact constant avec la clientèle. Elle se vante de sa race, injurie les antisémites et fait de la propagande gaulliste. Le numéro de téléphone de son domicile est Littré 45.28 mais les renseignements du téléphone ont instruction de ne pas indiquer l’adresse ». 

Le 21 juin 1943, l’inspecteur Victor Arrighi, né dans le département de Constantine (en Algérie française) « se rend chez Jeanne Lanvin ; il y trouve Bella Ariel, née en 1912 à Constantinople, qui prétend « ne travailler qu’en studio et de ce fait ne pas se trouver en contact avec le public ». Comme elle loue un appartement près de son travail, sans autorisation, elle se trouve en infraction avec les ordonnances allemandes 3 et 6, et est consignée au poste de police de l’Opéra". Elle est internée au camp de Drancy sous le contrôle du SS Alois Brunner - Les internés y assurent la gestion interne sous le contrôle des SS. Edouard Merlé s'efforce d'obtenir la libération de Bella Ariel, notamment en contactant le consulat de Turquie. Celui-ci demeure inactif vraisemblablement en raison de l'attitude de la Turquie qui persécute ses ressortissants juifs sur son territoire et  de l'alliance entre dirigeants nazis et musulmans, notamment le grand mufti de Jérusalem al-Husseini...

Nièce de Bella Ariel, Simone Cohen se réfugie en Ariège après l'arrestation de la mannequin.

Bella Ariel est déportée [vers Auschwitz] le « 18 juillet 1943 dans le convoi 57. Elle n’est pas revenue ». Elle a été vraisemblablement été assassinée dès son arrivée dans ce camp nazi.

L’historien Laurent Joly précise : « Les renseignements semblent émaner d’un administrateur provisoire. Sur cette missive, on reconnaît l’écriture » de Joseph Antignac, entrepreneur et directeur du cabinet de Louis Darquier de Pellepoix, Commissaire général aux Questions Juives (CGQJ) où il est chargé de l' « aryanisation économique » : « Faire faire une enquête. Renseignements fournis par de Fontréault. » Le dossier est transmis le 26 mai 1943 à la SEC. Le délateur à l’origine de cette affaire n’est autre que Marcel de Font-Réaulx, futur président de l’Association française des propriétaires de biens aryanisés. Font-Réaulx avait été l’associé de l’ami de Bella Ariel au sein de la société Line Peuch. Notons qu’interrogé en 1949 (Font-Réaulx est, lui, décédé en 1948), ce dernier avoue son incrédulité : « Je ne pense pas qu’il soit le dénonciateur. Je précise que lorsque cette dernière était internée à Drancy, j’avais également chargé De Font-Réaulx d’intervenir auprès d’ANTIGNAC pour la faire libérer. Il m’a dit ne pas avoir obtenu satisfaction. » (Centre des archives contemporaines (CAC), 890158/13, audition d’Édouard M., 18 juin 1949) Mais il est plus que probable que Font-Réaulx ait fait à peu près l’inverse, alimentant Antignac des ragots et informations précises que l’on peut lire dans une lettre adressée par le directeur de cabinet du CGQJ à la Gestapo : « Je vous confirme que les renseignements qui viennent de me parvenir m’indiquent que l’amant de cette juive, M. M. Édouard […] ne cesse de faire des démarches en vue de faire libérer sa maîtresse. […] En conséquence, je vous demande de vouloir bien maintenir la juive ARIEL à DRANCY et de la faire déporter le plus rapidement possible à moins que son pays d’origine ne la réclame. Je vous signale enfin qu’une liaison est établie entre M. M et sa maîtresse et, grâce à la complicité du personnel de DRANCY, cette dernière reçoit des lettres et des paquets tous les jours et qu’il lui est possible de pouvoir écrire à son amant quotidiennement. » (CAC, 890158/13, copie d’une lettre de Joseph Antignac à Heinz Röthke, 1er juillet 1943) » (Laurent Joly, La délation antisémite sous l'OccupationVingtième Siècle. Revue d'histoire, 2007/4, n° 96)

Quels sont les principaux coupables de l'arrestation et la déportation de Bella Ariel ? Et quelles ont été leurs motivations ? Citons ces trois personnages : Joseph Antignac, directeur du cabinet du Commissariat général aux Questions Juives (CGQJ), Marcel de Font-Réaulx dont l'épouse Marcelle Bartholomé achète le 5 août 1941 à un prix dérisoire le bail, le fonds de commerce et l'appartement au-dessus de la boutique de l'enseigne Leinen-Peuch dans un quartier huppé, et Victor Arrighi.

Les motivations des coupables s'avèrent difficiles à déterminer, tout comme les relations entre Font-Réaulx et Merlé. L'antisémitisme,, vraisemblablement. Souci de l'épouse d'Edouard Merlé de se venger ? Des dissensions entre Font-Réaulx et Merlé, alors associés dans Leinen-Peuch ? 

Mais il y a un quatrième coupable : le régime d'Ankara qui n'a pas protégé tous ses ressortissants hors de son territoire, et a persécuté ses citoyens juifs sur le territoire turc. A cet égard, la lecture du numéro 203 (2015/2) de la Revue d’Histoire de la Shoah éditée par le Mémorial de la Shoah et intitulé "Les neutres d'Europe face au génocide, 1941-1945" s'avère éclairante. Dirigé par l'historien Georges Bensoussan, il publie notamment l'article "La politique de la Turquie pendant la Shoah" par Corry Guttstadt (traduction de l’allemand par Olivier Mannoni, pages 195 à 231). Cette historienne décrit avec précision l'évolution, des années 1930 à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, de l'attitude de la Turquie envers les juifs turcs vivant dans des territoires contrôlés par les Nazis :
"Dès l’automne 1940, après l’introduction des premières mesures antisémites en France, les représentations de plusieurs États intervinrent contre la violation des droits de leurs citoyens juifs. Le consulat général turc à Paris protesta ainsi, dans une lettre du 28 décembre 1940, contre la mise en œuvre du décret prévoyant l’enregistrement des entreprises dirigées par des Juifs et la mise en place d’administrateurs provisoires...
Après d’assez longues négociations, les entreprises et les biens des Juifs citoyens d’États neutres ne furent pas confisqués par les Allemands ou le gouvernement de Vichy, mais placés sous l’autorité d’administrateurs non juifs des consulats en question. Ce fut le cas pour de nombreuses entreprises appartenant à des Juifs turcs, pour lesquels le consulat de Turquie nomma des administrateurs.
Plus de 4 000 Juifs furent arrêtés lors de la rafle menée contre les Juifs étrangers à Paris, en août 1941. Des diplomates de plusieurs pays protestèrent contre l’interpellation de leurs ressortissants. Le consul de Turquie réclama lui aussi, dès le 21 août, la libération de seize Juifs turcs arrêtés. Dans un premier temps, les autorités allemandes ne jugèrent pas nécessaire de s’arrêter sur ces protestations. Il fallut les interventions réitérées des consulats concernés pour que les Juifs des États neutres soient relâchés.
L’importance qu’accordait l’Allemagne à la Turquie dans sa politique étrangère procura aux autorités turques d’immenses possibilités de protéger leurs Juifs vivant en Europe. Ses diplomates en poste en France, en Italie et en Grèce le firent à plusieurs reprises et avec succès. Pour les seules années 1942-1943, on a gardé la trace d’interventions de diplomates turcs en faveur d’environ cinquante Juifs turcs qui avaient été arrêtés. Dans la plupart des cas, les consuls turcs purent obtenir la libération de ces personnes et les sauvèrent ainsi de la déportation.
Nous avons mentionné plus haut que le consulat turc à Paris avait obtenu la libération de seize des Juifs arrêtés pendant la rafle d’août 1941. Mais plusieurs centaines de Juifs turcs avaient été pris en même temps, pour lesquels le consulat n’intervint pas. À la mi-octobre 1941, on comptait, dans les trois camps de Drancy, Pithiviers et Beaune-la-Rolande, 365 personnes que les Allemands considéraient comme des « Juifs turcs ». Lorsque le RSHA et l’Auswärtiges Amt se furent entendus, début 1942, sur les règles d’exception pour les Juifs ressortissants d’États neutres et alliés, les autorités allemandes envoyèrent aux consulats concernés des listes contenant les noms des citoyens juifs arrêtés, en leur demandant de confirmer leur nationalité. Ce fut aussi le cas pour les représentations turques. Paul Zuckermann, qui fit office de secrétaire à Drancy, signale dans une lettre avoir établi, à la demande de divers consulats, des listes de citoyens juifs détenus.
Beaucoup des Juifs turcs emprisonnés à Drancy ou à Compiègne pourraient avoir seulement appris au cours de leur détention que la Turquie ne leur reconnaissait plus leur nationalité. C’est ce qui ressort de quelques lettres désespérées dans lesquelles ils demandent à leurs proches de leur envoyer enfin les papiers nécessaires et précisent que d’autres Juifs ressortissants d’États neutres ont déjà été libérés de Drancy.
Le 17 juin 1942, le directeur de la « police aux questions juives », Jacques Schweblin, posa la question suivante dans une lettre à Dannecker : « À Drancy se trouvent encore à peu près 250 internés, dont 150 aptes au travail attendent toujours la reconnaissance de leur nationalité turque par le consulat concerné. Quelle attitude doit-on avoir envers ces personnes pour le transport du 20 juin 1942 ? » Cinq jours plus tard, le troisième train de déportation quittait Paris. Il partit avec 57 hommes nés en Turquie, avec la mention « nationalité non établie »...
Au cours de l’été 1942, les autorités turques ne pouvaient pas savoir quelle conséquence mortelle auraient pour les Juifs turcs leur rejet et la non-reconnaissance de leur nationalité. La politique de déchéance de la nationalité fut mise en œuvre par le gouvernement d’Ankara ; une commission du ministère de l’Intérieur décidait en dernière instance de la reconnaissance ou du refus de reconnaissance de la nationalité. Le gouvernement turc poursuivit toutefois cette politique après que l’extermination systématique des Juifs par les nazis et, donc, le risque qu’entraînait la déportation eurent été connus, fin 1942. La Turquie ne priva pas seulement des milliers de Juifs turcs vivant dans la zone de pouvoir national-socialiste de la protection que leur apportait leur nationalité : elle leur refusa aussi le voyage de retour en Turquie, qui aurait pu les sauver......
Les Juifs turcs constituaient le plus grand groupe ; pour la seule zone nord de la France, les instances nazies partaient d’un nombre de 4 000 à 5 000 Juifs turcs."
Le 13 mai 1944, Victoria, autre sœur de Bella, a été arrêtée avec son fils adolescent, Maurice à Paris ; le 5 mai 1944, son époux Mentech avait été interpellé lors de la rafle du Bosphore rue Sedaine. 

Arrêté en novembre 1944, Antignac a été condamné à mort en 1949 - peine commuée en travaux forcés à  perpétuité. In fine, amnistié, il est libéré en 1954. Arrighi entre dans la résistance en... juillet 1944, et en avril 1945, près de Duren (Allemagne), il est mortellement touché lors d'affrontements avec des soldats allemands. Après guerre, le spoliateur Font-Réaulx travaille dans un Comité régional interprofessionnel chargé de l'épuration dans les entreprises. Il démissionne en mars 1946, et décède en 1947 sans avoir eu à répondre de ses actes durant l'Occupation.

Jacques Ariel, frère de Bella Ariel, est détenu dans un Stalag - il retrouve Paris en 1945. Sa sœur Lucie rejoint Paris à la Libération. Veuve - son époux Youmtov Lévy a été déporté et assassiné dans un camp nazi -, elle se remarie avec Gabriel Dassa, rescapé des déportations organisées par Alois Brunner à Salonique (Grèce), et dont l'épouse ainsi que la fille de trois ans avaient été tuées au camp nazi d'Auschwitz. 

Dans Les Violons du Bal, Michel Drach avait filmé une scène au cours de laquelle Marie-José Nat, qui incarnait sa mère juive, se rendait dans une maison de couture pour convaincre sa fille ainée, mannequin qui participait à un défilé de mode, de quitter Paris occupé par les Nazis. 

"Bella, un destin brisé"
En mai 2026, les éditions Eyrolles ont publié "Bella, un destin brisé" d'Arnaud Nemet, avec une préface de Laurent Joly et de magnifiques photographies en noir et blanc sophistiqué notamment de Man Ray, de la mannequin.

"Paris, 5 juin 1942. Dans les allées du bois de Boulogne, une jeune femme radieuse prend la pose, juchée sur une bicyclette. Mannequin vedette de la prestigieuse maison de haute couture Jeanne Lanvin, elle participe à la Journée de l’élégance. Le lendemain, sa photographie fait la une de la presse. Mais qui sait que derrière ce cliché se cache une autre réalité, beaucoup plus sombre ? Bella Ariel est juive et, en zone occupée, le port obligatoire de l’étoile jaune entre tout juste en vigueur. À l’aube de ses 30 ans, sa vie s’apprête à basculer brutalement."

"Ce livre est le fruit d’une longue et minutieuse enquête de l’auteur sur les traces de son arrière-grand-tante, des rives du Bosphore à la rue du Faubourg-Saint-Honoré. À travers de nombreuses photographies et grâce à la parole des derniers témoins, il nous plonge au cœur de la France des années trente et de l’Occupation, et nous entraîne dans les prestigieux salons de la haute couture parisienne. De manière implacable, il révèle les circonstances révoltantes qui ont conduit au tragique destin d’une jeune femme originaire de Constantinople, devenue une égérie de la mode."

"Après un parcours dans le journalisme, Arnaud Nemet est aujourd'hui chargé de communication. 

En 1996, ce passionné par l'histoire et la photographie avait trouvé un carton de photographies retraçant la carrière de mannequin de Bella Ariel. Il avait aussi retrouvé un parapluie où sont  gravées "BA", les initiales de Bella Ariel.

"Il avait participé à l'ouvrage de l'historienne Anne Grynberg Sur nos traces : récits de persécution, spoliation, réparations (La Documentation française, 2023). A partir de ses recherches et d’archives familiales, l'auteur avait déjà rédigé un chapitre du livre d’Anne Grynberg consacré à Bella Ariel : "Bella Ariel. L’étoile de la mode venue des rives du Bosphore"

"Les éditions La Documentation française, en partenariat avec la Commission pour l’indemnisation des victimes de spoliations, avaient publié cet ouvrage singulier par son traitement unique : le croisement des récits de vie des témoins et les éclairages de l’historienne, dans une logique de complémentarité et de dialogue entre victimes directes et jeunes générations".


Hommages
Dans le cadre de la Journée judéo-espagnole, une manifestation était organisée par Aki Estamos et la Fédération des associations sépharades de France, avec le soutien de la Fondation pour la mémoire de la Shoah (FMS) et de la Fondation du judaïsme français (FJF). Le 25 juin 2024 à 14h, à l'Institut Cervantès, dans le cadre du Festival des Cultures Juives (FCJ), Arnaud Nemet évoqua Bella Ariel, sa grand-tante. 
"Née à Constantinople au sein d’une famille sépharade émigrée en France, Bella Ariel devint mannequin vedette chez Jeanne Lanvin dans l’entre-deux-guerres et l’égérie des plus grands photographes. Poursuivant malgré les risques son travail sous l’Occupation, elle sera dénoncée et arrêtée en juin 1943 puis déportée sans retour à Auschwitz."
 
En 2025, l'exposition « La mode en modèles. Photographies des années 1920-1930 » au musée des Arts décoratifs a évoqué le destin tragique de « Bella Ariel (1912-1943), mannequin de cabine pour Jeanne Lanvin à partir de 1934, puis mannequin vedette, [qui] pose parallèlement pour Man Ray, D’Ora ou Lipnitzki. Sous l’Occupation, elle défile toujours mais en 1943, à la suite d’une dénonciation, elle est arrêtée par la police anti-juive et est assassinée dans le camp d’extermination d’Auschwitz ».


Arnaud Nemet,"Bella, un destin brisé". Préface de Laurent Joly. Eyrolles, 2026. 256 pages. 215 x 134 mm. EAN13 9782416022432. 19,9 €

Le 25 juin 2024 de 14h à 18h 
11, avenue Marceau 75116 Paris. 7, rue Quentin Bauchart, Paris 8e
Tél. : (+33) 01 40 70 92 92 
Entrée était libre sur réservation auprès du Festival des Cultures juives. 
La soirée se prolongea à 20h avec les concerts de Laetitia Marcangeli et Éléonore Fourniau aux Trois Baudets