Citations

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« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

jeudi 7 mai 2026

L'affaire Mortara

En 1858, les dirigeants du Vatican enlèvent Edgardo Mortara, enfant juif né en 1851 à Bologne (alors dans les États pontificaux) car ils ont appris qu'il avait été baptisé, à l'insu de sa famille et de lui, en secret, par sa nourrice catholique. L'enfant reçoit une instruction religieuse catholique et fait une carrière dans l'Eglise catholique Arte diffusera le 10 mai 2026 à 21 h 00 « L'enlèvement » de Marco Bellocchio.

« Les synagogues : prestigieux témoins du judaïsme » par Emilie Langlade et Adrian Pflug
Trésors du ghetto de Venise
« Italie, une simple histoire d’amour. Témoignages d’un ambassadeur d’Israël » de Mordechaï Drory 

Edgardo Mortara est né en 1851 à Bologne (alors dans les États pontificaux) dans une famille juive. 

En 1858, les dirigeants du Vatican enlèvent l'enfant âgé de sept ans car ils ont appris qu'il avait été baptisé, à l'insu de sa famille et de lui, en secret, par sa nourrice catholique. L'enfant reçoit une instruction religieuse catholique et fera une carrière dans l'Eglise catholique.

L'affaire est médiatisée, et diverses personnalités tentent d'obtenir du pape qu'il rende l'enfant à sa famille. En vain. Le scandale prend une dimension internationale.

Edgardo Mortara décède à Bressoux (Belgique) en 1940.

« L'enlèvement » 
Arte diffusera le 10 mai 2026 à 21 h 00 « L'enlèvement » (Rapito) de Marco Bellocchio.

« Pour avoir été baptisé à l’insu de ses parents, un petit garçon est arraché par l’Église catholique à sa famille juive. S’emparant d’une histoire vraie qui secoua l’Italie du XIXe siècle, Marco Bellocchio dénonce dans un drame bouleversant la violence de l’arbitraire religieux. »

« 1852. Alors que s’allument les premiers feux de l’unification italienne, Bologne appartient encore aux États pontificaux – le pouvoir temporel y est exercé par l’Église, sous la souveraineté du pape Pie IX. »

« Dans une maison du quartier juif de la ville, le petit Edgardo, l’un des huit enfants de la famille Mortara, est baptisé dans son berceau, en secret, par sa jeune nourrice catholique qui le croit à l’article de la mort. »

« Apprenant les faits six ans plus tard, le tribunal du Saint-Office ordonne, par la voix du père inquisiteur monseigneur Feletti, d’enlever l’enfant à sa famille : désormais catholique, Edgardo a vocation à être élevé dans le giron de l’Église. Il est envoyé à Rome dans le collège de catéchumènes attaché au Saint-Siège, où il est patiemment converti sous l’œil de Pie IX lui-même, sans que ses parents ni la communauté juive ne parviennent à s’y opposer. »

« Alors que l’affaire s’ébruite, soulevant l’indignation au-delà des frontières italiennes, et que la communauté catholique se déchire, le pape, intransigeant et voyant son pouvoir s’effriter, s’arc-boute sur les principes du droit canonique. Pendant ce temps, le garçon, bon élève, oublie peu à peu ses racines hébraïques… »

« Après avoir abordé l’affaire Aldo Moro dans sa série Esterno notte, c’est d’un autre enlèvement – et d’un autre traumatisme, plus ancien, de l’histoire italienne – que s’empare Marco Bellocchio. Le réalisateur du Traître retrace cette affaire stupéfiante sous son angle politique, mais aussi intime : à travers les yeux inquiets du jeune Edgardo, retenu prisonnier, qui découvre avec sidération les symboles angoissants de la liturgie catholique, avant que sa conversion forcée ne se mue progressivement en syndrome de Stockholm. »

« Alors que les troupes italiennes gagnent Rome, en 1870, on le retrouvera, jeune adulte, se débattant avec son identité clivée et avec sa propre famille, qu’il a délaissée pour celle de l’Église. »

« De Pie IX, Bellocchio brosse un portrait acerbe – imaginant, notamment, une réjouissante plongée dans son inconscient, avec ce rêve où le souverain pontife voit une armée de rabbins fondre sur son lit pour le circoncire de force. »

« Un récit bouleversant et magistralement mis en scène, qui expose toute la violence de l’arbitraire religieux et de l’endoctrinement. En cela, il se montre singulièrement contemporain.

Meilleurs scénario adapté, décor, costumes, maquillage et coiffure, Prix David di Donatello 2024 – Meilleur scénario, Valladollid 2023 – Meilleur film, Golden Globes Italie 2023 – Compétition officielle, Cannes 2023


NOTE D'INTENTION DU RÉALISATEUR MARCO BELLOCCHIO 

« L’histoire de l’enlèvement de cet enfant juif, Edgardo Mortara, m’intéresse particulièrement parce qu’elle me permet, avant tout, de mettre en scène un crime commis au nom d’un principe absolu. “Je t’enlève parce que Dieu l’a voulu ainsi. Et je ne peux pas te rendre à ta famille. Tu es baptisé et, de ce fait, tu es catholique pour l’éternité.” C’est le “non possumus” du pape Pie IX. Il serait donc juste, pour garantir son salut dans l’au-delà, de briser la vie d’un individu, en l’occurrence d’un enfant n’ayant pas, du fait de son jeune âge, la force de résister ni de se rebeller. Sa vie sera brisée à jamais et ce même si le petit Mortara, rééduqué par les prêtres, restera toujours fidèle à l’Église catholique. Il deviendra prêtre lui-même, par un fascinant mystère que seule la volonté de survie ne peut suffire à expliquer. Car Edgardo, une fois Rome libérée, restera malgré tout fidèle au pape. Qui plus est, il essaiera jusqu’à la mort de convertir sa famille qui n’a pas voulu renier la religion juive. 

L’enlèvement d’Edgardo Mortara est aussi un crime contre une famille tranquille, moyennement aisée, respectueuse de l’autorité (qui est encore, à Bologne, celle du pape-roi), à une époque où souffle sur l’Europe un vent de liberté, où partout s’affirment des principes libéraux et où tout est en train de changer. L’enlèvement du petit Edgardo symbolise donc la volonté désespérée, ultraviolente, d’un pouvoir déclinant qui essaie de résister à son propre effondrement, en contrattaquant. Les régimes totalitaires ont souvent de tels soubresauts qui leur donnent, pour un temps seulement, l’illusion de la victoire (un bref spasme avant la mort). 

Au-delà de l’extrême violence de cet acte, je voulais raconter le désarroi du petit Edgardo, sa douleur après la séparation forcée, mais aussi ses efforts pour chercher à concilier la volonté de son deuxième père, le pape, avec celle de ses parents qui cherchent à tout prix à le faire revenir parmi eux, avec acharnement pour sa mère, et de façon plus tempérée pour son père, qui pense avant tout au bien-être de l’enfant. 

Toute sa vie, Edgardo a tenté une réconciliation impossible, il n’a jamais renié ses parents, ses origines, sans toutefois se résoudre au fait que sa mère reste juive jusqu’à la mort. 

Mais il n’est jamais devenu le jouet de la papauté et cette conversion, qu’il a pourtant revendiquée avec ténacité, ne sera pas exempte de rébellions inattendues, plus ou moins conscientes, comme en témoignent ses souffrances et les maladies répétées qui l’ont contraint à garder le lit pendant de longues périodes. Il a payé dans sa chair cette adhésion à la foi catholique jamais remise en question. Le bonheur n’a jamais été pour lui qu’un souvenir, toujours plus fané, des années d’avant l’enlèvement, quand il n’avait pas encore sept ans. 

Comme je l’ai dit, l’autre énigme de cette histoire est bel et bien la conversion d’Edgardo. L’enfant se convertit et restera toute sa vie fidèle à son deuxième père, le pape Pie IX. Pourquoi ? La thèse qui prévaut est qu’il était alors trop jeune et influençable pour pouvoir résister. C’était la conversion ou la mort. Ce que l’on appellerait aujourd’hui le syndrome de Stockholm... 

Bien sûr, je ne cherche pas à trouver une explication “simple”, mais assurément, cette conversion radicale, sans qu’à aucun moment Edgardo n’ait le moindre doute, rend son personnage encore plus intéressant. Il nous entraîne dans des mondes invisibles à nos yeux mais qui existent pour beaucoup de gens. On peut décider d’observer le “phénomène” de l’extérieur ou bien, avec amour et empathie, essayer simplement de mettre en scène un enfant victime d’une violence morale puis un homme qui, demeuré fidèle à la foi de ses bourreaux (qu’il prend pour ses sauveurs), finit par devenir un personnage qui se passe de toute explication rationnelle. Ceci est un film, pas un livre d’histoire ni de philosophie. Il n’a pas de visée idéologique. » 

NOTE HISTORIQUE PAR PINA TOTARO, CONSEILLERE HISTORIQUE

« Le film raconte la vie d’Edgardo Mortara, dont le destin se confond presque avec les événements historiques les plus marquants du Risorgimento : la chute du pouvoir temporel des papes, la prise de Rome et l’unification du pays. 
Edgardo Mortara est né à Bologne en 1851 dans une famille juive, sixième des huit enfants de Salomone (Momolo) Mortara et de Marianna Padovani. En 1857, il est soustrait à sa famille (“enlevé” serait plus exact, étant donné la violence de l’événement) par les gendarmes de la papauté et conduit à Rome, sur mandat du Saint-Office de l’Inquisition, sous le contrôle direct du pape Pie IX. Aucun motif n’est précisé sur l’ordre d’arrestation. On découvrira plus tard qu’une servante catholique avait été au service de la famille Mortara au moment où le petit Edgardo, âgé d’un an passé, avait connu un épisode de fièvre extrême. En réalité, l’enfant n’avait jamais été en danger de mort mais craignant pour sa vie, la jeune servante Anna Morisi l’avait fait baptiser en secret, afin de lui éviter, dira-t-elle, de rester à jamais dans les limbes où sont condamnées à errer les âmes des enfants morts sans baptême. 
C’est ainsi qu’Edgardo sera conduit à Rome dans la “Maison des catéchumènes et des néophytes” (“Domus Catecumenorum”, comme on peut le lire sur la porte d’entrée du collège, dans un des plans du film). Il s’agit d’un séminaire créé pour la conversion, entre autres, des Juifs et des Musulmans. Dès lors, Edgardo y recevra, parmi un grand nombre d’autres enfants issus de différentes religions, une éducation catholique rigoureuse et se formera à la prêtrise. 
Les tentatives répétées de ses parents pour ramener leur fils chez eux s’avéreront inutiles. Brisés par cet enlèvement, les époux Mortara n’hésiteront pas à employer toutes leurs ressources, y compris financières, pour obtenir justice. Les diverses communautés juives, en Italie et à l’étranger, se mobiliseront pour les soutenir dans ce qui deviendra rapidement un véritable scandale international. 
Avec la libération de Bologne de la domination pontificale en 1859, l’affaire semblait sur le point de pouvoir trouver une issue favorable. En effet, un décret publié par le nouveau gouvernement laïque établissait l’égalité devant la loi de tous les citoyens, sans distinction de religion, et l’abolition de l’Inquisition dans les anciens États pontificaux. L’Inquisiteur en personne, le dominicain Pier Gaetano Feletti, était arrêté et jugé pour l’enlèvement du jeune Edgardo. L’issue de ce procès fut néanmoins décevante : le tribunal accueillit favorablement la thèse soutenue par l’avocat de la défense, Francesco Jussi, selon laquelle l’inquisiteur n’avait fait que se conformer aux lois en vigueur à l’époque, obéissant aux ordres de ses supérieurs et du pape en personne. Ainsi, le premier procès pénal mené à Bologne par le nouveau régime se conclut par l’acquittement du père Feletti. 
Tandis que Pie IX répond à la tentative du gouvernement italien d’entrer dans Rome avec le consentement de l’Église par un “Non possumus” sans appel, cette formule exprime aussi le refus inflexible de la papauté qu’Edgardo soit rendu aux siens, comme le monde entier le lui réclame. 
Ainsi, l’Affaire Mortara s’inscrit de façon dramatique dans un contexte historique qui n’est plus seulement italien ni exclusivement juif et dont les figures principales sont le pape Pie IX, l’empereur Napoléon III, Camillo Cavour et le secrétaire de l’État du Saint Siège, Giacomo Antonelli. Ce dernier, présageant l’issue de la “question romaine”, affirma, de façon assez significative : “Nous sommes finis ! Nous sommes finis !”. 
Le 20 septembre 1870, la “brèche de Porta Pia” marquait la fin des États pontificaux et du pouvoir temporel des papes. Riccardo, frère aîné des Mortara, fut parmi les premiers à franchir les murs de la ville éternelle ce jour-là. Le retour d’Edgardo dans sa famille était enfin possible. Mais ce dernier refusa d’abandonner le couvent des Chanoines réguliers du Latran à Saint-Pierre-aux-Liens, où il vivait apparemment en accord avec la politique du pape dont il alla jusqu’à prendre le nom, Pie, au moment d’être ordonné prêtre. La pression exercée sur lui dans son enfance fut sûrement trop forte et les logiques du conditionnement subi trop subtiles pour qu’il ait pu s’y soustraire et ne pas en porter les traces jusque dans sa vie d’adulte. 
Edgardo Mortara continua donc à faire oeuvre de prosélytisme en faveur de la Sainte Église romaine jusqu’à sa mort, survenue au monastère des Chanoines réguliers de Bouhay, en Belgique, en 1940. Ainsi s’achève une affaire tragique à bien des égards, dans laquelle la politique et les moyens d’information jouèrent un rôle décisif. On peut toujours discuter des torts respectifs des uns et des autres. Face à la violence des événements, la mémoire privée et collective se brouille, se reformule et se reconstruit. » 

MATIERE A DEBAT

Les États pontificaux
« Plusieurs lignes narratives se chevauchent et s’entrecroisent dans L’Enlèvement. Il y a d’abord celle de l’Histoire qui n’est pas, ici, une simple toile de fond puisqu’elle détermine le destin des personnages, en noue ou déjoue les intentions. Gage de rigueur factuelle du drame, les dates et informations qui s’inscrivent en rouge, à intervalles plus ou moins réguliers sur l’écran, scandent la marche des événements historiques qui précipite celle de l’enlèvement du garçonnet et son corollaire (familial, moral, religieux, politique, judiciaire, etc.).
L’histoire du film débute en 1852 (Edgardo, né le 27 août 1851, n’a, alors, que six mois). La péninsule italienne est morcelée en plusieurs territoires. Bologne, nous informe le premier carton, appartient aux États pontificaux qui, depuis 754, sont placés sous l’autorité temporelle du Pape-roi. Ces États doivent leur développement aux donations territoriales faites successivement au Pape par des souverains voisins, mais aussi grâce aux prises effectuées par l’armée pontificale et ses alliés.
Au milieu du XIXe siècle, ces États couvrent l’actuel centre de l’Italie (le Latium), l’Ombrie, les Marches et la Romagne. Le Pape Pie IX (1792-1878), élu en 1846, y règne en despote. Or, en 1859, la ville de Bologne s’insurge contre la toute-puissance de son gouvernement. Le souverain théocrate, alors en délicatesse avec Napoléon III dont il perd le soutien diplomatique et militaire, assiste dans l’impuissance et la rage (comme le souligne Marco Bellocchio) au soutien des armées napoléoniennes au royaume du Piémont-Sardaigne en route vers l’unification de l’Italie (le Risorgimento).
Perdue en 1860, la Romagne est alors rattachée au Piémont, puis l’Ombrie et les Marches après que Garibaldi a défait l’armée pontificale (1861). Seule la région de Rome tient encore. Enfin, profitant de la guerre franco-prussienne, le nouveau royaume d’Italie s’empare de Rome en 1870, mettant fin aux États pontificaux et obligeant le Pape à se replier définitivement dans son palais du Vatican.

Pouvoir absolu du Pape Pie IX
La fiction de L’Enlèvement s’inspire d’un fait divers fondé sur les lois pontificales selon lesquelles un enfant passé par le baptême est chrétien, peu importe qu’il soit né juif.
Pour en faire appliquer le principe qui prévaut à Bologne, le Père inquisiteur Pier Gaetano Feletti, bras armé de Pie IX sur ordre de qui il agit (comme le révélera le procès de 1860, permettant de le disculper), n’hésite pas à faire mander les gendarmes pontificaux afin d’enlever, sans autre délai que celui de 24 heures, un enfant, qui n’a pas encore sept ans, à sa famille. La formule dogmatique non
possumus (« nous ne pouvons pas »), alors brandie par le Pape, cadenasse toute forme de récrimination envers « ce qui doit être ». Le dogme apparaît comme le verrou arbitraire de la toute-puissance papale. « Un dogme, comme le formulera plus tard le docile Edgardo à la table de son nouveau « père » alors aux anges, est une vérité de foi, à laquelle on croit sans poser de question, sans discuter, car elle vient directement de Dieu. » Le dogme, enfin, est un rempart « absolu » pour le Pape, une muraille derrière laquelle il se sait, fort jusqu’alors de ses appuis politiques, diplomatiques et militaires, solidement protégé – jusqu’à la brèche de la Porte Pia en 1870, mettant un point final à son règne temporel.
Alors même qu’un mouvement d’union nationale gronde sous ses fenêtres et que l’émoi suscité par le rapt du petit Edgardo donne lieu à une rude campagne de dénonciation et de caricature dans la presse européenne et sur les planches des théâtres d’Amérique (Boston), le Pape n’entend pas renoncer à ses pleins pouvoirs  prosélytes. Il s’insurge même, dans un élan de morgue colérique, révélateur de son caractère tyrannique caché sous le masque de l’onctuosité (excellente composition de Paolo Pierobon), des avertissements que lui adresse le pourtant diplomatique Cardinal Antonelli ; il se défie du double mouvement de révolte qui se dresse en même temps sur son chemin en cette fin de décennie 1850. Mais, au fond, ce Pape antisémite aux petits pieds, qui humilient les rabbins après les avoir menacé de leur « faire du mal, beaucoup de mal » et de les renvoyer dans leur « trou », ou encore de soumettre leur ghetto à la stigmatisation d’un nouveau couvre-feu, se sait de plus en plus menacés. L’animation graphique des caricatures de presse du « Pape ravisseur » et la séquence onirique de circoncision en rendent plus palpables les doutes et angoisses qui le minent. Et c’est parce que le Pape a peur qu’il ordonne en urgence le baptême officiel d’Edgardo, point de départ du long cheminement du jeune garçon vers la foi catholique.

Nouveau converti, (é)perdu et « sauvé »
L’Enlèvement est le récit d’une sombre affaire, digne des plus noires périodes de l’obscurantisme religieux, depuis l’époque médiévale jusqu’aux XVII-XVIIIe siècles. Sa dramaturgie s’appuie sur une ouverture délibérément mystérieuse, moteur de tension dramatique et de suspense. En retardant l’explication sur l’ondoiement secret auquel s’est livrée Anna Morisi, la crédule servante des Mortara (pensant Edgardo mortellement malade, elle a voulu le sauver des limbes, la région située à la « marge » de l’enfer), le cinéaste place le spectateur au même niveau d’incompréhension et de sidération des parents du jeune garçon. Espionnage ancillaire, dénonciation, rapt d’enfant, décors anciens, mouvement et nombre des comédiens (excellents !), cadrages resserrés, éclairage en clair-obscur, tout dans l’ouverture de L’Enlèvement fait cinéma, fonctionne comme un gage de romanesque sur la reconstitution de la fresque historique promise par le contrat de lecture (et premier carton) du film.
Cette tension initiale est vite prise en charge par le sort réservé à Edgardo, déplacé et installé dans la maison des catéchumènes à Rome pour y être converti au catholicisme. Un va-et-vient, ou montage alterné, entre la nouvelle vie du garçonnet et ses parents, qui ont pris langue avec la communauté rabbinique pour le récupérer, se met en place jusqu’à la double rencontre d’Edgardo avec les siens, permettant de vérifier l’étendue du chemin parcouru par celui-ci qui ne « reconnaît » plus guère ses parents. Cette structure parallèle des fils du récit présente de nombreux points de résonnance entre la famille et leur enfant, qui s’éloigne à mesure que celle-ci tente de s’en rapprocher.
À l’échec, par exemple, du procès engagé par la famille répond la confirmation du baptême d’Edgardo. Les images se croisent alors et s’entrechoquent dans un vaste mouvement opératique de la mise en scène entrelacée d’une musique stridente à effet dramatique renforcé. À la douleur du père qui se frappe la tête du poing répond la gifle de réconciliation, ou geste de paix et d’amitié, adressée par le prêtre sur la joue d’Edgardo et de ses coreligionnaires. Les scènes se font écho, parfois se répètent et s’opposent comme celles encore où Edgardo se réfugie sous les jupes de sa mère pour échapper à son sort, puis, plus tard, sous les vêtements du Pape lors d’une pacifique partie de cache-cache. D’une protection l’autre, l’enfant s’égare évidemment, perd une mère et trouve un nouveau repère. Aussi, longtemps, le soir, Edgardo se couvre-t-il les yeux pour réciter sa prière, mais voit bientôt apparaître en lui une foi nouvelle, fruit d’un difficile conflit intérieur, d’un cheminement spirituel plein de doutes, de questionnement et d’épaisse obscurité. Ce que suggèrent magnifiquement le cadre serré des images, le poids des architectures et des églises sombres, la lourde magnificence des habits et de la liturgie, mais aussi et surtout le picturalisme enténébré de la photographie du chef-opérateur Francesco di Giacomo, inspiré à la fois de la peinture réaliste et romantique de l’Italie du XIXe siècle et des oeuvres pré-impressionnistes italiennes et françaises, telle que celles d’Eugène Delacroix. »


« L'enlèvement » de Marco Bellocchio
Italie, France, Allemagne, 2023, 2 h 04 mn
Production : IBC Movie, Kavac Film, Rai Cinema, Ad Vitam Production, The Match Factory, BR, ARTE France Cinéma
Producteur : Beppe Caschetto, Simone Gattoni
Scénario : Marco Bellocchio, Susanna Nicchiarelli, d’après l’histoire vraie d’Edgardo Mortara 
Image : Francesco Di Giacomo
Montage : Francesca Calvelli, Stefano Mariotti
Musique : Fabio Massimo Capogrosso
Avec Paolo Pierobon (Pape Pie IX), Fausto Russo Alesi (Salomone Mortara), Barbara Ronchi (Marianna Mortara), Enea Sala (Edgardo Mortara enfant), Leonardo Maltese (Edgardo Mortara adulte), Filippo Timi (Cardinal Giacomo Antonelli)
Fabrizio Gifuni (Pier Gaetano Feletti)
Sur Arte les 10 mai 2026 à 21 h 00, 17 mai 2026 à 13 h 30, 30 mai 2026 à 13 h 30
Sur arte.tv du 08/05/2026 au 08/06/2026
Visuels : © Anna Camerlingo


Articles sur ce blog concernant :

mercredi 6 mai 2026

Les engagés volontaires Juifs étrangers dans les armées françaises durant les deux guerres mondiales

En 2014, dans le cadre du centenaire de la Première Guerre mondiale et du 70e anniversaire de la Libération de la France et de la victoire sur le nazisme, le Mémorial de la Shoah a « célébré l’histoire et la mémoire des engagés volontaires juifs étrangers, en restituant l'ampleur de leur contribution à l'histoire de la France et de l’Europe ». Une exposition-dossier très ashkénaze qui ignore les résistants Juifs en Grande-Bretagne ou en Afrique du Nord. A l'initiative de la Fédération des associations d'anciens combattants, engagés volontaires et résistants juifs dans l'Armée française (FAACVJAF), la cérémonie de la Flamme sous l'Arc de Triomphe aura lieu le 12 mai 2026 à 18 h 30. Présence souhaitée dès 18 h.

True Jews and Patriots: Australian Jews and World War One (Vrais Juifs et patriotes : Les Juifs australiens et la Première Guerre mondiale)
Ont lutté dans les armées françaises lors de la Première Guerre mondiale, plus de 36 000 combattants Juifs français sur 180 000 âmes juives de France et d’Algérie et à comparer à une population totale de 39 millions d’habitants

« Mon cher enfant, ton père va à la mort pour une grande idée (…) Dans une heure, nous marcherons pour la France, pour les Juifs. Vive la République, vive la libre, noble et démocratique France », écrit Léon Lévi-Litvack, cité dans « Le volontaire Juif », n° 5, mai 1931.

Costumes, photographies, fanions, affiches, journaux, dessins, cartes… Tous ces documents témoignent d’engagements courageux et de sentiments patriotiques lors des deux conflits mondiaux.

« Prise en étau entre les représentations de la débâcle de 1940 et le drame de la Shoah, la mémoire héroïque de l’engagement volontaire doit demeurer comme l’une des pages les plus belles de l’histoire de France et l’incarnation des valeurs de la République… Cette exposition se veut un hommage à tous les combattants morts pour la libération de la France, sans distinguer parmi les origines ou les confessions ». Pourquoi cette exposition a-t-elle largement occulté les Juifs d’Afrique du Nord ou engagés dans les Forces françaises libres ?

Pour la France
Dans le cadre du centenaire de la Première Guerre mondiale et du 70e anniversaire de la Libération de la France et de la victoire sur le nazisme, le Mémorial de la Shoah a « célébré l’histoire et la mémoire des engagés volontaires juifs étrangers, en restituant l'ampleur de leur contribution à l'histoire de la France et de l’Europe ». Une exposition-dossier très ashkénaze qui ignore les résistants Juifs en Grande-Bretagne ou en Afrique du Nord. 

« En cette année du centenaire de la Grande Guerre et du 70e anniversaire de la libération de la France, le Mémorial de la Shoah est fier de contribuer avec le ministère de la Défense à cet hommage nécessaire envers ces dizaines de milliers de combattants juifs étrangers qui laissèrent derrière eux famille et travail pour aller défendre, en 1914 comme en 1939, leur patrie d'adoption », écrit Eric de Rothschild, président du Mémorial de la Shoah.

Et de poursuivre : « Ils luttèrent pour la France, ils luttèrent contre l'antisémitisme, ils luttèrent aussi au nom de leur attachement viscéral aux valeurs républicaines, symbolisées par cette devise "Liberté, Egalité, Fraternité" née de la Révolution française dont le souvenir résonnait avec tant de force dans leur cœur et leur conscience. Des milliers devaient en payer le prix du sang. Cette page trop souvent méconnue de notre histoire vient une fois de plus battre en brèche le lieu malheureusement commun d'une prétendue passivité des Juifs. Non, les Juifs dans leur diversité furent de tous les combats. Carency en 1915 ou Marchélepot en 1940 figurent parmi les hauts faits d'armes des régiments étrangers. Le parcours des survivants ne s'arrête pas avec la défaite de 1940. Pris dans la tourmente de la Shoah qui ne les épargna pas, beaucoup poursuivirent une lutte acharnée contre le nazisme dans la Résistance ou les armées alliées. Le Mémorial de la Shoah fait de l'évocation et de l'hommage aux engagés volontaires une partie intégrante de ses missions. Les liens étroits que nous entretenons avec l'Union des engagés volontaires anciens combattants juifs  - leurs enfants et leurs amis (1939-1945) vont pleinement dans ce sens pour que demain, l'attachement à la France, le courage et le sacrifice de ces homes ne soient jamais oubliés ».

Durant les deux conflits mondiaux, les Juifs de France rejoignent massivement les armées françaises. En 2005, le MAHJ (Musée d'art et d'histoire du Judaïsme) avait présenté l'exposition passionnante Les Juifs dans la Grande Guerre, 1914-1918 (5675-5679).

Sur les 40 000 Juifs étrangers vivant en France, 8 500 s’engagent lors du déclenchement de la Première Guerre mondiale en 1914. Plus du tiers est tué lors des combats. Morts pour la France.

Lors de la Seconde Guerre mondiale, « un million et demi de soldats Juifs ont participé aux combats, dont 500 000 dans l’armée américaine et 500 000 dans l'Armée rouge, deux cent cinquante mille y ont perdu la vie, 36000 ont reçu des distinctions militaires de l’armée américaine, 160 000 ont été décorés dans l’Armée russe et 150 ont eu droit au prestigieux titre de Héros de l'Union soviétique  ». Ces statistiques sur « la participation des Juifs à l’effort de guerre, dans toutes les armées des forces alliées, tous les corps d’armées à tous les niveaux de la hiérarchie militaire », et sur tous les fronts, ont été communiquées lors d’un colloque international à l’université de Tel-Aviv en 2014.

En 1939, sur les 160 000 Juifs étrangers vivant en France, 25 000 s’engagent pour lutter contre le IIIe Reich. Des associations Juives jouent un rôle important dans cette mobilisation. Ces dizaines de milliers d'engagés volontaires Juifs étrangers sont « majoritairement affectés au sein de la Légion étrangère. Avec leurs camarades », ils défendent « leur patrie d’adoption, en métropole et sur l’ensemble des fronts », et contribuent « à lui rendre sa liberté, motivés par la préservation de l’idéal républicain et de ses valeurs ». Les « deux-tiers participent aux combats héroïques de Narvik, de la Somme, de l’Aisne ou encore des Ardennes ». Des milliers sont tués lors des combats.

L’exposition-dossier retrace le parcours de certains de ces engagés Juifs : Ilex Beller (1914-2005) né en Pologne, ancien des Brigades internationales, ouvrier fourreur et retraité peintre des shtetls, Léo Cohn (1913-1944), professeur d’hébreu né à Lubeck (Allemagne) qui meurt au camp d’Auschwitz, Samuel Danowski (1904-1982), né à Brest-Litovsk, médecin, soldat au 23 RMVE, puis résistant docteur dans des maquis de Corrèze (1943-1944), Joseph Epstein (1911-1944), communiste combattant auprès des républicains espagnols, engagé dans la Légion étrangère, fait prisonnier, évadé, responsable des Francs-tireurs et partisans français de la région parisienne, fusillé au Mont Valérien, Fred Samuel (1908-2006), né à Buenos Aires (Argentine), joaillier, sergent-chef fait prisonnier, évadé, résistant au sein des FFI puis soldat au sein de la 7e armée américaine, Haïm Albert Saul (1910-1979), né à Smyrne (Turquie).

Quid des Juifs d'Afrique du Nord ?

Lors de la Seconde Guerre mondiale, ces engagés volontaires Juifs « sont internés en Allemagne pour les uns – sur 1,6 million de prisonniers de guerre en Allemagne, 10 000 à 15 000 d’entre eux seraient Juifs, français ou étrangers ; leurs familles ne sont pas épargnées par les rafles et déportations -, démobilisés et persécutés en France pour les autres par le régime de Vichy. Leur sort n’est alors guère distinct de celui des Juifs de France pris dans la tourmente de la Shoah ».

En Afrique du nord, environ 2 000 engagés Juifs démobilisés sont affectés dans la trentaine de camps de travaux forcés pour construire, dans des conditions très difficiles, une ligne de chemin de fer parcourant le Sahara à l’initiative du gouvernement de Vichy en 1941, au Maroc et en Algérie. Ils sont progressivement libérés en 1943, après le débarquement des Alliés en Afrique du Nord en novembre 1942. Ils poursuivent le combat dans les rangs des armées française ou alliée.

L’exposition-dossier bénéficie du soutien de la Direction de la mémoire, du patrimoine et des archives du ministère de la Défense, avec la participation du Musée de la Légion étrangère, du Service historique de la Défense, de l’Union des engagés volontaires, anciens combattants juifs étrangers (1939-1945), leurs enfants et amis, de l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre, du Centre d’étude et de recherche sur les camps d’internement dans le Loiret – Musée-Mémorial des enfants du Vel’ d’Hiv’.

Georges Brandstatter
A noter la publication de Résistants Juifs 1940-1945, de Georges Brandstatter (Ed. Jourdan). "Témoignages de ceux qui dans la clandestinité résistèrent. On a tout appris sur la guerre, les batailles, les bombardements, l’ exode, les privations. Sur la résistance aussi, à Londres et dans les maquis. Sur les camps, les déportations, l’indicible horreur. Alors le regard s’est porté ailleurs, non plus sur les horreurs, les salauds ou les héros, mais sur les gens ordinaires, ceux et celles qui ont vécu cette période en restant eux-mêmes ou en le devenant. C’est ainsi que sont apparus sur la scène de l’histoire de nouveaux résistants, occasionnels parfois, modestes toujours, jusqu’alors demeurés dans l’ ombre. Le temps est donc venu où l’on peut voir en pleine lumière ces Justes qui ont aidé des Juifs et ces Juifs qui se sont battus autant et même proportionnellement plus que les autres, contrairement à ce que disent les idées reçues, qu’elles soient inspirées par la haine ou par la compassion. De même que les Français n’étaient ni tous des collaborateurs, ni tous des résistants, les Juifs n’ont pas tous été des victimes passives. C’est sans doute la principale leçon à retirer de ce livre. Un livre qui d’ailleurs ne donne pas de leçon et c’est ce qui en fait tout l’intérêt. Georges Brandstatter a patiemment recueilli, de 1998 à 2010, les témoignages oraux de personnes vivant en France, en Belgique et en Israël. Nées au début du siècle dernier, elles ont à ce jour plus ou moins quatre-vingts ans. Ce livre vient à son heure, à un moment où s’accélère le travail de mémoire, pour que personne ne soit oublié et pour que tous ceux qui ont quelque chose à dire puissent le faire. Le livre de Georges Brandstatter comble un vide. Car si la parole des résistants en général a été recueillie, celle des Juifs résistants et volontaires pour la création de l’Etat d’Israël ne l’était pas encore. Pour la première fois un aspect inconnu de la Shoah."

Le 4 octobre 2018, à 20 h, l'Institut d'Etudes du Judaïsme de l'Université libre de Bruxelles organisa, dans l'auditoire H1308, la conférence de Georges Brandstatter intitulée "Combattants Juifs dans les armées de Libération, 1939-1945". Le 19 juin 2019, à 19 h, la Maison de la culture Juive (MCJ/CCLJ), aura lieu la conférence de Georges Brandstatter "Les combattants Juifs dans les armées de libération à l'honneur (1939/1948)". "Né le 24/11/1939, Georges Brandstatter est diplômé de l'Academie des Beaux-Arts d'Anvers, il est un artiste peintre et  auteur. Plus 1.500.000 des nôtres ont combattu aux côté des alliés! Le témoignage de ces combattants juifs, démystifient le mythe du « Juif docile » que la propagande antisémite a répandu ! Certes, pris dans les pièges que les nazis nous ont tendus 6.000.000 de nos âmes ont disparu ! Pendant ce temps, nombreux sont ceux qui ne se sont pas laissé faire et nombreux sont ceux qui ont combattu sans relâche la peste noire.
Georges Brandstatter, lui-même réfugier et clandestin recueillera après la guerre les témoignages de nos valeureux combattants. En Belgique, en France, en Israël et en Afrique du Nord…
La réalité, c’est que nous nous sommes battus, sur tous les fronts et avec les armées alliées. Les documents, films et témoignages sont nombreux et sont répertoriés dans le merveilleux livre de Georges Brandstatter. Celui-ci sera régulièrement invité dans le monde entier pour présenter son travail."

Cérémonies
La Fédération des Anciens combattants engagés volontaires et résistants Juifs dans l'Armée française a organisé la cérémonie de la Flamme sous l'Arc de Triomphe (Paris) les 12 mai 2015 à 18 h 30 et 17 mai 2016, à 18 heures. Cette cérémonie s'est achevée par les hymnes nationaux français et israélien.

La cérémonie du souvenir en hommage aux combattants Juifs étrangers engagés volontaires (1939-1945) a eu lieu le 7 juin 2015 à 10 h 30 au cimetière parisien de Bagneux.

L'Union des Engagés Volontaires Anciens Combattants juifs 1939-1945 leurs Enfants et Amis (UEVACJEA) a présenté du 23 au 30 mai 2016, à la Mairie du XVe arrondissement de Paris, l'exposition Les Juifs étrangers ont défendu la France. Les Juifs étrangers engagés volontaires dans l'armée française 1914-1918 et 1939-1945Vernissage le 26 mai 2016 à 18 h 30.

En 1914, "sur une population de 40 000 juifs étrangers vivant sur le sol national, à l’aube de la première guerre mondiale, 8 500 hommes s’engagent dans l’armée française. Ils sont incorporés dans les Régiments de la Légion Étrangère et combattent sur un certain nombre de terrains d’opération en Artois, en Champagne, dans la Somme, en Argonne et à Verdun, 3 600 d’entre eux ont donné leur vie pour la défense de leur patrie d’adoption, « LA FRANCE ».

L'UEVACJEA a organisé le 5 juin 2016 à 10 h 30, au cimetière  Parisien de Bagneux, la cérémonie du souvenir en hommage aux Combattants Juifs Étrangers Engagés Volontaires Morts pour la France (Guerre 1939-1945). Elle se réunira "devant le monument aux morts (près de l’entrée principale du cimetière) sous lequel, reposent 66 soldats ramenés de tous les champs de bataille choisis symboliquement  parmi des milliers d’autres. En 1939, 160 000 juifs étrangers vivent en France. Dès la déclaration de la guerre le 3 septembre 1939, 25 000 s’engagent contre l’Allemagne nazie, ce qui représente la quasi-totalité des hommes en âge de porter les armes. Incorporés dans les 11e et 12e Régiments étrangers d’infanterie, 13e Demi-brigade de la Légion étrangère, 97e groupe de reconnaissance de division d’infanterie et dans les 21e, 22e, 23e Régiments de marche de volontaires étrangers. Ils participent aux combats de Narvik (Norvège), de la Somme, de l’Aisne ou encore des Ardennes. Pourtant rien ne les prédestinait à tenir un fusil, ils le firent cependant avec bravoure. Des milliers d’entre eux moururent tandis que de nombreux autres, épuisés ou blessés, partirent pour l’Allemagne dans les stalags. Ceux qui évitèrent la captivité et restèrent en France, furent impitoyablement persécutés : ils furent d’abord dépouillés systématiquement de leurs biens avant d’être internés dans des camps de concentration et d’extermination. Les rescapés de cette féroce répression rejoignirent les rangs de la Résistance intérieure ou de la France Libre. Ils combattirent aussi bien en Afrique du Nord qu’en Italie ou en France, lors des débarquements de Normandie et de Provence. Loin de l’idée selon laquelle les Juifs étrangers auraient été des victimes passives ayant accepté leur sort avec fatalité, leur engagement volontaire prouve au contraire leur rôle actif dans le combat contre le nazisme et pour la libération de la France".

Léon Masliah, Président de la Fédération des Associations d’Anciens Combattants, Engagés Volontaires et Résistants Juifs dans l’Armée Française, "vous prie de bien vouloir honorer de votre présence la Cérémonie de la Flamme sous l’Arc de Triomphe, le 9 mai 2018 à 18 h 30. Accueil des personnalités à 18 h 15 sous l’Arc de Triomphe. Formation du Cortège des Drapeaux à 18 h (Angle Champs Elysées – Place de l’Etoile).

Le 19 juin 2019, à 19 h, la Maison de la culture Juive (MCJ/CCLJ), a eu lieu la conférence de Georges Brandstatter "Les combattants Juifs dans les armées de libération à l'honneur (1939/1948)". 

Le 29 juillet 2020, dans le cadre d'hommages aux soldats tombés lors de la bataille de Verdun de 1916, Gérald Darmanin, ministre de l'Intérieur, Geneviève Darrieussecq, ministre déléguée à la Mémoire et aux Anciens combattants, et Mohammed Massaoui, président du Conseil français du culte musulman (CFCM), se sont rendus au Mémorial des combattants musulmans. Les ministres ont rendu hommage aux musulmans morts pour la France.

Puis les ministres et officiels se sont recueillis à la nécropole nationale de Douaumont. Dans cette nécropole localisée à la limite des communes de Douaumont-Vaux et Fleury-devant-Douaumont, à quelques kilomètres de Verdun, reposent 16.142 soldats. 

"Le 25 juin 2006, Jacques Chirac, alors Président de la République, était venu présider les cérémonies du 90e anniversaire de la Bataille de Verdun. Il avait inauguré le monument aux musulmans morts pour la France. Cet édifice de 100 m², construit non loin de la chapelle catholique et du Mémorial israélite, rend hommage aux 70 000 combattants musulmans morts pour la France. Il côtoie 592 tombes de soldats algériens, marocains et tunisiens, couvertes de roses rouges et orientées vers La Mecque". 

Ont lutté lors de la Première Guerre mondiale, 35 000 à 38 000 combattants Juifs français sur 180 000 âmes juives de France et d’Algérie ; à comparer à une population totale de 39 à 41 millions d’habitants. De 4 650 à 6 800 d’entre eux ont été tués durant les combats. Originaires des empires russe et ottoman, 8 500 Juifs étrangers s’engagent dans l’Armée française, mus aussi par cette volonté de prouver leur reconnaissance à l’égard du « pays des droits de l’homme ».

A l'initiative de la Fédération des associations d'anciens combattants, engagés volontaires et résistants juifs dans l'Armée française, la cérémonie de la Flamme sous l'Arc de Triomphe aura lieu le 12 mai 2022 à 18 h 30.

A l'initiative de la Fédération des associations d'anciens combattants, engagés volontaires et résistants juifs dans l'Armée française (FAACVJAF), en présence d'un rabbin de l'Aumônerie israélite des armées, la cérémonie de la Flamme sous l'Arc de Triomphe aura lieu le 12 mai 2026 à 18 h 30. Seront représentés le Comité d'entente des associations d'anciens combattants (CEAAC) - Section de Gonesse et l'école primaire Vigée Lebrun (75015 PARIS). Présence souhaitée dès 18 h.


Du 5 novembre 2014 au 8 mars 2015
Niveau crypte, entresol et salle de lecture
17, rue Geoffroy–l’Asnier. 75004 Paris 
Tél. : 01 42 77 44 72 
Tous les jours sauf le samedi, de 10 h à 18 h, et le jeudi jusqu’à 22 h

Visuel :
Groupe d’engagés volontaires du 21e RMVE dans une baraque du camp d’instruction militaire du Barcarès (Pyrénées-orientales). France, 1939-1940. 
© Mémorial de la Shoah / UEVACJ-EA.

Les citations proviennent du communiqué de presse et de l'exposition. Cet article a été publié les 3 mars, 12 mai et 11 novembre 2015, 26 mai 2016, 8 mai et 30 septembre 2018, 18 juin 2019, 2 août 2020, 12 mai 2022.

mardi 5 mai 2026

Les Noirs sous le IIIe Reich

Depuis quelques décennies, des historiens, chercheurs ou essayistes se sont intéressés à l'Allemagne nazie face aux Noirs* : habitants de son ancien empire colonial en Afrique, soldats noirs de l'Armée française, métis,  artiste, etc. Il en ressort que des persécutions n'ont jamais fait partie d'un projet d'extermination, que des déportés Noirs étaient souvent des opposants, etc. 
Arte diffusera le 5 mai 2026 à 22 h 40 « Les Noirs au temps des nazis  - Des victimes oubliées » de Stefanie Daubek et Jermain Raffington.

« Descendants de nazis. L’héritage infernal » de Marie-Pierre Raimbault et Michael Grynszpan 

Sous le IIIe Reich, les Noirs* avaient plusieurs origines et statuts : ils avaient un lien avec l'ancien empire colonial allemand en Afrique avant la Première Guerre mondiale, étaient des métis nés de soldats français des troupes coloniales pendant l'occupation de la Rhénanie, des soldats de l'Armée française, des Afro-Américains capturés pendant la Deuxième Guerre mondiale...

Des lois racistes édictées à Nuremberg ont visé la majorité des Noirs vivant en Allemagne - passeport et certains droits refusés -, mais, contrairement aux juifs, ces personnes ont vécu normalement en étant discrets. 

Né au Cameroun, scolarisé dans son enfance dans une école allemande à Douala, Louis Brody (1892-1952) semble être arrivé en Allemagne entre 1907 et 1914. Il était un acteur populaire, musicien, danseur, lutteur et militant d'origine camerounaise. Débutée dans les années 1910, sa carrière cinématographique se poursuivit, du cinéma muet au cinéma parlant, sous la République de Weimar puis sous le régime nazi - son nom figurait sur une liste de comédiens « approuvés » par la Reichfilmkammer -, enfin, après 1945, en Allemagne de l'Ouest - ile ne semble pas avoir été inquiété lors de la dénazification. Parallèlement à "sa carrière d'acteur, notamment avec la DEFA. Parallèlement, il gagnait sa vie comme artiste de cirque et musicien de jazz".

"En 1915, Louis Brody décroche son premier rôle dans le film policier de Joe May, « Das Gesetz der Mine » (La Loi des mines), inaugurant ainsi une carrière artistique remarquable et prolifique, au cours de laquelle il participe à plus de 80 films. Acteur très recherché dès la fin des années 1910, Brody est cantonné, sous la République de Weimar, à des rôles d'exotisé, de démoniaque ou de raciste. D'abord ignoré au générique, il voit progressivement ses rôles gagner en importance". Il "a cofondé l'Organisation d'aide à l'Afrique (1918) à Hambourg. En tant que porte-parole, il a dénoncé la discrimination raciale ainsi que la violence et les mauvais traitements infligés aux Noirs." Un "moment fort de sa carrière fut sa revue « Lever de soleil en Orient », créée en décembre 1930 aux salles de festival Kliem, dans le quartier Hasenheide de Neukölln. Ce spectacle examinait de manière critique le colonialisme européen sur le continent africain et les représentations stéréotypées des Noirs."
Louis Brody "tourna en particulier sous la direction de Fritz Lang et Robert Wiene, notamment dans Calais-Douvres de Jean Boyer et Anatole Litvak (1931) avec Lilian Harvey, André Gabriello et Sinoël. Il a obtenu la nationalité française. Il a aussi joué au moins 23 films (1933-1945), parfois véhiculant la propagande nazie dont Le Juif Süss, oeuvre antisémite réalisée par Veit Harlan (1940). Le "cinéma nazi l'a contraint à interpréter des rôles dépeignant une Afrique colonisée, domestiquée et simpliste, destinée à souligner la supériorité nazie". En 2024, une plaque commémorative en porcelaine en hommage à Louis Brody a été inaugurée, en présence de ses petits-enfants, dont son petit-fils Roy Adomako, à l'adresse où avait vécu cet artiste : Kurfürstenstraße 40, 10785 Berlin-Tiergartena.

En 1937, le régime nazi a promulgué une loi instituant la stérilisation forcée des métis allemands : la moitié de ceux-ci sont effectivement stérilisés. 

En 2005, les Éditions Serpent à plumes ont publié "Noirs dans les camps nazis", réédité en 2016 par les éditions du Rocher et signé par Sergé Bilé. Journaliste à France Télévisions, Serge Bilé est l'auteur d'une dizaine d'ouvrages, parmi lesquels des essais à succès tels La légende du sexe surdimensionné des Noirs, Et si Dieu n'aimait pas les Noirs : enquête sur le racisme au Vatican, Quand les Noirs avaient des esclaves blancs, et Poilus nègres. Soldats créoles et africains en 14-18."
"Serge Bilé dévoile dans ce livre un aspect totalement méconnu de la Seconde Guerre mondiale : la déportation des Noirs dans les camps de concentration et d'extermination de l'Allemagne hitlérienne. Africains, Antillais, Américains ont eux aussi été pris dans la tourmente, arrêtés et envoyés dans ces camps où ils étaient sujets à toutes les humiliations… Outre les témoignages hallucinants collectés auprès des survivants ou de leurs compagnons d'infortune, ce livre révèle des faits méconnus : savait-on que les fameuses lois de Nuremberg concernaient également les Noirs installés à l'époque dans le pays ? Ces Afro-Allemands, stérilisés de force, formèrent d'ailleurs les premiers contingents de déportés expédiés par Hitler dans les camps, bien avant la guerre. Savait-on que ces camps de concentration n'étaient pas l'oeuvre des nazis, mais que les premiers avaient été construits dès 1904, en Namibie, pour éliminer le peuple herero opposé à la colonisation allemande et aux armées du chancelier Bismarck ? Autant de pages d'histoire inédites où l'on apprend aussi, au fil des chapitres, les faits d'armes de ceux qui deviendront par la suite les grands leaders de la cause noire : Nelson Mandela, Martin Luther King, Léopold Sédar Senghor ou encore Aimé Césaire."

Le 19 mars 2005, Le Monde a publié la tribune "Les nazis n'ont pas déporté les Noirs" signée par Joël Kotek, professeur de sciences politiques à l'Université libre de Bruxelles, Tal Bruttman, historien, et Odile Morisseau, professeure d'histoire et géographie au lycée Henri IV :
"Etonnant ouvrage que Noirs dans les camps nazis. Dans la déferlante qui a accompagné les commémorations, celui-ci se détache singulièrement par le large écho qu'il a reçu. Or, dépourvu d'introduction et de conclusion, on ignore à la fois quel est le point de départ de l'auteur et les leçons de ses recherches. Il faudrait donc s'en référer au titre pour en connaître l'objet. Mais des Noirs dans les camps nazis, il n'est que peu question. Moins du tiers de l'ouvrage aborde cette question ; la majeure partie est consacrée à tout autre chose (génocide des Hereros, crimes coloniaux, violence nazie). Et parmi les points portants sur les camps, peu de chose, en fait. (...)
La méthode est bien peu historienne, et l'ensemble bâti sur ce modèle : des faits parfois sans rapport, accolés et largement délayés, un tissu d'anecdotes, voire de rumeurs, glanées ici et là, sans souci scientifique : pas la moindre statistique ni référence d'archives. Tout est au premier degré, à la première personne, à l'esbroufe. L'auteur, Serge Bilé, préfère assener des faits trop spectaculaires, extraordinaires. Le problème est qu'ils se révèlent le plus souvent faux ou approximatifs.
En témoigne l'improbable chapitre sur le génocide des Hereros,que nous connaissons bien. Contrairement à ce qu'il affirme, l'expression "camp de concentration" n'a pas été créée dans la colonie allemande sud-africaine (l'actuelle Namibie), mais six ans plus tôt, à Cuba (1896). Lors du génocide des Hereros, Heinrich Goering n'était plus gouverneur de la colonie depuis quatorze ans. Ils ne furent pas tatoués, mais bien obligés de porter autour du cou un collier immatriculé. On pourrait multiplier les exemples d'erreurs, comme la confusion entre Rudolf Hess, second d'Hitler, et Rudolf Hœss, commandant d'Auschwitz.
Le génocide herero ne méritait pas ces exagérations. La réalité suffit amplement : il fut bien le premier génocide du siècle. C'est en Namibie qu'on créa les premiers camps de travaux forcés, là que furent effectuées les premières "études" raciales sur les bâtards et les jumeaux. Eh oui, les Noirs furent persécutés dans le Grand Reich. Oui, ils furent victimes de la violence nazie. A elle seule, la politique nazie de stérilisation forcée mériterait un ouvrage. Mais, s'agissant de la thèse principale du livre, l'historien se doit de l'infirmer complètement. Les Noirs ne furent pas déportés en raison de leur couleur dans les camps nazis, ni même l'objet d'une attention particulière des nazis. Les lois de Nuremberg ne s'adressent qu'aux juifs.
S'il en fallait une seule preuve, il suffit de rappeler que les nazis ne leur consacrèrent pas un triangle de couleur, contrairement aux juifs (jaune), tziganes (brun), droits communs (vert), "asociaux" (noir), témoins de Jéhovah (violet), homosexuels (rose) ou résistants (rouge). Ils ne procédèrent à aucune rafle ni déportation de populations noires des territoires occupés.
Il y eut bien des Noirs dans les camps nazis, mais arrêtés pour diverses raisons : résistants, victimes de représailles ou même... juifs. Mais le IIIe Reich n'a pas eu de plan de déportation des Noirs d'Europe. Rappelons que l'écrasante majorité des juifs fut exterminée hors des camps de concentration : près de 1,3 million tombèrent sous les balles des Einsatz-gruppen, 2,7 millions dans les chambres à gaz des quatre centres d'extermination installés en Pologne (comme Treblinka) et des deux camps mixtes (extermination et concentration) de Birkenau (Auschwitz) et Majdanek. Seuls les Tziganes partagèrent en partie ce sort.
Cette spécificité du destin des juifs explique l'extraordinaire accueil réservé au livre de Bilé. En mettant l'accent sur les Noirs dans les camps, a-t-on cru trouver l'occasion d'en terminer enfin avec l'insupportable face-à-face judéo-européen ? Et notre propos s'inscrirait-il dans ce que certains appellent ¬ à tort ¬ la "concurrence des victimes", au détriment des Noirs ? Certes non. Mais que dire, sinon qu'une belle occasion a été gâchée ?
La "question noire", à l'instar de la question dite "juive", hante, à juste titre, les consciences européennes. C'est en Afrique qu'eurent lieu le premier et le dernier génocide du XXe siècle (Namibie 1904, Rwanda 1994). D'Afrique que partirent, dans le cadre des traites "orientales" et atlantique, près de 32 millions d'humains pour ne plus revenir. En France, l'évocation de ces persécutions reste encore très faible. Mais pourquoi s'en référer à l'horreur nazie pour que les victimes noires trouvent enfin leur place dans le champ médiatique ? Cinq siècles de persécutions suffisent, nul besoin d'exagérer une histoire aussi tragique."
En 2010, Cambridge University Press a publié Hitler's African Victims: The German Army Massacres of Black French Soldiers in 1940. "Au cours de sa campagne contre la France en 1940, l’armée allemande a massacré plusieurs milliers de prisonniers de guerre noirs appartenant à des unités recrutées dans les colonies françaises d’Afrique de l’Ouest. Cet ouvrage, publié pour la première fois en 2006, documente ces crimes de guerre à partir de recherches approfondies menées dans les archives françaises et allemandes. Une vaste offensive de propagande nazie, approuvée par Hitler et ravivant les images traditionnelles des soldats noirs présentés comme des sauvages mutilateurs, a constitué la toile de fond de ces massacres. L'ouvrage montre toutefois que le traitement réservé aux prisonniers de guerre français noirs était très inégal et que les exactions étaient souvent déclenchées par certaines situations de combat. Il relie les massacres de soldats français noirs aux débats sur la nazification de l'armée allemande pendant la Seconde Guerre mondiale et les replace dans le contexte du traitement réservé aux « combattants illégitimes » non blancs lors des guerres coloniales."

Directeur de l’Office national des combattants et des victimes de guerre (ONACVG) pour le département de la Loire, auteur d’un premier ouvrage couvrant la période de la Deuxième Guerre mondiale, Les Tirailleurs sénégalais – Les soldats noirs entre légende et réalité – 1939-1945 (Taillandier, 2012), Julien Fargettas a ensuite orienté ses recherches sur le temps de la décolonisation, ce qui a donné lieu à une nouvelle publication : La fin de la « Force Noire » – Les soldats africains et la décolonisation française (Les Indes Savantes, 2019).

En 2020, les éditions du Poutan ont publié "Juin 1940 – Combats et massacres en Lyonnais" de Julien Fargettas et Baptiste Garin. "Juin 1940. Le 10, sur la Somme et l’Aisne, les dernières lignes de défense française ont cédé, le gouvernement a fui Paris et, le 17, Pétain a demandé à l’armée de cesser le combat… Les 19 et 20 juin pourtant, le 25e régiment de tirailleurs sénégalais reçoit l’ordre de « résister sans esprit de recul même débordé » pour tenter d’endiguer le déferlement des troupes allemandes sur les nationales 6 et 7, au nord de Lyon."

"Quatre-vingts ans plus tard, l’historien Julien Fargettas, ancien officier de l’armée de terre, spécialiste des soldats noirs auxquels il a notamment consacré sa thèse de doctorat, revient pour nous sur les combats de Chasselay, objets de ses premières recherches. Avec rigueur et clarté, il nous donne les éléments permettant de comprendre le pourquoi de cet engagement et de ces décennies de présence africaine en Lyonnais. Non sans émotion, il nous fait ensuite le récit des combats et des terribles massacres qui s’ensuivirent. Il s’interroge enfin sur les mémoires de cette tragédie et les manques du légitime hommage qui doit être rendu à ces hommes.

Baptiste Garin avait découvert en 2019 huit photographies allemandes qui documentent chacune des étapes de ce crime de guerre. Ces soldats sénégalais sont arrêtés par l'armée allemande qui les conduit vers un lieu où ils sont tous tués.
 
Aucun Noir n'a été déporté en raison de la couleur de sa peau. Les motifs de déportation de Noirs : leur appartenance au Parti communiste, la commission d'actes de résistance et d'espionnage. Les Noirs dans divers camps de concentration (et non d'extermination), tel celui à Buchenwald, ont subi des humiliations liées à leur couleur de peau.

« Les Noirs au temps des nazis » 
Arte diffusera le 5 mai 2026 à 22 h 40 « Les Noirs au temps des nazis  - Des victimes oubliées » de Stefanie Daubek et Jermain Raffington.

« Retour sur le destin de Lionel Romney, marin afro-caribéen déporté au camp de Mauthausen, en Autriche. Une enquête familiale fouillée, qui raconte les doubles persécutions subies par les prisonniers de guerre noirs, persécutés par les SS et discriminés par d'autres détenus. angle mort de l’histoire européenne. »

« Né en 1912 en République dominicaine dans une famille afro-caribéenne, Lionel Romney s’engage à l’âge de vingt-deux ans dans la marine marchande, porté par un désir de découvrir le monde. En 1940, son navire est pris dans les combats de la Seconde Guerre mondiale et finit par sombrer. Rescapé du naufrage, Lionel est fait prisonnier en Italie, où il restera plusieurs années avant d’être déporté en 1944 au camp de concentration de Mauthausen, en Autriche. Il y survit pendant onze mois, jusqu’à la libération du camp par les troupes américaines en mai 1945. Après la guerre, il reconstruit sa vie en gardant longtemps le silence sur cette expérience, dont l’ampleur ne sera révélée que plusieurs décennies plus tard. »

« Nourri de témoignages et de reconstitutions historiques, ce documentaire retrace le parcours de Lionel Romney, mort en 2004, en s’appuyant sur les entretiens qu’il avait accordés à sa fille Mary et qui ont peu à peu permis de reconstituer le fil de son itinéraire, des Caraïbes à l’Autriche, en passant par l’Italie. »

« Au-delà d’un destin singulier, le documentaire met en lumière une réalité longtemps occultée par l’historiographie : celle des Noirs dans les camps nazis, persécutés par les SS, mais également confrontés à des formes de discrimination de la part de certains autres détenus. »

« En donnant voix à ces vécus longtemps tus, à l’intersection de l’idéologie nazie et des héritages coloniaux, les réalisateurs Stefanie Daubek et Jermain Raffington révèlent un pan encore méconnu de l’histoire européenne et interrogent la place de ces mémoires dans le récit collectif. »


* J'ai repris la terminologie d'Arte.

Julien Fargettas, "Juin 1940 – Combats et massacres en Lyonnais"Editions du Poutan. 250 pages, format 16,5 x 23 cm. 21,00 € – ISBN 978-2-37553-075-7

« Les Noirs au temps des nazis » de Stefanie Daubek et Jermain Raffington
Allemagne, Autriche, 2025, 43mn
Coproduction : BR/ARTE, Dots & Circles, ORF
Sur Arte les 5 mai 2026 à 22 h 40, 12 mai 2026 à 3 h 30
Sur arte.tv du 28/04/2026 au 26/04/2028
Visuels : © Stefanie Daubek