Le 16 mars 2026, la Cour criminelle départementale de Seine-Saint-Denis à Bobigny a condamné Pascal H., Français retraité français juif âgé de 61 ans, à 13 ans de détention pour (tentative d’)atteintes sexuelles (incestueuse) par majeur sur mineurs de 15 ans, corruption de mineurs de 15 ans et viols (incestueux ) par majeur sur mineurs de 15 ans. Des infractions commises dans les cercles intrafamilial, amical et associatif - dans une communauté juive orthodoxe francilienne -, ainsi que professionnel, dans les Institutions Yad Mordekhai (alors rue Pavée, 75004 Paris). Témoignages déchirants de jeunes victimes traumatisées et de leurs parents éprouvés, accusé souvent dénué d’empathie envers les victimes et en pleine inversion accusatoire, diagnostic inquiétant d’un expert psychiatre, direction remarquable des débats par le Président de la Cour David de Pas… Un procès pénal sur un sujet sensible, aux enjeux juridiques, juifs, moraux et médicaux devant inciter les parents et donateurs à une exigence vitale envers les institutions juives françaises accueillant des enfants. Cet article recourt, sans volonté de choquer, aux termes précis pour désigner les actes commis. J’évoquerai ce procès lors de mon interview par Radio Chalom Nitsan diffusée dès le 26 mars 2026.
Juridiction départementale, la Cour d'assises juge les crimes (viol en cas de récidive ou avec tortures, meurtre, enlèvement...) punis de plus de 20 ans de réclusion et commis par les majeurs ainsi que par les mineurs de plus de 16 ans. Compétente aussi pour juger les procès en appel, elle est composée de trois juges et de citoyens tirés au sort et appelés jurés.
Depuis le 1er janvier 2023, la Cour criminelle départementale (CCD) juge les personnes majeures accusées de crimes punis entre 15 à 20 ans de réclusion hors récidive : viol, vol à main armée, etc. Elle est composée de cinq juges professionnels - un président et quatre assesseurs -, et non d’un jury populaire, acquis de la Révolution française . Elle résulte d’une réforme, expérimentée dès 2019, qui visait « à réduire le délai de traitement des affaires », et a divisé le monde judiciaire.
Du 9 au 16 mars 2026, c’est devant la Cour criminelle départementale de Seine-Saint-Denis à Bobigny qu’a comparu Pascal H., Français juif français retraité, pour des infractions sexuelles ayant justifié sa détention en prison depuis trois ans.
Entouré de quatre magistrates, le Président David de Pas a dirigé les débats avec une rare humanité et intelligence.
Après le témoignage d’une partie civile, d’un témoin ou d’un expert, il a procédé à l’interrogatoire de l’accusé. Petit, chauve, mal rasé, Pascal H. portait une casquette dont la visière cachait le haut de son visage, et des lunettes aux verres foncés. Vêtu de noir, sauf sa chemise blanche, assis face à l’interprète en langue des sourds, il tournait presque le dos à la Cour criminelle. Décrit comme gentil, serviable et drôle, il souffrait de handicaps - problèmes visuels et auditifs, vocabulaire réduit, difficultés à comprendre des questions du Président - qu’il semblait exagérer lors de ses interrogatoires. Durant ses réponses, il ramenait souvent les mains, doigts croisés, près de sa poitrine. Il a oscillé entre déni, minoration des faits graves reprochés, imputation de la responsabilité à des enfants qui « l’auraient sollicité » - une inversion accusatoire -, reconnaissance de son incapacité à dominer ses pulsions sexuelles d’attirance vers des enfants, et affirmation de sa volonté de ne plus recommencer. Parfois, il a semblé esquisser un sourire durant le témoignage de parties civiles.
Si certaines victimes et leurs proches ont témoigné sur un ton calme, leurs tourments intérieurs étaient révélés par leur pied enroulant leur jambe d’appui.
Pour préserver les parties civiles, celles-ci ont été anonymisées et certains lieux des faits reprochés à l’accusé ont été occultés dans l’article.
Audience du lundi 9 mars 2026
Reportée à 13h30 en raison de l’absence d’un magistrat, la première audience de ce procès a débuté par quelques repères biographiques concernant le prévenu né en 1964.
Puis le calendrier des audiences a été précisé : une partie civile vivant en Israël n’a pu quitter ce pays en raison de la guerre contre l’Iran. Dans le cadre de l’entraide judiciaire internationale , la Cour criminelle a tenté d’organiser une visioconférence dans le respect de la souveraineté d’Israël.
Fait rare : aucune demande de huis clos n’a été présentée.
Le Président a rappelé les faits reprochés à l’accusé depuis septembre 2022, date à laquelle une fillette a confié à sa mère avoir subi des attouchements sexuels par Pascal H., placé en garde à vue le 14 décembre 2022. Au cours des interrogatoires, Pascal H. avait reconnu la quasi-totalité des faits reprochés, sauf le viol d’une nièce et d’une petite-nièce. Mis en examen, il avait été incarcéré en décembre 2022.
L’accusé devait répondre de quinze infractions : tentative d’atteinte sexuelle par majeur sur un mineur de 15 ans, atteintes sexuelles par majeur sur six mineurs de 15 ans, corruption de mineur de 15 ans, atteintes sexuelles incestueuses par majeur sur trois mineurs de 15 ans, et viols commis sur quatre mineurs de 15 ans.
Devant la Cour criminelle départementale, il a maintenu sa position initiale : il reconnaissait avoir commis ces infractions, sauf deux.
Par visioconférence, Nathalie Henocq a restitué son enquête de personnalité concernant Pascal H. interrogé en prison. L’accusé est « sourd-muet de naissance » et souffre d’une maladie oculaire dégénérative. Scolarisé dans un établissement spécialisé, il avait obtenu un CAP de tailleur et avait travaillé comme coupeur. Polyhandicapé, il avait été aidé dans sa vie quotidienne par sa sœur ainée, puis par son épouse : il s’était marié en 1999 et le couple a eu trois enfants. En 2000, Pascal H. avait été recruté, dans le cadre d’un emploi protégé, par les Institutions Yad Mordekhaï pour un poste administratif à temps partiel, et il accompagnait les élèves à la piscine dans cet établissement scolaire privé juif orthodoxe. En 2020, il avait été licencié économique et avait fait valoir ses droits à la retraite. Il était décrit par sa famille et ses amis comme « joyeux, sociable, charismatique », et avait co-créé une association de malentendants. Il était actif dans sa synagogue. Dans ce « parcours lisse », la procédure judiciaire avait constitué un « cataclysme intrafamilial ». En prison, Pascal H. s’est orienté vers plus de spiritualité et a « pris du recul ». Selon un de ces amis, il aurait « commis des infidélités », avait consommé du cannabis, et aurait eu « des fréquentations délétères ».
Le Président de la Cour criminelle a ensuite interrogé, par l’intermédiaire de l’interprète en langue des signes, Pascal H. Enfant, l’accusé avait commencé par la lecture labiale. « Ses camarades de classe se moquaient de sa manière de parler, et il a voulu éviter des moqueries. Il lui est plus facile de communiquer avec des enfants qu’avec des adultes qui parlent vite ». Un de ses voisins « a touché son corps » alors qu’il avait 6-7 ans. Pascal H. ne se souvient pas précisément : « Ce n’est pas un traumatisme. Mais il l’a gardé en tête. Aux Institutions Yad Mordekhaï de 2000 à 2020, il s’est occupé de l’administration, du courrier, et un professeur lui a demandé d’accompagner les enfants. Ce qu’il ne voulait pas, car il n’entend pas. Il a été licencié en août 2020. En prison, il étudie et a demandé une loupe automatique, interdite en détention. En mai 2023, il a été agressé à coups de poing en promenade, et a été placé en isolement ». On ignore si Pascal H. a été agressé car il est un « pointeur » (violeur en particulier d’enfants, en argot de prison) ou juif. Ou les deux.
L’accusé « suit des ateliers d’arts plastiques, de football, et a fait une demande pour la vidéothèque. Il rencontre un psy tous les 2-3 mois. Il lui a exprimé ses regrets. Il a commis des fautes, a réfléchi, a fait un travail sur lui. Il a honte pour lui, pour sa famille, pour les victimes ».
Première témoin à être entendue : la sœur de l’accusé, coiffeuse sexagénaire. « Mon frère a fait des bêtises », a dit T. « Bêtise est un mot de cour de récréation, pas celui d’un prétoire », a rectifié le Président de la Cour criminelle. « Il s’est passé ce qui s’est passé », a repris T. qui décrit une famille unie. Elle s’est accusée sans raison d’avoir causé involontairement les problèmes d’audition de son frère qu’elle a décrit comme un « très bon garçon, gentil… Il lit sur les lèvres et parle mieux qu’avant ». Elle a évoqué les attouchements d’un voisin sur son frère, alors enfant. Elle a nié certains faits reprochés : « Les faits sont graves, mais ce n’est pas vrai concernant ses nièces. Mon frère me l’a confirmé ». Depuis 2022, elle n’a « plus de lien avec ses nièces qui ont parlé sur les réseaux sociaux ». Elle rend visite à son frère en prison. « Pour avoir pris sa défense, je suis tricarde », conclut-elle.
Lui succédait à la barre R., fille de Pascal H. et de son épouse mal entendante. « On a du avoir une maturité plus vite », résume-t-elle. Les enfants du couple ont accompagné chez le médecin leur père qu’elle décrit comme « sévère, un peu nerveux, drôle ». Elle le voit « une à deux fois par mois en prison, et souffre de la situation… Il n’aurait jamais du faire cela… Il a dit que c’était le démon », a-t-elle soupiré en pleurant.
L’audience s’est conclue sur le témoignage de l’enquêtrice à la Directrice de la Brigade des mineurs. Elle a relaté les viols – pénétration digitale - et les attouchements sexuels sur les vêtements (poitrine, sexe) commis sur des enfants d’amis, ses nièces et sa petite-nièce. « Il affirme être attiré uniquement par les petites filles. Il a montré à une fille une vidéo porno pour qu’elle reproduise les actes filmés. Sa tablette contenait des films pornographiques hétérosexuels. Il y a eu un rebondissement : on a découvert qu’il avait commis des infractions sexuelles - fellations - sur des garçons élèves des Institutions Yad Mordekhaï ». Là, le rav Patrick Charbit « pensait à des affabulations d’un enfant de douze ans qui voulait se venger ». L’audition avec le juge rabbinique Benita « a été désagréable. Il ne sait rien, ne se souvient de rien ». L’absence de financement par l’administration policière, l’agression djihadiste du 7 octobre 2023 et la guerre contre l’Iran ont rendu impossible tout voyage pour rencontrer des victimes en Israël. L’enquêtrice s’est heurtée au refus d’une jeune femme de parler et semble subodorer l’influence de son père. Elle a précisé : « Spontanément, Pascal H. n’a pas parlé de ce que l’on a découvert au fil de l’enquête ».
Interrogé en fin d’audience, Pascal H. a reconnu des attouchements sexuels sur des fillettes en alléguant un « acte involontaire », avoir été « ébloui par le Soleil », ou « c’est elle qui lui aurait demandé ». Après trois ans de détention et de consultations d’un psychologue, l’accusé n’avait pas pris conscience du caractère illégal de ses actes, n’assumait pas sa responsabilité et ne présentait ni regret ni excuse. C’était déjà accablant. Le plus dur a commencé dès le lendemain matin avec les témoignages de jeunes victimes.
Audience du mardi 10 mars 2026
Adolescente menue de 16 ans, M. était vêtue de vêtements larges. « Je me suis fait violée par cette personne », a-t-elle quasi-crié d’emblée en désignant Pascal H. d’un geste ample du bras droit.
Elle s’en voulait de lui avoir demandé, alors âgée de sept ans, comment le mohel faisait la circoncision. Ce qui avait été suivi par un premier attouchement sexuel. « C’est pas de ma faute. J’étais une enfant… C’est lui qui est fou. Il me dégoute », a-t-elle soupiré.
Puis, entre des sanglots, elle a décrit ce qu’elle avait enduré pendant sept ans durant chabbat : « Dès la première fois, il me demandait de garder le silence, sinon il irait en prison… Il a menacé de montrer une vidéo de moi » se masturbant [selon son ordre]. « Je t’aime. Plus tard, je veux me marier avec toi quand tu auras 18 ans », lui avait-il promis. (Pleur) « A partir de 11 ans, j’ai pris conscience. Je ne voulais plus le rencontrer… Il m’a montré une vidéo porno pour que je fasse la même chose. J’ai refusé, mais à la fin je l’ai fait ».
Le Président de la Cour criminelle a lu des extraits de sa déposition devant la police ou le juge. Ce qui a évité à l’adolescente de devoir réitérer les actes subis dans un centre communautaire. Pascal H. avait effectué des viols par pénétration digitale, pratiqué le cunnilingus, et s’était masturbé. Après qu’il ait eu éjaculé, elle avait essuyé son sperme sur le sol.
L’adolescente a affirmé : Pascal H. « voyait bien, il parlait très facilement et entendait très bien ce que je disais ».
Cette lycéenne doit bientôt passer le Bac, mais a du mal à se concentrer : « A l’école, je travaille comme une folle, et j’ai des notes catastrophiques… Je n’arrivais pas à parler à la psychologue, alors j’ai coupé court. J’ai un vrai problème. Il n’y a pas un jour où je n’y pense pas ». L’adolescente a des « difficultés à l’endormissement », et souffre de « réveil précoce » ainsi que d’une angoisse : « Je me barricade chez moi. Depuis quatre ans, je suis devenue hyper-grosse… J’ai toujours peur des hommes, de la sexualité, d’être mariée… J’ai peur que mon futur époux reproduise les faits ». Elle veut devenir avocate.
Aucun de ses parents n’était présent, à sa demande, lors de son témoignage.
Entrant dans la salle, la mère de M. s’est avancée vers la barre, et elle a explosé : « On était amis. Il venait manger à notre table. Et il profitait de ma fille ! On a jeté [tous ses cadeaux]… Je n’ai rien vu. Je n’ai pas vu son jeu. Imaginez-vous la culpabilité ! J’imagine tant de choses. On ne fait pas çà à des enfants… J’ai appris par mon mari qui avait parlé à un coreligionnaire. Quand j’ai su, c’était dur… Je n’aime pas montrer ma souffrance à mes enfants. » La mère de la victime a poursuivi : « Ma fille avait honte. Elle ne voulait pas d’un psychologue... Elle ne va pas bien. Elle n’arrive pas à travailler. Elle s’évade par diverses activités… Dans l’école, tout se sait. On ne vous regarde plus de la même manière. » « Votre fille est en grande souffrance », a dit doucement le Président à la mère qui a acquiescé, puis a soupiré : « Il me dégoute, ce monsieur ».
A la barre, le père de M. a commencé par se moucher, car il pleurait. Il a déploré en parlant de l’accusé : « Il est très malin : il a l’air sourd-muet, mais c’est quelqu’un qui arrive à ses fins. Malheureusement, on ne l’a pas vu arriver. Je n’ai pas compris pourquoi il offrait des cadeaux (baskets) aux enfants… Alerté par un ami, j’ai interrogé ma fille : « Dis-moi s’il t’a fait quelque chose ». Elle a hoché la tête… Je suis allé au domicile de Pascal H. qui a avoué. Je lui ai dit : « Tu me dégoûtes. Je préfère partir. Je ne sais pas ce que je ferais… » Cela a été un grand choc dans ma famille ».
Il a sollicité le conseil de rabbins qui lui ont dit : « Tu as le devoir de le dénoncer à la police, pour l’empêcher de nuire ». Alors, il est allé au commissariat, et a porté plainte. « Quand j’ai déposé plainte, tout le monde s’est réveillé et a dit « Pascal H. m’a fait ceci, cela ». J’ai du mal à comprendre » leur long silence, a observé ce père éprouvé.
Au Président qui s’étonnait de sa démarche, ce père pieux a répondu : « Vous avez raison. Je veux me sentir bien dans l’autre monde. Je suis persuadé qu’il existe un autre monde avec un tribunal céleste qui m’attend ». Il a conclu : l’accusé « est attentif à la punition. Qu’il arrête de nuire. Il faut arrêter un massacre moral et physique. Si Pascal H. revient dans notre ville, je la quitterai ».
Sur les deux grands écrans surplombant les cinq magistrats, donc face au public, et sur celui en face d’eux, ont été projetées des photographies du Centre, du lieu fermé où ont eu lieu les attouchements et viols.
Le Président de la Cour criminelle a lu la déposition à la police et devant le juge de N., frère d’Elisheva et partie civile qui n’a pas souhaité témoigner devant la Cour criminelle. « Mon fils est introverti », a expliqué son père. Enfant, N. a failli subir durant son sommeil des attouchements sexuels de Pascal H., mais il avait repoussé la main envahissante.
Interrogé par le Président de la Cour criminelle, Pascal H. a dit : « J’ai été maladroit... Elle m’a demandé trois fois… Elle n’a jamais dit non… C’est le contact avec la peau de l’enfant qui me provoque cet effet-là… C’est ma faute, je regrette ». Il a pleuré, caché son visage dans les mains et a gémi : « Je suis malade. Je demande pardon ».
Un ami de l’accusé a décrit un homme serviable.
La mère trentenaire de A. avait sensibilité ses enfants au fait qu’aucun adulte n’a le droit de les toucher et que leur corps leur appartient. Ses enfants « sont toujours dans son visuel ». Durant des vacances estivales, sur la plage et dans la maison partagée par plusieurs familles juives orthodoxes, Pascal H. avait procédé à des « attouchements sur sa fille de huit ans qui lui avait confié : « Il a appuyé avec ses doigts. Ça m’a fait mal. J’ai dit non. Il a continué ». La mère a été choquée. Elle a décrit sa « fille sage, rêveuse. Ouverte, joyeuse, elle est devenue craintive. A 12 ans, elle a peur de grandir. Elle a peur qu’on lui fasse du mal. Elle joue avec sa poupée Barbie ».
Pascal H. a expliqué qu’il « ne l’a pas fait exprès… Il retirait le sable, quand il a touché le haut de la cuisse de la petite fille dont les jambes étaient écartées. »
Audience du mercredi 11 mars 2026
Peu avant le début de l’audience à 9h30, Pascal H. venait d’apprendre qu’il avait le droit de porter sa casquette sombre. Satisfait, souriant, il a fait un signe de la main, pouce levé, au policier qui la lui tendait, et a vissé son couvre-chef sur son crâne.
Agé de 71 ans, le rav Patrick Charbit a été entendu à la demande des conseils de parties civiles, en vertu du pouvoir discrétionnaire du Président de la Cour criminelle. Il a été dispensé de prêter serment.
Il avait recruté Pascal H., polyhandicapé dans le cadre d’un contrat aidé par l’Etat. Durant vingt ans, Pascal H. « a travaillé à temps partiel dans les bureaux, sans contact avec des enfants : il s’occupait du courrier et des campagnes de mailings, adressait les reçus Cerfa. Il était gentil, serviable, et travaillait bien… On a eu des besoins en surveillance, un besoin d’encadrement pour aider les enfants à descendre à la piscine, et pour surveiller les repas. Le jour où il a manqué quelqu’un, on a esssayé Pascal H., qui n’a jamais été seul ». « L’histoire a montré que oui », a objecté le Président de la Cour criminelle.
Et ce magistrat d’ajouter : « J’essaie de comprendre comment quelqu’un sans compétence se trouve en position d’encadrement des enfants. A partir de quand a-t-il été surveillant et maitre-nageur de fait ? » « Les deux ou trois dernières années. Je ne suis pas sûr de ce que je dis… », a répondu évasivement le rav Patrick Charbit qui a décrit des locaux spécialisés de ces Institutions qui se trouvaient alors rue Pavée (75004) : sur un côté de la rue des bureaux, de l’autre des salles de classe.
« Quand une autre école juive nous a alertés, on a séparé Pascal H. des enfants. J’ai consulté un avocat et j’ai suivi ce qu’il m’a dit de faire. On a licencié Pascal H. qui est parti très content… J’avais aussi interrogé le rav Benita… Nous avons une espèce de comité informel dirigé par la personne de la plus haute autorité, notre dirigeant spirituel, le rav Katz… J’ai eu connaissance de trois noms de victimes… J’ai commis une erreur dans la démarche. Je n’ai pas apprécié la chose. Je n’ai pas compris… Nous avons aujourd’hui un protocole pour sécuriser les contacts entre adultes et enfants. Je donne ce protocole aux directeurs, et nous sommes en contact avec un avocat pénaliste… Je crois que la loi a changé, je n’avais pas alors l’obligation d’alerter la police », a allégué le rav Patrick Charbit.
« La loi n’a pas changé », a rappelé le Président de la Cour criminelle.
« A l’époque, je ne connaissais pas cette obligation. Mon avocat ne me l’a pas dite. »
« Quand un élève dénonce les faits, vous devez le signaler. Quelle que soit la suite donnée par la justice. Ce n’est pas à vous de verifier la véracité des faits. Vous comprenez ? »
« Nous avons essayé de nous séparer proprement de Pascal H. ».
« Vous avez un devoir moral d’information. Vous donnez l’impression de mettre les choses sous le tapis, d’être en difficulté pour traiter ce sujet », a remarqué ce magistrat.
Une avocate a insisté sur les huit mois entre le signalement adressé aux Institutions Yad Mordekhaï par une école juive francilienne alertant sur un pédocriminel au sein de ces Institutions (décembre 2019) et le licenciement économique (août 2020) de Pascal H. à qui le rav Patrick Charbit n’avait pas indiqué le motif réel de son licenciement.
Après ce licenciement, le rav Patrick Charbit a recouru aux services de son ancien salarié pour une soirée de gala, et n’a pas été informé de ses retours dans l’école. Alors que des avocates s’efforçaient de souligner la responsabilité des Institutions Yad Mordekhaï, le Président David de Pas a dit au rav Patrick Charbit : « Ce n’est pas votre procès ».
Le rav Patrick Charbit a quitté définitivement la salle, sans un mot pour les deux victimes abusées dans les Institutions Yad Mordekhaï, sans écouter leurs témoignages.
Agé de 19 ans, grand de taille, la silhouette élancée, I. parlait lentement, comme s’il soupesait chaque mot. Il semblait introverti, maintenant une distance avec autrui. Le visage impassible, le ton assuré, il prenait le temps de la réflexion avant de répondre aux questions posées.
Il avait demandé à son père de quitter la salle d’audience avant son témoignage : « Il m’est difficile de verbaliser devant lui ».
Il a commencé par relater son périple périlleux - il avait quitté Israël en guerre contre le régime des mollahs iraniens via l’Egypte, puis la Turquie - pour arriver à temps au procès et témoigner : « J’ai voulu clore un paquet de ma vie de soufrances, d’incertitudes… Cela a été compliqué en matière scolaire. J’avais cela en tête, je n’arrivais pas à me concentrer en cours. Ce sont des faits graves, insurmontables ».
Tout a commencé pour lui vers ses 8-10 ans, à la piscine des Institutions Yad Mordekhaï dont il était élève : « Le maitre-nageur changeait régulièrement. J’avais peur du fond de la piscine… « Viens, j’ai quelque chose à te montrer », m’a dit Pascal H. Cela s’est terminé dans les toilettes par une fellation, il avait baissé ma culotte. Je pensais que c’était normal… Je faisais confiance à un homme d’un certain âge, un adulte… Après, il y a eu des attouchements dans les vestiaires. Il me caressait délicatement. Personne ne s’en rendait compte ». Il m’a dit : « C’est un enfant qui m’a montré cela. C’est pourquoi c’est permis de le faire ». Il se baladait ou fixait un rendez-vous. Les attouchements avaient lieu dans les couloirs de l’école et dans le vestiaire de la piscine, les fellations dans les toilettes. Il y a eu aussi un baiser sur la bouche. Il se masturbait et éjaculait ». Après la fermeture de l’école durant le confinement lié à la pandémie de coronavirus au printemps 2020, Pascal H., licencié, était revenu – « On entrait aux Institutions Yad Mordekhaï comme dans un moulin » - et avait découvert que sa victime avait grandi… Il « avait présenté des excuses avant Kippour » à sa victime, imprégnée de l’interdit biblique de l’homosexualité.
I. a conclu : « Je n’ai rien à lui dire. C’est un pauvre type. Je suis une victime ». Projetée sur les écrans, une photo de I. à l’époque des faits montrait un petit garçon à lunettes, souriant.
Son père L. a évoqué le « choc émotionnel [le jour de la révélation des faits] devant la souffrance subie par son fils. C’est le lendemain que j’ai pleuré le jour et la nuit ». Il a dit sa « souffrance pour n’avoir rien vu ». Une épreuve très douloureuse pour lui. « Le matin, mon fils a du se demander ’quelle journée vais-je subir ? »
Son fils avait soupiré durant l’enquête : « Enfin, il fallait que cela sorte ». « Votre fils portait beaucoup sur ses épaules », a dit le Président de la Cour criminelle. « Oui. Il avait la volonté bouleversante de protéger ses parents ». Le père attendait du procès « une partie de la thérapie du processus de reconstruction de son fils et que justice soit rendue ». Il a loué « le courage, la force morale de son fils qui l’épate ».
Pascal H. « n’a jamais embrassé I., et n’a rien demandé… Je travaillais à la piscine. Dans le vestiaire, I. jouait avec un téléphone, seul… Je ne me souviens pas de la fréquence des fellations ». Il l’avait filmé « en train de jouer avec son sexe », mais avait « supprimé les vidéos ».
« Pourquoi I. ? Parce qu’il était vulnérable ? », a demandé le Président de la Cour criminelle.
« I. était seul, dans la cour où jouaient au football les autres enfants… Il était à côté de moi », a répondu l’accusé.
Le Président de la juridiction pénale a lu les déclarations de I. à la police et durant l’instruction : « Pascal H. s’est masturbé, et quand il a éjaculé, I. a essuyé le sol… Pourquoi avoir filmé l’enfant ? Pour lui faire du chantage ? « Vous avez ruiné ma vie », avait alors dit I. Vous avez dit : « I. avait tendance à faire des déclarations obscènes… J’ai été tenté. Il m’a emmené dans un coin pour faire une fellation. » Comme si vous aviez été victime de I., alors âgé de neuf ans… Votre déclaration est presque inquiétante. I. a-t-il eu l’initiative ou vous étiez attiré par lui, et vous l’avez conduit dans les toilettes pour le violer ? »
L’accusé a répondu, en s’emparant du micro, car il parlait clairement, était audible et articulait : « Je ne sais pas… Je suis bête… Je suis maladroit… Peut-être, je suis malade. C’est ma faute à moi. Je regrette beaucoup… Je m’excuse ».
Il avait mis un terme à ses actes quand I., pré-adolescent, lui a dit « Il faut que cela s’arrête ».
Au Président de la Cour qui évoquait sa trahison de ses amis, de parents et d’enfants qui avaient confiance en lui, Pascal H. a dit ignorer le sens du mot « trahir ». Fatigue ? En fin d’après-midi, il disait ne pas comprendre les questions posées. Son avocat est intervenu pour tenter de reformuler des questions simples.
La sœur de Pascal H. avait signé la lettre de licenciement d’août 2020 que le Président a lue à haute voix car « elle vaut son pesant d’or ». L’employeur y évoquait comme motif du licenciement une « crise économique », une « baisse des dons », une « situation qui met en péril la pérénnité des institutions » qui se voyaient « contraintes de supprimer son poste de travail polyvalent, sans solution de reclassement ». Les Institutions Yad Mordekhai avaient évité le licenciement pour faute, et donc n’avaient pas mentionné les actes pédocriminels de leur salarié. Elles n’en avaient pas non plus informé leur personnel.
Nièce de Pascal H. D., âgée de 28 ans, pleurait : « Il me dégoûte ». Elle a relaté qu’un soir, elle dormait dans la chambre des enfants au domicile de son oncle. Celui-ci s’est allongé dans un lit à tiroirs où dormait sa fille, et sur le lit au-dessus, D. essayait de dormir au côté de sa sœur. Elle a senti la main de son oncle dégrafer le haut de son pyjama, puis descendre sur son ventre. Elle a fait semblant de dormir. Pour protéger sa sœur, elle l’a poussée contre le mur. « J’ai grandi avec cette scène », a déclaré la jeune femme. Voici quelques années, sa mère avait évoqué une époque où les enfants étaient rendus responsables des actes commis par les pédocriminels. Une de ses filles s’était alors indignée : « Alors, c’est moi qui ai cherché ton frère ? » D. a alors avoué ce qu’elle avait subi. C’était peu avant l’arrestation de Pascal H. Il semblait que ces faits se soient produits pendant que l’épouse de Pascal H. ait été niddah (période incluant les jours de règles et la semaine suivante au cours de laquelle le couple peut partager le même lit, mais en mettant une serviette roulée pour séparer le mari de son épouse ; le couple H. faisait alors lit à part, Ndlr)
L’accusé niait les faits, ne s’en souvenait pas et évoquait « des jeux avec des enfants ».
En fin de journée, un homme sexagénaire s’est avancé vers la barre en s’appuyant sur une canne blanche. C’était le père de filles, dont D., et d’une petite-fille agressées sexuellement ou violées par l’accusé. « Atteint de cinq maladies, j’ai arrêté depuis quatre ans mon traitement. J’ai voulu mourir. Je vis seul… Je ne veux plus entendre parler de ce prédateur qui va recommencer. Je suis écœuré par ce qu’il a fait aux enfants. Il n’est plus rien pour moi… Je ne veux plus l’entendre. Il a été mon beau-frère pendant trente ans. Il parle très bien. Il est en train de vous promener », a-t-il prévenu en s’adressant à la Cour criminelle qui, ensuite, a clos l’audience.
Audience du jeudi 12 mars 2026
J., âgé de 23 ans, a eu du mal à trouver des avions pour venir d’Israël où il étudie en yeshiva. Il était sociable, pensif tout en souriant. Son épouse et ses parents l’ont accompagné au Palais de justice.
Ce jeune homme a décrit avec précision l’organisation interne aux « Institutions Yad Mordekhaï fondées par le rav Katz », et le fait que des bureaux se trouvent aussi dans le bâtiment réservé aux élèves.
« J’ai rencontré au cours préparatoire Pascal H. A la piscine, les maîtres-nageurs se succédaient. On apprenait à nager : au CE2, on allait deux fois par semaine à la piscine. On jouait avec Pascal H… Je l’ai attrapé par la tête. Je me laissais porter par lui qui nageait. Il a attrapé mes mains et les a mises sur son sexe en érection. J’étais un enfant curieux, et je reste là. Il me mène vers la partie profonde de la piscine, à l’écart. Il me montre son sexe… Chaque fois, à la piscine, il m’a demandé de le suivre. Je lui disais « Non »… » Un jour, Pascal H. avait proposé une pièce de deux euros à l’enfant s’il le « suit aux toilettes. Il insiste, dit que cela va être court. Je suis dans un dilemme. Je dis Ok. Je sens que ce que je vais faire est quelque chose de mal. Je le suis jusqu’aux toilettes qui sont fermées. Pascal H. ouvre un local technique, baisse son pantalon, puis son caleçon. Je tiens son sexe en érection. Je prends les deux euros. Il baisse mon maillot de bains. Je suis choqué. Il me fait une fellation, et je ne peux pas réagir. Je vois la scène de l’extérieur. Il me demande de lui faire une fellation. Je dis non, et je veux partir. Il m’embrasse en léchant ma bouche fermée. Je suis choqué, dégoûté. Depuis, j’avais peur de lui… Un jour, je lui ai dit que c’est fini ».
Par hasard, il a croisé Pascal H. en Israël. « Je me suis dit : « C’est pas possible. Je suis dans un rêve ». Je me sentais déboussolé… Je l’ai rencontré au diner annuel des Institutions Yad Mordekhaï. Il m’a salué en me disant : « Tu as grandi. Tu as des muscles ». J’ai eu envie de vomir… Je le croise une autre fois. Il me dit : « Pour moi aussi, c’est difficile. Chacun demande pardon à l’autre pour ce qu’on a fait » ».
J. n’a « rien raconté, à personne. « Je me sens coupable : la pièce, je l’ai acceptée. Je l’ai suivi. Je porte les conséquences de ma bêtise. »
Il a songé à se suicider, une « issue de secours : sauter du balcon, se jeter du haut de la falaise » [en Israël]… Pourquoi souffrir ? Mais une petite voix, de plus en plus faible, me disait : « Tu vas t’en sortir ». J’avais besoin d’exprimer ma souffrance. J’étais dans un état insupportable… J’ai arrêté mes études en Israël, je suis rentré à Paris, et j’ai écrit au rav Charbit pour le rencontrer. Je lui demandais de l’aide, et je n’en ai pas reçue. Je lui ai adressé un second message. Nous nous donnons rendez-vous à la gare Montparnasse. Le rav Charbit promet peut-être un psychologue. J’attends des conseils d’orientation du rav Charbit. Je n’ai rien reçu… J’ai porté plainte dans une gendarmerie. Je l’ai dit à mes parents qui se sont effondrés… J’attends que justice soit rendue… J’ai peur que de victime, je devienne agresseur ». Il est en recherche d’un psychologue. Il a écrit un texte pour sensibiliser les gens, et s’est dit fier de cela.
Son père parle du « petit garçon de la famille. On échangeait beaucoup depuis que nos enfants sont tout-petits… Cela nous est tombé dessus. Tout s’est effondré… Que faire ? Comment l’aider ? Il a besoin d’un accompagnement très long. Il en est conscient. » Ce père pense que les faits subis ont influé sur la croissance de J. qui, à la différence de ses autres fils (1,80 m), a une taille moyenne. Ses enfants « n’ont pas eu d’éducation sexuelle. Ils ont appris leur intimité, qu’on ne se déshabille pas devant tout le monde ».
Devant les réponses évasives de Pascal H., le Président de la Cour criminelle a insisté calmement : « On attend des réponses, pas forcément toutes les réponses. On attend de vous que vous reconnaissiez les faits, que vous ayez conduit une réflexion. Vos gestes ont occasionné beaucoup de douleur. « Je sais pas », ce n’est pas très clair et rassurant… La situation a été source de culpabilisation : avec la pièce de deux euros, vous vouliez l’acheter pour assouvir votre désir ?... Vous avez dit [lors des interrogatoires à propos des gestes sexuels] qu’il vous a dit que sa maman les lui avait appris. On a joué ».
Pascal H. lui a répondu : « Tout se mélange… Il y a trop de faits… Je ne me souviens plus… J’ai commis l’irréparable et des choses à ne pas faire… J’ai pris conscience de sa souffrance ».
Le Président de la Cour criminelle a sollicité l’avis de Pascal H. : « En parlant de vous, le père d’un témoin a utilisé une expression que je n’emploie jamais : « C’est un prédateur qui chasse ». Qu’en pensez-vous ? » « Oui », a acquiescé l’accusé.
« Vous avez dit à J. « C’est difficile. Chacun demande pardon à l’autre pour ce qu’on a fait ». Faire participer, c’est le rendre co-auteur », a remarqué l’Avocate générale Emilie Petrovski.
« J’ai été tenté par le diable. J’ai fait un travail avec un psychologue depuis trois ans. Je veux oublier le mal que j’ai fait… Je m’excuse. Je regrette d’avoir fait ça », a dit Pascal H.
« Trop tard », a constaté une avocate.
Âgée de 33 ans, F. s’était rendue chez ses grands-parents qui habitaient sur le même palier que les parents de Pascal H., « une personne de confiance, aimable, gentille, rigolo ». Orpheline de père, elle considérait Pascal H. « comme un tonton, une figure que j’aimais beaucoup ». Elle a déploré deux épisodes. Alors qu’elle était âgée de 12-13 ans, lors d’une réunion, Pascal H. avait pris « des glaçons qu’il avait mis dans son dos, puis sous sa brassière, et jouait avec les glaçons pour toucher sa poitrine… pour rigoler ». Quelques temps après, elle s’était rendue chez lui pour installer MSN sur son ordinateur. Assis à califourchon derrière elle, il avait refait la même chose et l’avait bloquée. « Ce n’est plus un jeu. » En la raccompagnant à la porte de l’appartement, il lui avait dit : « Surtout, ne dis rien à ta mère ». Elle en a « parlé à une copine qui a dit que c’était grave. Je n’en ai plus parlé ». Elle n’est plus jamais retournée dans l’appartement. « On se croisait dans des fêtes. On ne se faisait plus la bise ». Elle a culpabilisé : « Si je l’avais dit, il y aurait eu moins de victimes… J’attends qu’il ne recommence pas ». Elle se décrit comme une « mère surprotectrice qui ne laisse pas ses enfants dormir hors du domicile ou partir en colonies de vacances ». Un témoignage entrecoupé de pleurs.
Sexagénaire, la mère de F. est une amie d’une sœur de Pascal H. Elle « culpabilise. Je me dis que c’est moi qui ai fait entrer le loup dans la bergerie » (sanglots).
Par visioconférence d’Israël, C. a témoigné. Elle est handicapée visuelle. Pascal H. est le frère de sa mère : « Il parle normalement, il entend bien… Je l’ai aimé comme une figure paternelle. Quand j’ai appris les faits, tout m’est revenu. Il a gâché ma vie… Enfant, je dormais souvent chez les parents de Pascal qui était célibataire. Il se masturbait… Quand j’ai appris [son arrestation pour pédocriminalité], je me suis réveillée pendant trois semaines en sueurs. Un flashback de mon enfance m’est revenu ».
Le Président a lu son témoignage durant l’instruction : « Il posait sa main sur ma poitrine, il se masturbait chaque fois que j’allais chez lui de mes sept ans à mes douze ans. Vers 12-13 ans, il a voulu aller plus loin en descendant en bas. J’ai compris que ce n’était pas normal. Je lui ai dit d’arrêter. Il m’a dit « Ok. Ne dis rien à ta mère et à mon épouse sinon elle divorcera ». Après, tout s’est effacé. Je n’ai plus jamais dormi chez lui ». Pascal H. lui avait aussi montré la photo une femme nue...
La jeune femme a suivi des thérapies, notamment une méthode recourant à l’hypnose. Lors d’une séance, elle s’est souvenue de son viol par Pascal H. avec son sexe. « J’ai toujours su qu’il s’était passé quelque chose de malsain. J’avais six ans. J’étais allongée sur le lit. Il est entré dans la chambre pour faire une sieste. Il s’est allongé près de moi. Il a mis sa main sur ma bouche. Il a fait des choses tout dans la délicatesse. Il a dit « Tu es belle. Ne t’inquiète pas ». Sur moi, il a fait deux-trois mouvements rapides ». Elle a évoqué « une colère, une tristesse, une impulsivité, une nervosité, un manque de confiance » en elle, et le bien-être apporté par sa thérapie. Vers octobre-novembre 2022, Pascal H. lui aurait dit : « Tu ne te souviens pas quand je te mettais les doigts dans la chatte ? » Elle a conclu sur le danger que Pascal H. représentait.
Le Président de la Cour criminelle a observé que ce serait la seule pénétration pénienne vaginale dans ce procès où des parties civiles ont relaté des pénétrations digitales ou des fellations.
Pascal H. a tout reconnu « sauf la pénétration de C. et de B. ».
Le Président de la juridiction pénale a souligné « les circonstances particulières du souvenir ».
Me Déborah Meier-Mimran a présenté cette thérapie, utilisée « en Israël et dans les pays anglo-saxons, afin de détecter le traumatisme. Le corps est endormi, mais le subconscient fonctionne ».
Une méthode qui a suscité le scepticisme chez l’avocate générale Emilie Petrovski - « A-t-on suggéré, proposé un souvenir ? » - et Me Stéphane Goldenstein.
H. est la sœur de D. et H. Elle cachait souvent ses mains dans son pull noir. Son parcours a été chaotique : addiction au cannabis, victime de violences conjugales… Concernant son oncle Pascal H. elle se souvenait de « sa respiration mauvaise sur mon cou, de son soufflement d’excitation d’être collé à moi. Il respirait très fort… Personne ne peut me toucher, même pas mon ex-mari… Je ne me mets jamais en maillot de bain ».
Pascal H. a reconnu avoir touché les seins de C. quand celle-ci venait chez lui garder sa fille, et a nié toute pénétration avec son sexe ou ses doigts, ou avoir évoqué sa « chatte ». Il a laissé trois messages sur le répondeur téléphonique de C. – « C’est tonton. J’ai appris… chérie. Ne t’inquiète pas… Pardon. Rappelle-moi stp » - après l’appel téléphonique de sa nièce. Il regrettait et lui demandait pardon.
Selon Me Déborah Meier-Mimran, Pascal H. aurait changé dans les modalités de ses agressions, dans son passage à l’acte, car dès ses 35 ans, il aurait eu des problèmes d’érection.
A Me Goncalves Brasileiro, avocate de I., l’accusé a déclaré « n’avoir jamais mis son sexe dans celui d’une fillette car cela risque de la mettre enceinte ».
Le Président de la Cour criminelle a commenté une déclaration de Pascal H. durant l’instruction : « Combien de temps vais-je passer en prison ? Si c’est à perpétuité, je me suicide »… J’espère que ce n’est pas un chantage à la justice ».
En fin d’après-midi, par visioconférence, l’expert psychiatre Lénonard Gautrelet, qui avait rencontré à deux reprises l’accusé en présence d’un interprète en langue des signes, a restitué son rapport. S’il a évalué une absence de dangerosité psychiatrique (pas de symptômes de troubles psychiatriques graves), il a constaté une dangerosité criminelle. Pascal H. « a tendance à réécrire les faits pour dédouaner sa responsabilité ». L’expert psychiatre a évoqué « une personnalité clivée : il porte un masque social pour dissimuler un trouble pédophilique, son attirance sexuelle pour des enfants prépubères. Concernant ses passages à l’acte, certains sont opportunistes, et, dans d’autres cas, il crée l’occasion (son impulsion sexuelle le pousse alors à entamer malgré le risque). Dans son passage à l’acte, son discours se construit en trois phases : durant son discours initial il s’énerve, puis il rationalise - il reconnait en partie les faits en les requalifiant (« grosse bêtise »), enfin il rejette la responsabilité sur sa victime (« Pourquoi avait-elle les jambes écartées ?) ». Le Dr Lénonard Gautrelet s’est référé au modèle de David Finkelhor sur le passage à l’acte pédophile. Il a décrit un « vrai schéma en toile d’araignée et la neutralisation de la résistance de l’enfant par des manipulations, des menaces ». Il a préconisé une « injonction de soins avec des professionnels et avec un groupe de paroles ». Il a conclu que le discernement du prévenu n’avait été ni aboli ni altéré, donc Pascal H. pouvait être jugé par la Cour criminelle.
Le Président de cette juridiction pénale l’a interrogé sur « l’évaluation de la dangerosité et le risque de récidive ». Il a soulevé une contradiction dans le rapport de l’expert psychiatre qui indiquait que Pascal H. « semble avoir fait une partie du chemin - il reconnait les faits mais cherche des justifications, des solutions réelles ou imaginaires » - et « l’absence de vraie introspection sur les causes des passages à l’acte ». Ce qui est préoccupant ». L’expert psychiatre l’a reconnu : l’accusé « s’est construit sur des années une muraille qui le protège ». Et il a proposé aussi « un traitement freinateur de libido (antidépresseur). En cas d’échec, il faudrait envisager la castration chimique afin de baisser la production de testostérone ».
Audience du vendredi 13 mars 2026
Par visioconférences, deux experts psychologues, Sam Hamidi et Isis Hanafy, ont restitué leurs rapports.
Sam Hamidi a effectué les expertises de quatre parties civiles. D., vingtenaire, a fait l’objet d’une « opération de réduction mammaire, mais était-ce en lien avec son traumatisme ? » Il a évalué des « perturbations modérées » et a préconisé un soutien psychologique. L’état psychique de F. est « modérément perturbé » et un soutien psychologique s’avère pertinent. Chez I., la « fellation a produit un plaisir mécanique, naturel ; l’état psychologique de la victime, affectée par les faits, est modéré. Un soutien psychologique est nécessaire ».
Me Déborah Meier-Mimran et Me Cindy Samama ont souligné les traumatismes des victimes.
D’une durée d’environ quinze minutes, l’enregistrement filmé en 2022 de la fillette B., alors âgée de quatre ans, interrogée par une enquêtrice a été projeté. La policière touchait le nez et le bras de l’enfant tout en lui demandant de les nommer. Puis, ee la même voix forte et un peu dure, elle interrogeait la fillette sur les faits reprochés à son grand-oncle. La fillette a réitéré ce qu’elle avait déjà confié à sa mère : il avait touché « sa toutounette » et ses fesses. L’enquêtrice lui demande de lui montrer, sur un jouet, les parties de son corps ayant été touchées. Mal placée, la caméra ne permettait pas de voir exactement les zones désignées par l’enfant. De plus en plus gênée au fil des questions, la fillette se touchait la nuque, les cheveux noués en queue de cheval, ou ne répondait pas.
Pascal H. a nié ce viol : « Je ne l’ai jamais touchée. Elle a du écouter ce que disait sa mère, les choses autour d’elle ».
Le Président de la Cour criminelle a lu la déposition en 2022 de l’épouse de Pascal H., dotée d’une interprète en langue des signes, et bloquée en Israël par la guerre : son « mari est comique, gentil, généreux, et s’énerve parfois ». Il ne lui a jamais « montré des films pornographiques. Leurs rapports sexuels ont diminué avec l’âge : une fois tous les deux mois. Il souffre de problèmes d’érection ». Est évoqué rapidement, sans précision, le viol d’une jeune fille de 18 ans. L’épouse avait relaté comment elle avait appris les agressions sexuelles et viols, et les répercussions sur sa famille. Son mari lui a dit : « J’ai honte. Je suis malade »… Elle était « dégoûtée. Qui est mon mari ? Il doit se soigner ».
Le Président de la Cour criminelle a souhaité réentendre R., la fille de Pascal H. qui a assisté à toutes les audiences. La jeune femme a dit : « J’ai besoin de comprendre. Ce qu’il a fait est horrible. Je l’aime, c’est mon père. Je ne veux pas qu’il se sente abandonné. (pleurs) Il a gâché des souvenirs. On ne voit plus son enfance pareil… Il a deux personnalités… » Son frère n’a pas voulu venir au Palais de justice. En apprenant « les détails, il s’est effondré ».
Experte psychologue, Isis Hanafy a restitué son rapport tout en se tortillant sur son siège, le regard scrutant souvent son rapport, mais errant de tous côtés. Pour M. et A., elle a évalué un « faible retentissement psychologique ». Elle a distingué les actes commis sur la durée de l’acte « one shot », unique. Concernant Pascal H., elle évaluait sa dangerosité comme « moyenne ». Au Président qui s’en étonnait car « il y a dix parties civiles », la psychologue répondait que son dossier mentionnait « trois victimes. Maintenant que ce nombre était de dix, cela changeait » son évaluation dans sa grille de référence.
Me Déborah Meier-Mimran a lu l’extrait du témoignage d’une psychologue israélienne, Sandrine Brami, qui a pratiqué des séances d’une thérapie qui atteignait « l’inconscient profond et la régression par la transe ». Me Stéphane Goldenstein a indiqué que son nom ne figure pas dans la liste des professionnelles en Israël.
L’accusé reconnaissait que « I. ne l’a pas sollicité » pour avoir des relations sexuelles, et demandait « pardon pour que son âme aille au Paradis ».
Des photographies de victimes, enfants à l’âge des faits, ont été projetées.
Audience du lundi 16 mars 2026
Pascal H. devait répondre de quinze infractions : tentative d’atteinte sexuelle par majeur sur un mineur de 15 ans, atteintes sexuelles par majeur sur six mineurs de 15 ans, corruption de mineur de 15 ans, atteintes sexuelles incestueuses par majeur sur trois mineurs de 15 ans, et viols commis sur quatre mineurs de 15 ans.
L’accusé encourait une peine de dix ans d'emprisonnement et 150 000 d'euros d'amende pour corruption de mineur de 15 ans (article 227-22 du Code pénal), de sept ans d’emprisonnement et de 100 000 euros d’amende pour atteinte sexuelle (article 227-25 ) voire dix ans d'emprisonnement et de 150 000 euros d'amende quand « elle est commise par une personne majeure ayant sur la victime une autorité de droit ou de fait » (article 227-26 ), ainsi que respectivement quinze ans et vingt ans de réclusion criminelle pour viols (articles 222-23 et 222-23-1 du Code pénal) et viols incestueux (article 222-23-2). L’âge (mineurs de 15 ans) et le lien d’ascendant ou d’autorité constituent des éléments aggravants.
La journée a débuté par les plaidoiries des trois avocates des dix parties civiles.
Me Déborah Meier-Mimran et Cindy Samama ont évoqué un « traumatisme transgénérationnel », et ont mis en avant les souffrances et traumatismes.
Pour l’avocate de I., Me Angélique Goncalves Brasiléiro, « le handicap de Pascal H. le rendait insoupçonnable ». Elle a évoqué le « calvaire d’un enfant ».
Toutes ont rappelé les traumatismes graves que les rapports des deux experts psychologues semblaient avoir quelque peu minoré.
Représentant le ministère public, l’avocate générale, Emilie Petrovski a retracé les actes commis par l’accusé, leur durée pour chaque partie civile. Elle a souhaité une peine afin de « punir l’accusé à hauteur des gouttes, réparer les lourds dommages, et prévenir les actes en faveur de la réintégration ». Elle a requis une « peine de quinze ans de réclusion dont la moitié de la peine assortie d’une libération conditionnelle, des soins psychologiques durant la détention dans un délai suffisant, un suivi judiciaire pendant dix ans, une injonction de soins psychologiques, l’interdiction de tout contact avec les parties civiles, la réparation de tout ou partie des dommages pour les parties civiles, cinq ans d’emprisonnement maximum en cas de manquement au suivi socio-judiciaire, et, en peines complémentaires, l’interdiction d’activité en contact avec les enfants, une peine d’inéligibilité pendant dix ans, ainsi que l’inscription dans le fichier des infractions sexuelles. »
Puis, Me Stéphane Goldenstein a voulu « remettre l’église au centre du village ». Il a centré sa plaidoirie sur deux points juridiques. Le viol de Léa est apparu lors d’une séance d’hypnose, pratique ne constituant pas un mode de preuve selon la Cour de cassation et, « ne correspondait pas au fil crescendo » : cet acte, premier dans la chronologie, ne s’était pas renouvelé et se distinguait par sa nature des atteintes sexuelles et viols digitaux commis selon un mode opératoire similaire. Ce qui ne changeait rien au quantum de la peine. Concernant I., cet avocat a souhaité que la Cour criminelle tienne compte de la modification législative opérée en 2018 sur la définition du viol. La vidéo de B. ? « Ce n’est pas remettre en cause la parole de l’enfant », mais « je ne sais pas quoi dire… le huis-clos familial… »
Pascal H. n’a pas pris la parole.
Puis les cinq magistrats de la Cour criminelle se sont retirés pour délibérer. Les décisions portant sur la culpabilité et sur la peine doivent être prises à la majorité des voix.
En audience publique, la Cour criminelle a prononcé sa décision motivée en fin d’après-midi.
Elle a répondu, par des votes à la majorité, et par l’affirmative aux questions posées. Elle a déclaré Pascal H. coupable de tous les faits reprochés. Elle a motivé la condamnation pour le viol de C. en écartant le « processus de remémoration » qui « n’est pas une preuve suffisante », et en évoquant une expression de l’accusé, et le viol de B. car, « comme le montre le visionnage de la vidéo, le processus de déclaration est plus que plausible », et l’acte présente des similarités avec celui de A.
La Cour criminelle a condamné Pascal H. à treize ans de réclusion criminelle, un suivi socio-judiciaire pendant sept ans, l’obligation de ne pas se rendre dans les Institutions Yad Mordekhaï et au Centre communautaire, de n’avoir aucune relation avec les parties civiles, une injonction de soins et une condamnation à cinq ans maximum en cas de non respect de cette obligation, l’interdiction d’exercer définitivement une activité professionnelle ou bénévole au contact habituel avec des mineurs, dix ans d’inéligibilité, et l’inscription dans le fichier des auteurs d’infractions sexuelles.
Le Président de la Cour criminelle a déclaré que « cette peine importante tenait compte de la sérialité des faits sur 25 ans, sur dix mineurs ». La juridiction pénale a retenu que Pascal H. « avait reconnu en grande partie les faits », mais « n’a pas fait toue le chemin ». Elle a tenu compte de l’absence d’antécédents judiciaires, et choisi une « peine significative de treize ans avec un filet de sécurité par le suivi socio-judiciaire dont le respect sera assuré par le juge d’application des peines ».
Le Président de la Cour criminelle informa Pascal H. qu'il pouvait interjeter appel de la décision dans un délai de 10 jours à compter de cette date. Son avocat m’a indiqué que le jugement était « nuancé » et qu’il n’interjettera pas appel.
Le procès pénal s’est achevé. Les magistrats se sont retirés.
Dix minutes plus tard, ces cinq magistrats sont revenus pour l’audience concernant l’indemnisation civile des victimes.
Me Déborah Meir-Mimran a fait le « choix de ne pas demander de nouvelles expertises » et s’est reportée au référentiel Mornet , « un des principaux outils de référence en matière d'indemnisation du préjudice corporel en France ».
Me Angélique Goncalves Brasiléiro a sollicité pour I. 4.800 € pour la prise en charge de 80 euros par séance par un psychologue, 60.000 € pour la souffrance, et, pour ses parents, 20.000 euros à chacun d’eux pour indemniser leur préjudice moral.
Me Stéphane Goldenstein a indiqué que le Fonds de garantie des victimes d’infractions (FGVI) indemnisera les victimes et se retournera vers Pascal H. Il a aussi qualité les montants demandés d’« excessifs, au-delà du barème Mornet ».
Jugement le 29 juin 2026.
L’audience civile a été suspendue.
Le Président de la Cour criminelle est alors descendu de son estrade, et s’est dirigé vers chaque partie civile à qui il a expliqué brièvement que ce procès marquait une étape dans son cheminement de reconstruction.
Un procès exemplaire
Le Président de la Cour criminelle, David de Pas, a mené les débats avec un rare tact, un professionnalisme extra-ordinaire : maitrisant tout le dossier, il a relevé les contradictions de l’accusé ou des faiblesses, voire incohérences dans les rapports d’experts psys. Toujours avec respect et calme, il a cherché à obtenir les réponses d’un accusé semblant réticent, ne comprenant pas ou feignant de ne pas saisir les questions posées. Ce magistrat, et les assesseures, se sont efforcés d’établir des faits et de comprendre des processus menant aux actes. Le Président a aussi questionné les parties civiles, et au-delà, sur leurs attentes du procès, et a expliqué publiquement le jugement rendu. Un travail si remarquable que les assesseures et l’avocate générale ont eu peu de questions à poser. Et qui a suscité l’admiration unanime du rare public.
A noter aussi le respect des avocates des parties civiles, Mes Angélique Goncalves Brasiléiro, Déborah Meier-Mimran et Cindy Samama, pour la fille déchirée de Pascal H., et, réciproquement, celui de l’avocat de l’accusé, Me Stéphane Goldenstein, pour les victimes.
A constater la profondeur des traumatismes induits par des atteintes sexuelles et viols subis, on demeure admirative devant le courage et la dignité des victimes. Et on espère qu’elles bénéficieront, ainsi que leurs parents brisés, de la prise en charge adéquate par des psychologues spécialement formés et que tous parviendront à surmonter leurs traumatismes.
Concernant la vidéo de la petite fille âgée de quatre ans qui se plaignait d’attouchements sexuels, ne serait-il pas préférable que l’enquêtrice adopte un ton de voix plus doux et s’abstienne de toucher, sans raison, le corps de l’enfant ?
Des faits, peut-être hors-sujets, sont apparus en filigrane ou par intermittences : l’addiction à la drogue (cannabis) de l’accusé, le divorce douloureux des parents de parties civiles. Quid du viol d’une jeune fille de dix-huit ans ?
La Cour criminelle disposait de rapports datés, remontant souvent à 2024, parfois fondés sur des expertises disposant de dossiers incomplets. Surtout, on pouvait mesurer l’écart entre les évaluations « modérées », sur la base de grilles officielles, retenues par des experts psys et la profondeur des traumatismes de victimes lors de leurs témoignages à la barre. Car faute d’une prise en charge adéquate et précoce, les traumatismes se sont aggravés. En outre, l’experte psychologue révisait le degré de dangerosité en apprenant que les victimes de l’accusé n’était pas au nombre de trois, mais de dix. Quid de quatre ou cinq victimes ? Toujours le même degré de dangerosité ?
Aussi éprouvant et glauque a-t-il été, ce procès, qui a exploré les tréfonds particulièrement obscurs d’une âme perverse, a reconnu le statut de victimes aux jeunes abusés ou violés. Il a démontré également ce que devrait être le fonctionnement normal de la justice, et on espère que son Président assure la formation de futurs magistrats.
Mettant en relation les auteurs et les victimes d’infractions, la justice restaurative a été « pensée comme un complément à la justice pénale ». Elle a été illustrée au cinéma par « Je verrai toujours vos visages » de Jeanne Herry (2023), et semble inenvisageable dans ces affaires de pédocriminalité.
La CIVI
Pour les parties civiles, le parcours judiciaire va se poursuivre devant la Commission d'indemnisation des victimes d'infractions (CIVI ) qui siège dans un Tribunal Judiciaire. Et ce, afin d’obtenir des dommages et intérêts pour leurs préjudices, tout en évitant toute relation additionnelle avec Pascal H., vraisemblablement insolvable.
Peut-être que des expertises judiciaires récentes seraient nécessaires pour éclairer la CIVI et le FGV.
La CIVI statue après avoir reçu les observations du Fonds de garantie des victimes (FGV) et éventuellement du Ministère public, et entendu les parties civiles, représentées ou non par des avocats.
« L’évaluation du préjudice devant la CIVI est autonome par rapport au juge pénal », c’est-à-dire que le montant décidé par la CIVI « peut être identique, inférieur ou supérieur » à celui évalué par la juridiction pénale ».
Puis, le FGV versera le montant des dommages et intérêts aux parties civiles, et se retournera vers Pascal H. pour recouvrir éventuellement le montant versé.
Illustrons cette procédure par un jugement récent de la CIVI du 19 février 2026 et les observations du FGV de mai 2025. Bref rappel des faits : en novembre 2024, une Française juive âgée, vivant dans un immeuble aux habitants hostiles, a constaté le vol de ses deux pots Riviera sur le palier de son appartement. Elle s’est rendue au commissariat de police pour déposer plainte et a désigné l’auteur vraisemblable de ce vol, un locataire qui lui avait adressé via WhatsApp un message comminatoire visant ces pots. La plainte citait un extrait de ce message : « la cage d’escalier n’est pas votre jardin ». La plaignante a saisi la CIVI, a évoqué, photos à l’appui, une discrimination antisémite – seuls ses pots de fleurs ont étés volés, et non ceux d’autres habitants chrétiens - et a sollicité l’indemnisation de ses préjudices. Ses conclusions ont été transmises au FGV dont le directeur général, Julien Rencki, s’est opposé à toute indemnisation : il a estimé que le dépôt de plainte ne prouvait pas l’infraction – alors qu’il est exigé par un assureur -, et que la demanderesse n’informait pas « sur les suites réservées à la plainte ». Mais depuis quand le parquet informe-t-il des suites d’une plainte ? Demandez aux associations ayant porté plainte depuis 2024 contre Rima Hassan, Thomas Portes, etc. La police n’a même pas interrogé le suspect identifiable !
De plus, Julien Rencki a éludé la discrimination antisémite. Or, cet énarque était tenu de respecter l’article 40 du Code de procédure pénale (CPP) qui impose à tout fonctionnaire ayant « la connaissance d'un crime ou d'un délit… d'en donner avis sans délai au procureur ». Ce que Julien Rencki n’a pas fait ; curieux aussi de la part de cet animateur bénévole du groupe de travail « diversité dans le secteur public » chez Mozaïk RH.
Notons aussi l’inaction du Ministère public…
Heureusement que le « gouvernement-est-déterminé-à-lutter-contre-l’antisémitisme » et que les ministres de la Justice ont adressé des directives au Parquet aux fins de sévérité envers l’antisémitisme.
La demanderesse a répondu aux observations du directeur général du FGV, en réitérant la discrimination antisémite. En vain.
Lors de l’audience, les trois magistrats de la CIVI n’ont posé aucune question à la demanderesse qui s’est défendue seule, en évoquant la discrimination antisémite.
Leur jugement l’a déboutée de ses demandes en reprenant les observations du FGV, et par une lecture problématique des conclusions de la demanderesse. Un seul exemple : les trois magistrats ont allégué que « la conversation WhatsApp » ne fait pas « mention d’un quelconque vol de pots de fleurs ». Et pour cause ! Cette conversation était antérieure au vol, comme l’indiquaient les conclusions et la plainte !
Quant à l’antisémitisme, ces trois magistrats ont écrit que « des éléments objectifs et circonstanciés » n’étayent pas le contexte antisémite. Ils n’avaient pas à juger, mais à en informer le Procureur. Seuls les pots de fleurs de la seule juive de l’immeuble ont été volés. Ce fait ne serait ni « objectif », ni « circonstancié ». Pourquoi aucun de ces trois magistrats n’a-t-il pas interrogé sur ces points la plaignante ? Une violation du principe du contradictoire ? Un désintérêt manifeste ? Une incompréhension ou insensibilité envers la crainte justifiée dans un contexte de nombre élevé d’actes antisémites ? Une déconnexion de la réalité ?
« Nous ne laisserons rien passer face à l’antisémitisme », disaient les Premiers ministres Edouard Philippe, Michel Barnier, Elisabeth Borne et Gabriel Attal.
Hasard ? La date du jugement correspond à celle du diner du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) au cours duquel le Chef du gouvernement Sébastien Lecornu a réaffirmé l'engagement de l'État contre l'antisémitisme.
Les victimes juives françaises de Pascal H. risquent d’être confrontées à ces magistrats de la CIVI qui, au mieux, auront parcouru rapidement les conclusions de leurs avocates, et appliqueront des barèmes correspondant à des indemnisations modestes au regard de leurs besoins.
Institutions Yad Mordekhaï
Lors du procès, certains rabbins ont semblé en déconnexion avec leurs coreligionnaires. Ils étaient désemparés, incrédules, motivés par le souci d’éviter la médisance, et cherchant par des démarches dilatoires des aides sur la conduite à mener, voire peut-être à éviter de ternir la réputation d’institutions.
A cet égard, le témoignage du rav Patrick Charbit, ancien directeur des Institutions Yad Mordekhaï, s’est avéré décevant, voire déplorable ou effrayant : prétention à connaître mieux le droit que le Président de la Cour criminelle, quinquagénaire expérimenté !? Amateurisme au sens péjoratif du terme de la part du directeur d’un établissement scolaire ayant eu la charge de 500 à 600 élèves, de la maternelle à l’âge adulte. Allégations peu crédibles : comment a-t-il pu ignorer, ou tolérer, qu’un mal voyant et mal entendant « encadrait », sans compétence, sans délégation de sa hiérarchie des enfants à la piscine ? Avant de prendre la direction des Institutions Yad Mordekhaï, il travaillait dans un monde professionnel laïc doté de professionnels aux tâches définies, guidés par de « bonnes pratiques », etc. Pourquoi n’a-t-il pas fait profiter ces Institutions de ce fonctionnement ?
Le rav Patrick Charbit a assuré qu’il avait pris conscience de la gravité des faits, et qu’il distribue un protocole aux directeurs de chaque section de l’école. Mais est-ce à un retraité septuagénaire bénévole, qui a failli dans son travail sans aucune sanction, dont la compétence reste à démontrer, d’avoir autorité sur des directeurs ?
Il s’avère impératif que les Institutions Yad Mordekhaï se dotent des professionnels compétents, d’un organigramme clair, et non d’une « espèce de comité » (sic). Ne serait-ce que pour établir les responsabilités de chacun.
Par « compassion », le rav Patrick Charbit avait procédé à un licenciement économique, au lieu d’un licenciement pour faute, sans faire prendre conscience à Pascal H. de la gravité et l’illégalité de ses actes, et sans informer le personnel des Institutions Yad Mordekhaï du danger que ce pédocriminel représentait pour les élèves. « On entrait comme dans un moulin aux Institutions Yad Mordekhaï », s’est souvenue une des victimes. Ce qui paraît aussi un défaut dans la protection de cet établissement par le Service de protection de la communauté juive (SPCJ). Et ce qui a permis à Pascal H. de commettre d’autres infractions sexuelles.
Que dire de l’indifférence des Institutions Yad Mordekhaï envers ses élèves victimes ? Pas de soutien psychologique. Pas d’indemnisation. Pas de présence lors des témoignages de ses anciens élèves lors du procès. Si le signalement obligatoire au procureur avait été fait le 12 décembre 2019, il aurait été possible de mettre fin plus tôt à des attouchements et à des viols, et d’en éviter certains. Et quand une avocate de parties civiles a évoqué, sans le nommer, un autre employé pédocriminel des Institutions Yad Mordekhaï prochainement jugé, on pensait : « A suivre… »
Le rav Patrick Charbit s’est montré réticent à nommer le rav Katz, Président de ces Institutions. Pourtant, tous deux ont été contactés par le Collectif Refouat Néfachot afin que les Institutions Yad Mordekhaï reconnaissent leur responsabilité et indemnisent les victimes. Un Beth Din, tribunal rabbinique, avait été constitué à cette fin. Mais ces deux dirigeants ont exigé d’établir les faits et ont finalement décliné cette proposition. Le rav Patrick Charbit a vraisemblablement oublié ce Beth Din quand il a nié, devant la Cour criminelle, toute tentative de règlement par un tribunal rabbinique
…
Autant de carences et de fautes, c’est inadmissible de la part d’une institution religieuse et éducative se prévalant de sa moralité, a fortiori jouissant d’une telle réputation.
Impliquée dans un scandale sexuel, la Congrégation des pères de Bétharram a reconnu sa responsabilité dans les violences physiques et sexuelles d’enfants qui, devenus adultes, ont porté plaintes. Et elle a indemnisé « toutes les victimes, de personnels religieux comme laïcs ». Une indemnisation certes partielle, car elle « ne prend pas en charge la question de l’accompagnement des victimes ». Un exemple à suivre, et à compléter par les Institutions Yad Mordekhaï ?
Depuis août 2025, à plusieurs reprises, j’ai contacté la direction des Institutions Yad Mordekhaï pour avoir son point de vue, et la citer dans mon article. Un rendez-vous avait été fixé, puis annulé par cette direction qui, ensuite, n’a plus répondu à mes messages écrits.
Le Collectif Refouath Nefashoth a aussi suivi le procès, et publié un communiqué fustigeant les Institutions Yad Mordekhaï pour leur « manquement moral », leur « non-dénonciation de crimes sur mineurs. Une abstention lourde de conséquences, susceptible de caractériser une mise en danger d’autrui, voire une forme de complicité par abstention, tant elle a permis la poursuite des violences ». Le « Rav Patrick Charbit a offert un spectacle glaçant : mépris, dédain, fuite. Une parole confuse, insaisissable, comme pour diluer la responsabilité… Pas une parole à la hauteur de la gravité. S’il avait alerté, s’il avait signalé à la police, plusieurs victimes du prédateur lui auraient échappé. Des viols de très jeunes enfants, des fillettes de quatre ans, auraient été évités… Les questions qui s’imposent sont simples : pourquoi ? Oui, il y a l’incompétence. Oui, il y a l’absence de formation. Oui, il y a l’ego, la certitude, le fonctionnement fermé, presque sectaire, où le « Rosh Yeshiva » devient un intermédiaire incontestable entre l’homme et D. » Le « Rosh Yeshiva » est le responsable spirituel et universitaire d'une yeshiva, université juive d'études de la Torah.
Ce Collectif a avancé plusieurs autres hypothèses explicatives : « Le mépris absolu des autres, avec la conviction d’être au-dessus, détenteurs exclusifs de la Torah et de la vérité, la sacralisation de l’institution intouchable, quoi qu’il en coûte, et la protection des intérêts, des donateurs, du système financier qui gravite autour. En d’autres termes : préserver l’apparence pour préserver l’avenir. Et tant pis si l’être disparaît… Les institutions ont changé d’adresse... Mais rien n’a changé… D’autres affaires existent… Le temps des témoins s’achève. Le temps des comptes approche… Nous appelons à protéger les enfants, à briser l’omerta, à réformer en profondeur ces institutions… Parce que le silence n’est plus une option. Nous ne nous tairons plus ». Ce Collectif peut être joint à Collectifrefouatenefashote@gmail.com
Un proche de l’institution et du rav Katz m’a confié combien il était blessé, choqué, par « la faute morale commise » par la direction des Institutions Yad Mordekhaï.
Absence de dirigeants et médias
Ni le Grand Rabbin de France Haïm Korsia, ni le Grand Rabbin de Paris Ile-de-France Michel Gugenheim, ni les Présidents des Consistoires, ni le Président du CRIF Yonathan Arfi, ni aucun autre dirigeant des principales organisations juives françaises ne s’est déplacé pour assister au procès, ne serait-ce qu’à une audience matinale ou dans l’après-midi. Trop occupés à préparer l’un la remise de l’insigne de Commandeur de la Légion d’honneur à l’Elysée des mains du Président Emmanuel Macron, l’autre le comité directeur du CRIF du 24 mars 2026… ? Ignorance ? Indifférence ? Pourtant le 20 mars 2026, le CRIF a adressé sur X, ex-Twitter, "à l’occasion de l’Aïd el-Fitr [ses] meilleurs vœux à tous nos compatriotes musulmans".
Seul, le Président d’une synagogue consistoriale parisienne a entendu les plaidoiries des avocats et les réquisitions de l’Avocate générale. Durant l’office de chabbat du 21 mars 2026, il a évoqué, avec tact, ce sujet sensible.
Le vice-Président de l’association C.H.A.R. (Contre la haine l’antisémitisme et le racisme) a assisté aux séances dès le 11 mars 2026 et a publié un compte-rendu du procès.
Un spectateur s’est étonné qu’aucun service de protection communautaire n’ait veillé à la sécurité de ces Français juifs orthodoxes, repérables par leurs tenues vestimentaires, durant leurs déplacements dans un département quasi-Jüdenrein. « On fait attention », m’a confié sobrement une partie civile.
Aucun journal français n’a couvert le procès – un seul article sur la première audience dans Le Parisien.
Peut-être parce que le sujet gêne : il risque de donner du crédit aux stéréotypes antisémites des juifs et le sexe, des juifs et l’argent. A fortiori, en pleines affaires Jeffrey Epstein et, dans une moindre mesure, Fabrice Aidan, ainsi que durant le scandale des agresssions sexuelles et viols dans le secteur périscolaire parisien alors qu’Emmanuel Grégoire, adjoint de la Maire socialiste Anne Hidalgo, et candidat à la Mairie de Paris, était en charge des ressources humaines. Sans parler du scandale d’Etat perdurant de l’ASE (Aide sociale à l’enfance). Ce qui révèle la contradiction entre une société qui affiche son souci pour les enfants, notamment en introduisant à l’école des « cours d’empathie » et des cours d’éducation sexuelle dès le plus jeune âge, tout en autorisant des Queers dans des établissements scolaires publics, dans des bibliothèques municipales... Une société de confusions où des journalistes désignent une petite fille de cinq ou dix ans victime de viol par l’expression « jeune fille » !? Ce qui accrédite à tort l’idée de possibles relations sexuelles, voire de consentement.
Aucun média juif français n’a évoqué ce procès. L’affaire Lawee a fait l’objet de la même omerta de leur part. Pourtant, ce procès permet d’effectuer un travail d’information et de pédagogie. Deux seules journalistes ont couvert ce procès : Shirli Sitbon pour le Jewish Chronicle et moi.
Un sujet moins tabou
Ce qui concerne le sexe est un sujet longtemps tabou, en particulier dans le milieu juif orthodoxe. Ce qui rend ce monde plus vulnérable aux pédocriminels.
Lors de ce procès à Bobigny, se sont exprimées des mères juives orthodoxes trentenaires, parfois victimes d’abus sexuels dans leur enfance, et qui ont éduqué leurs enfants au respect obligatoire de l’intégrité de leur corps par autrui, en disant les mots adaptés à des enfants en très bas âge. Et les parents ont soutenu leurs enfants quand ceux-ci ont révélé leur calvaire.
Mais, malgré leur vigilance, un pédocriminel a pu sévir parmi des juifs orthodoxes pétris de bonté, d’empathie, des valeurs du judaïsme, soucieux d’inclusion envers les handicapés. Ceux que l’on appelait jadis des « braves gens », des « gens simples », mais pas simplets.
S’est aussi posée la question de la prise en compte des dires de l’enfant, immédiatement crus par ses parents qui avaient porté plainte, mais mis en doute par d’autres adultes hors cadre familial.
Ce procès a peut-être marqué un tournant aussi par la volonté des victimes de ne pas réclamer de huis-clos, et d’accepter une médiatisation.
Mais la communauté juive française, notamment orthodoxe, semble en retard par rapport à ses coreligionnaires d’autres pays. On ne peut pas, et on ne doit pas accepter le « Il y a toujours eu des pédocriminels… » Une résignation indigne.
Bibliothèque numérique américaine créée en 1994 par la Fondation Andrew W. Mellon, JStor a publié des livres et plus de 12 millions d'articles d’environ 2000 revues universitaires dans plus de 75 disciplines. L’accès est principalement par abonnements ; de nombreux articles, tombés dans le domaine public, sont d’accès libre. On y découvre notamment deux articles de 2017 du rabbin Yosef Blau (Sexual Abuse in The Orthodox Jewish Community: An Analysis of the Roots of the Failure to Effectively Respond to The Crisis ou Les abus sexuels au sein de la communauté juive orthodoxe : une analyse des causes de l'incapacité à réagir efficacement à cette crise) et de Shira Bercovits, juriste, psychologue, fondatrice de Sacred Spaces (Institutional Abuse in the Jewish Community ou Les abus institutionnels au sein de la communauté juive). Leurs auteurs ont analysé ces abus sexuels et proposé des remèdes dans le respect du droit et en citant la Bible.
En France, on ne trouve pas d’occurrences sur la lutte contre des abus sexuels en milieu scolaire sur le site du Fonds Social Juif Unifié (FSJU). Sur « Tenoua, Courage pensons », revue de Judaïsme en mouvement (JEM) dont la directrice de publication est Delphine Horvilleur, femme rabbin à JEM : aucun article d’analyse de ce problème évoqué seulement dans l’entretien en 2019 avec Yolande Zauberman, réalisatrice du documentaire « M » . « une plongée dans la terrible histoire de Menahem Lang, hazan et comédien issu du monde haredi [de Bnei Brak, en Israël,] au sein duquel il a subi, enfant, de multiples viols. » Le hazan est le chantre d’une synagogue.
En Australie, Malka Leifer, directrice de l'école Adass Israel, un établissement scolaire juif orthodoxe de Melbourne, a été accusée en 2007 de « comportement inapproprié » par une ancienne élève : celle-ci, après son mariage, avait consulté une psychologue pour cauchemars récurrents et anxiété liée à sa scolarité. Malka Leifer a nié les faits reprochés (agressions sexuelles et viols sur mineures) et en 2008, peu avant d’être visée par un mandat d’arrêt, avait fui, avec son époux, en Israël. La procédure d’extradition a abouti en 2021 après que Malka Leifer eut épuisé toutes les voies de recours juridictionnels. Parmi les victimes, trois soeurs : Nicole Meyer, Dassi Erlich et Elly Sapper. En 2023, Malka Leifer a été condamnée par un tribunal australien à 15 ans de prison pour viols et attentats à la pudeur contre deux mineures, une peine assortie d’une période de sûreté de 11 ans. Elle pourra bénéficier d'une libération conditionnelle en 2029. Quant à l’institution scolaire Adass Israel, elle a conclu un accord amiable avec certaines victimes pour les indemniser. Elle a été condamnée par un juge australien pour avoir payé le billet d’avion de Malka Leifer et à verser 1,27 million de dollars australiens au titre de dommages et intérêts à une victime, Dassi Erlich. « Surviving Malka Leifer » documentaire d’Adam Kamien (2025), suit le combat judiciaire médiatisé de ces trois sœurs victimes de Malka Leifer. Le film a été diffusé au Melbourne International Film Festival, au Jewish International Film Festival de Sydney, à l’Atlanta Jewish Film Festival (AJFF), et a suscité des conférences.
« Contrairement au passé, il y a aujourd'hui une véritable prise de conscience concernant les agressions sexuelles dans les communautés orthodoxes, notamment lorsqu'il s'agit d'enfants. Les cas très légers, comme une remarque jugée déplacée, peuvent parfois se régler au niveau communautaire. Cependant, dans les cas de pédocriminalité ou d'agressions sexuelles, il est extrêmement rare que la communauté tente de gérer cela seule. La police reste la réponse standard à la prise en charge », m’a confié Rony Marthan, rav et avocat pénaliste franco-israélien, dont la réponse exhaustive figure en fin d’article.
Il incombe donc aux dirigeants d’institutions juives françaises, quel que soit leur courant spirituel, de s’inspirer des actions prévues dans divers pays, d’initier des réflexions et d’organiser des formations pour leur personnel.
Mais, surtout, il importe que les parents d’enfants et les donateurs à ces institutions éducatives ou autres accroissent leur niveau d’exigence, conditionnent leurs dons, et aiguisent leur esprit critique envers elles.
Car cela n’arrive pas qu’aux autres.
Rav et rabbin
Par Shimon Chelli
Il y a cinq voies pour devenir rabbin ou rav :
- Réussir un examen d’ordination rabbinique :
Sur une spécialité
Sans spécialité : par exemple, au Séminaire rabbinique rue Vauquelin
- L’ordination rabbinique de maître à élève
- Tout enseignant qui enseigne est un rav
- Voie datant de l’ère du Talmud. Disparition depuis le Moyen-âge.
Par Rony Marthan, rav et avocat pénaliste franco-israélien
« *Réaction de la communauté et des dirigeants rabbiniques.*
Contrairement au passé, il y a aujourd'hui une véritable prise de conscience concernant les agressions sexuelles dans les communautés orthodoxes, notamment lorsqu'il s'agit d'enfants. Les cas très légers, comme une remarque jugée déplacée, peuvent parfois se régler au niveau communautaire. Cependant, dans les cas de pédocriminalité ou d'agressions sexuelles, il est extrêmement rare que la communauté tente de gérer cela seule. La police reste la réponse standard à la prise en charge.
Comme dans toute société ou communauté, il y a toujours des personnes de bonne volonté qui aident les victimes et s'efforcent de "nettoyer les écuries", et à l'inverse, on rencontre des personnes (plus ou moins proches de l'agresseur) qui tentent de faire taire les victimes par des menaces, l'achat du silence ou l'utilisation d'excuses religieuses (de moins en moins crédibles donc moins utilisées)
Au fil des ans, des rabbins et des personnalités publiques du cœur de la communauté orthodoxe ont été accusés et condamnés. Certains se sont suicidés après les révélations (comme Chaim Walder et Yehuda Meshi Zahav), d'autres ont purgé des peines de prison (comme le rabbin Scheinberg et le rabbin Berland), et d'autres encore ont quitté leurs fonctions, suivi un programme de thérapie professionnel et intensif, indemnisé les victimes et disparu de la vie publique sans que leur nom soit divulgué.
*L'action des forces de l'ordre et du système judiciaire*
La police est aussi préparée pour traiter ces cas. Il existe des enquêteurs spécialisés, issus de tous les secteurs de la société, ayant suivi une formation spécifique pour les interrogatoires, surtout pour les enfants. L'utilisation de certains mots est impossible selon la "pudeur", cette barrière linguistique ou de vocabulaire est gérée dès le début de l'enquête par des enquêteurs qualifiés qui connaissent bien la communauté. La problématique est aussi abordée en amont grâce à des programmes éducatifs qui commencent dès la maternelle. Les enfants apprennent à identifier (et protéger) leurs parties intimes, à identifier une personne dangereuse et surtout à en parler avec les parents ou les enseignants.
*Après la phase d'enquête*
Tout un système de lois et de réglementations est en place pour protéger les victimes. Par exemple, des salles de repos et d'attente spécifiques sont prévues dans les tribunaux, afin d'éviter que victimes et agresseurs (ou leur famille) ne se croisent dans les couloirs avant de témoigner. Naturellement, le système est composé d'êtres humains. On peut toujours craindre que des enquêteurs, des procureurs et des juges soient plus ou moins perspicaces. La perfection dans ce domaine est rare, mais la prise de conscience est réelle et la gestion s'améliore.
*Les alternatives en cas de refus de s'adresser à la police*
Ĺes victimes refusent parfois de s'adresser à la police pour plusieurs raisons : le témoignage au tribunal, la "divulgation de l'affaire" et parfois pour ne pas "nuire" à l'agresseur (les agresseurs sont souvent des membres de la famille ou de la communauté).
Dans ces cas-là, on a recours à des mécanismes comme le "Forum Takana" ou le Tribunal Rabbinique (Beit Din) du Rabbin Eliyahu ; ainsi, lorsque le cas s'y prête, un "programme de réhabilitation" est mis en place. Dans ce cadre, l'agresseur suit une thérapie significative et un suivi professionnel évalue son niveau de dangerosité. Des restrictions lui sont imposées, comme l'interdiction d'occuper un poste d'autorité, accompagnées d'une réhabilitation et d'une indemnisation adéquate à verser à la victime. Si l'agresseur ne respecte pas les restrictions ou si la thérapie ne parvient pas à réduire son niveau de dangerosité, l'affaire est alors transmise aux autorités et traitée avec une grande sévérité.
*En conclusion*
Le système juridique et pénal intervient dans tous les milieux sociaux de la population orthodoxe. Les cas sont traités et jugés, en attente de l'efficacité des programmes éducatifs préventifs pour diminuer, voire éliminer ce fléau. »
Articles sur ce blog concernant :






