Née en 1972, Léa Drucker est une actrice bilingue française de films et séries télévisées : L'Homme de sa vie, La Vérité si je mens ! 3, Jusqu'à la garde, Close, Dossier 137, Le Bureau des légendes, La Guerre des mondes. Elle a obtenu le César de la Meilleure actrice en 2019 pour son rôle dans Jusqu'à la garde, puis en 2026 pour Dossier 137. Arte diffusera le 22 avril 2026 à 13 h 35 « Le tableau volé » de Pascal Bonitzer.
Brigitte Bardot
« L’ami Fritz » par Jacques de Baroncelli
Léon Barsacq (1906-1969) : « Maquettes de décors de films »
« Un ami viendra ce soir » de Raymond Bernard
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Marcel Carné (1906-1996)
Les Enfants du Paradis, l’exposition
Eddie Constantine (1917-1993)
Lemmy Constantine
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Sami Frey
« 1940 - Main basse sur le cinéma français » de Pierre-Henri Gibert
Serge Gainsbourg (1928-1991)
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Gérard Oury (1919-2006)
« Charles Pathé et Léon Gaumont. Premiers géants du cinéma » par Emmanuelle Nobecourt
« Charles Pathé et Léon Gaumont. Premiers géants du cinéma » par Emmanuelle Nobecourt
Des studios Pathé-Albatros à l’Espace Albatros
Les Studios Éclair de 1907 à 2007
Tournages Paris-Berlin-Hollywood 1910-1939
Les Studios Éclair de 1907 à 2007
Tournages Paris-Berlin-Hollywood 1910-1939
Née en 1972, Léa Drucker. Elle est la fille aînée de Jacques Drucker, professeur de médecine, et de Martine Le Cornec, professeure d'anglais. Ses grands-parents paternels juifs, nés dans l’empire austro-hongrois - son grand-père Abraham dans l'actuelle Ukraine, sa grand-mère Lola Schafler à Vienne , étaient arrivés en France en 1925 et avaient obtenu la nationalité française en 1937. Ils avaient subi les persécutions antisémites durant le régime de Vichy.
Léa Drucker est la nièce du journaliste et animateur de télévision Michel Drucker, et du fondateur de M6 et énarque Jean Drucker, et la cousine de la journaliste Marie Drucker.
Elle grandit aux États-Unis et en France.
Elle suit des cours de comédie à l'École de la rue Blanche, à Paris. Édouard Baer la recrute comme chroniqueuse à Radio Nova.
En 1999, elle débute sa carrière au théâtre dans des pièces classiques - Le Misanthrope, mis en scène par Roger Hanin -, ou contemporaines : Blanc d'Emmanuelle Marie, mis en scène par Zabou Breitman et Matthieu Le Bihan, où elle joue le rôle de la sœur cadette d'Isabelle Carré.
Après des apparitions ou seconds rôles - Kung-fu Master d'Agnès Varda (1988), séries télévisées comme Chien et chat puis Anne Le Guen (1995) et téléfilms comme Colis d'oseille d'Yves Lafaye (1993), elle est présélectionnée comme Meilleur espoir féminin aux Césars 2001 pour Chaos de Coline Serreau. 2002 marque son premier « premier rôle » au cinéma dans Papillons de nuit de John Pepper.
Dans sa filmographie : La Vérité si je mens ! 3 de Thomas Gilou (2012), L'Homme de sa vie, Jusqu'à la garde, Le Bureau des légendes (2015-2017) – rôle d’une psychiatre -, La Guerre des mondes (2019-2022) - rôle d'une astrophysicienne de l'IRAM -, Close de Lukas Dhont (2022) distingué par le Grand prix du Festival de Cannes 2022, Dossier 137 de Dominik Moll (2025) - rôle d'une inspectrice de l'IGPN enquêtant sur une éventuelle bavure lors d'une manifestation des Gilets jaunes.
Elle obtient le César de la Meilleure actrice en 2019 pour son rôle dans Jusqu'à la garde, puis en 2026 pour Dossier 137.
En 2011, elle lit des extraits du Journal d'Hélène Berr lors d'une cérémonie du Souvenir de la Shoah au siège de l'UNESCO.
Avec le réalisateur et scénariste Julien Rambaldi, Léa Drucker a une fille, Martha, née en 2014.
« Le tableau volé » de Pascal Bonitzer
Arte diffusera le 22 avril 2026 à 13 h 35 « Le tableau volé » de Pascal Bonitzer.
« Un commissaire-priseur parisien est chargé d’expertiser une œuvre d’art spoliée par les nazis, que l’on croyait perdue. Avec un Alex Lutz aussi odieux qu’attachant, Léa Drucker, Nora Hamzawi et Louise Chevillotte, une irrésistible satire du marché de l’art signée Pascal Bonitzer. »
« Commissaire-priseur officiant chez Scottie’s, une prestigieuse maison de vente parisienne, le redoutable André Masson ("comme le peintre") se voit confier un cas qui le laisse d’abord sceptique : quelque part du côté de Mulhouse, un mystérieux tableau du peintre expressionniste Egon Schiele aurait refait surface dans un pavillon en viager dont l’occupant nonagénaire a passé l’arme à gauche. »
« Contacté par l’avocate du nouveau détenteur de la maison (et de la toile), un jeune ouvrier chimiste tout à fait étranger au monde de la peinture, André est chargé d’authentifier le chef-d’œuvre putatif et d’en évaluer la valeur marchande – assisté de son ex-femme Bertina, spécialiste en œuvres d’art, et d’Aurore, stagiaire culottée aux penchants mythomanes. Contre toute attente, il s’avère que le Schiele est un vrai ; mais la toile, spoliée par les nazis à son propriétaire juif, doit être restituée à ses ayants droit légitimes, qui vivent aux États-Unis. Pour ne pas laisser échapper une vente qui s’annonce historique, André devra déployer tactique, discrétion et doigté… »
« C’est une histoire vraie des plus rocambolesques – la redécouverte fortuite à Mulhouse des Tournesols d’Egon Schiele, toile vendue ensuite aux enchères pour une somme record en 2006 –, qui a inspiré à Pascal Bonitzer cette savoureuse satire du milieu des marchands d’art. Un monde feutré de mensonge et de fausses politesses, où l’œuvre importe moins que le décorum qui l’entoure. »
« Le réalisateur et scénariste de Cherchez Hortense ou de Tout de suite maintenant confirme son talent de portraitiste au regard acerbe mais jamais cynique, et son chic pour croquer en quelques traits bien sentis et répliques cinglantes les caractères de ses personnages : tous, même les plus odieux, ont une attachante profondeur. »
« J’ai l’habitude d’être haï, ça fait du bien aux neurones", raille ainsi l’imbuvable André devant sa stagiaire, avant de laisser cette dernière lui sauver la mise. L’intrigue donne aussi l’occasion de confronter le parisianisme bourgeois à la simplicité sans chichis d’une classe ouvrière de province. »
« Le tout servi par une impeccable brochette d’acteurs – Alex Lutz, Léa Drucker, Nora Hamzawi et Louise Chevillotte en tête, sans oublier Arcadi Radeff, le jeune ouvrier, ou un irrésistible Alain Chamfort en père désabusé. »
L'actrice Nora Hamzawi avait signé une tribune publiée en juin 2024 par le quotidien Libération et "dénonçant le génocide et demandant la reconnaissance par la France de l’État de Palestine". Parmi les quelques 230 autres signataires : la chanteuse Angèle, les actrices Léa Seydoux, Leila Bekhti et Adèle Exarchopoulosn JoeyStarr, rappeur, Tahar Rahim, acteur, Camélia Jordana, chanteuse et actrice, Médine, auteur et rappeur, Renaud, chanteur, Guillaume Meurice, humoriste, Rima Hassan, Juriste en droit international et activiste franco-palestinienne, Reda Kateb, acteur, Ludivine Sagnier, actrice, Niels Schneider, acteur, Émilie Gomis, sportive, Blanche Gardin, humoriste, Béatrice Dalle, actrice, Lola Dewaere, actrice, Yvan Le Bolloc’h, artiste, Céline Sallette, actrice, Rokhaya Diallo, journaliste et réalisatrice, Patrick Pelloux, urgentiste, Alice Diop, réalisatrice, Sophie de la Rochefoucauld, comédienne, Bruno Gaccio, auteur scénariste, Anne-Laure Bonnet, journaliste, Rachid Benzine, politologue et écrivain, Alma Jodorowsky, actrice, Yassine Belattar, humoriste..
ENTRETIEN AVEC PASCAL BONITZER
P R O P O S R E C U E I L L I S PA R A N N E - C L A I R E C I E U TAT
« VOTRE TITRE FAIT PENSER À LA LETTRE VOLÉE D’EDGAR POE. CE TABLEAU, COMME LA LETTRE DE LA NOUVELLE, SEMBLE SANS VALEUR ET N’ATTIRE PAS L’ATTENTION JUSQU’AU JOUR OÙ IL EST DÉCOUVERT. AVIEZ-VOUS CETTE FILIATION EN TÊTE ?
En réalité, pas du tout, même si l’idée me plaît a posteriori. En fait, le titre est arrivé très tard, suggéré par mon producteur Saïd Ben Saïd. Initialement, le film devait s’intituler Salle des ventes. Ce titre purement descriptif a donc laissé la place à davantage de fiction induite par Le Tableau volé, qui est plutôt un hommage à mon ami Raoul Ruiz et à l’un de ses grands films, L’Hypothèse du tableau volé.
VOUS PRÉCISEZ DANS VOTRE GÉNÉRIQUE QUE DES FAITS RÉELS SONT À L’ORIGINE DE CETTE OEUVRE DE FICTION.
C’est en effet, comme on le mentionne souvent, « d’après une histoire vraie » : la découverte, au début des années 2000, d’un tableau d’Egon Schiele dans le pavillon d’un jeune ouvrier chimiste de la banlieue de Mulhouse par un spécialiste d’art moderne d’une grande maison de vente internationale. Tableau qui s’est révélé être une oeuvre spoliée par les nazis.
QUE REPRÉSENTE-T-IL POUR VOUS ?
J’ai été surpris en le découvrant, car avec Egon Schiele, on s’attend à des nus, ces figures humaines torturées dans ce style provocant à la limite de l’obscénité, or c’est un paysage d’assez grande dimension, un champ de tournesols, certes à la manière Schiele. Ce tableau me plaît, car on peut y projeter ce qu’on veut. Il est resté pendant soixante-dix ans dans une pièce chauffée au charbon, donc était très sale lorsqu’il a été trouvé. C’est aussi un point commun avec la lettre volée d’Edgar Poe, qui, pour avoir été cachée quoiqu’à la vue de tous, est salie et dégradée délibérément par le ministre D. Une fois nettoyé et encadré, il retrouve son éclat.
COMMENT AVEZ-VOUS CRÉÉ CETTE GALERIE DE PERSONNAGES QUI GRAVITENT AUTOUR ?
Iliana Lolic, qui est créditée comme collaboratrice au scénario, a effectué une vingtaine d’entretiens dans le monde des ventes aux enchères : des commissaires priseurs, des galeristes, des collectionneurs, des antiquaires, etc. C’est de ce matériau très abondant que j’ai extrait cette histoire et imaginé une intrigue, des personnages, comme la jeune stagiaire, l’ex-épouse, l’avocate, le jeune ouvrier, ses copains et sa mère, etc.
APRÈS LE MONDE DE LA FINANCE DANS TOUT DE SUITE MAINTENANT, VOUS VOICI IMMERGÉ DANS CELUI DU MARCHÉ DE L’ART. DANS CES DEUX FILMS, VOUS POINTEZ DU DOIGT LE CYNISME AMBIANT ET IMAGINEZ DES JEUNES FEMMES QUI DÉCOUVRENT CES MILIEUX TRÈS CODIFIÉS…
Le point commun entre ces films, en effet, est qu’ils m’ont fait explorer des milieux professionnels que je ne connaissais pas au préalable pour en faire naître une fiction, et que pour y comprendre quelque chose ils nécessitaient un personnage avec une fraîcheur de regard servant de truchement au public.
Il y a toujours quelque chose de cynique et de dégueulasse dans le monde de l’argent, c’est comme ça. Ça m’amusait, s’agissant d’une oeuvre d’art, qu’on ne l’envisage jamais autrement que sur le mode : combien ça va rapporter. André Masson (homonyme du peintre) est capable d’apprécier la beauté d’une oeuvre d’Egon Schiele, mais ce qui l’intéresse essentiellement, c’est sa valeur monétaire et marchande et ce que la boîte qui l’emploie va en retirer comme bénéfice et comme gloire dans ce milieu de rivalités féroces entre maisons ennemies.
LE LÉGER ET LE GRAVE COHABITENT. DANS LA SÉQUENCE DE LA CUISINE CHEZ LES KELLER, LE RÉCIT DE LA TRAJECTOIRE DE CE TABLEAU EST TRAGIQUE. COMMENT AVEZ-VOUS TRAVAILLÉ À L’ÉQUILIBRE DES TONALITÉS ?
J’essaie toujours de les mêler dans mes films. Mes personnages sont plutôt des personnages de comédie. Mais, bien sûr, dans la séquence que vous mentionnez, où il est question de la spoliation des biens des Juifs et du sort funeste de la famille du collectionneur, la tonalité devient plus grave parce qu’elle touche à la Shoah. C’est l’arrière-plan historique sur lequel cette histoire se détache, mais ce n’est pas le sujet du film.
À MESURE QUE LE TABLEAU REGAGNE SA JUSTE PLACE, LES RELATIONS ENTRE LES PERSONNAGES SE FLUIDIFIENT. LA COMMUNICATION ENTRE ANDRÉ ET AURORE, PAR EXEMPLE, CESSE D’ÊTRE HEURTÉE. AVEZ-VOUS PENSÉ CES MOUVEMENTS COMME DES VASES COMMUNICANTS ?
Est-ce que le tableau regagne « sa juste place » ? En fait, je n’en sais rien. Le récit contient plusieurs conflits entre les personnages. À la fin, il fallait parvenir à une forme d’apaisement. La construction de ce film est assez inhabituelle pour moi : j’y change de points de vue et de protagonistes assez souvent ; les séquences, relativement longues, alternent, suivent un personnage, en perdent un autre pour y revenir ensuite, dans un équilibre toujours précaire et qui m’intéressait aussi. J’ai aimé ce jeu entre des intrigues, des personnages principaux et secondaires, qui a quelque chose d’un peu musical.
VOUS FAITES SE RENCONTRER DES PERSONNAGES ISSUS DE MILIEUX SOCIAUX DIFFÉRENTS…
C’est l’autre nouveauté pour moi, qui ai l’habitude de faire se situer mes personnages dans un milieu relativement homogène. Pour la première fois, je me suis attaqué à l’idée de confronter deux milieux socialement hétérogènes. Les comédiens qui interprètent le trio de jeunes m’ont beaucoup aidé à trouver la justesse de ces personnages. Ils sont excellents, énergiques et drôles.
Lorsque Suzanne Egerman, que joue Nora Hamzawi, qualifie la famille mulhousienne de « gens simples », cela donne la tonalité de la première rencontre avec le jeune Martin Keller et sa mère : les deux « spécialistes » de la maison Scottie’s marchent sur des oeufs, essayent de ne pas avoir l’air condescendant, conscients du décalage social, jusqu’à l’éclat de rire nerveux devant le tableau.
CE RIRE INATTENDU S’INSCRIT SUR CETTE ZONE FRONTIÈRE ENTRE LE VRAI ET LE FAUX QUI TRAVERSE VOTRE FILM À TRAVERS LA QUESTION DE L’AUTHENTICITÉ DU TABLEAU OU LES MENSONGES CONSTANTS D’AURORE…
Aurore ment tout le temps sans qu’on sache pourquoi. Et moi-même, je ne le sais pas. Il y a des gens comme ça. Ça peut les rendre inquiétants, à moins qu’ils ne se prennent les pieds dans le tapis, ce qui finit par arriver à Aurore (et ce qui la guérit). Par ailleurs, il est question d’emblée, à un autre niveau, de la véracité de ce tableau. Le monde de l’art, dans la mesure où il est contaminé par l’argent, est constamment traversé par la menace du faux. Il est peuplé de faussaires, dont certains ont même acquis une célébrité grâce à leur savoir-faire : on connaît les VanMeegeren, plus récemment les Ruffini ou les Beltracchi, ou encore Elmir de Hory dans F for Fake (Vérités et Mensonges) d’Orson Welles.
Mais ce n’était pas ce qui m’intéressait et puis le tableau d’Egon Schiele est vrai, un point c’est tout. Je ne voulais pas insister sur les étapes qui mènent à son authentification.
Dès sa découverte dans la maison de Martin et sa mère à Mulhouse, nous partons du principe qu’il est bel et bien authentique et qu’on aura fait le nécessaire pour le prouver.
MARTIN EST PEUT-ÊTRE LE PERSONNAGE LE PLUS VERTICAL ET INTÈGRE DE TOUS. ARCADI RADEFF LE JOUE COMME TEL : AVEC UN REGARD DROIT, QUI CLÔT D’AILLEURS LE FILM LORSQU’IL EST ACCLAMÉ.
C’est le personnage qui m’émeut le plus et, pour moi, le véritable héros de l’histoire.
Martin est un personnage à la fois touchant et mystérieux. Il pressent inconsciemment tout ce que l’argent peut pourrir dans sa vie, comment il peut la changer pour le pire, comme ces gens qui gagnent à la loterie et qui se retrouvent détruits. Il ne refuse pas le don généreux que lui font les héritiers Wahlberg, mais il refuse que ça bouleverse sa vie et qu’il en vienne à trahir ses amitiés, et au-delà sa classe. Arcadi Radeff l’a incarné avec une intelligence de jeu telle que je n’ai jamais eu la moindre indication à lui donner.
MARTIN COMME ANDRÉ PARTAGENT DES VEXATIONS ENFANTINES, QUI ONT LAISSÉ DES TRACES. LEURS RÉCITS FONCTIONNENT COMME UNE RIME DANS VOTRE SCÉNARIO.
André évoque des vexations qui l’ont conduit à un besoin de revanche sociale, une surcompensation qui fait qu’il porte des montres coûteuses, des costumes sur mesure et conduit des voitures de luxe.
Martin raconte à ses amis une humiliation ponctuelle avec une fille lorsqu’il était enfant. On ne suppose pas qu’il a été brimé.
L’humiliation est un thème qui m’intéresse beaucoup et qui revient régulièrement dans mes films sous des formes diverses.
AUTRE RÉCURRENCE DANS VOS FILMS : LA RELATION COMPLEXE AU PÈRE. ELLE L’EST ICI AUSSI, POUR AURORE, DONT LE PÈRE EST PRESQUE FANTOMATIQUE, COMME DANS LA FAMILLE DE MARTIN, OÙ IL EST MANQUANT.
Fantomatique au sens du père d’Hamlet ? C’est vrai que je trouve les rapports conflictuels entre parents et enfants captivants. L’histoire entre Aurore et son père ne se rattache que de manière lâche à l’intrigue principale, mais j’avais besoin que ce personnage existe autrement que dans son rapport professionnel à André. Le père d’Aurore est un homme brisé, effectivement un peu « hamlétien » en ce sens qu’il a été trahi par sa femme et « tué » par son associé.
La phrase « encaisser, lâcher du lest, tout revoir à la baisse », c’est une citation de Virginia Woolf, dont la lecture récente de Mrs Dalloway (dans l’excellente traduction de Nathalie Azoulay) m’avait frappé. J’ai d’emblée pensé à Alain Chamfort pour le jouer ou plutôt, j’ai créé ce personnage en pensant à Alain Chamfort. Je lui trouvais une élégance, une mélancolie et une forte présence.
VOTRE MISE EN SCÈNE COLLE AUX PERSONNAGES, ET EN DONNE À VOIR DAVANTAGE À MESURE QUE LE RÉCIT PROGRESSE. COMMENT AVEZ-VOUS COLLABORÉ AVEC VOTRE CHEF-OPÉRATEUR PIERRE MILON, QUE VOUS RETROUVEZ APRÈS LES ENVOÛTÉS ?
Dans Les Envoûtés, le personnage masculin principal incarné par Nicolas Duvauchelle était déjà un peintre, fictif certes, mais je m’étais servi des toiles, du caractère et de la manière de Patrick Loste, un peintre réel, qui vit dans les Pyrénées. Ici, il fallait montrer non pas l’univers d’un peintre, mais celui de ceux qui en tirent profit, le monde marchand.
Pierre Milon travaille très vite. On a fait pas mal de plans à l’épaule. La lumière était dictée par la lumière réelle. À mesure que le film progresse, elle devient plus chaude et plus riche. Quand le tableau est installé dans la galerie, puis dans la salle des ventes, les tons rouges dominent et lui donnent de la valeur. Le rouge est aussi la marque de Drouot (que je remercie de nous avoir autorisés à tourner sur place). Ce qui nous importait, c’était de marquer en évitant tout misérabilisme l’opposition entre la maison ouvrière des Keller et les espaces riches et vastes des bureaux, de l’appartement d’André, et de l’avocat des Wahlberg (tourné dans l’ancienne maison de Claude Nougaro).
COMMENT AVEZ-VOUS COMPOSÉ VOTRE CASTING DE COMÉDIENNES ET COMÉDIENS, QUI ONT EN COMMUN UNE GRANDE VIVACITÉ D’ESPRIT ?
La vivacité est en effet la marque d’Alex Lutz, qui est un acteur extrêmement juste, qui se soucie de la justesse des dialogues et des situations, et qui m’a rendu, moi aussi, très scrupuleux à ce sujet.
Louise Chevillotte est une habituée des films produits par Saïd, c’est une comédienne remarquable, capable de jouer sur plusieurs registres. C’est sur casting avec Alex que je l’ai choisie, elle a tout de suite trouvé le ton avec lui, elle l’a convaincu en même temps qu’elle m’a convaincu.
Léa Drucker, qui est une des plus grandes actrices qu’on ait en France, c’était un choix de départ. Je voulais tourner avec elle. Dans la scène où elle raconte à deux voix avec Alex l’histoire du tableau, et qui évite la lourdeur du flash-back, elle donne une nuance d’émotion qui fait vibrer le récit.
Nora Hamzawi, dont j’aime le talent, je l’avais trouvée très émouvante dans Doubles Vies d’Olivier Assayas, très différente de ce qu’elle offre dans ses spectacles de standup. J’attendais d’avoir l’occasion de travailler avec elle.
Arcadi Radeff, je ne le connaissais pas et je l’ai choisi sur casting, avec l’aide de Stéphane Batut. Il était idéal pour le rôle de Martin, car il a cette innocence qui était essentielle pour ce personnage. Le trio qu’il forme avec Matthieu Lucci et Iliès Kadri est dynamique et drôle, mais il a aussi des complexités.
Quant à Laurence Côte, je la connais bien puisqu’elle a travaillé dans des films de Jacques Rivette et André Téchiné que j’ai écrits. J’étais heureux de la retrouver.
Il faudrait aussi mentionner les rôles « antipathiques » : Olivier Rabourdin, le patron de Scottie’s, Peter Bonke, le directeur viennois du musée Körner, ou encore Marisa Borini, qui incarne magnifiquement l’horrible aveugle de la première séquence.
Ils contribuent excellemment à l’atmosphère du film.
VOUS RETROUVEZ AUSSI ALEXEÏ AÏGUI À LA MUSIQUE.
J’étais content de retravailler avec Alexeï, qui a tout de suite été inspiré lorsqu’il a vu le premier montage du Tableau volé. Avec Monica Coleman, ma monteuse, que j’ai retrouvée après de nombreuses années (et j’en suis très heureux), nous avons ajusté ensemble la place des mélodies. Je ne veux pas que la musique soit trop présente, je lui ai donc fait entièrement confiance pour venir teinter le film avec justesse. »
« Dans Sous contrôle, Léa Drucker incarne une charismatique patronne d’ONG transformée en ministre au bord de l’implosion. Un baptême politique mouvementé qui lui permet de laisser libre cours à son talent comique. Propos recueillis par Jonathan Lennuyeux-Comnène.
On ne vous voit pas souvent dans des comédies, pourtant vous y semblez comme un poisson dans l’eau…
Léa Drucker : Quand j’étais jeune actrice, je pensais que si je devais avoir une carrière, ce serait dans la comédie, même si c’est un art difficile, et qu'on ne s’y amuse pas toujours autant qu’on pourrait le croire… J’en ai fait beaucoup à mes débuts, principalement au théâtre, et puis au cinéma avec Julien Rambaldi, dans Les meilleurs amis du monde et C’est la vie, mais le chemin parcouru en a décidé autrement. La série Sous contrôle s’est présentée comme une proposition audacieuse, un pari. J’ai été conquise par le mélange de drôlerie et d’insolence qu’exprimait l’écriture de Charly Delwart.
Qu’est-ce qui vous a intéressée dans le personnage de Marie Tessier ?
Le fait qu’elle ne soit pas adaptée. C’est une femme de terrain, engagée, empathique. Tout d’un coup, on lui demande de se glisser dans un autre costume et d’apprivoiser des codes totalement étrangers. Contrairement à ce que pense le président de la République, joué par Laurent Stocker, elle n’est pas du tout taillée pour le Quai d’Orsay ! Alors elle y va trop fort, trop vite, et elle perd ses moyens. J’aime les personnages qui ne cadrent pas avec le décor.
Vous lui insufflez quelque chose de très physique, qui en fait comme une boule d’énergie comique.
Avec le réalisateur Erwan Le Duc, nous nous sommes très vite mis d’accord sur cette caractérisation. Marie est volubile, elle ne tient pas en place, elle a besoin de se mettre en danger. Je pense à ces actrices des grandes comédies américaines que j’adore, Katharine Hepburn ou Rosalind Russell. Elles étaient capables de parler à toute vitesse tout en étant très spirituelles. Marie, elle, est plutôt comme un éléphant dans un magasin de porcelaine… C’était très amusant de jouer cela en duo avec Samir Guesmi, dont le personnage, à l’inverse, se définit par le calme et la réflexion.
D’après vous, que lui apprend cette expérience politique chaotique ?
Probablement la nécessité d’être plus présente pour ses proches, mais aussi l’envie de continuer à être dans l’action. Quelle sera sa prochaine mission ? Elle ne le sait pas, mais elle l’attend, forte de l’expérience qu’elle a vécue au milieu de toute cette absurdité. Le président et son entourage sont décalés, pétris de névroses qui les font paraître loufoques en regard de leurs hautes fonctions. Contrairement à eux, Marie prend les choses à cœur et suit un chemin intérieur. »
« Le tableau volé » de Pascal Bonitzer
France, 2023, 88 min
Production : SBS Productions
Producteur : Saïd Ben Saïd
Scénario : Pascal Bonitzer
Image : Pierre Milon
Montage : Monica Coleman
Musique : Alexeï Aïgui
Avec Alex Lutz (André Masson), Léa Drucker (Bertina), Nora Hamzawi (maître Egerman), Louise Chevillotte (Aurore), Arcadi Radeff (Martin), Matthieu Lucci (Paco)
Sur Arte le 22 avril 2026 à 13 h 35
Sur arte.tv du 08/04/2026 au 07/05/2026
Visuels : © SBS Productions
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