Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

mercredi 19 août 2026

Sapir Berman

Né en 1994 en Israël, Sagi Berman a débuté comme arbitre en Ligat ha'Al, la première division du football israélien en 2019. Deux ans plus tard, il a fait son coming out et annoncé qu’il allait subir une opération chirurgicale de transition de genre. Soutenue par la Fédération israélienne de football et l'association nationale des arbitres, elle a choisi comme prénom Sapir et poursuit sa carrière sportive tout en donnant des conférences. Arte diffuse sur son site Internet, « Sapir, le combat d’une arbitre trans », documentaire de Liran Atzmor. 

Les chrétiens en "Palestine"
« Gaza, la vie » par Garry Keane 

Sagi Berman est né en 1994 à Kiryat Bialik, ville au nord-est de Haïfa. Il est l'aîné des fils d'un employé de bureau et d'une assistante médicale. 

Agée de 17 ans, ce passionné de football a rejoint l'Association israélienne des arbitres de football, où elle a débuté comme arbitre en deuxième division (National League), puis a été admise en Première League

Il a joué au football pour l'Hapoel Haïfa. Puis a effectué son service militaire. Il a suivi des études en éducation spécialisée.

Sagi Berman débutes comme arbitre en Ligat ha'Al, la première division du football israélien, au début de la saison 2019/2020.

Un an plus tard, il a annoncé qu’il allait subir une opération de transition de genre pour poursuivre sa transition. Il a aussi choisi son nouveau prénom, Sapir. La Fédération israélienne de football et l'association nationale des arbitres lui ont apporté leur soutien.

Début mai 2021, Sapir Berman est devenue la première arbitre transgenre à exercer cette fonction durant un match de football professionnel israélien, celui entre l'Hapoel Haïfa et le Beitar Jérusalem au stade Sammy Ofer. 

En avril 2024, le documentaire de Liran Atzmor, « Sapir », a été projeté au festival de cinéma Docaviv 2024. Cette sportive a été décrite comme « la première arbitre de football transgenre au monde dans une ligue professionnelle » de haut niveau.

« Mon rêve professionnel est d’arbitrer en Ligue des Champions et en Coupe du Monde. Ce serait un accomplissement énorme pour moi », avait confié Sapir Berman à Eurosport en 2024. 

En juin 2026, trois mois après sa sélection par la FIFA comme arbitre internationale, Sapir Berman "est devenue la première personne transgenre à arbitrer une rencontre internationale : le match entre l’Irlande du Nord et le Monténégro comptant pour les qualifications du Championnat d’Europe des moins de 17 ans. « Parfois, les rêves deviennent réalité, puis on réalise que ce n’est que le début. Après 14 ans sur les terrains, j’ai l’honneur de devenir arbitre internationale. C’est un immense privilège, une émotion indescriptible, mais surtout l’opportunité de continuer à faire ce que j’aime », avait déclaré Sapir Berman après avoir reçu son badge international. Elle est soutenue pleinement par la commission des arbitres, elle est devenue la première arbitre transgenre à officier dans l’élite israélienne".

Sapir Berman est intarissable pour parler d'elle, de ses problèmes d'identité. Lassant. Triste.

Jamais, elle ne présente sa conception et sa pratique du métier d'arbitre, hormis pour se féliciter d'avoir pris "la bonne décision". Dommage.

« Sapir, le combat d’une arbitre trans »
En partenariat Brut et Libération, Arte diffuse « La vie en face, le documentaire de société ». Les documentaires de "La vie en face" racontent les mutations profondes en jeu dans nos sociétés contemporaines. Une ode à l'intime où les existences les plus ordinaires dévoilent un visage hors du commun. »

Dans ce cadre, Arte diffuse sur son site Internet, « Sapir, le combat d’une arbitre trans », documentaire de Liran Atzmor.

« En 2021, Sapir Berman, arbitre de foot en Israël, entamait une transition de genre. Comment concilier ce parcours avec les exigences du sport de haut niveau ? Ce beau portrait fait la chronique d’une trajectoire semée d’embûches autant que porteuse d’espoir. »

« D’aussi longtemps que remontent ses souvenirs, Sapir Berman a toujours rêvé en secret d’être une fille ».

« C’est en tant que jeune homme, pourtant peu à l’aise dans son corps, qu’elle s’engage dans une carrière de footballeur, puis d’arbitre en Israël. »

« Après son coming-out, en 2021 – une décision mûrie à la faveur du confinement –, elle entame une transition de genre, sociale, puis médicale. Indispensable à sa "deuxième naissance", le protocole de soins menace pourtant de saborder sa carrière montante dans le sport de haut niveau : les bloqueurs de testostérone qu’elle prend pendant un an, dans l’attente des opérations qu’elle s’apprête à subir, transforment son corps et réduisent considérablement ses performances physiques… »

« Malgré les déconvenues, Sapir n’entend pas, pourtant, renoncer à son rêve. »

« De jeune arbitre anonyme, Sapir Berman est devenue une icône en Israël, et dans la communauté LGBTQIA+ internationale, en s’imposant à 26 ans comme la première femme trans au monde à arbitrer un match de football professionnel. »

« Au plus près de son sujet, ce beau portrait retrace un itinéraire semé des embûches inhérentes à tout parcours de transition, encore complexifié par les enjeux d’un métier où prévalent de stricts critères de performance et des codes de virilité persistants. »

« Le documentaire de Liran Atzmor montre ce processus sous un angle résolument optimiste, porteur d’espoir : s’affranchissant des quolibets qu’elle peut toujours essuyer, Sapir bénéficie du soutien sans faille d’une famille aimante et d’un entourage professionnel ouvert aux évolutions. »

« Et si sa notoriété nouvelle fait d’elle un modèle, une source d’inspiration pour la communauté qu’elle représente, c’est presque malgré elle : ce qui compte avant tout pour Sapir, c’est de s’épanouir dans son corps et dans son métier. »


(L'Equipe22 avril 2025)

« Aussi loin que je m'en souvienne, j'ai toujours voulu être une femme. Mais parce que j'avais peur de paraître étrange et d'être mise à l'écart, je me suis longtemps tue. À 5 ans, déjà, je me posais tout un tas de questions : pourquoi les femmes portaient-elles des talons et pas les hommes ? Pourquoi les papas avaient-ils les cheveux courts et les mamans les cheveux longs ? Ado, j'attendais de me retrouver seule chez moi pour sortir mes talons hauts, enfiler une perruque, me maquiller. À la maison, j'étais une femme, mais c'était mon secret.
Il y avait la Sapir que tout le monde connaissait, un garçon bien élevé, doué au foot et sérieux à l'école, à l'aise avec les filles. Et puis la Sapir dont tout le monde, sauf moi, ignorait l'existence. J'étais seule avec mon rêve, tiraillée entre le besoin de me confier et la crainte d'être rejetée. Je voyais bien comment on traitait les femmes trans dans la société. Comment on les traite encore aujourd'hui. Faire ce pas en avant, entamer cette transition, c'était au-dessus de mes forces. Je pensais que je mourrais avec mon secret. En tant qu'homme. Jusqu'à l'arrivée du Covid-19.

À l'époque, j'étais en couple avec une femme, mais parce qu'on était confinés, je n'avais plus l'opportunité d'être moi, d'exprimer cette féminité que je cachais au monde. J'avais l'impression de devenir folle, de me mentir à moi-même, et c'est là que j'ai décidé que je voulais que les choses changent. J'en ai parlé à cette ex, et ç'a été terrible pour elle. Comme si le ciel lui tombait sur la tête. Elle n'a pas accepté la nouvelle et j'ai eu du mal à encaisser sa réaction. Mais je voulais vivre ma vie comme je l'entendais et j'avais besoin de soutien. Si elle n'était pas prête à faire ce chemin avec moi, c'était son droit.
Après ça, je me suis confiée à ma mère. Elle m'a serrée fort dans ses bras et apporté tout le réconfort dont j'avais besoin. Elle a posé beaucoup de questions, aussi, et c'est très important de le faire dans un moment comme celui-là. Sans cette conversation avec elle, je ne sais pas si... disons qu'elle m'a montré le chemin. Qu'elle m'a donné le courage de m'assumer. Pour mon père, c'était plus difficile. Comme s'il n'arrivait pas à réaliser ce que je lui disais. J'étais un "homme", son fils, je lui avouais me sentir femme et c'était très embarrassant (rires).
Il lui a fallu quelques mois pour digérer, mais il a fini par m'appeler et me dire qu'il m'acceptait telle que j'étais et qu'il me soutiendrait quoi qu'il arrive. Qu'il voulait revenir dans ma vie. Aujourd'hui, je peux dire que j'ai un père incroyable. Hier encore (première partie de l'entretien enregistrée le 13 janvier), il avait fait le déplacement à Ashdod, où j'arbitrais un match de Championnat. À un moment, après que j'ai pris une décision importante, j'ai cherché son regard dans la tribune, et il a levé son pouce en signe d'approbation. J'étais tellement fière. Rien que d'en parler, j'en ai des frissons. Il vient à tous les matches avec ma femme, Bar. Elle ne pouvait pas être présente hier, mais mon frère était là pour me soutenir aussi. J'ai une famille incroyable.

Le foot a très tôt pris beaucoup de place dans ma vie : quand ta mère supporte le Real Madrid et ton père le Barça, c'est comme si ton destin était tracé (rires). J'ai dû commencer à jouer à 6 ans, dans un petit club au nord d'Israël, à côté d'Haïfa. Défense centrale. Rapidement, l'évidence est devenue une passion, et j'étais très douée. Au point de rejoindre un plus grand club, l'Hapoël Haïfa, et de commencer à penser que je jouerais un jour en Première Division. Passer pro, c'était mon rêve, mais j'y ai mis fin au bout de onze ans.
J'avais l'impression de ne pas être au niveau, mon entraîneur me le faisait sentir aussi, et j'ai passé six mois, peut-être huit, loin de tout sport. C'était horrible. Et puis la frustration est passée et j'ai pris cette belle décision de devenir arbitre. C'était une façon d'entretenir ce rêve, et c'était très important pour moi d'être sur le terrain. Je ne dis pas que ça ne me démange pas de jouer, parfois, mais en arbitrant en Première Division (elle a dirigé son premier match dans l'élite en mai 2018, trois ans avant sa transition), je suis là où j'ai toujours rêvé d'être. Je fais ce qui m'anime.

Six mois après avoir fait mon coming out auprès de ma famille, j'ai décidé qu'il était temps de parler au responsable des arbitres israéliens. On a eu une longue conversation, où j'ai pu exprimer ce que j'avais sur le coeur, et je pensais honnêtement qu'il allait me virer. Dans ma tête, c'était : merde, qu'est-ce que je viens de faire ? Mais quand j'ai eu fini de parler, il m'a assuré de son soutien et m'a dit qu'on m'apporterait toute l'aide dont j'avais besoin. Que j'étais une bonne arbitre, professionnelle, et que c'était tout ce qui comptait. J'étais sous le choc.
Après ça, il a suggéré d'organiser une conférence de presse, et c'est ce qu'on a fait (le 27 avril 2021). C'était un moment très important pour moi, parce que je montrais enfin aux yeux du monde qui j'étais vraiment. Je suis Sapir Berman, vous me connaissez comme arbitre, mais je suis aussi un être humain avec des émotions et des rêves. Et mon plus grand rêve est d'être une femme et il n'y a pas de mal à cela. Ça n'a rien de bizarre, je ne viens pas d'une autre planète. À partir de là, les choses sont devenues plus simples. Et je veux remercier l'Association des arbitres israéliens de m'avoir donné cette opportunité. Sans cette conférence de presse, je ne sais pas où j'en serais aujourd'hui.

Je n'oublierai jamais mon premier match après mon coming out. Ce jour-là, le 3 mai 2021, j'avais l'impression de voler. Arbitrer en Première Division et pouvoir le faire en tant que femme, c'étaient mes deux plus grands rêves qui se concrétisaient ensemble. Je savais que les regards seraient braqués sur moi, qu'il y aurait beaucoup de photographes, que des équipes de télé du monde entier avaient fait le déplacement spécialement pour l'occasion. Et forcément, les émotions se bousculaient dans le vestiaire. Mais sur le terrain, j'étais dans ma bulle. Ma mission, c'était de faire en sorte de prendre les bonnes décisions. Ce qu'il y avait autour, j'en avais conscience, mais ça n'avait pas d'importance. Professionnelle avant tout.
Le lendemain, quand je suis descendue dans la rue, j'avais l'impression d'être un ange tombé du ciel. Tout le monde voulait me toucher, prendre une photo avec moi, me poser des questions. C'est beau, et ma transidentité n'a jamais posé le moindre problème aux joueurs que j'arbitre non plus, mais je sais que mon histoire n'est pas commune, que ma communauté souffre. Et je veux pouvoir contribuer à faire avancer les choses. Comprendre comment le monde du foot israélien a pu accepter si facilement une arbitre trans, et même voir en elle une source d'inspiration, quand tant d'autres personnes sont encore stigmatisées dans notre société.
Je n'avais pas réalisé l'influence que je pouvais avoir à l'époque, mais ce que j'ai fait il y a quatre ans, je ne l'ai pas seulement fait pour moi. C'était un grand pas pour la communauté LGBT et j'en suis fière. Quand je me réveille auprès de ma femme, que je me fais couler un café et que je sors promener mon chien, je suis juste Sapir. Mais quand j'arbitre un match à la télévision et que tout le monde peut voir une femme trans sur le terrain, une femme qui prend des décisions dans des stades pleins, qui dirige des hommes dans un univers très macho, si on prend un peu de recul et qu'on y réfléchit, merde, c'est fou. Il y a une semaine, un collègue arbitre m'a confié qu'un de ses voisins s'assumait désormais comme un homme trans. Il lui a dit : "Je suis comme Sapir Berman", et ses mots m'ont marquée. Que quelqu'un puisse s'identifier à moi... Waouh.

Si mon coming out a changé l'arbitre que je suis ? C'est une bonne question. Quand j'étais un "homme", tout le monde attendait de moi que je me comporte comme quelqu'un que je ne suis pas. Que je sois viril, que je bombe le torse devant les joueurs. Aujourd'hui, j'ai l'impression d'apporter quelque chose de différent, davantage de tolérance, de dialogue. Un côté "maman" (elle sourit) qui me ressemble. Et les joueurs aiment ça. Je suis une femme et je suis quelqu'un d'accessible ; s'ils en ont besoin, les joueurs peuvent venir me parler pendant le match. Ils ont aussi le droit de montrer leurs émotions, à condition de ne pas franchir la ligne rouge.
Ce qui est certain, c'est que je suis beaucoup plus à l'aise sur le terrain aujourd'hui avec mes cheveux longs, mes ongles vernis, mon maquillage. Je me sens à ma place et l'Association (des arbitres) me le fait sentir aussi. Quand on se réunit, ma voix compte autant que n'importe lequel de mes collègues. Tout le monde respecte mon opinion, on joue au foot ensemble avant l'entraînement, on me complimente sur mes qualités balle au pied et je me sens bien au milieu de tous ces hommes.
Pourtant, mon désir d'être une femme ne collait pas forcément avec mon ambition de rester une athlète de haut niveau. Un ou deux mois après avoir fait mon coming out devant mes parents, j'ai commencé à prendre des hormones féminisantes et à bloquer les hormones masculines. Ma condition physique en a pris un coup et les responsables des arbitres israéliens ont décidé de me reléguer en Deuxième Division (pour la saison 2022-2023), un coup terrible.
 
J'étais au plus bas. J'avais nourri l'illusion que tout irait mieux après mon coming out, mais il me fallait affronter la réalité. Je suis rentrée chez moi, ma femme m'a demandé ce qu'il s'était passé puis m'a posé la question qui s'imposait : "Et maintenant ?". Je n'ai d'abord pas su quoi lui répondre. Et puis je me suis ressaisie. "Je veux me battre. Je veux être sur le terrain. Je veux arbitrer en Première Division. Je suis une athlète professionnelle, j'ai la force mentale pour surmonter cette épreuve. Je peux le faire." Et je l'ai fait. En 2023-2024, j'étais de retour en Première Division (10 matches). Cette saison, j'y arbitre à plein temps. En pleine possession de mes moyens et à ma place. J'ai trouvé mon équilibre. J'ai l'impression que mon corps a compris ce que je lui ai fait subir depuis quatre ans, qu'il l'a digéré. Enfin, je souffle.
Aujourd'hui, ce que je vois quand je me regarde dans le miroir n'a plus rien à voir avec ce reflet qui me tourmentait il y a dix ans, ce corps et ces muscles qui me mettaient mal à l'aise. Ce que je vois, c'est une belle femme aux cheveux longs, intelligente et sûre d'elle, fière de ce qu'elle est et de ce qu'elle dégage. C'est cliché mais j'aime la personne que je suis devenue. Tout ce dont je rêvais, c'était de m'épanouir en tant que femme et en tant qu'arbitre, et c'est le cas désormais.
Le 17 mars, à Belfast, j'ai dirigé mon premier match international (un duel entre l'Irlande du Nord et le Monténégro comptant pour les qualifications à l'Euro féminin des moins de 17 ans). Un grand moment pour moi. J'ai travaillé très dur pour obtenir ce badge d'arbitre internationale (en février), et y parvenir m'a emplie de fierté, d'émotion. Ce jour-là, pour autant, je n'ai pas pensé au fait que j'allais devenir la première femme trans à arbitrer un match à ce niveau. Tout ce que j'avais en tête, comme toujours, c'était de bien faire mon boulot, de prendre les bonnes décisions sur le terrain.
Ce n'est qu'après le coup de sifflet final que j'ai réalisé. Réalisé que rien n'est impossible quand tu t'en donnes la peine et que tu crois en toi. Maintenant, j'attends avec impatience les prochains défis qui s'offriront à moi. De continuer à gravir les échelons. Mon rêve, ce serait d'arbitrer un grand match ici, en Israël, comme une finale de Coupe, ou un match pour le titre. Et pourquoi pas, mais ça c'est le grand, grand rêve, être un jour au sifflet en Coupe du monde, en Ligue des champions, dans un Euro. D'arbitrer un France-Espagne, par exemple (elle sourit). Ce serait incroyable. »

Israël, 2024, 59 min
Production : Kol Miney Productions, Keshet, en association avec ARTE/SWR
Sur arte.tv du 12/06/2026 au 19/09/2026
Visuels : © SWR/Uriel Sinai, DR

L'empereur Constantin 1er (272-337)

L'empereur Constantin 1er (272-337) est un empereur romain réformateur et converti au christianisme - en 325, il convoque le concile de Nicée, oecuménique. En 324, par sa victoire sur son co-empereur Licinius, il unifie le pouvoir impérial en le concentrant. En 330, il crée Constantinople. Arte diffuse sur son site Internet « Constantin le Grand, l’empereur de la nouvelle Rome » de Michael Gregor et dans la série « Quand l'histoire fait date » (Zahlen schreiben Geschichte), « 315, la donation de Constantin » (315, Konstantinische Schenkung) de Denis van Waerebeke.  

« Les synagogues : prestigieux témoins du judaïsme » par Emilie Langlade et Adrian Pflug
Trésors du ghetto de Venise
« Italie, une simple histoire d’amour. Témoignages d’un ambassadeur d’Israël » de Mordechaï Drory 

"Fils de Constance, un officier romain devenu César, et d'Hélène, une Grecque de modeste extraction", Constantin Ier (Flavius Valerius Aurelius Constantinus) est né en 272 à Naissus (Niš en Serbie) est un empereur romain important du IVe siècle de l'ère commune.

A la mort de son père Constance Chlore en 306, il est proclamé illégalement Auguste, 34e empereur romain, par les légions de l'actuelle Grande-Bretagne. En 310, son règne est accepté par l'empereur Galère, et s'achève à son décès en 337 près de Nicomédie (actuelle Izmit, en Turquie), dans la Province romaine de Bithynie et Pont. 
 
En 324, par sa victoire sur son co-empereur Licinius, il unifie le pouvoir impérial en le concentrant. S'achèvent ainsi trente-huit années de tétrarchie.

L'empereur Constantin Ier mène une vie politique militaire, religieuse et économique profondément réformatrice, qui lui permet de réunir sous son unique autorité un Empire affaibli et divisé. Il se débarrasse des empereurs Maxence en 312 (bataille du pont Milvius) et Licinius en 324 (bataille d'Andrinople).

Économiquement, il instaure une monnaie stable (le solidus, 312), développe l'administration centrale, défend les frontières de l'Empire contre les Francs, les Alamans, les Sarmates, les Goths et les Sassanides. 

C'est le premier empereur romain chrétien : il s'est converti en 312 ou 326 et est baptisé sur son lit de mort - . Par l'édit de Milan cosigné avec l'empereur Licinius (313) - une lettre circulaire -, les co-empereurs Constantin Ier et Licinius, païen régnant essentiellement sur la partie orientale de l'empire romain, autorisent la liberté de culte pour toutes les religions, notamment pour le paganisme, reconnaissent le christianisme comme religion légale et mettent un terme aux persécutions des chrétiens, qui représentent alors environ un dixième de la population de l'empire romain. Si l'édit de Sardique (311) leur conférait la liberté de culte de facto, l'édit de Milan la leur accorde de jure. En 325, durant le premier concile de Nicée au nord-est de l'Anatolie, l'empereur Constantin Ier impose l'unité des Eglises d'Orient divisées, et son autorité dans la sphère religieuse (césaropapisme). Durant ce concile, est établi avec précision, en latin, le Credo du christianisme. 

Constantin 1er s'efforce de mettre un terme aux divisions des Églises d'Orient en convoquant le premier concile de Nicée (325), et assoit son autorité dans le domaine religieux : c'est le césaropapisme. Il est devenu l'un des saints pour l'Église orthodoxe et un saint local pour l'Église catholique, sous le nom de « Constantin le Grand ».

L'empereur Constantin adopte des mesures favorables au christianisme : il érige le dimanche, jour du soleil païen (dies solis), en jour de repos légal, il reconnaît les tribunaux épiscopaux aux côtés des tribunaux civils, il édifie des églises ou des basiliques, telles la basilique Saint-Jean-de-Latran (Rome), la basilique Saint-Pierre (Vatican), la basilique Sainte-Sophie (Constantinople) ou l'église du Saint-Sépulcre (Jérusalem), tout en diffusant une monnaie frappées d'images païennes et glorifie le dieu Soleil. Il conserve le titre de grand pontife (pontifex maximus), qui lui donne autorité sur les cultes publics païens.

Empereur romain (361-363), Flavius Claudius Julianus (331 ou 332-363), Julien II, ou Julien l'Apostat par la tradition chrétienne, également appelé Julien le Philosophe, a tenté de rétablir le polythéisme. 

Par l'édit de Thessalonique (380), le christianisme devient l'Église d'État de l'Empire romain. 

Sous l'empereur Constantin le Grand, "le clergé juif bénéficiait des mêmes exemptions que le clergé chrétien. Les Juifs vivant dans l'Empire romain devaient légalement payer le Fiscus Judaicus depuis la destruction du Temple juif en 70 de l'ère commune. Cet impôt est maintenu durant son règne et certains historiens attribuent son abolition à l'empereur Julien en 362." 

Constantin soutient la séparation de la date de Pâques de la Pâque juive (Pessah), écrivant dans sa lettre après le premier concile de Nicée (qui avait déjà tranché la question) :
« … il paraissait indigne que, pour célébrer cette fête très sainte, nous suivions la pratique des Juifs, qui ont impiement souillé leurs mains d’un péché énorme et qui, par conséquent, sont justement affligés d’aveuglement d’âme… N’ayons donc rien en commun avec la foule juive détestable ; car nous avons reçu de notre Sauveur une autre voie. » 

Selon Mark DelCogliano, « ce n’est pas la pratique quartodécimale que Constantin cherchait à éliminer, mais plutôt la pratique dite « protopaschite » qui calculait la pleine lune pascale selon le calendrier lunaire juif et non selon le calendrier solaire julien ». 

L'Histoire ecclésiastique de Théodoret rapporte l'Épître de l'empereur Constantin, concernant les affaires traitées au Concile, adressée aux évêques qui n'étaient pas présents :
« Il fut, en premier lieu, déclaré inconvenant de suivre la coutume des Juifs dans la célébration de cette sainte fête, car, leurs mains étant souillées par le crime, l’esprit de ces misérables est nécessairement aveuglé. […] N’ayons donc rien en commun avec les Juifs, qui sont nos adversaires. […] Évitons […] soigneusement tout contact avec cette voie perverse. […] Car comment pourraient-ils avoir des opinions justes sur quelque point que ce soit, eux qui, après avoir commémoré la mort du Seigneur, sont devenus fous et ne sont plus guidés par la raison, mais par une passion débridée, où que leur folie innée les mène ? […] de peur que vos esprits purs ne paraissent partager les coutumes d’un peuple si totalement dépravé. […] Par conséquent, cette irrégularité doit être corrigée, afin que nous n’ayons plus rien en commun avec ces parricides et les meurtriers de notre Seigneur . […] aucun point commun avec le parjure des Juifs. » 

Hélène, mère de l'empereur Constantin, se convertit au christianisme, et effectue un pèlerinage en Judée, visitant tous les lieux où se déroulèrent les récits de la vie de Jésus et les nommant.

"Les écoles judéennes de Tibériade, de Tzippori et de Lydda continuèrent d'attirer des étudiants. De récentes fouilles archéologiques en Israël ont mis au jour de remarquables mosaïques au sol à Tzippori, témoignant de la richesse de la ville à cette époque. Les interprétations et les discussions fondées sur la Mishna et la Tosefta continuèrent de se développer."

Pendant des dizaines d’années, les spécialistes se sont accordés pour dire qu’une fois le christianisme légalisé par l’empereur Constantin, au début du IVe siècle de notre ère, le peuple juif avait été terriblement opprimé par les empereurs chrétiens, notamment Constance II (337-361), Théodose II  (408-450) et  Justinien Ier  (527-565), qui ont réduit leurs droits.

Armand Abécassis a écrit dans "Il était une fois le judaïsme" (Presses de la Renaissance, 2011) : :
"Avant que l’empereur Constantin ne se convertisse au christianisme, l’administration romaine fit preuve d’une certaine tolérance vis-à-vis de la religion juive, proclamée religio licita, alors qu’elle n’hésitait pas à persécuter les premiers chrétiens.
Lorsque le christianisme devint la religion officielle de l’empire au ive siècle, ce sont les communautés juives qui se trouvèrent marginalisées. Avec la naissance du christianisme, la persécution des Juifs reçut un fondement métaphysique et théologique. En déclarant Jésus-Christ comme le messie, l’Église prétendit être le nouvel Israël et les Juifs perdirent à ses yeux leur statut de peuple élu. Enfin, ils furent considérés comme déicides, responsables et coupables de la mort du « Fils de Dieu ».
Quand l’empereur Constantin se convertit au christianisme vers 314 et le déclara religion officielle de son empire, les humiliations, les violences et les lois anti-juives s’intensifièrent. En 415, de nombreux Juifs fuirent l’Égypte à la suite de sanglantes persécutions organisées sous l’impulsion de l’évêque d’Alexandrie, Cyrille. Le code théodosien au ve siècle et le code justinien au début du vie siècle exclurent les Juifs des fonctions publiques et leur interdirent toute mission auprès des païens".

"Mais de nouvelles fouilles sur une magnifique synagogue de Galilée laissent entendre qu’il pourrait en être allé tout autrement. Une équipe formée de chercheurs de plusieurs pays est parvenue à dater au carbone 14 plusieurs échantillons collectés à Huqoq, ancien village situé au nord de Tibériade, et les résultats, publiés dans la revue PLOS ONE en début de mois, confirment que la synagogue richement décorée de mosaïques de Huqoq a été érigée à la fin du IVe/début du Ve siècle, comme le suggéraient les céramiques et autres artefacts découverts sur place, et non aux IIe ou IIIe siècle, comme le laissait augurer son architecture".

"Cette découverte pourrait avoir des conséquences importantes sur notre manière d’envisager cette période, estime la directrice des fouilles de Huqoq, la Dr Jodi Magness, membre de l’Université de Caroline du Nord à Chapel Hill, l’une des auteures de cette publication universitaire en 2025. « Avant Constantin, les chrétiens ne pouvaient pas pratiquer leur culte ouvertement, mais au IVe siècle, ils ont commencé à ériger des églises monumentales pour la prière et le culte, richement décorées de peintures et de mosaïques de façon à diffuser le message chrétien, qui affirmait que Jésus avait remplacé le Temple... Je pense qu’à cette même période, les Juifs ont commencé à utiliser la synagogue pour faire passer, eux, le message juif, affirmant que le Temple devait encore être reconstruit et que la loi biblique était encore valide », explique la Dr Jodi Magness.

"Les impressionnantes mosaïques découvertes à Huqoq, représentant des scènes de la Bible comme la construction de la Tour de Babel, l’arche de Noé ou l’ouverture de la mer Rouge, auraient pu faire partie de cette entreprise tout autant culturelle que religieuse".

« Constantin le Grand, l’empereur de la nouvelle Rome »
Arte diffuse sur son site Internet « Constantin le Grand, l’empereur de la nouvelle Rome » de Michael Gregor.

« Au IVe siècle, Constantin le Grand a unifié un Empire romain divisé et ouvert la voie à sa christianisation. Se mettant dans ses pas, ce documentaire revisite, sous le regard expert des chercheurs, notamment archéologues et historiens, les lieux clés qui ont marqué sa vie et les grandes réformes de son règne. »

« Son père, le général Constance Chlore, a fait partie aux côtés de Dioclétien, Galère et Maximien, des "tétrarques", les quatre empereurs qui se sont partagé le pouvoir à Rome à la fin du IIIe siècle dans ce qu’on a appelé la tétrarchie. »

« Chacun d’entre eux administre alors une partie de l’empire, qui s’étend sur le continent européen – Grande-Bretagne, Balkans et Turquie inclus – ainsi que sur le pourtour méditerranéen, jusqu’à Jérusalem. »

« Établissant sa capitale à Trèves, en Allemagne, Constance Chlore gouverne l’Occident, le quart nord-ouest de cet immense empire de plus de 50 millions d’habitants. Se réservant l’Orient, Dioclétien s’établit à Nicomédie – aujourd’hui Izmit, en Turquie. Afin de brider les ambitions de Constance Chlore, Dioclétien garde auprès de lui le jeune fils de son rival, le futur Constantin le Grand, qui reçoit à sa cour une solide formation politique, littéraire et militaire. »

« Après avoir servi dans l’armée auprès de Galère, Constantin succède à son père en 306 avant d’être reconnu seul empereur d’Occident en 310 grâce à ses campagnes victorieuses, menées notamment en Gaule, en Espagne, en Italie et en Afrique du Nord. Son règne sera marqué par de profondes réformes militaires, économiques et religieuses, qui ont permis d'unifier un Empire romain affaibli et divisé. »

« D’Izmit jusqu’à Trèves, où Hélène, sa mère, rapporta des fragments de la tunique du Christ, de la Croix, ainsi qu’un clou de la crucifixion, en passant par Istanbul et Rome, où il a été le premier à faire ériger une église, son règne a scellé la fin des persécutions contre les chrétiens. »

« Avec lui, la page du paganisme polythéiste, jusqu’alors en cours, se tourne, ouvrant la voie à la christianisation de l’Empire romain. »

« Sans omettre les intrigues de palais dont il fut la victime ou l’auteur (il fit notamment assassiner Fausta, sa première concubine), la redécouverte de l'univers florissant d'un souverain qui sut concilier le pouvoir et la grandeur. »

Patrick Boucheron
Nommé au Collège de France en 2015, Patrick Boucheron dirige l’« Histoire mondiale de France » (Seuil, 2017) présentant "les nouvelles grandes dates mondiales qui ont façonné l’hexagone", "mettant en valeur les colonisés et l’islam" et assumant une "islamophilie systématique". Un anti-« Lieux de mémoire » du professeur Pierre Nora.

Un best-seller analysé dans « Histoire de l'islamisation française 1979-2019 » (Ed. L’Artilleur), controversé, critiqué notamment par Pierre Nora (« Politiquement, l’objectif est de lutter, « par une conception pluraliste de l’histoire, contre l’étrécissement identitaire qui domine aujourd’hui le débat public »).

Et fustigé par Eric Zemmour : « En près de 800 pages et 146 dates, on ne déviera pas de la ligne du parti: tout ce qui vient de l’étranger est bon. Les invasions barbares sont des « migrations germanique s» ; la défaite des Gaulois leur permit d’entrer dans la mondialisation romaine ; les conquérants arabes étaient bien plus brillants que les minables défenseurs carolingiens ; les martyrs chrétiens de Lyon venaient d’ailleurs et saint Martin était hongrois. Les théologiens chrétiens doivent tout au grand talmudiste Rachi ; « l’honteux traité de Troyes » de 1420 (qui donnait le royaume de France à la monarchie anglaise) est une heureuse tentative de construire la paix perpétuelle par l’union des couronnes ».


Quant à Alain Finkielkraut, il a estimé : 
« Je découvre, effaré, que ni Rabelais, ni Ronsard, ni La Fontaine, ni Racine, ni Molière, ni Baudelaire, ni Verlaine, ni Proust n’y figurent. Et si Mauriac est cité, ce n’est pas pour son œuvre, c’est pour sa critique honteusement réactionnaire du féminisme. Ainsi s’éclaire le sens de « monde » pour les nouveaux historiens. Mondialiser l’histoire de France, c’est dissoudre ce qu’elle a de spécifique, son identité, son génie propre, dans le grand bain de la mixité, de la diversité, de la mobilité et du métissage. Et c’est répondre au défi islamiste par l’affirmation de notre dette envers l’Islam. De manière générale, l’Histoire mondiale de la France remplace l’identité par l’endettement. Ici doit tout à ailleurs. De la France, patrie littéraire, ce qui surnage, c’est la traduction des Mille et Une Nuits par Antoine Galland et l’audace qui a été la sienne d’ajouter au corpus original des histoires que lui avait racontées un voyageur arabe venu d’Alep.
Instructif aussi est le récit de l’invasion musulmane de 719 à Narbonne, où les cultures se sont mêlées avant que les Francs, hélas, n’arriment par la force cette ville à leur royaume. Ceux qui, en revanche, croient pouvoir mettre au crédit de la France naissante la première traduction latine du Coran par l’abbé de Cluny Pierre le Vénérable en 1143, sont avertis que cette démarche n’était pas inspirée par la curiosité mais par une volonté de dénigrement. Et peu importe le fait que l’Islam de son côté ne pouvait pas même envisager de traduire les Écritures saintes des religions antérieures à son avènement.
Nos éminents universitaires n’ont que l’Autre à la bouche et sous la plume. Ouverture est leur maître mot. Mais ils frappent d’inexistence Cioran, Ionesco, Kundera, Levinas, tous ces étrangers qui ont enrichi notre philosophie et honoré notre littérature. Car c’est à ce «notre» qu’ils veulent faire rendre l’âme...
Le dégoût de l’identité a fait place nette de la culture. Les façonniers de l’Histoire mondiale de la France sont les fossoyeurs du grand héritage français.
« Une histoire libre », dit le journal Libération pour qualifier ce bréviaire de la bien-pensance et de la soumission, cette chronique tout entière asservie aux dogmes du politiquement correct qui ne consacre pas moins de quatorze articles aux intellectuels sans jamais mentionner Raymond Aron, ni Castoriadis, ni Claude Lefort, ni aucun de ceux qui ont médité la catastrophe totalitaire et la bêtise de l’intelligence au XXe siècle…
« Histoire jubilatoire », ajoute Libération. Ce mot – le plus insupportablement bête de la doxa contemporaine – convient particulièrement mal pour une histoire acharnée à priver la France de son rayonnement et à l’amputer de ses merveilles.
Il n’y a pas de civilisation française, la France n’est rien de spécifiquement français: c’est par cette bonne nouvelle que les rédacteurs de ce qui voudrait être le Lavisse du XXIe siècle entendent apaiser la société et contribuer à résoudre la crise du vivre-ensemble.
Quelle misère ! »
« Quand l'histoire fait date » 2020
« Quand l'histoire fait dates » est une collection documentaire de Patrick Boucheron et Denis van Waerebeke. Entrelaçant plaisir du récit, techniques d’animation et esprit critique, Patrick Boucheron dévoile vingt nouvelles enquêtes sur les grandes dates qui ont marqué l’histoire et la mémoire des hommes ».

« Dans cette deuxième saison de la série" « Quand l'histoire fait date », "aussi érudite et ludique que la précédente, le médiéviste Patrick Boucheron, professeur au Collège de France, poursuit son exploration alerte des dates marquantes de l’histoire, des trésors artistiques ornant la grotte de Lascaux, en 18 000 avant notre ère, au coup d’État militaire contre le président chilien Salvador Allende, le 11 septembre 1973 ». 

« Mobilisant son talent de conteur, associé à une animation qui s’appuie sur une riche iconographie, et convoquant éclairages de spécialistes et approche réflexive, l’historien bouscule notre regard sur vingt événements majeurs et les traces qu’ils ont laissées dans les mémoires, en les replaçant dans une perspective globale et en assumant les incertitudes de la science historique ». 

« Entrelaçant plaisir du récit, techniques d’animation et esprit critique, Patrick Boucheron dévoile vingt nouvelles enquêtes sur les grandes dates qui ont marqué l’histoire et la mémoire des hommes ».

« 315, la donation de Constantin »
Arte diffuse sur son site Internet, dans la série « Quand l'histoire fait date » (Zahlen schreiben Geschichte), « 315, la donation de Constantin » (315, Konstantinische Schenkung) de Denis van Waerebeke. 

« 315 est la date supposée de l’apparition du plus célèbre, ou du moins du plus influent des textes du Moyen Âge : la donation de Constantin ». 

« Censé organiser un transfert de pouvoir entre Constantin, l’empereur romain, et le pape Sylvestre, l’évêque de Rome", la
Donatio Constantini (donation de Constantin) "est cet acte qui va légitimer le pouvoir temporel des papes, mais aussi faire de la papauté une puissance territoriale ». 

Selon cette "donation", « la ville de Rome est cédée au pape, ainsi que toutes les régions occidentales de l’empire de Constantin. Mais son éblouissante réfutation par l'humaniste Lorenzo Valla en 1440, révèle sa vraie nature : il s'agit plus grand faux document de l'histoire de l'Occident. »

L'enjeu ? "Justifier ou condamner la construction des Etats de l'Eglise et la théocratie pontificale"

« Mais son éblouissante réfutation par l'humaniste Lorenzo Valla en 1440, révèle sa vraie nature : il s'agit du plus grand faux document de l'histoire de l'Occident », vraisemblablement élaboré au VIIIe siècle.

Les premiers doutes sont exprimés dès le début du XIe siècle. Mais en 1439-1440, Lorenzo Valla, un prêtre catholique et un humaniste de la Renaissance italien, a prouvé le caractère faux de cette "donation" en recourant, pour la première fois, à la philologie, notamment au registre lexical
.


« Médiéviste et professeur au Collège de France, Patrick Boucheron s’empare des dates ancrées dans la mémoire collective pour raconter l’histoire au travers d’une collection documentaire exigeante et vivante. Entretien. Propos recueillis par Manon Dampierre.
 
Vous prenez comme points de départ les grandes dates. Pourquoi ?
Patrick Boucheron : Nous avons voulu partir de ce qu’il y a de plus familier, de plus enfantin même, dans notre rapport à l’histoire : les dates que nous apprenons à l’école, parfois de manière rébarbative. Ainsi, le leitmotiv visuel de la série est une frise chronologique multicolore que nous nous proposons de désorganiser, d’"indiscipliner", en révélant des choses surprenantes sur des événements qu’on croit connaître. Mais au fond, il s’agit peut-être moins de raconter ces événements que de montrer la manière dont ils se construisent par la mémoire, et comment les historiens en relèvent les traces pour construire leurs intrigues. Chaque épisode s’apparente donc à une enquête et déploie la même grammaire : nous convoquons un second historien pour porter une parole plus précise et documentée ; nous allons sur les lieux de l’événement et faisons un pas de côté pour mieux comprendre ; nous étudions un document, une source historique déterminants ; nous finissons par un tour du monde synchronique, dans une séquence appelée "Et pendant ce temps-là…"

Comment avez-vous sélectionné les dix dates évoquées ?
Nous tenions à ce que toutes les périodes soient visitées, de la plus ancienne, la mort d’Alexandre le Grand en 323 avant J.-C., à la plus récente, la libération, en 1990, de Nelson Mandela. Nous voulions aussi que ces dates embrassent la gamme des problèmes visuels et narratifs que la série peut susciter : alors que la libération du leader sud-africain est documentée par des images d’archives, y compris télévisées, nous disposons à peine d’une iconographie pour reconstituer la crucifixion de Jésus.

Y a-t-il, derrière ce projet, une volonté de lutter contre une instrumentalisation de l’histoire ?
Dans chaque épisode, le narrateur – en l'occurrence, moi-même – fait part de ses doutes. À l’heure où sévissent les mésusages de l’histoire, des risques d’instrumentalisation, on pourrait trouver paradoxal de pointer ainsi la fragilité de l’opération historiographique. Je pense au contraire qu’on ne s’affaiblit pas en donnant à voir la méthode. L’attrait du public pour l’Histoire mondiale de la France * montre qu'il est possible d’exercer une pensée critique sans renoncer à l’allure entraînante des récits.

Comment avez-vous abordé cette expérience télévisuelle ?
La télévision peut être frustrante pour les historiens lorsqu’ils endossent le statut d’interviewé ou de conseiller historique. Ils viennent alors, à leur corps défendant si j’ose dire, apporter soit une caution, soit une voix à un chœur qu’ils n’orchestrent pas. Je tenais à être auteur de la série pour en maîtriser la narration. Même si ce n’était pas une volonté de ma part, j’apparais à l’écran parce que le téléspectateur a besoin de savoir qui lui parle, et parce que l’histoire relève de la science sans être dépourvue de point de vue. Pour la partie visuelle, j’ai fait entièrement confiance aux réalisateurs, et en premier lieu à Denis van Waerebeke avec lequel j'ai conçu le pilote. J'y ai appris que le sens pouvait s’exprimer autrement que par le texte : par l’image, l’animation, le montage. Nous espérons que la collection, à la fois exigeante et ludique, donnera lieu à des déclinaisons pédagogiques. »

* Paru en janvier 2017 au Seuil, cet ouvrage collectif dirigé par Patrick Boucheron est un succès de librairie.

(Arte mag n° 36. Le programme du 29 août au 4 septembre 2020)

« Pour sa deuxième saison, Quand l’histoire fait dates offre une exploration audacieuse de grands événements et de leurs représentations. Entretien avec son concepteur, l’historien Patrick Boucheron. Propos recueillis par Benoît Hervieu-Léger.

« Quels critères ont guidé votre approche pour ces vingt nouveaux épisodes ?
Patrick Boucheron : Nous avons radicalisé notre proposition initiale ! Depuis sa conception, la série interroge les diverses manières de faire événement.
Elle propose une collection de problèmes davantage que de périodes. Nous avons, cette fois-ci, voulu aller plus loin en retenant des dates dont on cherche l’événement, comme l’an mil. Nous avons joué sur le contre-factuel * dans l’épisode sur la mise à sac du palais d’été de Pékin en 1860. Nous avons même poussé l’audace jusqu’à dater un événement qui n’a pas eu lieu. Au IVe siècle, l’empereur Constantin est censé avoir donné la moitié de son empire au pape. Le texte de la donation est un faux. Le non-événement a pris une importance que l’événement réel n’aurait pas eue.

La représentation de l’histoire compterait donc plus que l’histoire elle-même ?
Une date a l’apparence de l’évidence, comme Marignan en 1515.
Or derrière chaque date il y a une petite intrigue aussi captivante à explorer que le récit en soi. C’est pourquoi la série inclut deux fils narratifs : le récit que l’on raconte et nous-mêmes en train de le raconter. Cette approche se lit en particulier dans l’épisode sur la révolution religieuse d’Akhenaton, en Égypte ancienne. À la fin de sa vie, Freud, miné par la maladie et l’exil, a voulu en percer le mystère pour expliquer la montée du nazisme et de l’antisémitisme à son époque. La solution aux énigmes du présent se trouve parfois dans le passé.
L’histoire de l’esclavage et de la colonisation resurgit depuis l’affaire George Floyd.

Un épisode aurait-il pu faire écho à ce présent si enraciné dans le passé ?
La question de la justice et de l’égalité, aiguisée par la crise sanitaire, est abordée avec la Déclaration d’indépendance des États-Unis, en 1776. Ce moment marque la première affirmation des droits universels de l’humain dans un pays dont on sait qu’il détruit les nations indiennes et qu’il deviendra esclavagiste. La “question noire”, déjà traitée dans la première saison avec la libération de Mandela, revient maintenant avec le pèlerinage du roi malien Mansa Moussa en 1324.
Nous aurions certes pu aborder plus frontalement la question de la décolonisation. Elle apparaît malgré tout dans l’épisode sur le massacre des Algériens, à Paris le 17 octobre 1961. L’événement pose clairement la question du racisme, de la violence policière et du legs colonial en France.

* Type de raisonnement qui consiste à imaginer l’issue nouvelle d’un événement historique, après avoir modifié l’une de ses causes. »



Allemagne, 2026, 89 min
Production : doc.station, en association avec ZDF/ARTE
Sur arte.tv du 30/05/2026 au 27/08/2026
Visuels : © eco documentaries, DR


« 315, la donation de Constantin » de Denis van Waerebeke
France, 2020, 26 mn
Coproduction : ARTE France, Les Films d’Ici
Première diffusion : 6 septembre 2020
Sur Arte le 6 septembre 2020 à 16 h 10
Disponible du 30/08/2020 au 04/11/2020
Sur arte.tv du 10/06/2025 au 30/12/2027
Visuels : © Les Films d’Ici, DR


Les citations sur le film proviennent d'Arte. Cet article a été publié le 31 août 2020.