Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

jeudi 26 mars 2026

« L’hygiène au Moyen-âge »

La Tour Jean Sans Peur présente l’exposition « L’hygiène au Moyen-âge ». Une exposition pour le 25e anniversaire de l’ouverture au public de ce monument parisien qui rétablit la vérité sur un Moyen-âge soucieux d'hygiène dans les cadres urbain - latrines, bains publics -, personnel - savon, épouillage -, dans les logements - nettoyage du foyer -, politique et spirituel, de la noblesse aux plus pauvres

L’histoire sous les pieds. 3000 ans de chaussures 

Située près du métro Etienne Marcel à Paris, la tour Jean sans Peur est une propriété de la Ville de Paris gérée par l’association des amis de la tour Jean sans Peur. Pour les 25 ans de son ouverture au public, la tour Jean sans Peur propose l’exposition « L’hygiène au Moyen-âge » accompagnée d'une riche programmation » : conférences, visites guidées, balades, concerts.

« Contrairement aux idées reçues" remontant souvent à la Renaissance et au XIXe siècle - dans La Sorcière (1862), l’historien Jules Michelet fustigeait un  Moyen-âge obscur : « La guerre que le Moyen Âge déclara et à la chair, et à la propreté, devait porter son fruit. Plus d’un saint est vanté pour ne s’être jamais lavé même les mains. Et combien moins le reste ! ».- et popularisées dans le personnage de Jacquouille la Fripouille du film « Les Visiteurs », "les hommes et femmes du Moyen Âge se souciaient de la propreté de leur personne et de celle de leur intérieur domestique. » Et ils avaient hérité des thermes romains... Dans les années 1960, des fouilles archéologiques ont mis à jour des accessoires d’hygiène, des bains publics attestant du souci d'hygiène au Moyen-âge, dans la vie sociale, politique - avant le sacre royal - religieuse et personnelle.

« À travers six thèmes (approvisionnement en eau, gestion des déchets, propreté corporelle, bains, latrines et médecine hygiéniste), cette exposition tente de mettre fin aux nombreux préjugés qui entourent cet aspect de la vie quotidienne médiévale. »

La commissaire d'exposition est Danièle Alexandre-Bidon, historienne (EHESS), ingénieure d'études au Centre de Recherches Historiques de l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, spécialiste de la vie quotidienne au Moyen Âge.

« Le chevalier devait se purifier, se baigner avant d’être adoubé, le prêtre devait se laver les mains avant de servir la messe, [tout comme] le chirurgien avant de pratiquer une opération chirurgicale. Les chirurgiens se lavaient les mains pour honorer Dieu, parce qu'ils travaillaient en son nom... Les deux concepts [propreté et pureté] étaient vraiment synonymes et équivalents. Aujourd’hui, on parle encore d'une eau pure, pour dire qu'elle est potable, propre », a expliqué Danièle Alexandre-Bidon.

Et cette historienne médiéviste de préciser : « Tout le monde n’avait pas les mêmes capacités à disposer de lieux d’hygiène chez soi. Dans les châteaux, il y avait des latrines, des bains, des thermes, des petites piscines, etc. [Les plus modestes pouvaient se faire] un bain dans un cuveau à lessive. Dès le XIIIe siècle, tous les grands quartiers [urbains possédaient] leur bain public et il était signe de bonnes mœurs et de bonne sociabilité d’aller s’y baigner, ce que l’on faisait une fois par semaine... Le bain était le traitement favori des médecins dès qu’on avait la moindre maladie... Les bébés étaient lavés à chaque fois qu’on les allaitait, c’est-à-dire plusieurs fois par jour... Les cheveux [des adultes] étaient ainsi lavés une fois par semaine... Pour se savonner, les paysans n’achetaient pas de pains de savon, contrairement aux nobles, mais cueillaient des plantes saponaires au bord des rivières ».

Le Dr. Moïse Ginsburger a écrit dans "Médecine et Hygiène des Juifs en Alsace-Lorraine" (Extrait des Cahiers de la Société pour l’Histoire des Israélites d’Alsace et de Lorraine (Guebwiller 1911, Traduit de l’allemand et annoté par Colette Strauss-Hiva) : 
"Quels que soient les pays et les époques, nous autres, Juifs, n’avons cessé d’accorder grande importance à la préservation de la santé et du bien-être physique. Tous nos textes écrits sont pénétrés de l’idée que seul un corps sain est à même d’héberger un esprit sain. La Bible elle-même contient déjà des prescriptions totalement conformes aux principes de l’hygiène moderne, et le Talmud témoigne d’une parfaite familiarité avec l’anatomie, la physiologie, la pathologie et la chirurgie. L’attention constante apportée aux connaissances en matière de médecine ainsi que le respect des enseignements tirés d’un tel savoir ont entrainé jusqu’au moyen-âge et dans la plupart des pays une élévation très sensible du niveau de santé des populations juives comparé à celui de leurs contemporains. Il faut y voir la preuve qu’en dépit des limites imposées par les lois et autres dispositions, et y compris durant les époques d’extrêmes contraintes, rois et papes, villes et princes n’ont cessé de solliciter les médecins juifs et de les tenir en haute estime.
L’Alsace n’y fait pas exception. Ainsi, le 7 décembre 1384, le magistrat de Strasbourg décide d’employer pendant six ans le médecin juif Meister Gutleben, en lui accordant ainsi qu’à ses enfants et à son personnel domestique le droit de résider gratuitement à l’intérieur de la ville, afin de lui permettre d’employer son expertise au bénéfice des citadins. En reconnaissance de ses six années de services il reçut à certaines dates une somme de 300 Florins.
Il est quasiment certain que ce dénommé Gutleben est apparenté avec le médecin juif homonyme employé par la municipalité de Bâle comme médecin local à la même époque et peu ou prou dans les mêmes conditions...
Des traditions sont évoquées dans plusieurs passages de la et du Talmud. Il y a d’abord celles qui promeuvent l’intérêt collectif, la communauté, la préservation de l’air et de l’eau, l’hygiène relative aux écoles et autres bâtiments publics et en particulier l’inspection sanitaire de la viande ainsi que toutes les prescriptions qui lui sont associées, lesquelles constituent aujourd’hui encore le fleuron de nos institutions sanitaires. Parallèlement, le souci de l’hygiène s’exprime aussi dans des réglementations destinées à quelques personnes chargées individuellement de les mettre en pratique. Plusieurs faits cités dans certaines sources historiques méritent qu’on s’y attarde...
Hormis le vêtement, c’est surtout au niveau de l’habitat que l’hygiène joue un rôle déterminant. Là encore, les Juifs d’Alsace et de Lorraine se différencient peu de leurs coreligionnaires d’autres pays. En zone urbaine, les Juifs habitent des immeubles particuliers situés dans des quartiers spécifiquement juifs. Cet isolement géographique tient d’abord au fait que généralement, dans les villes médiévales, la population se regroupait dans certaines rues sur la base de données professionnelles, sociales ou commerciales. En outre, les Juifs constituaient une communauté spécifique, centrée sur la localisation de la synagogue, à quoi s’ajoute enfin le souhait des autorités de les cantonner à un espace délimité pour éviter l’excès de contacts avec les résidents chrétiens. (Stobbe, Die Juden in Deutschland, p. 176)".
Dans le judaïsme, le mikvé (mikvaot au pluriel) est un bain rituel, et ne vise pas à assurer la propreté de celui ou celle qui s'y rend, déjà propres. L’eau pure provient de l'eau de pluie ou de glace pure ayant fondue. La femme juive, avant son mariage religieux, après ses règles (nida) ou après avoir accouché, se rend au mikvé et s'y immerge à trois reprises. C'est une purification spirituelle. La toilette précède l'immersion dans le mikvé.

L'hygiène publique
« Au Moyen Âge, les rois prennent des mesures visant à endiguer la malpropreté urbaine. Au XIIIe siècle, Philippe Auguste fait paver les grands axes de la Capitale. Au siècle suivant, les parisiens sont soumis à une taxe pour l’enlèvement des ordures. Le roi Charles VI (1380-1422) fait également promulguer une ordonnance afin que les immondices ne soient pas jetés dans les cours d’eau et que les métiers polluants s’implantent en aval des cités. »

« Malgré toutes ces ordonnances, les rues médiévales restent mal entretenues. En témoignent leurs noms : rue Sale, rue Foireuse, rue du Merderon... »

« Particuliers et professionnels continuent de déverser leurs déchets à même la rue : on trouve en pleine ville des soues à cochon, des poulaillers, des étables et des écuries dont les rigoles pissoires déversent leur contenu sur la voirie. Les bouchers répandent le sang et les viscères des animaux, les barbiers le reste des saignées et des cheveux de leurs clients... »

« Le manque de fontaines publiques n’aide pas à améliorer la situation : pour 200 000 habitants, Paris ne possède que six fontaines ! »

« Enfin, les latrines construites au-dessus des ponts ou bien au-dessus des ruelles augment encore la pollution. »

« Il faut attendre le XVe siècle pour que des réponses fortes soient apportées à la pollution ambiante (généralisation du pavage des rues, multiplication des égouts, paveurs et éboueurs se constituant en métiers). »

L'hygiène domestique
« Contrairement à l’extérieur, l’intérieur des maisons fait l’objet d’un entretien régulier. Les sols sont balayés et lavés. Dans les demeures bourgeoises, sont jetées des jonchées (des herbes fraîches coupées mêlées à des fleurs). »

« Les objets sont rangés dans des placards muraux ou bien accrochés sur des barres en bois qui peuvent servir également à suspendre les vêtements. »

« Le peu de mobilier et les tables sur tréteaux, rangées contre les murs, rendent plus aisé le nettoyage de la maison. »

« Parallèlement, des solutions sont apportées pour se débarrasser des insectes qui pullulent. Ainsi, pour piéger les puces, on n’hésite pas à placer sur les lits des peaux de moutons ou des draps rêches et blancs. »

« En ville, toutes les maisons ne possèdent pas de latrines. Elles sont parfois construites sur un passage en hauteur reliant les deux maisons. »

« Les habitants qui n’ont pas la chance d’avoir de latrines privées peuvent également se rendre aux latrines publiques, au-dessus des ponts. »

« Dans les milieux aisés, les latrines sont construites soit en encorbellement sur la demeure (installées dans des édicules accrochés sur la façade) ou bien intégrées à l’intérieur des murs, les déchets étant évacués dans une fosse à latrines, comme c'est le cas à la tour Jean sans Peur. »

L'hygiène personnelle 
« Dans les domaines de la médecine ou bien des soins de beauté, de nombreux traités recommandent l’usage du bain. Offrir un bain est également un gage de civilité. »

« Dans certains métiers, se laver les mains est une obligation pour des raisons rituelles : le chirurgien doit se laver les mains avant d’opérer comme le prêtre avant de dire la messe. »

« Si les bourgeois se font apporter leur baignoire dans leur chambre, les habitants moins aisés n’hésitent pas à se baigner soit dans les rivières, dans les fossés de la ville ou même dans leur cuveau à lessive. »

« En ville, existent des bains publics ayant d’autres fonctions que celles de se laver simplement le corps : bains curatifs ou bien bains de plaisir appelés au dès le Moyen Âge bordels. »

« La peur de l’eau, rentrant dans la peau et vectrice d’épidémies, n’est pas encore à l’ordre du jour. »

« Pour la toilette, les accessoires sont nombreux : rasoirs, miroirs, cures-oreille, cures-dent, shampoings et même dentifrice exaltant la blancheur des dents (pilules ou pâtes dentifrices à base d’os de seiche broyé ou de corail blanc pilé mélangé à des herbes tels que l’oseille ou la menthe pour donner une bonne haleine). »

« Chez l’apothicaire ou le mercier, le citadin peut acheter du savon, en pâte molle ou en pain, frappé d’une croix. »

« Parmi les actes quotidiens liés à l'hygiène, outre la toilette, il faut citer notamment l’épouillage avec un peigne aux dents serrées ou bien son traitement par des lotions capillaires. »

« Les femmes aristocrates, quant à elles, se doivent d’avoir la peau blanche. Elles y parviennent à l’aide de poudre de nombril marin, un petit coquillage blanc, ou de céruse de plomb, dont l’excès opère à terme des ravages sur la peau. »

« Elles s’épilent également le haut du front ainsi que tout le corps, pratique observée également chez les hommes, suivant une habitude venue d'Orient. »

« Ainsi, l’hygiène corporelle fait l’objet de préceptes nombreux dans les traités de médecine et les livres de bonne manière et cela dès les XIIe siècle et XIIIe siècles. Jamais peut-être avant le XXe siècle, le souci de propreté personnelle n’aura été aussi fort qu’à la période médiévale lorsque chacun pensait que sa santé en dépendait. »

BIBLIOGRAPHIE

Alexandre-Bidon Danielle, Dans l'atelier de l'apothicaire : histoire et archéologie des pots de pharmacie (XIIIe – XVIe siècle), Paris, Picard, Espaces médiévaux, 2013
Bilimoff, Michèle, Les plantes du Moyen Âge, Rennes, Ed. Ouest France, avril 2017
Corbin Alain, Le miasme et la jonquille : l’odorat et l’imaginaire social, XIIIème - XXème siècles, Flammarion (Champs), 1986
Ferris Paul, Les remèdes de santé d'Hildegarde de Bingen, Paris, Poche Marabout, 2018
Heers Jacques, La ville au Moyen Âge, éd. Fayard, 1990.
Jacquart Danielle, La médecine médiévale dans le cadre parisien, XIVe – XVe siècles, éditions Fayard, 1998.
Jacquart Danielle, Le milieu médical en France du XIIe au XVe siècle, éditions Droz, 1981.
Leguay Jean-Pierre, La pollution au Moyen Âge, éditions Gisserot, 1999.
Leguay Jean-Pierre, La rue au Moyen Âge, éd. Ouest-France, Université Rennes, 1984.
Vigarello Georges, Histoire des pratiques de santé : le sain et le malsain depuis le Moyen Âge, Seuil (Point), 1999
Vigarello Georges, Le propre et le sale, éd. le Seuil, Paris 1985.


Du 12 mars 2025 au 29 mars 2026
20, rue Étienne Marcel. 75002 Paris
Tel : 01 40 26 20 28
Mercredi- samedi-dimanche 13h30 – 18h


mercredi 25 mars 2026

Noam Shuster Eliassi, humoriste et militante

Née à Jérusalem (Israël) en 1987, 
Noam Shuster Eliassi une comédienne - humoriste - et militante d'extrême-gauche trilingue (hébreu, arabe et anglais) israélienne. Marquée par l'agression djihadiste du 7 octobre 2023 en Israël, cette pacifiste continue de dénigrer Israël en fustigeant "l'occupation" et en alléguant qu'il commettrait un génocide dans la bande de Gaza. Arte diffusera le 25 mars 2026 à 23 h 25 « Coexistence, mon cul ! », documentaire partial d’Amber Fares. 

Les chrétiens en "Palestine"
« Gaza, la vie » par Garry Keane 

Noam Shuster Eliassi est née à Jérusalem (Israël) en 1987 dans une famille juive progressiste : sa mère est d'origine iranienne et son père, né à Jérusalem, est le fils d'un rescapé de la Shoah d'origine roumaine, et a été emprisonné pour avoir refusé d'effectuer son service militaire.

Elle passe son enfance et son adolescence à Neve Shalom - Wahat as Salam (Oasis de paix), près de Jérusalem où Juifs et Palestiniens vivent ensemble par choix. « Mes parents s’y sont installés immédiatement après les accords de paix d’Oslo de 1993 », a-t-elle confié. Là, elle apprend l'arabe.

Refusant d'effectuer son service national militaire, Shuster-Eliassi participe au Sherut Leumi. 

Durant un an, elle étudie la comédie à la New York Film Academy. En 2006, elle interprète un rôle dans un court-métrage, The Substitute de Talya Lavie, puis, grâce à une bourse, poursuit ses études à l'université Brandeis. 

Elle effectue une mission humanitaire au Rwanda.

Cette vingtenaire est membre d'Interpeace, organisation créée en 1994 par les Nations unies, puis s'oriente vers une carrière d'humoriste :  « J’étais incapable de mesurer l’impact de mon travail. Je ne savais pas ce que je faisais… Depuis, j’ai laissé tomber les analyses rationnelles. Je cherche à désorienter les gens et ça marche bien mieux »
.
2018 marque une étape importante : elle participe au festival 1001 Laughs Palestine Comedy, créé par l'humoriste américano-palestinien Amer Zahr et se tendant à Jérusalem-Est. Pemière Israélienne juive à y présenter un spectacle, elle n'a pas l'heur de voir son nom indiqué dans les spectacles programmés. A deux spectateurs paraissant  réticents, elle déclare : « Ne vous inquiétez pas. Je ne suis là que pour sept minutes, pas pour 70 ans ». Une allusion à la libération de la Judée et de la Samarie en 1967. « J'ai pleuré après coup. Les rires et l'accueil que j'ai reçus étaient extraordinaires », s'est-elle réjoui.

En 2018, elle est désignée « Meilleure nouvelle comédienne juive de l'année » dans un concours parrainé par JW3 (Jewish Community Centre London). 

En 2019, à la Harvard Divinity School, elle suit le cours "Religion, Conflict, and Peace Initiative". La chaine télévisée i24NEWS en arabe diffuse une de ses vidéos où elle propose pour épouser le jeune prince héritier du royaume saoudien, Mohammed Ben Salman ou MBS. En janvier 2022, dans une autre de ses vidéos, elle chante une chanson où elle persifle sur les relations entre Israël et « les Arabes qui ont des millions », les Émirats arabes unis, (E.A.U.) et qui « oublient la Palestine ». Elle s'y présente comme Haifa Wannabe, pastiche du nom de la chanteuse libanaise, Haifa Wehbe, et déclare : « C’est vraiment important pour moi d’envoyer un message d’amour et de paix à tous les Arabes. Surtout s’ils habitent à plus de 4 000 kilomètres d’ici ». Dans un texte en arabe, elle a chanté : « Il y a une lumière au bout du tunnel/Si tous les Arabes sont comme ceux de Dubaï, Dubaï, Dubaï ».

Noam Shuster Eliassi envisage une tournée de son one-woman show dans des universités et salles de spectacles américaines, quand survient la pandémie de Covid-19. Comme son spectacle est annulé, elle rentre en Israël. Ayant été contaminée par le coronavirus, elle est contrainte de s'isoler provisoirement dans un « hotel Corona », à Jérusalem.

Deux films lui sont consacrés : le court métrage documentaire Reckoning with Laughter, réalisé par Amber Fares et produit par Al Jazeera et le long métrage Coexistence, My Ass!, un film américano-français de 2025 réalisé par Amber Fares et présenté en avant-première au festival Sundance. La poursuite de la politique via le spectacle...

Cette comédienne et militante est trilingue hébreu, arabe et anglais.

En janvier 2026, elle a accouché d'un garçon.

Elle soutien les Iraniens en lutte contre le régime des mollahs.

« Coexistence, mon cul ! »
Arte diffusera le 25 mars 2026 à 23 h 25 « Coexistence, mon cul ! », documentaire partial d’Amber Fares.

« De 2019 à 2024, un voyage émotionnel entre rire et larmes dans la vie de Noam Shuster Eliassi, stand-uppeuse israélienne luttant de toute sa verve pour une paix juste avec les Palestiniens alors que son monde s’effondre autour d’elle. »

"Vous vous demandez : qui est cette fille ? Est-elle iranienne, juive, arabe ? Travaille-t-elle pour le Mossad ? Pourquoi a-t-elle dit 'Hamas' ? Dois-je boycotter ce show ? Ces questions sont légitimes et on va y répondre. Je me présente : je m'appelle Noam et voici mon spectacle 'Coexistence, mon cul !' Commençons par mon cul…" La vanne est une fausse promesse.

« Dans son ravageur premier one-woman-show, dont le titre donne son nom à ce documentaire, Noam Shuster Eliassi, trentenaire, stand-uppeuse et activiste israélienne juive trilingue (hébreu, arabe, anglais), parle d'abord au chapitre amoureux de la question inlassable que sa grand-mère iranienne chérie a emportée dans sa tombe : "Quand vas-tu enfin te marier ?" 

« Surtout, avec son humour incisif et son humanité à fleur de peau, elle raconte ce que signifie grandir et vivre en Israël quand, comme elle, on rêve depuis l'enfance de paix et de justice pour les Palestiniens. »

« Car contrairement à l'écrasante majorité de ses concitoyens, elle a "goûté" à une véritable coexistence entre voisins juifs et arabes, dans le village où ses parents se sont installés quand elle avait 7 ans : Neve Shalom-Wahat as-Salam, ou "l'oasis de la paix", à mi-chemin entre Tel-Aviv et Jérusalem. »

« De 2019 à 2024, au fil d'une pandémie mondiale, du sixième gouvernement de Benjamin Netanyahou, des attaques terroristes perpétrées par le Hamas le 7 octobre 2023 et de la guerre de représailles contre la population de Gaza, ce documentaire retrace le cheminement intime, professionnel et politique de l'indomptable Noam. »

« Alors que son monde s'effondre autour d'elle et que son message devient de plus en plus inaudible dans la société israélienne, sa notoriété progresse au Proche-Orient, notamment auprès d'un public jeune et arabophone. »

« Tissé à la fois de réjouissantes archives médiatiques et personnelles, d'extraits du spectacle et d’immersions dans le quotidien de Noam Shuster Eliassi, en partie par le biais de ses selfies vidéo, ce vibrant documentaire de la réalisatrice Amber Fares dévoile un autre visage de la réalité israélo-palestinienne, entre rire et larmes, tragédie et espoir. »

« Grâce à son héroïne et à ses proches (dont ses parents et sa meilleure amie Ranine, Palestinienne avec qui elle a grandi), le film rappelle aussi avec force quelques idées de base sur la démocratie et l’engagement. »

« Car bien au-delà d’Israël, on s’est habitué à reléguer au second plan de sa conscience, voire à entendre qualifier de naïf ou, pire, d'extrémiste, un principe qui reste révolutionnaire si on prétend l’appliquer : tous les humains naissent libres et égaux en droits. »

Prix de la liberté d'expression, catégorie "documentaire international", Sundance 2025 – Alexandre d'or (premier prix) et prix "Droits humains en mouvement", Thessalonique 2025 – Prix du public du top 10, IDFA 2025 – Meilleur documentaire et prix Gandhi, Turin 2025 



« Stand-uppeuse israélienne à la notoriété grandissante militant pour la paix, Noam Shuster Eliassi espère que ce film pourra ébranler les consciences et faire résonner un message de plus en plus censuré, y compris hors d'Israël. Propos choisis et recueillis par Irène Berelowitch. 

Genèse
"On a beau adorer le devant de la scène, ce n'est pas facile d'inviter des caméras dans votre vie. Mais la réalisatrice Amber Fares, rencontrée en Palestine où elle tournait son précédent documentaire, Speed Sisters, et où je travaillais pour l'ONU, est une amie, alors j'ai dit 'oui'. Dans le film, on me voit à la fois essayer de toucher les cœurs et les esprits de mes compatriotes, alors que cela devient impossible, me battre contre ce qui se passe avec les armes de l'humour, mais aussi défiler dans la rue, tout ça en espérant rencontrer quelqu'un avec qui construire une famille. Il n'y a pas de frontière entre la politique et le personnel, pas chez moi, en tout cas. Comme on sait, l'intime est politique… surtout en Israël !" 

Héritage
"En tant qu'Israélienne juive, j'ai des droits et privilèges auxquels mes amis palestiniens, avec lesquels j'ai grandi, n'ont pas accès. Ma responsabilité est de lutter contre cette injustice. Ce n'est pas compliqué, ni provocateur, c'est d’une douloureuse simplicité. D’ailleurs, l'Occident n'a pas de mal à le comprendre quand c'est le peuple iranien qui se bat pour sa liberté. Pour moi, c'est en connexion directe avec mon héritage de petite-fille de rescapés de la Shoah."

Manifeste
"Depuis le 7 octobre 2023, le plus grand massacre de juifs depuis l'Holocauste, on ne peut plus ignorer que le sionisme tel qu'il s'est construit n'a pas su créer un endroit où les juifs peuvent vivre en sécurité. Je ne suis pas dans le déni de ce qui s'est passé. J'ai perdu beaucoup d'amis chers ce jour-là. Mais si le sionisme consiste à dire que la sécurité des juifs ne peut être garantie que sur une terre qui leur appartienne sans partage, au prix de l'oppression et maintenant du génocide d'un autre peuple, je suis antisioniste et je l'assume."

Libre parole
"À Tel-Aviv, je passe inaperçue mais parmi les Palestiniens, beaucoup de gens savent qui je suis. J'ai mis longtemps à concilier mon besoin d'agir et mon envie de monter sur scène, même si ma famille prétend que j'ai commencé le stand-up à 4 ans. Ce que j’aime, c’est que ça me permet d’être absolument moi-même. Si tu te censures, que tu essaies de déguiser ta voix, ça ne marche pas. Ça m'a apporté une liberté énorme. Les Palestiniens savent de quoi je parle. Les opprimés n'ignorent jamais le réel. D'ailleurs, ça fait des décennies qu'ils le crient dans le désert. J'ai plus de chances qu'eux d'être entendue, alors je m'exprime ! Avant octobre 2023, une toute petite minorité d'Israéliens pouvait écouter des voix comme la mienne. Plus maintenant, et c’est très douloureux."
 
Patrie
"Je me sens chez moi sur scène, face à un public qui me comprend, qui rit et qui pleure avec moi, que ce soit à Brooklyn, à Varsovie ou ailleurs. Mais en ce moment, parce que je suis sur le point d’accoucher, mon chez-moi, c'est d'abord mon village. Y élever un enfant, lui permettre d'apprendre l'arabe dans notre école bilingue, me semble être la chose la plus sensée que je puisse faire. Je sais que ce lieu est une bulle, mais la réalité à l'extérieur est si violente que pour moi, il n’existe pas d'autre solution. Quand je tape son nom hébreu, Neve Shalom [‘l’oasis de la paix’], la correction automatique de mon téléphone rectifie en 'never shalom' ['jamais la paix']. Ce sera le nom de mon prochain spectacle. »


"Je m'appelle Noam et voici mon show Coexistence, mon cul ! Commençons par mon cul…" Cette vanne inaugurale est une fausse promesse. Au chapitre amoureux de sa ravageuse autobiographie de scène, la stand-uppeuse n’évoque que la question lancinante de feue sa grand-mère chérie ("Quand vas-tu enfin te marier ?") et son impossibilité d'oublier la politique, même quand elle finit par présenter aux siens l'élu de son cœur … le 6 octobre 2023 ("Un soir vous présentez un mec à vos parents, le lendemain vous vous installez avec lui dans leur abri souterrain."). Qu'elle débatte sans se démonter avec des manifestants anti "Bibi" qui la traitent de traîtresse, ou qu'elle propose en direct, et en arabe, le mariage au prince héritier saoudien ("En vingt ans de militantisme pacifiste, j'avais influencé vingt personnes. Une blague sur les dictateurs et j'ai 20 millions de vues !") ; qu'elle plaisante d'un gag "piqué" à un confrère palestinien ("Dieu me l'a promis, maintenant, il est à moi !"), ou du fait que, sur les checkpoints, les soldats de Tsahal lui demandent toujours ses papiers en draguant sa meilleure amie palestinienne ("Ranine ressemble à Gigi Hadid*. Moi, à côté, on dirait Ahmadinejad") ; qu'elle ait le Covid, la jambe cassée ou le cœur brisé par le deuil, Noam Shuster Eliassi promène son art de faire rire, y compris d'elle-même, avec un courage qui impressionne. "Avec ce qui s'est passé et continue de se passer à Gaza, cet éléphant dans la pièce qu'était l'occupation est devenu encore plus énorme, et le travail à faire plus immense."
* Top-modèle américaine d'origine palestinienne


« Coexistence, mon cul ! » d’Amber Fares
France, Etats-Unis, 2025, 89 min
Autrices : Rachel Leah Jones, Rabab Haj Yahya
Production : My Teez Productions, Home Made Docs, Little Big Story, en association avec ARTE France 
Sur Arte le 25 mars 2026 à 23 h 25
Sur arte.tv du 18/03/2026 au 22/10/2026
Visuels :
© Philippe Bellaiche - Coexistence My Ass
© Sharon Avraham
© Amber Farès - Coexistence My Ass
© Coexistence My Ass
© Amit Chachamov - Coexistence My Ass