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dimanche 16 août 2026

« Aux origines. Regards croisés sur le racisme et les discriminations »

Le musée de l’histoire de l’immigration présente l’exposition politique partiale « Aux origines. Regards croisés sur le racisme et les discriminations ». U
ne exposition prétentieuse avec des œuvres moches, alléguant des racismes inexistants afin de culpabiliser les Français blancs, éludant les racismes anti-Français ou anti-Blanc, usant de vocables alambiqués, procédant par amalgames douteux. Un énième scandale dans ce musée financé par l'argent public.

Le siècle du jazz 
« La victoire des bleus » par Serge Viallet 

« À travers le prisme de l’art contemporain et l’éclairage de données scientifiques, l’exposition Aux origines interroge l’un des facteurs de discrimination les plus puissants et persistants de notre société. L'”origine”, réelle ou fantasmée, est cause d’exclusion et de stigmatisation au quotidien. Une réalité souvent sourde, qui façonne pourtant des trajectoires collectives et individuelles, et ce, dès l’enfance. »  

« Les discriminations naissent souvent d’un simple regard. Les personnes d’origine étrangère et/ou perçues comme telles en subissent massivement les frais. Cette « origine » - réelle, supposée ou fantasmée - est à la source de stéréotypes tenaces, qui conditionnent souvent les parcours de vie dès l’enfance. »  

« À travers le regard subversif d’artistes contemporains - parmi lesquels les sœurs Chevalme, Patrick Zachmann, Euridice Zaituna Kala, Hamedine Kane - et des données inédites, l’exposition Aux origines nous invite à remonter à la source de ces mécanismes de stigmatisation et d’exclusion, en interrogeant la manière dont les regards se construisent et se perpétuent. » Mais alors pourquoi des millions d'immigrés viennent-ils en France ?

« En s’appuyant sur les recherches récentes en sciences sociales, et notamment sur le projet européen UNDETERRED* - UNintentional Discrimination dETEcted and Racism REvealed and Deactivated - le parcours met en lumière le caractère structurel, parfois inconscient, des discriminations. Sans en oublier les effets concrets dans la vie quotidienne, en particulier chez les plus jeunes. Accès à l’éducation, à l’emploi, au logement ou aux soins : autant de domaines où cet engrenage produit des inégalités durables. Le projet UNDETERRED entend contribuer à la lutte contre les discriminations systémiques subies par la jeunesse européenne (18/35 ans) dans les domaines de la santé, du logement, de l’éducation et de l’emploi. Coordonné par l’Université de Bordeaux, il prend pour point de départ l’analyse empirique de six villes – Amsterdam, Barcelone, Bordeaux, Bucarest, Lausanne, Québec – pour mettre en lumière la manière dont des discriminations structurelles traversent les politiques publiques et la vie quotidienne de la jeunesse. »

« En écho aux données chiffrées, les œuvres d’artistes contemporains témoignent du versant sensible de ces discriminations : la fatigue, les obstacles, mais aussi les formes de résistance et de solidarité qui en découlent sont autant d’effets intimes, durables et souvent invisibles de celles-ci. »

L'exposition cite une étude sur les discriminations aux urgences publiée fin décembre 2023 par plusieurs chercheurs dans l’European Journal of Emergency Medecine. "Au total, 1 563 médecins urgentistes, internes et infirmiers travaillant dans des établissements de santé en France, en Belgique, en Suisse et à Monaco, ont été interrogés sur leur décision de prise en charge d’un patient, via un cas clinique et l’image d’une personne présentant des douleurs thoraciques. Cette étude sur les urgences alléguait des discriminations dans la prise en charge des malades. Dans une tribune, Vincent Lautard, infirmier, juriste en droit de la santé et consultant dans le secteur sanitaire et social, a montré pourtant que ce n'est pas ce qu'indique l'étude". (Marianne, 8 février 2024) Les commissaires de l'exposition l'ignoraient ? Pourquoi véhiculer dans un évènement public des allégations nourrissant la haine ?

« Dans le sport, les corps et les athlètes racisés sont très présents dans certaines disciplines et pratiquement absents d’autres. Ces répartitions ne sont pas spontanées : elles reposent sur des stéréotypes liés au corps, au genre ou à l’origine. Certains athlètes sont valorisés pour leur force ou leur endurance, quand d’autres sont associés à la grâce, à la maîtrise ou au prestige. » Quid de l'acceptation par les instances olympiques d'un boxeur algérien combattant contre des boxeuses lors des Jeux Olympiques de 2024 à Paris ? N'aurait-il pas du être discriminé et participer à des compétitions masculines ?

Durant la Guerre d'Algérie (1er novembre 1954-5 juillet 1962), pour protester contre le couvre-feu imposé aux nord-Africains, la fédération de France du FLN (Front de libération nationale) organise une manifestation, non déclarée à la préfecture de police, d'enfants et d'adultes algériens le 17 octobre 1961 à Paris. La police assure le maintien de l'ordre. Le nombre de morts s'élèverait à des dizaines de personnes. Il ne s'agit donc pas d'un massacre comme l'allègue l'exposition.

Adama Traoré, jeune délinquant, est décédé en 2016 après avoir résisté à son interpellation par les forces de l'ordre, et George Floyd, Afro-américain mort lors de son interpellation par des policiers. Adama Traoré n'est donc pas "devenu un symbole contemporain de la lutte contre les violences policières" comme l'affirme sans raison l'exposition.

Enfin, peut-être le pire, le passage « Libre de croire et de pratiquer ? ». De manière compliquée, l'exposition évoque la laïcité, puis allègue « Pour beaucoup, la religion s’inscrit dans des gestes simples, des relations, des habitudes, des pratiques, des formes de soin. Elle peut être vécue de manière intime, mais aussi collective, comme une façon d’habiter le monde et de se relier aux autres. » Quel soin ?

« Dans un contexte de hausse des actes antisémites et antimusulmans, certaines expressions religieuses deviennent des sujets de tensions dans l’espace public. Vêtements, pratiques alimentaires ou lieux de culte peuvent être soumis à la suspicion, au contrôle, voire à l’interdiction ou à la sanction... Près de 2 500 actes visant des personnes ou lieux de culte en raison de leur religion ont été enregistrés en France en 2025. (Ministère de l’Intérieur) » » Quid des actes anti-chrétiens et anti-français ? L'exposition élude sciemment ces deux délits. Or, en 2025, les statistiques de ce ministère sont les suivantes : un total de 2 489 actes antireligieux : 1 320 actes antisémites (en baisse de 16 % et à un niveau historiquement haut), 843 actes antichrétiens (augmentation annuelle de 9 %) et 326 actes antimusulmans augmentation de 88 %). Pourquoi cette occultation ?  

Dans la nuit du 18 au 19 novembre 2023, Thomas Perotto, lycéen et joueur de rugby âgé de seize ans, participait au bal d’hiver de Crépol (26) quand il fut poignardé à mort. Des témoins ont entendu des jeunes assaillants dire : « On va planter du Blanc ». Le 20 juillet 2026, dans un second avis de fin d’information, la juge d’instruction chargée du dossier a retenu contre les quatorze personnes mises en examen la circonstance aggravante liée à l’appartenance supposée des victimes à « la race blanche et la nation française » Pourquoi les commissaires de l'exposition et le Défenseur des droits ont-ils occulté ce racisme ? Le même Défenseur des droits, Jacques Toubon, inactif concernant l'affaire du Dr Lionel Krief.

« La laïcité, qui est un principe de liberté et d’égalité, est parfois détournée pour réguler les corps et les pratiques, jusqu’à rendre certaines expressions religieuses illégitimes. Les oeuvres présentées ici proposent un autre regard : non pas l’effacement du religieux, mais la coexistence et le respect dans un espace commun. » Le discours de l'exposition évoque sans la nommer l'interdiction du voile islamique dans le cadre du service public, et incite au "en même temps" la laïcité et la sharia.

« La série photographique de Didier Ben Loulou, tout comme celle de Patrick Zachmann, explore la place du religieux dans la vie ordinaire. » Trois photographies de la série "Rencontres" (2004) de Didier Ben Loulou montrent un chandelier à neuf branches, un coin de cuisine avec un faitout sur une cuisinière et des bouteilles d'alcool et un torchon sur le plan de travail, et des petits pains italiens, des olives vertes et du thon , des variantes dans une boite plastifiée. Quel rapport avec le racisme et les discriminations ?

Le reste est à l'avenant. 

C'est donc une exposition 
politiquement partiale - à charge contre la France -, alléguant des racismes inexistants afin de culpabiliser les Français blancs accusés de nombreux maux, refusant d'évoquer les racismes anti-Français ou anti-Blanc, prétentieuse, usant de vocables alambiqués, procédant par amalgames douteux,  artistiquement très souvent moche, et ayant bénéficié d'une campagne publicitaire dans le métro. Et le tout au nom du "vivre ensemble". Un énième scandale dans ce musée financé par l'argent public.

Depuis près d'un demi-siècle, la France a abandonné l'assimilation et le principe du mérite républicain, moteurs d'ascenseur social, au profit de l'intégration et de la discrimination positive dans le cadre d'une immigration de masse aux valeurs distinctes, voire opposées à de celles françaises. Il en résulte une nation fragmentée en communautés dont certaines nourrissent un esprit de revanche mêlé de haine envers le pays d'accueil. 

"Depuis 2004, une trentaine d'établissements coopèrent pour aller à la rencontre des publics peu familiers des institutions culturelles et ainsi lutter contre les discriminations dans le domaine de la culture". Le musée d'histoire de l'immigration est un "relais du champ social" et participe à la Mission Vivre ensemble. Le problème est que le discours des expositions, permanente ou temporaire, pour adultes et enfants, se trouve souvent  influencé de manière biaisée par ces thématiques.

« Comment le racisme et les discriminations s’inscrivent-ils dans les sociétés contemporaines ? Et comment faire monde commun sans effacer nos différences ? L’égalité est un principe fondateur de nos sociétés, mais des obstacles demeurent pour assurer l’accès au logement, à l’école, à l’emploi ou aux droits à toutes les personnes, quelles que soient leurs origines réelles ou supposées. Ces situations ne relèvent pas seulement de préjugés individuels. Elles découlent également de mécanismes inscrits dans le fonctionnement des institutions. C’est ce que l’on appelle le racisme structurel ou systémique, qu’il est indispensable de décrypter pour comprendre des processus qui dépassent les actes conscients de certaines personnes. Ces logiques orientent les trajectoires et affectent parfois les vies de façon irréversible. » Les "racisés" bénéficient largement du logement social sur des générations - ce qui permet à beaucoup de se constituer un patrimoine immobilier dans leur pays d'origine -, de la discrimination positive dans l'enseignement - filières spécifiques dans les grandes écoles -, dans des entreprises publiques et privées - du recrutement (le CV anonyme est la fausse bonne idée car il favorise les discriminations à l'embauche) au déroulement de carrière -, d'aides sociales multiples, etc. 
Le 4 août 2026, Le Canard enchainé a révélé que Bally Bagayoko, élu en 2026 Maire (LFI) de Saint-Denis, a été recruté sans entretien d'embauche par la RATP. éAvant de devenir le maire de Saint-Denis, la « ville des rois morts et du peuple vivant », l’Insoumis Bally Bagayoko cumulait ses fonctions d’élu local avec un emploi de cadre à temps plein : du lundi au vendredi, il était à la fois à l’hôtel de ville et à la RATP. Rembobinons. Ses anciens mentors communistes assument auprès du « Canard » avoir autrefois donné un substantiel coup de pouce au nouvel édile LFI. « Il a été recruté en 2000 sur ma proposition », confirme Jacques Marsaud, qui, à l’époque, était directeur général de la Régie chargé du développement. L’ancien maire (PC) Patrick Braouezec complète : « C’était un moment où la RATP recrutait beaucoup dans la diversité et dans les quartiers. » Certains soupçonnent un emploi fictif. "Selon le journal satirique, lorsque M. Bagayoko a perdu en 2015 son mandat départemental, le conseil municipal de la ville dirigée par le PCF lui a accordé une "hausse de 102% de ses indemnités d'adjoint", "de quoi compléter un salaire de cadre qui dépassera ensuite les 6.000 euros par mois". "En intégrant le 13e mois et les primes", a confirmé M. Bagayoko au Canard".

« Ces mécanismes structurels s’ancrent dans l’histoire longue. À partir du XVe siècle, l’esclavage et la colonisation ont installé des hiérarchies durables entre les peuples, renforcées aux XVIIIe et XIXe siècles par des théories pseudoscientifiques classant l’humanité en « races ».Le Palais de la Porte Dorée, construit pour l’Exposition coloniale de 1931, porte la trace de cette histoire. Il inscrit dans la pierre des récits qui ont servi à justifier le contrôle et l’exploitation des territoires et des populations colonisés. Bien que discrédités aujourd’hui, ces modes de pensée ont encore des effets dans nos sociétés contemporaines. » Quid des Barbaresques qui pillaient les navires européens et américains en mer Méditerranée du XVe au XIXe siècle, réduisaient en esclavage les passagers vendus dans les marchés d'Alger, de Tunis ou de Tripoli, etc. ? Quid des colonisations Arabe et musulmane ? Quid de l'esclavage des Africains par les Arabes ? "Quant à la France, elle a construit et financé : 50.000 km de routes, 215.000 km de pistes, 18.000 km de voies ferrées, 63 ports, 196 aérodromes, 2000 dispensaires équipés, 600 maternités, 220 hôpitaux avec la gratuité des soins et des médicaments… Les Français n’ont pas à s’excuser", a écrit Bernard Lugan. En outre, la colonisation française a libéré juifs et chrétiens de la dhimmitude, statut inférieur et cruel imposé aux « gens du Livre » (les dhimmis).

« L’exposition « Aux origines. Regards croisés sur le racisme et les discriminations » met en dialogue des travaux scientifiques sur les discriminations, issus de différentes études de l’INED, du Défenseur des droits et du projet de recherche européen UNDETERRED et mis en regard avec des œuvres ou pratiques artistiques. Elle propose plusieurs entrées pour comprendre comment les discriminations s’inscrivent dans l’organisation sociale, pour analyser les structures qui les produisent et pour imaginer d’autres manières d’habiter ensemble notre monde. Là où les données scientifiques éclairent les logiques systémiques dans la production et la reproduction des discriminations, l’art interroge la construction des regards. À travers des récits reliant mémoires et luttes individuelles et collectives, l’exposition Aux origines ouvre un espace où nos différences ne séparent pas, mais deviennent ce qui rend possible et désirable de faire monde commun. »

Le commissariat et conseil scientifique est assuré par Farah Clémentine Dramani-Issifou. « Chercheuse et commissaire d’exposition Doctorante à Aix-Marseille Université (LESA), elle achève une thèse sur la décolonisation des régimes de visibilité dans l’exposition des présences africaines dans l’art et le cinéma (1984-2026) Son travail porte sur les politiques contemporaines du visible, les circulations patrimoniales et les épistémologies situées Elle développe une approche transdisciplinaire articulant archives, mémoires et création contemporaine Présidente du comité de sélection de la bourse MacMillan-Stewart au Film Study Center de Harvard, elle a notamment co-commissarié les expositions Afrotropes, des imaginaires en mouvement (Dakar, 2024), Tofodji, sur les pas des ancêtres, (Porto-Novo, 2022) et Un.e Air.e  de Famille (Saint-Denis, 2021) Elle dirige actuellement l’ouvrage Réparer le visible La Cinémathèque Afrique : héritages, histoires et devenirs d’un patrimoine cinématographique entre la France et le continent africain (Institut français/Marest Éditeur, 2026) Elle vit et travaille entre Paris et Dakar. »

Farah Clémentine Dramani-Issifou a signé les pétitions "La scène culturelle française en soutien au peuple palestinien" (8 novembre 2023) - "Si nous sommes choqués et émus face à la violence qu’ont subi les civils israéliens le 7 octobre, c’est avec solidarité que nous nous dressons ensemble et avec les Palestiniens contre toute politique de vengeance qui risquerait, comme l’ont signalé de nombreux universitaires et experts des Nations unies, de se révéler génocidaire, et que nous demandons que soient correctement contextualisés les évènements du 7 octobre" - et "Empêchons l’assassinat de la culture palestinienne. 150 personnalités de la culture dénoncent la stratégie d’effacement de l’armée israélienne" (LundiMatin, 19 février 2024).

Farah Clémentine Dramani-Issifou est accompagnée d’Olivier Bedoin, « chargé d’exposition au Musée national de l’histoire de l’immigration Diplômé en histoire, sciences politiques et en gestion du patrimoine culturel à l’université Paris 1 Panthéon - Sorbonne, il a notamment participé à la préparation d’expositions au musée Carnavalet - Histoire de Paris ainsi qu’à la réalisation du parcours permanent du Musée national de l’histoire de l’immigration, des expositions Olympisme, une histoire du monde et Migrations et climat présentée au Palais de la Porte Dorée en 2025/2026. »

Conseil scientifique
Patrick Simon est « socio-démographe à l’Institut national d’études démographiques (INED) (Paris, France) où il dirige l’unité de recherche « Migrations internationales et minorités » et chercheur associé au Centre d’Etudes Européennes de Sciences Po. Il a co-dirigé également à l’INED l’enquête « Trajectoires et Origines » sur la diversité des populations en France. Ses thématiques de recherche sont les discriminations, les catégorisations statistiques ethno-raciales, les trajectoires sociales des immigrés et des minorités ethniques et raciales, ainsi que la ségrégation résidentielle et la politique urbaine ».

Jacques Toubon « a été ministre de la Culture puis de la Justice entre 1993 et 1997.Il est l’auteur du rapport remis à Jean-Pierre Raffarin, Premier Ministre, en 2004, qui a posé les bases de la création de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration. Jacques Toubon préside le Conseil d’orientation de l’Établissement Public du Palais de la Porte Dorée de sa création jusqu’en 2014.Il a également été le Défenseur des droits entre 2014 et 2020. »

Exposition en partenariat avec le Défenseur des droits, "qui a apporté son expertise et un soutien actif à la promotion de l’exposition".


PARCOURS DE L’EXPOSITION

« Défaire l’ordre du regard »
« D’un point de vue historique et juridique, l’esclavage et la colonisation n’ont pas seulement instauré des rapports de domination politique et économique. Ils ont aussi produit des images, des récits et des catégories, des manières de classer, de hiérarchiser et de représenter les peuples, qui ont engendré des systèmes dont les effets se prolongent aujourd’hui. C’est ce que l’on peut appeler la « colonialité du visible », soit des façons de voir, héritées de l’ordre colonial, encore présentes dans nos imaginaires et nos institutions. »

« Défaire cet ordre du regard, ce n’est ni effacer le passé ni accuser le présent, mais chercher à révéler et déplacer les cadres d’analyse. Les artistes présents ici travaillent depuis le contemporain pour déconstruire ces représentations toujours actives dans nos imaginaires et nos pratiques. Rendre perceptibles ces filtres, c’est élargir le regard, c’est-à-dire accepter de donner à voir des existences pleines. »

« La fabrication des regards discriminants »
« Les oeuvres réunies ici cherchent à renverser les images héritées de l’histoire. Elles font surgir des présences effacées des archives, elles révèlent les scènes de domination cachées dans les objets du quotidien, elles inscrivent des présences là où les corps avaient été classés, mesurés, réduits au silence. »

« Ces gestes répondent à une histoire. Au fil du temps, photographies, illustrations et récits ont participé à légitimer des discriminations, des colonisations, des ségrégations, des persécutions, façonnant des manières de voir et de penser. »

« Les artistes ouvrent une brèche dans cet ordre visuel, révélant la violence ordinaire de sociétés qui restent traversées par du racisme et des discriminations. » Comme l'Algérie renvoyant dans le désert les immigrés originaires d'Afrique subsaharienne démunis d'eau et de nourriture ainsi que de leur argent ?

« À l’invitation du Palais de la Porte Dorée, Euridice Zaituna Kala réalise une installation en verre qui détourne l’iconographie coloniale conservée dans les collections du Musée national de l’histoire de l’immigration. À la monumentalité de l’ancien Palais des Colonies, elle oppose une structure fragile qui met en lumière la précarité des fondements idéologiques sur lesquels l’édifice a été construit. »

« Ici prend son sens le travail de Roméo Mivekannin et sa Hottentot Venus, qui fait référence à Saartjie Baartman, femme khoïkhoï d’Afrique du Sud exhibée en Europe au début du XIXe siècle et devenue symbole des violences coloniales, racistes et sexistes exercées sur les corps noirs. Les luttes pour l’émancipation, absentes des représentations historiques de la Guerre de Sécession, retrouvent une place dans les oeuvres de Kara Walker, qui ajoute de grandes silhouettes noires aux gravures d’époque. » Quid des esclaves noirs émasculés par les esclavagistes Arabes et du rôle de tribus africaines dans les esclavages ?
« La peinture hybride de Rayan Yasmineh interroge les représentations associées aux jeunes hommes d’origine arabe ainsi que l’injonction à choisir entre deux cultures, orientale et occidentale, prétendument opposées. » Des allégations sans argument.

« Les stéréotypes assignés aux personnes roms, les persécutions dont elles ont été victimes au XXe siècle, ainsi que le travail de mémoire et de réappropriation de leur image qui en découle, traversent les oeuvres de Malgorzata Mirga-Tas, Lila Loisse et Ceija Stojka. Le salon du XIXe siècle reconstitué par les soeurs Chevalme montre que le confort bourgeois occidental s’est construit grâce à l’exploitation des peuples et des territoires colonisés. » Non, le coût des colonies africaines dépasse les revenus générés par leur exploitation.

« Détourner le regard »
« Les stéréotypes hérités de l’histoire coloniale circulent encore dans les discours politiques, les médias et le langage ordinaire. À force d’être répétés, ils façonnent les manières de voir et de se voir. Ces images n’agissent pas seulement sur la façon dont les autres sont regardés, mais aussi sur la manière dont les personnes concernées peuvent finir par se percevoir elles-mêmes. Détourner le regard peut alors avoir deux sens. Cela peut signifier fermer les yeux et ne pas voir les discriminations qui traversent la société. Mais cela peut également vouloir dire refuser ces images imposées, les transformer et reprendre la maîtrise de sa propre représentation. »

« Les oeuvres présentées ici explorent cette tension. Elles déplacent les points de vue, rejouent des images violentes ou stigmatisantes pour en transformer le sens. Ce qui servait à discréditer ou à exclure devient un outil d’affirmation, de résistance et de réappropriation de son histoire. »

« Dans 2ZDZ, Sara Sadik détourne l’idée des « no-go zones » en imaginant une visite virtuelle de quartiers stigmatisés afin de révéler, contre les discours médiatiques hérités de représentations coloniales, les solidarités et stratégies de contournement qui s’y déploient. » Ces « no-go zones » sont régis par la sharia et les narcotrafiquants.

« Emeka Ogboh inscrit dans l’espace, en néon rouge la réflexion « quand il y en a un ça va… » pour en souligner la violence raciste. »

« Aimer, lutter, vivre »
« Des gestes simples du quotidien. Des liens affectifs. Des formes de solidarité et de lutte. Les œuvres réunies ici montrent des personnes qui existent, des vies riches, complexes, traversées par des relations, des choix et des engagements. »

« L’amour et la solidarité dessinent une autre manière d’être au monde : une façon de se relier aux autres, de prendre soin, de vivre ensemble et de faire communauté. Cette idée rejoint la pensée de l’intellectuelle états-unienne et figure du féminisme noir bell hooks, pour qui l’amour peut être une force de résistance face aux rapports de domination. Elle parle de « regard oppositionnel » pour désigner le refus de se voir à travers le regard de ceux qui dominent. »

« L’installation de Raphaël Grisey à partir des archives du militant Bouba Touré matérialise une forme de résistance fondée sur l’engagement dans les luttes antiracistes et anticoloniales. »

« À une échelle plus intime, la photographie Les Amoureux en noir et blanc de Gérald Bloncourt, tout comme les portraits de jeunes Marseillais réalisés par Yohanne Lamoulère, donne forme aux stratégies de protection construites à travers les liens affectifs au territoire et aux proches. » Ce cliché représente un couple constitué par un Noir et une Blanche. Pourquoi pas l'inverse ?

« → À retrouver également dans cette section : Joshua Leon, Karim Ghelloussi, Sandra Rocha, Grace Ly et William Adjété Wilson »

« Des droits empêchés. Racisme et discriminations dans les institutions »

« Avoir des droits inscrits dans la loi ne signifie pas toujours pouvoir les exercer dans la réalité. Pour certaines personnes, l’accès aux droits est freiné par des situations discriminatoires qui peuvent se répéter : orientations scolaires inégalitaires, refus de logement, difficultés d’accès aux soins, discriminations à l’embauche, contrôles d’identité au faciès. Ces obstacles ne relèvent pas de cas isolés. Ils s’inscrivent dans des mécanismes durables. »

« Plusieurs études de l’INED et du Défenseur des droits ou récemment le projet européen UNDETERRED, analysent ces formes contemporaines de discriminations. Les résultats montrent qu’elles ne dépendent pas seulement des comportements individuels, mais aussi du fonctionnement des institutions, de la conception des politiques publiques et des pratiques professionnelles. »

« Cette section présente quelques-uns de ces résultats et les met en dialogue avec les oeuvres exposées. Là où la recherche scientifique éclaire les mécanismes et les conséquences des biais discriminatoires, les oeuvres donnent accès à des expériences vécues et à des points de vue rarement entendus dans l’espace public. »

« Ensemble, la recherche et l’art permettent de mieux comprendre ce que signifie vivre dans une société où les droits existent mais ne s’exercent pas de la même manière pour toutes et tous. »

« L’école : entre promesse et ségrégation »
« Historiquement pensée comme un lieu d’émancipation, l’école n’échappe pas aux inégalités. Ces dernières se manifestent par des phénomènes visibles, comme le harcèlement discriminatoire, mais aussi par des formes plus discrètes, telles que la « ségrégation scolaire » : certains établissements regroupent davantage d’élèves issus de milieux populaires où les jeunes perçus comme étrangers sont plus nombreux. Selon l’OCDE, 40 % des élèves des établissements publics sont défavorisés, contre 17 % dans le privé. »

« Par ailleurs, des difficultés liées aux conditions de vie peuvent être interprétées comme des limites scolaires, orientant les élèves vers des filières inadaptées à leurs besoins ou à leur potentiel. Ainsi, 65 % des élèves en CAP viennent de milieux populaires, contre 29 % dans les filières générales et technologiques. Ces dynamiques se cumulent avec des écarts territoriaux, notamment entre la France hexagonale et l’outre-mer. À Mayotte par exemple, les enfants de parents étrangers rencontrent des obstacles à la scolarisation : en 2020, l’île comptait 15 462 mineurs non scolarisés. » Quelle est la part de l'immigration illégale ?

« Dans Il a fait grave chaud, l’artiste Valérie Mréjen interroge des élèves de deux collèges de Sarcelles sur leur héritage culturel, leurs projets d’avenir ou encore ce qui les met en colère. Les témoignages recueillis évoquent, à hauteur d’adolescents, la singularité de chaque parcours. »

Valérie Mréjen, Il a fait grave chaud, 2023, vidéo HD, 12 min. © Palais de la Porte Dorée, collection Musée national de l’histoire de l’immigration © Adagp, Paris, 2026

20 % des enfants d’immigrés du Maghreb ou d’Afrique subsaharienne ont vécu des discriminations au cours de leur scolarité en France. (Ined)

« Habiter les inégalités »
« Des caravanes, des camps, des hôtels meublés. Les oeuvres réunies ici montrent des lieux de vie précaires, ceux de familles reléguées aux marges des villes. Derrière ces images, on ne peut que deviner des existences invisibilisées, des droits ignorés, des politiques qui excluent. » La France - Etat, collectivités locales - paient les frais de logement de "racisés", versent des aides au logement de nombreuses familles.

« Le logement est un espace où les discriminations s’exercent de manière concrète mais souvent dissimulée. Selon SOS Racisme, 50 % des agences immobilières acceptent les demandes discriminatoires de propriétaires (donnée 2026).Les refus de location comme les phénomènes de ségrégation urbaine dessinent une géographie inégale des villes. » A des fins électoralistes, des municipalités accordent des logements sociaux - achat à prix d'or de bâtiments, travaux au coût élevé - à des étrangers dans des circonscriptions qu'ils souhaitent gagner.

« Habiter quelque part, ce n’est pas seulement avoir un logement : c’est aussi pouvoir prendre part à la vie collective. Or, cette possibilité n’est pas garantie pour tous. Certains sont privés d’un « droit à la ville », c’est-à-dire de la possibilité de se loger à un coût abordable, de bénéficier de services publics et de transports adaptés, mais aussi d’accéder aux espaces de décision qui permettent de participer à l’aménagement de leur territoire. » ¨

« Les photographies de Guillaume Collanges et Myr Muratet évoquent la difficulté de s’extraire d’un habitat précaire lorsque l’on subit des discriminations liées à son origine ou à son appartenance à une minorité nationale. Elles mettent en lumière la manière dont les parcours migratoires peuvent accentuer les situations de vulnérabilité sociale et limiter l’accès à un logement stable et digne. »

Guillaume Collanges, Hôtels meublés - Si tu ne paies pas, tu t’en vas, entre 2000 et 2001 © Palais de la Porte Dorée, collection Musée national de l’histoire de l’immigration

« 50 % des agences immobilières acceptent de relayer les demandes discriminatoires des propriétaires sur l’origine des candidats à la location. (SOS Racisme) » 

« Corps visibles, blessures invisibles »
« Le racisme marque les corps et les esprits. Dès les années 1950, Frantz Fanon, psychiatre et figure de l’anticolonialisme, analysait les traumatismes produits par la domination coloniale. Aujourd’hui, la chercheuse française Maboula Soumahoro parle de « charge raciale » pour désigner cette usure psychique liée à l’expérience répétée du racisme : fatigue, stress, sentiment de n’être jamais pleinement reconnu. »

« Cette difficulté à être entendu se retrouve aussi dans le soin médical. Des stéréotypes persistent, comme la supposée meilleure résistance à la douleur des personnes noires. Ces préjugés ont un impact sur la prise en charge des patients concernés et le type de traitements prescrits. »

« Les films documentaires Mariannes noires (Mame-Fatou Niang, Kaytie Nielsen) et Journal d’une femme nwar (Matthieu Bareyre) explorent tous deux les conséquences psychologiques de l’expérience du racisme : le premier en analysant ses effets dans le langage, le second en mettant en lumière l’injonction récurrente faite aux femmes noires victimes de racisme de devoir sans cesse se justifier lorsqu’elles expriment leur colère. »

« Un homme blanc a 50 % de chances de plus qu’une femme noire d’être considéré comme une urgence vitale quand il consulte dans un service d’urgence pour une douleur thoracique. (European Journal of Emergency Medicine) »

« Avoir la « gueule de l’emploi »
« Avant même d’avoir parlé, certaines personnes paraissent immédiatement « à leur place », tandis que d’autres doivent sans cesse faire leurs preuves. En France, porter un nom perçu comme arabe réduit fortement les chances d’être contacté par un recruteur. »

« Dans un contexte de fortes tensions sur le marché du travail, les jeunes connaissent des parcours d’insertion fragmentés, alternant stages, CDD et périodes de chômage. Cette situation favorise les discriminations à l’embauche et en début de carrière (faible rémunération, absence de promotion).Cependant, les discriminations ne concernent pas seulement l’accès à l’emploi : elles touchent aussi à la reconnaissance des compétences et des parcours. »

« Malgré leurs qualifications, beaucoup acceptent des emplois sous-qualifiés, ou se tournent vers l’autoentrepreneuriat pour contourner ces obstacles. L’anticipation des discriminations entraîne aussi de l’autocensure : 53 % des jeunes perçus comme non blancs déclarent ne pas avoir postulé à des offres correspondant pourtant à leurs compétences. »

« Dans Living Labour, Bouchra Khalili recueille la parole de travailleurs immigrés confrontés à la clandestinité et à la précarité et révèle la force politique de leurs récits. Avec Territoire-Travail, Gilberto Güiza-Rojas met en scène les parcours de personnes contraintes de se réorienter professionnellement lors de leur arrivée en France, et convoque la mémoire de leurs anciens métiers. Enfin, Chéri Samba dénonce le regard suspicieux porté sur les travailleurs étrangers, victimes de préjugés alimentés par le discours médiatique. »

« Porter un nom à consonance maghrébine plutôt que française diminue d’un tiers les chances d’être contacté par un recruteur pour un entretien. (Dares Analyses n° 67) »

« Terrains de jeu / terrain de luttes »
« Le contraste entre le noir et le blanc traverse les oeuvres présentées ici comme un principe de mise en tension. Il ne relève pas d’un simple effet visuel : il perturbe nos habitudes de lecture et révèle des normes souvent invisibles. »

« Dans le sport, les corps et les athlètes racisés sont très présents dans certaines disciplines et pratiquement absents d’autres. Ces répartitions ne sont pas spontanées : elles reposent sur des stéréotypes liés au corps, au genre ou à l’origine. Certains athlètes sont valorisés pour leur force ou leur endurance, quand d’autres sont associés à la grâce, à la maîtrise ou au prestige. »

« Les oeuvres mettent ainsi en lumière une tension centrale. Le sport apparaît à la fois comme un espace de reproduction des inégalités et comme un lieu où elles peuvent être contestées. Entre assignation et émancipation, entre exclusion et résistance collective, il révèle les hiérarchies qui structurent nos imaginaires du corps et de la performance, tout en ouvrant la possibilité de les déplacer. »

« La série La boxe féminine de la photographe Jane Evelyn Atwood, tout comme les dessins baptisés La Danse de Didier Viodé, révèle des normes implicites associées à la pratique sportive où la répartition des corps racisés selon les disciplines reflète des stéréotypes liés au corps, au genre et à l’origine, faisant de cet espace à la fois un lieu de reproduction des inégalités et un terrain possible de contestation et de reconfiguration des hiérarchies. » 

« Les recherches liées à cette sous-section ont révélé une quasi-absence de données significatives et fiables relatives aux discriminations liées à l’origine dans le sport, ce qui mérite d’être souligné au regard des autres statistiques présentes dans l’exposition. » 

« Sous surveillance »
« Un fragment du triptyque 17.10.61 des soeurs Chevalme consacré au massacre du 17 octobre 1961 évoque la répression meurtrière, par la police française, d’une manifestation pacifique organisée à Paris. Une contre-enquête menée par Le Monde et Forensic Architecture reconstitue les circonstances de la mort d’Adama Traoré, devenu un symbole contemporain de la lutte contre les violences policières. Ces deux cas rendent visibles des violences qui peinent encore à être pleinement reconnues comme telles. »

« Si la police incarne l’autorité de l’État, cette présence n’a pas les mêmes effets pour tous. Selon une enquête du Défenseur des droits publiée en 2025, les jeunes hommes perçus comme noirs ou arabes ont quatre fois plus de risques d’être contrôlés. »

« Face à ces violences, des mobilisations collectives ont émergé - Black Lives Matter ou encore Roma Lives Matter. Elles rappellent que ces pratiques relèvent non pas de cas isolés, mais d’un problème structurel qui s’observe dans de nombreux pays. »

« Les jeunes hommes perçus comme noirs, arabes ou maghrébins ont 4 fois plus de risques d’être contrôlés que le reste de la population et 12 fois plus de risques de faire l’objet d’un contrôle « poussé » (fouille, palpation, conduite au poste, injonction à quitter les lieux). (Défenseur des droits) »
 
« Libre de croire et de pratiquer ? »
« Croire ou ne pas croire fait partie de la vie ordinaire. Pour beaucoup, la religion s’inscrit dans des gestes simples, des relations, des habitudes, des pratiques, des formes de soin. Elle peut être vécue de manière intime, mais aussi collective, comme une façon d’habiter le monde et de se relier aux autres. »

« Dans un contexte de hausse des actes antisémites et antimusulmans, certaines expressions religieuses deviennent des sujets de tensions dans l’espace public. Vêtements, pratiques alimentaires ou lieux de culte peuvent être soumis à la suspicion, au contrôle, voire à l’interdiction ou à la sanction. »

« La laïcité, qui est un principe de liberté et d’égalité, est parfois détournée pour réguler les corps et les pratiques, jusqu’à rendre certaines expressions religieuses illégitimes. Les oeuvres présentées ici proposent un autre regard : non pas l’effacement du religieux, mais la coexistence et le respect dans un espace commun. » 

« La série photographique de Didier Ben Loulou, tout comme celle de Patrick Zachmann, explore la place du religieux dans la vie ordinaire. »

« Près de 2 500 actes visant des personnes ou lieux de culte en raison de leur religion ont été enregistrés en France en 2025. (Ministère de l’Intérieur) »

« → À retrouver également dans cette section : dAcRuZ, Philippe Chancel, Laura Taubmann, le MIB, Forensic Architecture, Latifa Echakhch, Tonika Lewis Johnson, Bintou Dembele » 
 
« L’assemblée des vivants »
« Comment imaginer d’autres manières d’être au monde, sans racisme ni discrimination ? »

« Les oeuvres réunies ici décomposent les distinctions censées séparer les individus, mais montrent aussi que d’autres frontières que l’on croit évidentes, entre nature et culture, humain et non-humain, passé et présent, sont en réalité construites et instables. Elles cherchent non pas à effacer les différences ou à produire une harmonie idéale, mais à rendre visibles les liens, les tensions et les contradictions qui façonnent nos existences. Joies et violences, mémoires et croyances, forces et fragilités coexistent, sans être réduites à des oppositions simples. »

« À travers la peinture, l’installation ou la performance, les artistes inventent des situations où l’existence ne va pas de soi, mais où elle se construit dans l’attention à l’autre, dans le frottement et dans l’expérience partagée. »

« C’est ainsi que se dessine une assemblée des vivants. Non pas un collectif homogène, mais un espace où des formes d’existence différentes se rencontrent, dialoguent et se transforment. Les frontières que l’on croyait figées deviennent poreuses, laissant circuler histoires, mémoires et expériences. Les différences n’y sont plus des lignes de séparation, mais les conditions mêmes d’existences communes et plurielles. »

« Les oeuvres d’Hamedine Kane et d’Olivier Marboeuf interrogent les mémoires issues des histoires coloniales et diasporiques et la circulation des idées antiracistes. La première prend la forme d’une cabane / bibliothèque pensée comme un espace vivant où circulent des voix, des récits et des expériences, tandis que la seconde réassemble, à travers un accrochage de dessins, des fragments d’histoires dispersées. »

« Quand les catégories échouent »
« Comment dépasser les cadres qui assignent les individus à des identités uniques et réductrices ? Les oeuvres réunies ici ne proposent pas de nouveaux classements. Elles mettent en évidence l’écart entre les catégories raciales, culturelles ou historiques et la réalité des expériences vécues. Face à la diversité concrète des couleurs de peau, des visages et des corps, les oppositions simples et les hiérarchies factices ne tiennent plus. »

« En jouant avec les codes de la représentation, les artistes créent des espaces de réparation où chaque existence peut se situer, être incarnée et reprendre place dans l’histoire, non plus comme appartenant à une catégorie fixe et abstraite, mais comme une présence singulière dans le monde. »

« Les œuvres d’Hélène Bellenger et d’Angélica Dass interrogent les constructions de la couleur, entre héritage esthétique et classifications sociales : la première révèle comment l’idéal de blancheur, hérité de l’Antiquité et relayé par l’industrie, imprègne les objets du quotidien, tandis que la seconde déconstruit les catégories raciales en célébrant la diversité infinie des carnations humaines, invitant ainsi à repenser ce que nous associons à la couleur et à l’identité. »

« Des existences communes »
« Qu’appelle-t-on « vivant » ? Que peut-on réduire au statut d’objet, de décor ou de ressource ? Ici, le vivant ne désigne pas seulement les êtres humains ou la nature, mais l’ensemble des relations qui nous lient aux autres, aux histoires et aux territoires. »

« Les artistes réunis ici proposent des assemblages inattendus. Ils mettent en relation des corps humains et animaux, des références sacrées et des formes du quotidien. Ils rappellent que chaque chose doit être appréhendée dans son rapport à ce qui l’entoure, à son passé et aux espaces qu’elle traverse. Ces relations faites de tensions ou d’attachements sont au cœur des installations présentées. En utilisant le dessin pour cartographier ces échanges ou en réunissant des ouvrages pour les faire dialoguer, elles créent des lieux de circulation des savoirs, des voix et des récits. »

« Ces œuvres invitent à penser le monde comme un tissu de relations plutôt que comme une somme d’entités séparées. Elles donnent à voir des existences communes : un monde non pas uniforme, mais traversé d’expériences partagées. »

« Meschac Gaba développe une oeuvre hybride qui explore les notions d’ancrage, d’altérité et de mutation. L’artiste opère alors un croisement des buildings de Manhattan et des coiffeurs de Harlem originaires d’Afrique de l’Ouest. Les oeuvres de Ali Cherri, Dalila Dalléas Bouzar et Romuald Jandolo poursuivent cette réflexion sur les identités en mutation : artefacts anciens déplacés par la guerre, corps réappropriés et identités hybrides, ils interrogent ce qui demeure, se métamorphose ou résiste aux récits figés de l’histoire. »

3 QUESTIONS À PATRICK SIMON
Socio-démographe à l’INED (Institut national des études démographiques), conseiller scientifique de l’exposition

« Une partie de l’exposition est basée sur les résultats de l’enquête UNDETERRED portant sur cinq villes européennes et une ville canadienne. En termes de racisme et de discriminations, quelles sont les spécificités françaises ? 
« Par rapport à la plupart des autres pays européens, la France connaît une immigration européenne assez ancienne, depuis les années 1850, et une immigration non européenne depuis les années 1950.La place des secondes générations de l’immigration post-coloniale y est plus importante qu’en Espagne ou Italie par exemple. Or les discriminations ethno-raciales touchent principalement les immigrés et les descendants d’origine maghrébine, subsaharienne ou asiatique. Les personnes d’origine d’Afrique subsaharienne rapportent un racisme lié à la couleur de leur peau et à leurs origines, celles du Maghreb par rapport à leur religion et à leurs origines. Les personnes d’origine asiatique parlent moins de discriminations pour accéder à l’emploi que de racisme dans la vie quotidienne. Enfin, des études comparatives montrent que le niveau des discriminations subies par les descendants d’immigrés d’Afrique subsaharienne est plus élevé en France que dans des pays comme l’Allemagne, les Pays-Bas ou même les États-Unis. C’est un constat qui interroge.

Est-ce à dire que ce racisme et ces discriminations se perpétuent de génération en génération ?
Les descendants d’immigrés déclarent même plus de discriminations que les immigrés eux-mêmes ! Certes, ils se sentent plus légitimes à faire valoir leurs droits que la première génération, qui considère souvent les inégalités comme inhérentes à leur position de migrants. Mais la persistance de ces discriminations est une réalité. Pour les immigrés d’origine européenne, la plupart des obstacles disparaissent pour les immigrés installés de longue date, et plus encore à la deuxième génération. Ce n’est pas le cas pour ceux d’origine maghrébine et subsaharienne, y compris très diplômés. C’est le « paradoxe de l’intégration » : leur intégration culturelle et leur mobilité sociale devraient les protéger, or ce n’est pas le cas.

Il existe de nombreuses études sur le sujet. Comment servent-elles à faire évoluer la situation ?
Les études reposent sur des statistiques, des observations, des entretiens et des enquêtes expérimentales du type des testings, qui comparent les résultats obtenus par deux candidats au profil identique sauf par leurs origines. Quand un même CV est envoyé et que le candidat d’origine maghrébine ou subsaharienne n’est pas reçu, contrairement au candidat de référence « français », la discrimination est révélée, même si elle est niée par le recruteur.
C’est la complémentarité des sources qui révèle les discriminations systémiques et la subtilité de mécanismes peu visibles, notamment dans l’accès au logement ou à l’emploi.
Ces études visent à inspirer les politiques publiques, mais celles-ci restent extrêmement lacunaires pour lutter contre les discriminations ethno-raciales ou religieuses. On constate dès lors un scepticisme des personnes concernées à obtenir réparation. En effet, les recours pour discriminations liées aux origines, et plus encore les condamnations, sont bien moins nombreuses que celles liées au sexe ou au handicap. Cela devrait être un sujet d’importance pour les pouvoirs publics : les politiques de lutte contre les discriminations ne sont pas perçues comme efficaces ou crédibles pour protéger les personnes exposées au racisme systémique. »

CATALOGUE ET EXPOSITION MOBILE

Catalogue de l’exposition 
« Le catalogue Aux origines, dirigé par Farah Clémentine Dramani-Issifou, reproduit, en suivant le parcours de l’exposition dont elle assure le commissariat, près de 80 oeuvres accompagnées de notices ou de témoignages de personnes ayant accepté de livrer leurs points de vue sensibles sur certaines d’entre elles. Il est enrichi par un essai de la commissaire et par un entretien avec les chercheurs impliqués dans le projet UNDETERRED dont l’analyse des mécanismes institutionnels - parfois invisibles ou non intentionnels - à l’origine des inégalités dans les domaines de l’emploi, de la santé, de l’éducation et du logement, permet de renforcer la lutte contre les discriminations systémiques en Europe.
176 pages24 € TTCISBN : 9782919040834 »

L’exposition mobile Aux origines
« À partir d’octobre 2026, le Palais de la Porte Dorée proposera une version mobile de l’exposition Aux origines, diffusable en France et à l’international. Cette exposition clef en main, à imprimer sur place, restituera les messages principaux de l’exposition temporaire à travers une sélection d’oeuvres présentées sous forme de reproductions.
Caractéristiques techniques : 15 panneaux de 1 mètre de large et 2 mètres de haut, à imprimer sur place sur tous types de supports au choix de la structure d’accueil (kakemonos à suspendre, plaques Dibond, panneaux aimantés...).
Deux oeuvres dématérialisées créées spécialement pour l’exposition par Euridice Zaituna Kala et Hamedine Kane. Ces oeuvres sont encore en conception. Elles seront diffusables via du matériel technique léger dont la liste précise sera communiquée prochainement (haut-parleurs, ordinateurs de bureaux, impressions petit format...).
Langue : L’exposition sera disponible en version française ou en version anglaise, et traduisible dans toute autre langue en fonction de la structure d’accueil.
Possibilités d’adaptation et d’enrichissement : les structures qui accueillent l’exposition seront libres d’y ajouter du contenu, qu’il s’agisse d’objets, d’oeuvres d’art ou de textes. Un gabarit graphique sera mis à disposition pour la création de nouveaux panneaux d’exposition. d’un simple regard. Les per-perçues comme telles en font massivement origine » – réelle, supposée ou fantasmée stéréotypes tenaces, qui conditionnent souvent l’enfance. Musée national de l’histoire de l’immigration origines, qui interroge l’un des discriminations et du racisme dans notre prisme de l’art contemporain et des Farah Clémentine Dramani-parcours de l’exposition dont elle assure oeuvres accompagnées de notices personnes ayant accepté de livrer leurs certaines d’entre elles. Il est enrichi par un essai de la commissaire et par un entretien avec les chercheurs impliqués dont l’analyse des mécanismes institutionnels non intentionnels – à l’origine des l’emploi, de la santé, de l’édu-renforcer la lutte contre les discriminations Europe.simple glance. People of foreign bear the brunt of this. This imaged – drives persistent stereo-paths from childhood onwards.National Museum of the History Origins, which examines one discrimination and racism in our society art and the social sciences. Farah Clémentine Dramani-exhibition she curated, reproducing descriptions or testimonies from their personal perspectives an essay by the exhibition’s the researchers involved in analysis of the institutional mech-unintentional – underlying inequalities education, and housing helps discrimination in Europe ». 
 
LISTE DES ARTISTES PRÉSENTÉS

William Adjété Wilson
Jane Evelyn Atwood
Asia Ballufier, Elisa Bellanger & Elsa Longueville
Matthieu Bareyre & Rose-Marie Ayoko Folly 
Hélène Bellenger 
Didier Ben Loulou 
Gérald Bloncourt 
Philippe Chancel 
Ali Cherri 
Les soeurs Chevalme 
Guillaume Collanges 
dAcRuZ
Dalila Dalléas Bouzar 
Angélica Dass
Bintou Dembélé & Leonardo García-Alarcón
Latifa Echakhch 
Meschac Gaba 
Karim Ghelloussi 
Gilberto Güiza-Rojas 
Romuald Jandolo 
Gabi Jimenez 
Hamedine Kane
Bouchra Khalili 
Yohanne Lamoulère
Joshua Leon
Tonika Lewis Johnson
Lila Loisse
Grace Ly
Olivier Marboeuf
Małgorzata Mirga-Tas
Roméo Mivekannin
Valérie Mréjen
Myr Muratet
Mame-Fatou Niang & Kaytie Nielsen
Emeka Ogboh
Sandra Rocha
Sara Sadik
Chéri Samba
Ceija Stojka
Laura Taubman
Bouba Touré
Didier Viodé
Kara Walker
Rayan Yasmineh
Patrick Zachmann
Euridice Zaituna Kala

LE PROJET UNDETERRED

Coordination scientifique : Fabien Sabatier et Hachem Benissa (Université de Bordeaux)

« Le projet de recherche européen UNDETERRED, coordonné par l’Université de Bordeaux, s’attaque à une question centrale de nos sociétés contemporaines : pourquoi, malgré les lois existantes, les discriminations persistent-elles de manière durable et structurée ? En mettant en lumière les mécanismes institutionnels - parfois invisibles ou non intentionnels - qui produisent et reproduisent des inégalités dans les domaines de l’emploi, de la santé, de l’éducation et du logement, ce projet vise à renforcer concrètement la lutte contre les discriminations systémiques en Europe et au Canada. À travers la collecte de données quantitatives et qualitatives, les chercheurs étudient le quotidien des jeunes adultes de 18 à 35 ans issus de l’immigration, descendants d’immigrés ou appartenant à des minorités nationales européennes, notamment les populations roms. »

PROGRAMMATION CULTURELLE

« •LES MERCREDIS DE LA PORTE DORÉE
Chaque semaine, les visiteurs sont invités à apprendre et partager autour d’un film, d’un livre ou d’une question en lien avec les enjeux contemporains : immigration, discrimination, sauvegarde de la biodiversité, rapport au vivant. Mêlant cinéma, littérature et rencontres, ce rendez-vous hebdomadaire et gratuit réunit un ou plusieurs invités issus d’horizons variés.
Tous les mercredis I 19h I Forum Gratuit sur réservation. 

LITTÉRATURE / CYCLE AUX ORIGINES #1
Déconstruire les regards : écrire pour dénoncer le racisme
Conversation avec Sikou Niakaté, Mirrianne Mahn, Grace Ly et Maïram Guissé
Comment se construire quand on est sans cesse renvoyé au regard que le monde pose sur soi ? Cette rencontre, en écho à l’exposition Aux origines, réunit quatre auteurs et autrices qui placent les mécanismes du racisme au coeur de leur récit. Avec Dans le noir, je crie (Stock,2025), Sikou Niakaté explore, de l’enfance à l’âge adulte, la trajectoire de son double de fiction, grand, pauvre, noir et donc menaçant, qui se débat entre deux courants contraires :correspondre au stigmate ou s’en affranchir. Dans Sous nos peaux (Grasset, 2025), Maïram Guissé se livre à une enquête subjective, en retraçant des itinéraires empreints d’espoir, parfois chaotiques, où le racisme ne se censure pas. Avec Issa (Stock, 2026), Mirrianne Mahn, écrivaine allemande de parents camerounais et conseillère municipale à Francfort en charge des discriminations raciales, pose la question de l’impensé colonial allemand, du racisme ordinaire et de la difficile transmission de l’héritage familial. Enfin, dans Les nouveaux territoires (Harper Collins, 2026), Grace Ly explore son histoire familiale à Belleville, les paradoxes nés des fantasmes coloniaux et la métamorphose d’une femme qui choisit enfin de s’appartenir.
Mercredi 10 juin I 19h I Durée 2h I Auditorium Marie Curie

•RENCONTRE / CYCLE AUX ORIGINES #2
Déconstruire le racisme et les discriminations.
Avec le quotidien d’idées AOC
Le quotidien d’idées AOC s’associe au Palais de la Porte Dorée pour proposer un évènement consacré à l’apport fondamental des sciences sociales pour déconstruire le racisme et les discriminations. Cette proposition se déploie en deux temps : d’une part, trois micro-conférences seront proposées par de jeunes chercheurs au sein du parcours de l’exposition temporaire ; d’autre part, un débat animé par Sylvain Bourmeau sera consacré au thème« De quoi le concept “racisé” est-il l’outil ? ».
Mercredi 17 juin I 19h I Auditorium Marie Curie

•CINÉMA / CYCLE AUX ORIGINES #3 - QU’EST-CE QU’ON VA FAIRE DE TOI ?
De Salma Cheddadi et Karelle Fitoussi
À quel âge cesse-t-on d’apprendre à vivre ensemble ? Dans une maternelle classée REP, au coeur de Paris, Moussa, Faustine, Fatou et les autres ne jouissent pas tous des mêmes conditions de vie et leurs mondes ne se croisent pas en dehors du sanctuaire de l’école publique.20 
À 5 ans, ils dessinent, chantent, se disputent, se réconcilient. Mais dans leurs mots d’enfants, derrière les rires et les chamailleries, filtrent déjà les échos anxiogènes d’un monde adulte qui les dépasse. Nous sommes en 2024, année pivot marquée par une victoire historique de l’extrême-droite aux élections européennes, et cette nouvelle génération, métissée et vibrante, brasse déjà toutes les interrogations et les défis de notre époque.
Ni discours d’experts ni démonstration théorique, ce documentaire filmé à hauteur d’enfants donne à entendre une parole tantôt grave, tantôt hilarante, mais toujours libre.
Mercredi 24 juin I 19h I 52 minutes (projection), suivie d’une rencontre avec les réalisatrices | Auditorium Marie Curie

•COLLOQUE / QUAND LE RACISME FAIT SYSTÈME : THÉORIES, VÉCUS ET POLITIQUES
Avec : Ann Morning (sociologue, New York University), Sarah Mazouz (sociologue, CNRS), Daniel Sabagh (politiste, Sciences Po), Fabien Sabatier (historien, Université Bordeaux-Montaigne), Marine Bachelot Nguyen (autrice et metteuse en scène), Delphine Pereitti-Courtis (historienne, Aix Marseille Université) et d’autres intervenants.
En lien avec l’exposition Aux origines. Regards croisés sur le racisme et les discriminations etle projet de recherche européen UNDETERRED, ce colloque mettra en lumière les nouveaux cadres d’analyse et d’interprétation du racisme. Comment se construisent dans le temps les représentations, comment comprendre la notion de racisme systémique, comment les personnes racisées vivent-elles et pensent-elles leurs expériences ? À la lumière de ces questionnements, le colloque sera également l’occasion de s’interroger sur la persistance des discriminations liées aux origines, et sur l’évolution des politiques publiques de lutte contre les discriminations. Chercheuses et chercheurs, artistes, représentants associatifs et acteurs des politiques publiques viendront partager leurs connaissances et leurs expériences.
Jeudi 18 juin I De 9h30 à 17h I Auditorium Marie Curie
Gratuit sur inscription

•RENCONTRES / GÉNÉRATION DISCRIMINÉE ?
Dans le cadre de l’exposition Aux origines. Regards croisés sur le racisme et les discriminations, le Palais de la Porte Dorée, avec l’association L’Ascenseur, propose un temps fort consacré à la jeunesse et à la lutte contre les discriminations.
Cet évènement réunira des jeunes engagés aux côtés d’acteurs culturels et institutionnels pour ouvrir un dialogue essentiel : quelle place et quel rôle pour les institutions culturelles face à la persistance des discriminations ?
Porté par le collectif de L’Ascenseur, engagé pour l’égalité des chances, en partenariat avec Chaillot - Théâtre national de la danse, ce rendez-vous se veut un véritable espace d’échange et de réflexion. Il mettra en lumière l’impact des discriminations sur les parcours des jeunes, tout en explorant la manière dont la création artistique peut contribuer à faire évoluer les regards.
Interventions artistiques, témoignages et tables rondes rythmeront la journée, en plaçant la parole des jeunes au coeur du programme. L’ambition : faire émerger des pistes d’action concrètes et renforcer l’engagement des institutions culturelles dans la lutte contre les inégalités.
Mardi 16 juin I De 12h à 13h30 I Auditorium Marie Curie
Gratuit, sur réservation

•RENCONTRE / PARLEMENT DES EXILÉS
Les débats sur la migration se construisent encore trop souvent sans celles et ceux qui en font l’expérience. Pour y remédier, le Parlement des Exilés a vu le jour en 2024 : une assemblée citoyenne unique, composée de 15 députés élus par et pour les personnes exilées en France.
À l’occasion de la Journée mondiale des réfugiés, et dans le cadre de la Semaine de l’Hospitalité du Campus Condorcet, le Palais de la Porte Dorée ouvre ses portes à cette initiative. Cet évènement marque la clôture de la formation de la première promotion de députés exilés. Le temps d’un après-midi, venez rencontrer et écouter ces députés, qui partageront leurs parcours et leur engagement citoyen. Ils présenteront également des propositions concrètes sur des enjeux majeurs tels que le logement, l’éducation et l’emploi.
Au programme : tables rondes, échanges avec les acteurs publics ayant accompagné le projet, ainsi que des lectures multilingues de poèmes portant les voix, les récits et les imaginaires qui traversent cette première promotion.
Samedi 20 juin I De 15h30 à 18h I Auditorium Marie Curie
Gratuit, sur réservation

•VISITES GUIDÉES
À travers des oeuvres d’art, des témoignages et des données scientifiques, vous explorerez comment l’« origine » - réelle, supposée ou fantasmée - façonne les regards, influence les représentations et peut engendrer discriminations et exclusions. Une réalité souvent sourde, qui façonne pourtant des trajectoires collectives et individuelles, et ce, dès l’enfance.
Samedis 13 juin, 4 et 18 juillet 2026 I 14h30 I durée 1h30 I Musée
Samedi 28 juin 2026 I 11h I durée 1h30 I Musée »

Le Palais de la Porte Dorée et le Musée national de l’histoire de l’immigration

À propos du Palais de la Porte Dorée
« Institution culturelle pluridisciplinaire, le Palais de la Porte Dorée est constitué d’un monument historique, le Palais de la Porte Dorée, un musée - le Musée national de l’histoire de l’immigration et l’Aquarium tropical. Le Palais de la Porte Dorée est tout à la fois : lieu d’exposition et de diffusion de la connaissance, forum d’expression, lieu de conservation d’espèces menacées, espace de sociabilité, lieu de spectacles et de festivals. »

À propos du Musée national de l’histoire de l’immigration
« Le parcours permanent du Musée national de l’histoire de l’immigration déroule un récit chronologique, thématique et sensible de l’immigration en France en 11 dates repères - de 1685 à nos jours - qui montrent que l’histoire de l’immigration est une composante indivisible de l’histoire de France, à partir de données scientifiques, d’évènements, de récits de vie. Mêlant documents d’archive, photographies, peintures, sculptures, affiches, parcours de vie, créations artistiques contemporaines et outils de médiations numériques pour tous les âges, le Musée apporte à chaque visiteur les éléments essentiels pour connaître et comprendre une part essentielle de l’identité française. »


Du 5 juin au 23 août 2026
Musée national de l’histoire de l’immigration
Aquarium tropical
293, avenue Daumesnil - 75012 Paris
Tél. : 01 53 59 58 60
Du mardi au vendredi 10h - 17h30
Samedi et dimanche 10h - 19h
Visuels :
Portrait et visuels in-situ 
(c) Cyril Zannettacci

vendredi 14 août 2026

Ulysse et l'été 1936 par « Historia »

Le magazine Historia consacre un numéro double estival (juillet-août 2026) à « Ulysse, les secrets d’un grand voyage » et à « 1936, l’été brûlant – Front populaire, guerre d’Espagne, procès de Moscou… » Avec SNCF Gares & Connexions et aux abords de la gare de Lyon à Paris, ce magazine prolonge ce numéro par l’exposition-évènement « 1936, un été historique dans le monde » 
conçue grâce au concours des agences photo Roger-Viollet et Bridgeman Image. Un discours plutôt attendu, « politiquement correct », avec des oublis historiques importants parmi les « évènements majeurs de l'été 1936 », dont celui concernant la Révolte arabe (1936-1939) dans la Palestine mandataire.

« Alger, la Mecque des révolutionnaires (1962-1974) » par Ben Salama 
Les mutilations génitales féminines
« La femme, la république et le bon Dieu » d’Olivia Cattan et d’Isabelle Lévy

Documentaires sur l'avortement sur Arte 

Lancé en 1901, le magazine mensuel Historia offre à ses lecteurs depuis 2024 une nouvelle formule sous la houlette du directeur éditorial Franck Ferrand et du rédacteur en chef Eric Pincas. Avec un triple objectif : « Satisfaire le regard, combler l’esprit et attiser la curiosité ».

Dans son numéro 951 estival (juillet-août 2026), deux sujets sont annoncés en couverture : « Ulysse. Les secrets d'un grand voyage » et « 1936, l’été brûlant – Front populaire, guerre d’Espagne, procès de Moscou… » 

« Ulysse, les secrets d'un grand voyage »
« Depuis près de 3000 ans, Ulysse, le héros de l’Odyssée, n’a jamais perdu de sa puissance. Et c’est peu dire que le film de Christopher Nolan « L’Odyssée », sorti en salles le 15 juillet 2026, a suscité une vive impatience. Afin d’accompagner [les lecteurs] au mieux dans cette épopée aux frontières de l’humain et du divin, les historiennes et historiens ont relevé le défi de décrypter les aventures d’Ulysse au regard de l’Histoire. Autrement dit, révéler le cadre civilisationnel et culturel qui se cache derrière la dimension épique et fantastique du récit. »

Parmi les 43 pages de ce dossier sur « Ulysse. Les secrets d'un grand voyage », le magazine évoque les sirènes dans l'article "Un mythe devenu chrétien". Il élude la Bible hébraïque qui, avec l'Odyssée, s'avèrent deux récits fondateurs de l'Occident.

En 2022, dans « Should Jews Read Homer? » (Les Juifs devraient-ils lire Homère ?) (Mosaic, 5 janvier 2022), Jacob Howland, philosophe et spécialiste des études classiques, spécialiste du dialogue entre Athènes et Jérusalem, a dressé un parallèle entre l’Odyssée d’Homère et la Genèse, premier livre de la Bible hébraïque :
« L'Odyssée d'Homère et la Genèse sont des récits d'errance, d'êtres qui luttent pour trouver, créer ou conserver un foyer dans le monde. Toutes deux puisent dans un même répertoire antique de personnages, de mythes et de motifs littéraires : des filous rusés, des femmes puissantes, des hommes héroïques, des mortels s'unissant à des immortels, le baptême et le changement de nom, les rites d'initiation, le vêtement, la nudité, l'ivresse ; la liste est loin d'être exhaustive. Toutes deux éclairent les questions existentielles fondamentales, notamment celle de savoir comment instaurer l'ordre et un but commun dans les relations, souvent chaotiques, entre hommes et femmes, pères et fils, proches et étrangers, clans et nations. Toutes deux transmettent une sagesse précieuse, fruit d'une longue expérience et de nombreuses souffrances.
Je crois que ces raisons suffisent à inciter les Juifs à lire Homère. Pourtant, malgré ces profondes et nombreuses similitudes, rares sont les érudits qui ont songé à rapprocher les récits de la Genèse et de l' Odyssée afin qu'ils s'éclairent mutuellement. Le moment est venu d'entreprendre un tel travail, notamment parce que ce que feu Roger Scruton appelait « la culture du rejet » menace gravement la préservation et la transmission de la tradition occidentale. De même que notre époque s'est volontairement imposée un oubli radical, notre postérité dépend de la redécouverte de la sagesse essentielle et féconde de nos ancêtres.
L' Odyssée débute au cœur de l'action, avec une civilisation en déclin et Ulysse languissant prisonnier sur l'île de la nymphe Calypso. La Genèse, quant à elle, présente une structure pédagogique plus claire. Elle commence par le commencement, avec les premiers hommes et femmes apprenant par l'expérience ce qu'implique la condition humaine. Ses grandes divisions – de la Création à l'expulsion du jardin d'Éden ; de Caïn et Abel au Déluge ; de Noé et ses fils à Babel ; les récits d'Abraham, d'Isaac, de Jacob, et de Joseph et ses frères – s'enchaînent, approfondissant et élargissant progressivement notre compréhension des questions fondamentales. »
Dans une interview à Andrew Silow-Carroll pour JTA  (15 juillet 2026), l'universitaire Jacob Howland a comparé Ulysse et des personnages de la Bible hébraïque, notamment de la Genèse. Voici quelques analyses passionnantes :
« Il est plus prudent de parler des approches homérique et biblique comme de deux visions fondamentalement différentes — des conceptions différentes du monde, de la vie humaine et du divin — et de se demander ensuite en quoi elles diffèrent, comment elles interagissent et quels sont leurs points communs…
C’est là que réside la véritable différence entre l’« Odyssée » et la Bible. Après le récit universel de la Genèse (chapitres 1 à 11), nous arrivons aux patriarches. Dieu dit en substance : « Très bien, je pars avec Abraham. » Et, chose remarquable, étonnante, il ajoute : « Viens avec moi, abandonne tes coutumes, tes dieux, ta famille ; nous partons. » À ce stade, on perçoit le désir de Dieu de créer une communauté, à commencer par la famille, et cette communauté se développe à partir de là. Ulysse, en revanche, veut rentrer chez lui, mais c’est un solitaire, un homme souffrant qui doit affronter la dure réalité du monde pour trouver l’épanouissement…
L'épisode du Cyclope est en réalité l'antithèse de ce qui se passe avec Abraham et les patriarches, qui bâtissent une famille, une tribu, une nation, tournés vers l'avenir. Ulysse, lui, veut simplement se mettre à l'épreuve…
Il y a Jacob, mais commençons par David. La scène de David et Goliath est fascinante, car Goliath est un Philistin, et les Philistins étaient originaires de la mer Égée – probablement de langue grecque, bien que certains pensent qu'ils étaient de Crète. Goliath est donc, en quelque sorte, un Grec. Il est décrit comme immense, impressionnant – et pourtant, David le vainc. La victoire de David sur Goliath est une version de ce que les spécialistes de la mythologie appellent l'histoire du « garçon rusé » – une autre version met en scène Ulysse et le Cyclope, un autre adversaire redoutable. Fait intéressant, David frappe Goliath en plein front, là où, sur les vases grecs, est représenté l'œil du Cyclope.
Goliath est donc grand et méchant, et puis il y a Saül, un imbécile qui dit : « Tu dois porter mon armure. » David répond : « Non, je ne le ferai pas. » David a confiance en l’Éternel. Quand Ulysse vainc le Cyclope, il dit en substance : « C’est moi qui ai fait ça ; je suis Ulysse. » David dit : « Non, j’ai confiance en l’Éternel ; l’Éternel me protège.» [...]
Ulysse est un lutteur, et Jacob est très odysséen : il se bat contre Ésaü, profitant de la faim de ce dernier pour lui voler son droit d'aînesse, complotant avec sa mère Rebecca, elle aussi figure odysséenne, qui lui conseille de se vêtir de peaux pour tromper Isaac. Puis Ésaü veut le tuer, et l'on assiste à la scène où Jacob lutte au Jabbok, la veille de sa confrontation avec Ésaü. Il est inquiet, blessé, il se bat contre cette « chose » – cette figure, cet ange, peu importe – et il est vulnérable. Il ressent de la peur, de la culpabilité. Il s'accroche et se bat car ce n'est que si Ésaü le bénit – ce qui arrive le lendemain – que Jacob pourra lâcher prise. Autrement dit : « Je dois me réconcilier avec mon frère. » On lui annonce alors qu'il s'appellera Israël – car il lutte contre Dieu.
En résumé : le héros juif est vulnérable et s’en remet à Dieu ; le héros grec, quant à lui, ne peut montrer aucune vulnérabilité et ne peut compter que sur lui-même. Certes, il y a Athéna et les autres dieux, mais les dieux grecs sont capricieux. » [...]
Pénélope et Rebecca sont deux femmes fortes mais très différentes. Toutes deux sont capables, comme Ulysse, d'endurer une douleur profonde et durable. Pénélope semble plus passive, mais elle possède une ruse digne d'Ulysse et une détermination d'acier. Elle tient les prétendants à distance pendant trois ans en retardant le mariage jusqu'à ce qu'elle ait terminé de tisser le linceul pour Laërte, le père d'Ulysse. Outre son stratagème de tisser le jour et de défaire la nuit, le linceul n'est pas seulement destiné à Laërte. Il est destiné aux prétendants et symbolise l'enterrement de toute une époque – un passé anéanti par les passions violentes de la jeune génération, désormais affranchie des traditions ancestrales.
Tandis que Pénélope attend patiemment le retour d'Ulysse et se prépare à enterrer une époque révolue, Rebecca regarde vers l'avenir, vers la grande nation que Dieu avait promis de faire naître de la descendance d'Abraham. Isaac, sans doute traumatisé par le sacrifice qu'il a failli subir, est le conjoint passif ; il reste sur place lorsqu'Abraham envoie son serviteur lui chercher une épouse, tandis que Rebecca saisit l'occasion de quitter son foyer . Physiquement robuste (elle supporte l'accouchement par le siège de jumeaux et porte l'eau pour tous les chameaux du serviteur) et dotée d'une volonté de fer, c'est elle qui fait preuve d'une ruse digne d'Ulysse. Elle comprend que c'est Jacob, et non Ésaü, qui possède la force et l'ambition nécessaires pour être le garant de l'alliance. C'est elle qui explique à Jacob comment se déguiser en Ésaü afin que la bénédiction d'Isaac lui parvienne ; qui prend sur elle toute malédiction qu'Isaac pourrait lancer contre Jacob ; et qui conseille à Jacob de fuir à Beer-Sheva, sachant qu'elle ne le reverra probablement jamais. » [...]
La Bible hébraïque, à l'instar d'Homère, est l'une des « racines pivotantes du grand chêne ramifié de la civilisation occidentale ».
Selon Historia, « du monde d’Ulysse à l’été 36 demeure cette même aspiration au courage face à l’adversité quand se lèvent les vents contraires ». 

L'été 1936
Que retenir de l’été 1936, quatre-vingt-dix ans après ?

Le magazine Historia répond à cette question d’une part en 19 pages de ce numéro double estival - « 1936, l’été brûlant – Front populaire, guerre d’Espagne, procès de Moscou… » ainsi que la réélection du Président démocrate Franklin Roosevelt assurant que perdure son New Deal - et, d’autre part, avec SNCF Gares & Connexions et aux abords de la gare de Lyon à Paris, par l’exposition-évènement « 1936, un été historique dans le monde » conçue grâce au concours des agences photo Roger-Viollet et Bridgeman Image.

L’été 1936, n’a pas été seulement une « parenthèse enchantée ». « Entre allégresse et tragédie, [il] fut en tout point historique. Alors que les Français goûtent leurs premiers congés payés impulsés par le gouvernement de Front populaire de Léon Blum, la guerre éclate en Espagne et la jeune République vacille ; à Berlin, Hitler fait des Jeux olympiques une vitrine du triomphe nazi ; depuis la place Rouge de Moscou, Staline orchestre une répression d’une violence inouïe à l’égard de ses opposants ; aux États-Unis, Roosevelt bataille pour sa réélection au nom de l’État providence. »

Evènements politiques, économiques, juridiques, sociaux et sportifs sont présentés clairement par des historiens spécialistes disposant de quelques pages et recourant à des encadrés.

Le discours s’avère plutôt attendu ou « politiquement correct » : ainsi, par exemple, manque l’historiographie récente contestant la présentation « classique » de la guerre d’Espagne ou le succès économique du New Deal. Plus surprenants : des oublis importants dans le traitement des « évènements majeurs de l'été 1936 » retenus et l'absence injustifiée de la Révolte arabe dans la Palestine mandataire. L’aspect culturel - films, livres - de certains évènements aurait mérité d'être analysé, même brièvement.

« L’Espagne plonge dans la guerre civile »
« La fréquence des conflits sociaux, l’extrême brutalité du maintien de l’ordre et le manque d’assise locale du régime [la République instaurée en 1931 après la chute du roi Alphonse XIII] ont constitué de grandes faiblesses. Mais les historiens s’accordent à dire que la guerre civile est avant tout le résultat d’un coup d’Etat, celui préparé de longue date par des militaires avec le soutien de politiques et de financiers… L’arrivée au pouvoir d’une coalition des droites et du centre, de 1933 à 1935, freine en grande partie les projets conspirationnistes, mais elle n’atteint pas la volonté d’en finir avec la démocratie », écrit d’emblée Pierre Salmon.

Puis, cet historien souligne le rôle de « politiques et propagandistes au Parlement et dans la presse pour faire croire au désordre et au risque d’une révolution dirigée depuis Moscou ». Il indique les « évènements ayant précipité le coup d’Etat » : « mouvement révolutionnaire ouvrier dans les Asturies véhiculant en octobre 1934 l’idée dune République incapable de faire régner l’ordre », l’élection d’une coalition de Front populaire en février 1936… 

« Deux camps se dessinent rapidement : la République, appelée camp « gouvernemental » ou « loyaliste », rassemble « des forces politiques éclectiques : tout le spectre de la gauche » dont le PSOE, des forces révolutionnaires, les communistes, les syndicats libertaires. Ce pouvoir central est contesté par des forces régionales (Pays Basque, Catalogne). Quant au camp national, il réunit « des militaires et des forces politiques monarchistes… en plus des organisations fascistes ou simplement d’extrême-droite ». Les insurgés contrôlent l’Armée d’Afrique. 

Le 1er octobre 1936, Francisco Franco, ayant des liens privilégiés avec l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste, est proclamé chef de l’Etat et des Armées. Le soutien militaire de ces deux Etats est décisif. Par contre, le camp républicain pâtit de l’aide tardive en 1937, officieuse, insuffisante au regard des besoins, du gouvernement français ; de l’Union soviétique, il reçoit du matériel militaire moderne et des volontaires des Brigades internationales, et en échange, la République lui livre l'or de la banque d'Espagne.

En avril 1939, la guerre est gagnée par les Insurgés. 500 000 morts et autant d’exilés. 120 000 personnes civiles assassinées dans le camp franquiste, 50 000 chez les républicains.

L’article évoque les violences commises par des Républicains.

Il aurait gagné en soulignant les divisions parmi les républicains entre communistes et anarchistes, ainsi que l'élimination, à l'instigation de l'URSS, des anarchistes et de dirigeants du POUM (Parti ouvrier d'unification marxiste), antistalinien, ayant dénoncé les procès de Moscou .

L’Internationale communiste a envoyé 35 à 40 000 hommes et femmes venus d’horizons divers. Les pertes des Brigades ont avoisiné un tiers des volontaires peu formés. Résultat du manque de souci pour la vie humaine. Ultime trahison : la signature du pacte germano-soviétique. Certains ont été victimes  de procès staliniens en Hongrie ou en Tchécoslovaquie. 
Quid des volontaires juifs ? Les Juifs engagés dans les Brigades internationales ont représenté plus de 10%, entre 6 000 et 8 000, soit un tiers des Américains, un cinquième des Britanniques et la moitié des Polonais. Venus essentiellement de Pologne, des Etats-Unis, de France, d’Eretz Israël, d’Allemagne, de Grande-Bretagne, de Belgique, de Hongrie, du Canada et d’URSS, ils s’appelaient Shimon Avidan, Fernando Gerassi, David Guest, Artur Kerschner, Sam Levinger, Bert « Yank » Levy, George Nathan, Alfred Sherman, Drago Štajnberger, Máté Zalka. Dans le Bataillon Palafox, la Compagnie Naftali Botwin, créée en décembre 1937, était composée entièrement de combattants juifs. En outre, on évalue à 70% la part du personnel médical volontaire pour soigner les blessés à être juive. Le rôle des Juifs a été longtemps marginalisé en raison, selon l’historien Martin Sugarman, des « gardiens de la mémoire » staliniens. 

« Pour beaucoup, le mythe des Brigades internationales reste  aujourd'hui encore intact. Et pourtant, derrière l'aventure héroïque de milliers de volontaires venus de tous les pays au secours de la République espagnole, se cache une autre vérité, déconcertante et douloureuse, que révèle ce témoignage sauvé de l'oubli. Sygmunt Stein, militant communiste juif en Tchécoslovaquie, bouleversé par les procès de Moscou qui ébranlent sa foi révolutionnaire, va chercher en Espagne l'étincelle qui ranimera ses idéaux. Mais arrivé à Albacete, siège des Brigades internationales, il se voit nommé commissaire de la propagande, poste où il découvre jour après jour l'étendue de l'imposture stalinienne. Très vite, la réalité s'impose à lui : « La Russie craignait d'avoir une république démocratique victorieuse en Europe occidentale, et sabotait pour cette raison le duel sanglant entre les forces démocratiques et le fascisme. » Tout ce qu'il croyait combattre dans le franquisme, à commencer par l'antisémitisme, il le retrouve dans son propre camp. La déception est à la mesure de l'espoir qui l'avait mené en Espagne: immense. Affecté par la suite à la compagnie juive Botwin, il sera envoyé au front pour servir de chair à canon. Des exécutions arbitraires du « boucher d'Albacete », André Marty, aux banquets orgiaques des commissaires politiques, en passant par les mensonges meurtriers de la propagande soviétique, Sygmunt Stein dénonce violemment dans son livre Ma guerre d'Espagne : Brigades internationales : la fin d'un mythe, écrit en yiddish dans les années 1950, et resté longtemps inédit en français, la légende dorée des Brigades internationales ».

Quid des imams à l'égard des soldats rifains en faveur des insurgés ? Qui étaient les milliers de volontaires - irlandais, marocains, russes blancs - engagés au côté du général Franco contre la république espagnole, et quelles étaient leurs motivations ?

Quid des écrivains, journalistes et photographes ayant magnifié le combat républicain ?

« Vive les vacances, l’expérience du Front populaire »
Jean Vigreux insiste sur « l’accélération du processus législatif » initiée par le gouvernement du Front populaire dirigé par le Président du Conseil, le socialiste Léon Blum, depuis les élections législatives d’avril 1936. Une « révolution par la loi » : recours à une procédure d’urgence, aux lois-cadres, rapides promulgations des lois votées et de leurs décrets d’application afin qu’elles soient mises en œuvre avant les vacances parlementaires. Caractérisent ces premières mesures : le volontarisme des réformes, le respect des engagements électoraux, la volonté aussi que les ouvriers mettent un terme aux occupations d’usines et de doter la France d’une défense moderne (armement nationalisé) dans un contexte d’avènement de régimes totalitaires.

L’historien décrit les changements « sociétaux et sociaux » importants impulsés : scolarité obligatoire prolongée de 13 à 14 ans, durée hebdomadaire du travail fixée à 40 h, et deux semaines  de congés payés  annuels pour les salariés – ces loisirs rompent avec le rythme du travail en usines -, conventions collectives.

Quid de la campagne contre Roger Salengro (1890-1936), ministre de l'Intérieur accusé dès le 10 juillet 1936 à tort par l'extrême-droite d'avoir été un déserteur durant la Première Guerre mondiale, ou contre « le juif Blum » ?

Léon Blum laisse les députés voter sur la participation de la France aux Jeux Olympiques à Berlin. Le 9 juillet 1936, seul Pierre Mendès France, député de l’Eure, vote pour le boycott. Le 19 juillet 2026, les « Olympiades populaires de Barcelone » n’ont pas lieu en raison d’une offensive des franquistes. Certains sportifs s’engagent dans le camp républicain.

« Les Jeux Olympiques d’été de Berlin »
Ouverts par le führer Adolf Hitler le 1er août 1936, les jeux médiatisés représentent un succès pour le régime nazi dont la propagande est valorisée par « Olympia » (1938), film réalisé par Leni Riefenstahl exaltant les corps des athlètes durant la compétition.

Un portfolio (2 pages) publie des photographies majeures, significatives, mais sans indication des copyrights.

Il eût été intéressant d’indiquer que « la couverture télévisée en direct des Jeux Olympiques a débuté en 1936, lorsque des images en noir et blanc des Jeux de Berlin ont été diffusées aux athlètes dans le village olympique et aux Berlinois dans 25 salles spéciales réparties dans la ville  » et qu’au relais 4 x 100 m, deux athlètes américains juifs avaient été écartés de la sélection, et l’un d’eux avait été remplacé par Jesse Owens, quadruple médaillé d’or à ces Olympiades. 

« Staline, les purges et le régime de terreur »
« Dès 1936, le Petit Père des peuples multiplie les procès truqués à grand spectacle et, dans l’ombre, les exécutions de masse, pour se défaire de ses ennemis politiques et maintenir la population sous son joug ».

Stéphane Courtois remonte à 1923-1925 pour démontrer comment Staline, après avoir expulsé du Parti puis d’URSS son rival Trotski, va imposer progressivement son pouvoir absolu et sa politique radicale vouée à l’échec : dès 1928, plan quinquennal pour une industrialisation, collectivisation des terres et enfermement des paysans des dans kolkhozes (1929), instauration du système concentrationnaire du Goulag (1930). Résultats : en 1932-1933, la famine ayant causé 5-6 millions de morts, et de fortes résistances dans la société soviétique.

L’assassinat de Sergueï Kirov, Premier secrétaire du Parti communiste pansoviétique (bolchevik) de la région de Leningrad, par un individu isolé, est instrumentalisé par Staline. Celui-ci va éliminer les bolcheviks historiques pour les remplacer par de jeunes lui obéissants. Il tire les leçons du scandale mondial en 1922 quand Lénine avait organisé des procès aboutissant à la condamnation d’opposants et de dirigeants socialistes révolutionnaires. Les procès staliniens sont donc truqués : en 1936, les accusés, victimes de tortures psychologiques et physiques, récitent des textes lors des audiences judiciaires au cours desquelles le procureur général Andreï Vychinski les insulte (« chiens enragés du capitalisme »). Les accusés sont condamnés à mort et exécutés le jour-même.

L’historien lise les périodes de terreur stalinienne : trois grands procès en 1936-1938, la Grande Terreur secrète (1937-1938) contre les « ennemis du peuple » selon « des critères sociaux ou/et nationaux » - 1,5 Mn de victimes -, une « gigantesque opération d’ingénierie socio-politique. Et l’Armée rouge purgée – ce qui coûtera cher au début de la Deuxième Guerre mondiale. Staline n’épargne pas Iejov, tué en 1939 par la terreur qu’il avait organisée.

« Franklin Roosevelt. La force tranquille »
« En relançant son New Deal, qui dote la population de droits sociaux, le président des Etats-Unis devient le favori à sa propre succession » 

« En quatre ans, Roosevelt a transformé la société américaine comme aucun président ne l’a fait avant lui. Dans un pays convaincu que le marché s’autorégule et que l’initiative individuelle est reine, Roosevelt a fait du gouvernement fédéral l’acteur central afin de sauver l’économie sinistrée par la crise de 1929. Il a injecté des milliards de dollars pour relancer la consommation des ménages et soutenir les secteurs agricoles (Agricultural Adjustment Act, AAA) et industriel (National Industrial Recovery Act, BIRA) », écrit Hélène Harter.

« A partir de 1935, il pose les bases d’un Etat-providence qui dote les Américains de droits sociaux, ce qui n’était pas prévu par la Constitution. 

Parmi ces droits sociaux pour les salariés : la loi Wagner 1935 autorisant des syndicats dans les entreprises, des conventions collectives signées, « la loi sur la Sécurité sociale, l’allocation chômage, l’assurance vieillesse pour les plus de 65 ans, le système de pensions pour les infirmes… »

« Les conservateurs ainsi que le monde des affaires, majoritairement républicains, font feu de tout bois face à cet interventionnisme sans précédent du gouvernement fédéral. En mai 1935, ils obtiennent de la Cour suprême qu’elle déclare anticonstitutionnelles les mesures du NIRA, puis en janvier 1936 celles de l’AAA. »

L’enjeu de l’élection présidentielle de 1936, c’est la « pérennité des politiques du New Deal ».

Si l’élection est prévue en novembre 1936, la campagne électorale débute début 1936. Le candidat républicain est Alf Landon, un modéré. Le Président Franklin D. Roosevelt s’impose aisément dans le camp démocrate. Un troisième parti, le parti de l’Union, rassemble des démocrates radicaux sous la direction de William Lemke. Mais les propos antisémites de son soutien, le prêtre Charles Coughlin, et un positionnement extrémiste, réduisent ses chances de succès.

Avec 60,8% des voix, Roosevelt est réélu Président des Etats-Unis – il rafle 98,5% des votes au Collège électoral. 36,5 % pour Alf Landon. La majorité démocrate est renforcée au Congrès.

Le bilan du premier mandat de Roosevelt aurait justifié quelques nuances. La politique menée durant le premier New Deal « échoue. L'activité ne repart pas, le chômage diminue à peine. Roosevelt change à nouveau de politique, en privilégiant cette fois le traitement social de la crise… Le déficit fédéral, de 20,9 milliards de dollars en 1933, passe à 33 milliards en 1936 et 43 milliards en 1938. Mais, en 1939, le pays compte toujours 9 millions de chômeurs ; il faudra attendre 1941 pour retrouver le plein emploi, avec la mobilisation progressive de 15 millions d'hommes à partir de septembre 1940, et le redémarrage de l'industrie pour les besoins d'abord de l'allié britannique, puis de l'armée américaine. Mais le déficit atteint 258 milliards en 1945 », a estimé  André Kaspi qui décrit un Président pragmatique.

Présenter cet arrêt de la Cour suprême de 1935 comme la victoire du "monde des affaires" surprend. Rappelons les faits.

Ce sont les Schechter, des frères juifs bouchers américains qui se sont élevés contre la NRA. Négociants dans la volaille, ces immigrés de Hongrie achetaient des poules sélectionnées dans des poulaillers. Ils les revendaient à des bouchers cacher de New York. Des volailles tuées selon la halakha (loi juive) après avoir été choisies par des clients prisant leur pouvoir de choisir. Or, l'administration du New Deal leur imposait d'acheter tout ou partie des poules sans opérer de sélection préalable. Les Schechter se sont trouvés face à un dilemme grave : respecter les règles de la cacherout ou obéir à la nouvelle législation disposant d'une administration soupçonneuse aux larges pouvoirs. En juillet 1934, les Schechter "ont été accusés d’enfreindre les règles concernant la sélection des poulets et de vendre délibérément un poulet impropre à la consommation. Ils ont aussi été accusés de mener une « conspiration pour transgresser le Code du NRA ». « Au cours du premier procès pénal, à la suite duquel les frères ont été déclarés coupables et condamnés à plusieurs mois de prison, le ministère public a tenté de les faire passer pour des péquenauds. Quand ils ont fait appel, les media ont utilisé les clichés antisémites habituels pour les faire passer pour fous d’avoir défié le gouvernement fédéral tout-puissant, y compris en invoquant des stéréotypes antisémites contre leur avocat, Joseph Heller. » Ce combat a été relaté par Amity Shlaes dans The Forgotten Man. A New History of The Great Depression.

« En même temps, les critiques contre le NRA ont augmenté, notamment de la part des Afro-Américains, qui ont vu avec justesse les tentatives d’augmenter les salaires minimaux comme un moyen d’exclure les travailleurs noirs du marché. »

En mai 1935, la "Cour Suprême entendit les plaidoyers des deux parties. Celle de l’État fédéral reposait largement sur le principe des « pouvoirs d’urgence » : il y avait une crise nationale, et l’État devrait avoir tous les pouvoirs nécessaires pour la combattre. Ce qui était en jeu était l’interprétation de la Clause de Commerce, censée limiter le pouvoir du Congrès de réglementer le commerce aux seules transactions entre États. L’État avançait que l’entreprise des Schechter devait être considérée comme un commerce entre États à la lueur de la Dépression, tandis que l’avocat des Schechter répliquait à la fois que l’entreprise n’était pas inter-États, et surtout que les Schechter n’avaient jamais contresigné le Code du NRA, qui interférait avec leur capacité de servir correctement leurs clients. Comme Shlaes le montre, l’avocat Heller prenait soin d’expliquer les pratiques de la cacherout de façon à ne pas les faire apparaître comme trop juives, encore une fois par peur de l’antisémitisme. Une partie de l’échange entre les juges suprêmes et Heller portait sur ce que l’abattage direct signifiait pour les clients, menant à un débat sur la manière d’accéder aux poulaillers. La réaction de la Cour était essentiellement de l’amusement face à l’absurdité du Code, à la fois dans son niveau de détail et dans ce qu’il imposait aux producteurs et aux consommateurs."

A l'unanimité, "le 27 mai 1935, la Cour a décidé que la NRA violait effectivement la Clause de Commerce, et que même dans des « conditions extraordinaires », le Congrès ne pouvait pas outrepasser ses limites constitutionnelles" (A.L.A. Schechter Poultry Corp. v. United States, 295 U.S. 495). « Précisément, le Congrès n’avait pas de pouvoir légitime de déléguer au NRA ce qui revenait à un pouvoir législatif. Ce procès (et un autre, qui concernait le AAA) a mis fin aux dispositions les plus radicales de ce que les historiens appellent le « premier New Deal ». La réaction de FDR à cette décision était sa fameuse réplique où il accusait la Cour de « ramener le pays à l’âge des carrioles à chevaux ». Ce sentiment était une des raisons pour lesquelles Roosevelt a plus tard proposé sa réforme de la cour, visant à augmenter son nombre de membres (pour y faire entrer des juges nommés par lui, afin de lui donner une majorité, NdT). Cette affaire était l’une des dernières décisions de la Cour Suprême à se tenir à la lecture stricte de la Clause de Commerce. Et les mêmes questions [étaient] en jeu contre la loi sur le système de santé » de l'administration Obama.

« Quoi qu’il en soit, l’histoire des Schechter amène d’autres questions. Pourquoi n’est-il pas mieux connu, surtout auprès des Juifs américains, que les propriétaires immigrants et opprimés d’une petite entreprise ont triomphé d’un État qui leur niait le droit de faire leurs affaires selon un code religieux et éthique plusieurs fois centenaire ? Après tout, c’est une histoire classique d’héroïsme juif : un groupe de Juifs assiégés par l’État triomphant miraculeusement de l’oppression en restant fidèles à leurs croyances. Il semble que l’amour démesuré que les Juifs américains ont eu envers FDR est une explication probable. Il peut être difficile de tenir pour des héros les hommes qui ont aidé à mettre à bas le premier New Deal. L’amour des Juifs américains pour FDR est un peu un mystère quand on considère le refus de son gouvernement d’aider les Juifs à fuir l’Allemagne nazie au début de la Shoah. L’histoire des frères Schechter soulève des questions importantes sur le pouvoir de l’État. C’est une histoire qui attend toujours d’être contée dans son entièreté. » 

Une histoire qui rappelle l'intrigue de films de Frank Capra. Quid de la mobilisation d'artistes hollywoodiens en faveur du New Deal ?

Quid des "Fireside Chats" (discours radiophoniques), vecteur de la communication présidentielle en direction de ses concitoyens ? Une source d'inspiration pour d'autres politiciens, dont le Président du Conseil Pierre Mendès France.

La Révolte arabe occultée
La Grande révolte désigne le soulèvement d'Arabes de Palestine mandataire contre les autorités britanniques, qui administraient ce territoire en vertu d'un mandat de la Société des Nations (SDN) et les juifs, généralement palestiniens, qui y vivaient depuis des générations, voire des siècles.

Organisée par le Grand mufti de Jérusalem al-Husseini, cette Révolte Arabe, et non palestinienne, débute par un traquenard : le soir du 15 avril 1936, un groupe d'Arabes, supposés être des disciples d'Izz al-Din al-Qassam, près d'Anabta, constituent un barrage routier sur la route de Naplouse à Tulkarem. Ils arrêtent une vingtaine de véhicules, réclament aux conducteurs des armes et de l'argent. Les Arabes séparent deux chauffeurs juifs et un passager (Israel Hazan) des autres et leur tirent dessus. Trois  juifs palestiniens décèdent. Le début de la guérilla à caractère djihadiste...

Le 19 avril 1936, à Naplouse (Shehem), le Haut Commandement arabe, dirigé par le mufti Haj Amin al-Husseini, lance un appel à la grève générale des travailleurs arabes et au boycott des produits juifs : il exige la suspension de l'immigration juive et des transferts de terres au profit des nouveaux arrivants. Rapidement, des attentats terroristes visent civils juifs - travaillant dans les vergers, marchant dans les rues de Jérusalem ou de Haïfa, sortant d'une salle de cinéma, vivant dans leur domicile, etc. - et soldats britanniques. 

La Révolte arabe "était une campagne orchestrée d’assassinats, d’intimidations et de sabotages conçue pour stopper l’immigration et l'essor juifs dans leur patrie ancestrale. Des bandes arabes attaquaient des villages juifs, tiraient à vue sur des civils sur les routes et incendiaient des champs et des vergers." "Du 16 juin au 17 juillet 1936, des terroristes arabes ont assassiné neuf civils juifs, la plupart dans des embuscades froidement calculées visant des bus urbains. Ils ont également délibérément détruit 75 000 arbres plantés par des pionniers juifs dans une tentative d’effacer les résultats du travail juif".

Sous la pression des comités de grève qui se multiplient dans le pays, les chefs de parti (Parti arabe palestinien, Parti de la défense nationale, Parti de la réforme, Bloc national, Parti de l'Indépendance) forment un Haut Comité arabe, présidé par le grand mufti de Jérusalem, Mohammed Amin al-Husseini (25 avril)." Les deux clans Arabes influents à Jérusalem -  les Husseini et les Nashashibi - s'opposent entre eux. Le parti du clan Nashashibi, le Parti de la défense nationale (NDP), se retire rapidement du Haut Comité arabe et soutient les Britanniques, déployant les « Fasail al-Salam » (les « Groupes de la Paix ») en coordination avec l'armée britannique, contre les unités « Fasail » (« groupes ») arabes nationalistes et djihadistes.

Le 16 mai 1936, al-Husseini proclame la « Journée de la Palestine » et exhorte à la grève générale. Celle-ci dure d'avril à octobre 1936. Cette première phase de la « Révolte arabe » s'achève en novembre 1936. 

La Commission royale de Palestinien, ou Commission Peel, était une commission d'enquête royale britannique, dirigée par Lord Peel, constituée en 1936 pour enquêter sur les causes de la Révolte Arabe en Palestine mandataire après cette grève générale arabe de six mois. Le 7 juillet 1937, cette Commission publia un rapport qui, pour la première fois, considérait que le mandat de la Société des Nations (SDN) était devenu inapplicable et recommandait le partage du territoire. 
Extrait : « La campagne terroriste a pris la forme d’assassinats isolés et de tentatives d’assassinat ; de cas sporadiques d’attaques armées contre les transports routiers militaires, policiers et civils ; contre les implantations juives et contre la propriété privée arabe et juive. »

Le cabinet britannique approuva le principe du plan de partage, et demanda des informations additionnelles. Les dirigeants arabes s'opposèrent au plan de partage. Le Haut Comité arabe rejeta l'idée d'un État juif et appela à la création d'un État Arabe indépendant, « garantissant la protection de tous les droits légitimes des Juifs et des autres minorités, ainsi que la sauvegarde des intérêts britanniques légitimes ». Il exigea également la fin de toute immigration juive et de tout achat de terres. Il alléguait que la création d'un État juif et l'absence d'un Etat Arabe indépendant constituaient une trahison de la parole donnée par la Grande-Bretagne. Lors du Congrès sioniste de 1937, les délégués acceptèrent le principe du plan de partage mais rejetèrent le plan de partage précis accordant un territoire minuscule aux Juifs. Les délégués autorisèrent la direction à poursuivre les négociations. Le Conseil de l’Agence juive ajouta une demande de convocation d’une conférence afin d’explorer la possibilité d’un règlement pacifique. 

Rappelons que durant la conférence du Caire (Egypte) du 12 au 30 mars 1921, le Royaume-Uni avait amputé 78% du territoire destiné à un Etat Juif notamment par la conférence de San Remo, et, pour "récompenser" le chérif de La Mecque Hussein ben Ali, de la famille hachémite, de sa faible action en faveur des Alliés durant la Première Guerre mondiale, avait ainsi créé "l'émirat de Transjordanie (connu plus tard comme royaume de Jordanie), afin de satisfaire les ambition du second fils d'Hussein, Abdullah, tout en fondant la même année l'Etat moderne d'Iraq créé à l'instigation de Faisal, frère cadet d'Abdullah".

En 1922, la SDN a entériné cette découpe.

En septembre 1937, peu après la recommandation de la Commission Peel sur le partage de la Palestine mandataire, la seconde phase de la Révolte Arabe commence. Des affrontements avec les forces britanniques s'intensifièrent considérablement, de même que les attaques contre les agglomérations juives.

En 1938, la commission Woodhead est nommée afin de formuler des recommandations concernant un plan de partage.

Après l'écrasement de cette révolte Arabe sanglante par les autorités britanniques, al-Husseini est contraint à l'exil qui le mène notamment en Irak où il fomente en particulier à Bagdad le farhud, puis se rend en Italie fasciste et se fixe dans le IIIe Reich où, à Berlin, ce collaborateur zélé d'Hitler dirige la propagande nazie vers le monde arabe, encourage des musulmans, notamment en Bosnie (ex-Yougoslavie) de rejoindre l'armée allemande...

Dans « Palestine 1936. La Grande révolte et les origines du conflit au Moyen-Orient », Oren Kessler montre l'importance continuelle de cet événement. C'est à cette époque, affirme-t-il, et non en 1948, que « les Juifs de Palestine ont consolidé les bases démographiques, géographiques et politiques de leur État en devenir. Et c'est à ce moment-là que des termes lourds de conséquences tels que partition et État juif sont apparus pour la première fois à l'agenda diplomatique international », a écrit Daniel Pipes, expert en géopolitique.

Cette révolte Arabe, et non palestinienne, a constitué un souvenir cuisant pour le Royaume-Uni qui a craint, s'il encourageait l'immigration de juifs persécutés en Europe, de nouvelles révoltes arabes en Palestine mandataire, a fortiori durant la Deuxième Guerre mondiale. Le Royaume-Uni a donc adopté une politique d'apaisement envers les Arabes de Palestine (White Paper ou Livre Blanc de 1939) ; ceci se traduit par la  réduction drastique du nombre de Juifs autorisés à entrer en Palestine mandataire. Parallèlement, aucune restriction britannique n'est imposée concernant l'immigration d'Arabes dans ce territoire.

Si les dirigeants Arabes de la Palestine mandataire avaient accepté en 1937 le rapport Peel, et donc le principe d'un Etat Juif, des centaines de milliers de Juifs européens auraient pu se réfugier dans cet Etat et être sauvés de la Shoah.

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Visuels : © Mathieu Delmestre - SNCF Gares & Connexions