Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

mercredi 22 avril 2026

« 1925-2025. Cent ans d’Art déco »

Le musée des Arts décoratifs « 1925-2025. Cent ans d’Art déco ». 
« En 1925, l’Exposition des arts décoratifs et industriels modernes à Paris marque l’apogée de l’Art déco. Décorateurs, fabricants, magazines, grands magasins, artistes et même des nations étrangères se livrent une concurrence acharnée pour prendre possession des bâtiments parisiens ou érigent des structures temporaires pour présenter leurs dernières créations. Mobilier sculptural, bijoux précieux, objets d’art, dessins, affiches et pièces de mode : près de 1 000 œuvres racontent la richesse, l’élégance et les contradictions d’un style qui continue de fasciner ». Un art qui a influé sur l'architecture de synagogues et l'illustration du Cantique des cantiques.
 
L’histoire sous les pieds. 3000 ans de chaussures 

« Cent ans après l’exposition internationale de 1925 qui a propulsé l’Art déco sur le devant de la scène mondiale, le musée des Arts décoratifs célèbre ce style audacieux, raffiné et résolument moderne. Du 22 octobre 2025 au 26 avril 2026, « 1925-2025. Cent ans d’Art déco » propose un voyage au cœur de la création des années folles et de ses chefs-d’œuvre patrimoniaux. »

« Né dans les années 1910 dans le sillage des réflexions européennes sur l’ornementation, l’Art déco puise dans les recherches de l’Art nouveau. Il se développe pleinement dans les années 1920 et se distingue par une esthétique structurée, géométrique, élégante, qui allie modernité et préciosité. Ses formes séduisent les décorateurs, architectes et fabricants d’alors, mais restent souvent réservées aux catégories sociales aisées, du fait du cout élevé des matériaux et de la finesse des techniques mises en place à cette époque. L’Art déco incarne une période foisonnante, marquée par une soif de nouveauté, de vitesse, de liberté. Il touche tous les domaines de la création : mobilier, mode, joaillerie, arts graphiques, architecture, transports… » 

L’exposition « revient ainsi sur les différentes tendances de l’Art déco, entre l’abstraction géométrique affirmée de Sonia Delaunay et Robert Mallet‑Stevens, l’épure formelle de Georges Bastard et Eugene Printz, ou encore le goût du décoratif de Clément Mere et Albert-Armand Rateau. »

Le musée des Arts décoratifs « a joué un rôle central dans la reconnaissance de l’Art déco dès ses débuts, en accueillant les salons de la Société des Artistes décorateurs et en constituant une collection d’une richesse exceptionnelle. Dès la fin des années 1960, le musée s’impose aussi comme un pionnier dans la redécouverte du style, notamment avec l’exposition « Les Années 25 », qui a ravivé l’intérêt du public et des spécialistes. Ce renouveau se poursuit dans les décennies suivantes, porté dans les années 1970 par des figures majeures comme Yves Saint Laurent, passionné d’Art déco, et son complice le décorateur Jacques Grange à qui le musée offre une carte blanche au sein de l’exposition. »

L’exposition « 1925-2025. Cent ans d’Art déco » puise dans ce fonds remarquable, enrichi d’œuvres prêtées par de grandes institutions et collections privées, pour présenter des pièces emblématiques : le chiffonnier en galuchat d’André Groult, les créations raffinées de Jacques-Emile Ruhlmann, ou encore le spectaculaire bureau-bibliothèque de Pierre Chareau conçu pour l’Ambassade française, réinstallé à cette occasion. Trois créateurs phares – Jacques-Emile Ruhlmann, Eileen Gray et Jean-Michel Frank – y sont mis en lumière, incarnant chacun une facette singulière de l’Art déco. »

« Organisée selon un vaste parcours chronologique et thématique qui se déploie dans la nef et dans les galeries aux 2e et 3e étages du musée, l’exposition retrace les origines, l’apogée, le développement et les réinterprétations contemporaines de l’Art déco. Elle révèle la richesse et l’actualité d’un mouvement en constante évolution, à travers plus de 1 200 œuvres. Tous les domaines de la création artistique et de la décoration sont présents. »

« Mobilier sculptural, bijoux précieux, objets d’art, dessins, affiches et pièces de mode : plus de 1 200 œuvres racontent la richesse, l’élégance et les contradictions d’un mouvement qui continue de fasciner. Les remarquables laques de Jean Dunand côtoient les verreries de François Decorchemont, la tabletterie, les arts de la table, ou encore la bijouterie, illustrée par des pièces a la modernité saisissante, notamment une série de broches de Raymond Templier et de Jean Desprès. Le rôle fondamental du dessin est mis en lumière à travers des projets décoratifs, d’architecture intérieure et de mobilier, notamment les dessins de Groult pour la chambre de Madame dans le pavillon de l’Ambassade française, qui dialoguent avec le chiffonnier qui en est l’un des rares vestiges. L’univers de la mode et des arts textiles est représenté par la cape de Madeleine Pangon, la robe aux petits chevaux de Madeleine Vionnet, une veste réalisée par Sonia Delaunay, une robe de Jeanne Lanvin mais aussi des dessins de textiles et des projets de vitrines de magasins. »

« Plus de 80 objets – colliers, diadèmes, montres, nécessaires, dessins et documents d’archives – illustrent l’inventivité formelle et la richesse symbolique des créations de la maison Cartier. Entre géométrie rigoureuse et sensualité des matières, motifs inspirés de l’Orient et innovation technique, ces pièces incarnent l’esthétique du luxe Art déco, tout en reflétant l’évolution des goûts d’une clientèle internationale cosmopolite, à la recherche de distinction et de modernité. »

« Un siècle après son émergence, l’Art déco continue d’inspirer par sa modernité, son élégance et sa liberté de formes. En croisant les regards d’hier et d’aujourd’hui, l’exposition montre combien ce mouvement reste vivant, en résonance avec les questionnements esthétiques et les savoir-faire contemporains. Plus qu’un hommage au passe, elle invite à repenser l’Art déco comme une source toujours féconde de création et d’innovation. »

« Scénographie immersive, matériaux somptueux, formes stylisées et savoir-faire d’exception composent un parcours vivant et sensoriel, où l’Art déco déploie toutes ses facettes. L’exposition s’ouvre de façon spectaculaire sur le mythique Orient Express, véritable joyau du luxe et de l’innovation. Une cabine restaurée de l’ancien train Étoile du Nord ainsi que trois maquettes du futur Orient Express, réinventé par Maxime d’Angeac, investissent la nef du musée. Une invitation à explorer un univers où l’art, la beauté et le rêve s’inventent au présent comme en 1925. »

« Symbole du voyage raffiné et du savoir-faire français, l’Orient Express connait son âge d’or dans les années 1920. Décore par de grands artistes comme René Prou ou René et Suzanne Lalique, il devient un manifeste roulant de l’esthétique Art déco. Cent ans plus tard, ce mythe renait. L’exposition dévoile en exclusivité, dans la Nef du musée, des maquettes d’intérieur grandeur nature du futur Orient Express, réinventées par le directeur artistique Maxime d’Angeac, dialoguant avec une cabine Art déco de 1926 provenant des collections du musée.

Puisant dans l’héritage du style et l’univers des métiers d’art, son projet fusionne artisanat d’excellence, innovations technologiques et design contemporain pour inventer le train du XXIe siècle. En 2025 comme en 1925, l’Art déco inspire un luxe tourne vers l’avenir. » 

Un ensemble exceptionnel de pièces, certaines présentées pour la première fois au public, est exposé en dialogue avec les collections du musée et permet de mesurer l’impact de ce style dans le domaine de la joaillerie.

Le « commissariat général de l’exposition est assuré par Bénédicte Gady, directrice des musées, le commissariat par Anne Monier Vanryb, conservatrice en charge des collections 1910‑1960, dans une scénographie de l’Atelier Jodar et du Studio MDA. »

Le Commissaires associés sont Jean-Luc Olivie, conservateur en chef en charge des collections de verre, Mathieu Rousset-Perrier, conservateur en charge des collections Moyen Age / Renaissance et bijoux, assistés par Veronique Ayroles, attachée de conservation collections de verre, Raphaële Bille, assistante de conservation collections modernes et contemporaines, Mathurin Jonchères, assistant de conservation collections modernes et contemporaines, Lisa Jousset-Avi, assistante de conservation collections modernes et contemporaines. Le conseiller scientifique est Emmanuel Breon, historien de l’art.

Curieusement, l'exposition omet d'indiquer l'influence du style Art Déco sur l'architecture de synagogues parisiennes. Paris Musées évoque les styles Art Déco et Art Nouveau mêlés dans la synagogue située au 10 rue Pavée à Paris (75004), conçue par l'architecte Hector Guimard (1867-1942) et édifiée en 1913 en "ciment armé et pierre, style néo-gothique, architecture de transition avec
style Art Déco". Surtout, l'Art Déco caractérise la synagogue située 24 de la rue Copernic (75014) et aux plans dessinés par l'architecte Marcel Lemarié, et ce, bien avant l'exposition fondatrice de 1925. Inaugurée en 1924 et servant aussi de siège à l’Union libérale israélite de France (Ulif), elle bénéfice en style Art Déco : la façade, la salle de culte dispose "de décor doré et antiquisant, représentatif de l’art des Années folles. Vitraux, frises et coupole jouent ici des possibilités offertes par le béton dans un programme architectural et décoratif unique pour un lieu de culte juif en France." En 1980, un attentat terroriste palestinien a visé cette synagogue. A l'initiative du propriétaire du bâtiment Judaïsme en mouvement (JEM), des travaux de mise aux normes, autorisés par la Mairie de Paris, visent à détruire la façade, et à déplacer les éléments Art Déco dans d'autres salles de la synagogue réaménagé. Ce qui a suscité une vive opposition
 ·
"À l’aube des années 1920, l’essor du style Art déco s’incarne aussi dans la conception d’éditions illustrées, luxueuses et raffinées. François- Louis Schmied (1873-1941) en est l’une des figures de proue. En 1925, année de l’exposition internationale des Arts décoratifs de Paris, il publie une édition illustrée du « Cantique des cantiques », le plus célèbre livre poétique de la Bible. Ce livre est considéré comme son chef-d’œuvre : il propose une parfaite synthèse de l’esthétique Art déco et, dès cette époque, est confié aux plus grands relieurs, comme Pierre Legrain (1889-1929), autre créateur emblématique du mouvement. Deux exemplaires de cette oeuvre remarquable, aujourd'hui conservés à la Réserve des livres rares de la Bibliothèque nationale de France (BnF), ont été exceptionnellement présentés lors de la  conférence des « Trésors de Richelieu », le 3 juin 2025 : l’un dans une reliure Art déco caractéristique du style de Legrain, l’autre, tout récemment acquis, dans une reliure à panneaux de laques de Jean Dunand, d’après un dessin de François-Louis Schmied lui-même. Un cycle de conférence organisée en partenariat avec l'INHA et l'Ecole nationale de Chartes".

Autour de l’exposition, le musée des Arts décoratifs propose des visites guidées pour adultes ainsi que des visites-ateliers pour familles et enfants.


Extraits du catalogue

« Ce catalogue célèbre l’Art déco et son succès, à l’ occasion du centenaire de l’Exposition des arts décoratifs et industriels modernes, qui marqua l’apogée de ce style majeur. Décorateurs, fabricants, magazines, grands magasins, artistes, et même des nations étrangères se livrèrent une concurrence acharnée pour prendre possession des bâtiments parisiens, tandis que d’autres érigeaient des structures temporaires pour présenter leurs dernières créations. Tous incarnent la modernité de leur époque, et consacrent l’Art déco. » 
« Tendance esthétique et artistique née avant la Première Guerre mondiale, l’Art déco prend son essor dans les années 1920, alors qu’émerge un nouveau mode de vie en rupture avec les décennies précédentes : vitesse, mouvement et liberté sont désormais les maitres mots de la société. Protéiforme et insaisissable, ce courant regroupe un ensemble de formes, motifs, matériaux et techniques modernes utilises par des créateurs comme Jean Puiforcat, Maurice Marinot, Suzanne et Rêne Lalique, Pierre Chareau, Jacques-Emile Ruhlmann, André Groult ».
« A travers huit essais, douze focus et trois portfolios d’images, ce catalogue couvre les multiples incarnations de l’Art déco, de ses débuts, dans les années 1910, a ses réinterprétations contemporaines, en passant par son âge d’or lors de l’Exposition de 1925. Il s’appuie sur une riche iconographie qui offre à voir les chefs-d’œuvre du style Art déco issus des collections du musée des Arts décoratifs, et d’autres encore, à travers de magnifiques reproductions en pleine page et des détails inédits. »
Les auteurs
Bénédicte Gady, commissaire générale de l’exposition, directrice des musées des Arts décoratifs
Anne Monier Vanryb, commissaire de l’exposition, conservatrice au musée des Arts décoratifs, collections 1910-1960 
Emmanuel Bréon, conseiller scientifique de l’exposition, conservateur en chef honoraire, spécialiste de l’Art déco 
Jean-Marc Hofman, attache de conservation a la Cite de l’architecture et du patrimoine
Cilla Robach, conservatrice, National Museum de Stockholm
Évelyne Possémé, conservatrice en chef honoraire, musée des Arts décoratifs
Béatrice Quette, conservatrice, collections asiatiques et islamiques au musée des Arts décoratifs
Mathieu Rousset-Perrier, conservateur du patrimoine, collections Moyen Age, Renaissance, Bijoux, musée des Arts décoratifs
Véronique Ayroles, attachée de conservation, collection verre, musée des Arts décoratifs
Raphaèle Billé, assistante de conservation, collections modernes et contemporaines, musée des Arts décoratifs
Mathurin Jonchères et Lisa Jousset-Avi, assistants de conservation, collections modernes et contemporaines, musée des Arts décoratifs

Jacques-Émile Ruhlmann, maître des essences rares et de l’ivoire
Anne Monier Vanryb
« Souvent comparé à Jean-Henri Riesener, le fastueux ébéniste de Louis XVI, Jacques-Emile Ruhlmann, décorateur des élites, génial maitre des essences rares et de l’ivoire, incarne une certaine idée de l’Art déco français. Cependant, face au caractère parfois ostentatoire de ses réalisations, sa réelle modernité est souvent mal comprise.
(...) Au cours de son service militaire, il fait la connaissance de l’architecte Pierre Patout, une rencontre qui se révélera décisive et marquera le début d’une relation durable. Fasciné par les arts appliqués, Ruhlmann se forme à leurs techniques, tout en fréquentant un atelier d’architecture.
(...) Souhaitant développer l’édition de papiers peints et de tissus, véritables vecteurs de diffusion de ses idées artistiques, il présente ses premiers échantillons en 1910. (...) A partir de 1913, l’entreprise se lance dans la fabrication de meubles, depuis des dessins au 1/10e et 1/20e que Ruhlmann fournit à des ébénistes. (...) Invité par la Société des artistes décorateurs en 1919, il en devient membre des 1920.
Il réorganise par ailleurs son entreprise, désormais dénommée Ruhlmann et Laurent à la suite de son association avec son ami Pierre Laurent (...)
L’entreprise prévoit systématiquement un budget pour participer aux grandes manifestations d’arts décoratifs, événements de prestige, tandis que des expositions sont organisées à l’agence, avec des créateurs amis. De grands chantiers pour de riches industriels assurent le succès financier, et les commandes de l’Etat la réputation.
Ruhlmann prépare longuement sa participation à l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes de 1925, imaginant d’abord de créer pour l’occasion un groupement d’artistes, idée qu’il mûrit depuis les années 1910.
(...) Le pavillon est un triomphe, achats et commandes affluent, à tel point qu’il faut créer au sein de l’entreprise un atelier d’ébénisterie.
(...) La réussite de Ruhlmann, entrepreneur capable de fédérer les meilleurs compagnons sur des chantiers d’envergure pour incarner l’Art déco triomphant et respectueux de la tradition, résume son époque.
Sa disparition précoce laisse en suspens la passionnante question de sa modernité : chacun peut rêver à sa guise de ce que Ruhlmann aurait pu accomplir dans les années 1930. »

Cartier et l’art déco
Mathieu Rousset-Perrier
« Pour ses organisateurs comme pour le joaillier Cartier, l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes de 1925 doit faire le bilan du renouveau des arts décoratifs français, lance des avant la Première Guerre mondiale.
(...) Dès 1904 en effet, s’épure le style « guirlande » qui a fait le succès de la maison, inspiré de l’architecture et des arts décoratifs du XVIIIe siècle.
(...) En 1909, l’arrivée de Charles Jacqueau, qui rejoint le studio de dessinateurs à la demande de Louis Cartier (1875-1942) qui supervise lui-même la création, marque un tournant. (...)
Le style « guirlande » évolue vers une nouvelle esthétique parée du rouge du rubis et du corail, du bleu du saphir, du vert de l’émeraude, du violet de l’améthyste ou du noir de l’onyx, dans d’audacieuses combinaisons.
En ce début de siècle, le goût de l’Orient fait rage à Paris. Ballets russes, bals persans ou des mille et une nuits, expositions d’art islamique animent la capitale et fascinent les créateurs comme Paul Poiret, Paul Iribe ou George Barbier.
Les Ballets russes font forte impression sur Charles Jacqueau qui, dès la première saison, en 1909, assiste aux représentations données au théâtre du Chatelet (...).
Si de nouveaux types de bijoux issus de la tradition orientale, comme l’aigrette, influencent les créateurs, l’architecture et les arts décoratifs, plus que la parure, s’affirment comme les principales sources d’inspiration, à l’instar du style « guirlande » : le motif d’antilopes bondissantes des miniatures persanes se voit ainsi transposé sur d’élégants étuis à cigarettes, tandis que les arcs outrepassés de l’architecture musulmane, traduits en onyx, corail et diamant, forment d’élégants bandeaux.
(...) Ce sont donc des bijoux d’un style arrivé à maturité que Cartier expose sur les deux stands mis à sa disposition au Grand Palais et au pavillon de l’Elégance. (...)
Ces bijoux remarqués par Georges Fouquet dans son compte rendu de l’Exposition, que la critique n’appelle pas encore « tutti frutti », connaissent un succès fulgurant qui assoit encore davantage la réputation de la maison.
(...) Jeanne Toussaint, arrivée en 1933 a la direction artistique de la maison, introduit de nouveaux accords chromatiques, tels le violet et le turquoise, refermant chez Cartier le chapitre de ce que la critique appellera, trente ans plus tard, l’Art déco. »

Soirées où se mêlent fêtes et art
Raphaele Bille
« La période Art déco est notamment célèbre pour sa vie nocturne trépidante, comme une réponse à la noirceur de la Première Guerre mondiale qui vient de s’achever. Des 1911, Paul Poiret proposait de grandes soirées costumées.
Il témoigne de l’une d’elles dans ses mémoires En habillant l’époque : ≪ C’est au retour d’un bal des Quat’z’Arts, au mois de mai 1911 je crois, que je décidai de donner dans mes salons et mes jardins de Paris une fête inoubliable que j’appelai “La Mille et Deuxième Nuit”. (...)
Les thèmes de ces fêtes, et notamment l’Orient, correspondent aux sources d’inspiration des créateurs de la période Art déco. (...)
Parmi les grandes soirées qui vont marquer l’époque, figurent celles organisées par le vicomte de Noailles et son épouse, l’une des plus mémorables restant sans doute le Bal des matières, en juin 1923.
(...) Certains bals moins huppés se révèlent tout aussi créatifs. Parmi eux, le bal Bullier, qui accueille un large public, devient rapidement un haut lieu de rendez-vous pour les artistes.(...) Si les bals permettent donc à des communautés de se réunir, ce sont aussi des lieux où se fréquentent et s’expriment tous les artistes de l’époque (...)
La même année est organisé à l’ambassade de Bolivie un bal étonnant sur le thème d’un festival sur la planète Mars, d’après une idée suggérée par le marquis d’Arcangue. (...)
Ce sujet, qui peut surprendre en 1925, semble fasciner l’ensemble de la société depuis la découverte de nouveaux canaux sur Mars par Giovanni Schiaparelli, oncle de la couturière, à la fin du XIXe siècle.
(...) Cette vie nocturne reflète parfaitement l’esprit de liberté animant une époque que l’on qualifiera de « folle », caractérisée par un bouillonnement d’idées et une curiosité pour la culture sous toutes ses formes. (...) »

Eileen Gray, composer l’espace
Anne Monier Vanryb
« Véritable icone de l’Art déco, Eileen Gray se distingue des autres créateurs de la période par la singularité de ses œuvres et de son univers esthétique.
Née en 1878 en Irlande dans une famille aisée, Gray fait le choix peu commun pour une jeune fille de son milieu de devenir artiste. En 1900, elle s’inscrit à la Slade School of Fine Arts de Londres, puis s’installe deux ans plus tard à Paris où elle étudie à l’Académie Julian et expose une aquarelle au Salon de la Société des artistes français.
En 1905, à la faveur d’un long retour en Angleterre, elle apprend les rudiments des techniques de la laque avec Dean Charles, un restaurateur de meubles. Lorsqu’elle revient à Paris en 1907, elle complète son apprentissage auprès du maitre Seizo Sugawara, se perfectionnant au point d’inventer de nouveaux procédés et de créer, (...)
En parallèle, la créatrice apprend le tissage de tapis en Afrique du Nord. En 1910, elle ouvre deux ateliers, l’un de laque, l’autre de tissage. (...)
Formée comme artiste, elle a choisi d’être décoratrice : aussi comprend-elle et structure-t-elle l’espace par ses éléments décoratifs, mais à la façon d’une plasticienne. Le paravent, avec toutes ses possibilités (...), devient ainsi son mobilier de prédilection.
En 1913, elle expose au VIIIe Salon de la Société des artistes décorateurs des panneaux laqués qui font une forte impression sur Jacques Doucet, éminent commanditaire du nouveau style qui s’affirme, qui lui achète ensuite le paravent Le Destin.
Avec la couturière Juliette Levy, plus connue sous son nom professionnel Suzanne Talbot, Gray entame une collaboration plus nourrie, devient ensemblière et réalise des intérieurs complets, jusqu’aux murs recouverts de panneaux laqués et tissés.
En 1922, elle ouvre la galerie Jean Desert, où elle produit artisanalement des séries de quelques pièces et teste sur des prototypes de nombreux matériaux. (...)
La galerie restera par nature expérimentale et confidentielle, donc financièrement précaire, les meubles produits revêtant aujourd’hui un statut iconique, comme les célèbres fauteuils Sirène et Dragons.
(...) Sans formation architecturale,
Gray se lance pourtant, en 1926, dans la création à quatre mains, avec Jean Badovici, de la villa E-1027 au bord de la mer Méditerranée. Son programme interroge l’action de l’architecture contemporaine et sa capacité à susciter l’émotion, de même qu’il affirme la nécessite, pour toute construction, d’afficher une unité tant extérieure qu’intérieure. 
(...) La discrétion et la singularité d’Eileen Gray l’éloignent peu à peu des circuits officiels. Absente de l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes de 1925, apogée de l’Art déco, elle contribue faiblement a l’Union des artistes modernes – après avoir pourtant participé à sa création –, et sa présence à l’Exposition internationale de 1937 se résume à quelques esquisses de ses recherches architecturales, présentées dans le pavillon du Temps nouveau de Le Corbusier.
Ses pièces sont aujourd’hui les vedettes de toutes les enchères dans lesquelles elles figurent, décrochant des records toujours plus vertigineux et incarnant, dans toute sa diversité, l’Art déco. Après une longue période d’abandon et une intense campagne de sauvegarde et de restauration, la villa E-1027 est désormais propriété du conservatoire du littoral et ouverte au public, perpétuant ainsi l’héritage de Gray. »

L’art de la matière selon Jean-Michel Frank 
Mathurin Joncheres
« Dans son « Adieu à Jean-Michel Frank », Jean Cocteau, fervent admirateur du décorateur, célèbre l’esthétique du dépouillement que Frank développa dans les années 1920 et 1930 : « Pour notre ami, le luxe c’était la simplicité. La simplicité lui dictait les lignes et les matières de son luxe. » (…) L’une des grandes innovations de Frank fut d’utiliser des matières originales, parfois délaissées depuis le XVIIIe siècle, et d’en porter l’emploi à de nouvelles échelles.
Décorateur autodidacte, Jean-Michel Frank (1895-1941) se fait connaitre dans les années 1920 par ses aménagements réalises pour l’intelligentsia parisienne. (...)
En juillet 1930, il est nomme directeur artistique de la société d’ébénisterie Chanaux & Cie, puis, cinq ans plus tard, il ouvre sa propre boutique rue du Faubourg-Saint-Honoré. (...)
Ses ateliers, situés rue Montauban dans le 15e arrondissement, ont pu accueillir jusqu’à soixante-dix ouvriers travaillant dans tous les domaines de la décoration.
(...)
L’atelier dédié à la marqueterie de paille est exclusivement composé de femmes, qui réalisent, par exemple, les portes de l’appartement de François Mauriac, aujourd’hui conservées au musée des Arts décoratifs. (...)
Toute forme d’ornement est ainsi évacuée au profit d’un jeu sur les textures, l’agencement des matériaux, les reflets ou les effets graphiques, sans qu’aucune hiérarchie des matières ne soit instituée.
(...) Ces divers matériaux, bien que parfois d’aspect très éloigne, transmettent néanmoins la même idée de ≪ luxe pauvre ≫ propre aux intérieurs de Frank.
Leurs couleurs sont neutres, créant des harmonies chromatiques de beiges, de blancs ou de noirs. La seule source d’animation, discrète, au sein de ces intérieurs dénués d’ornements provient des matériaux.
(...) Ces principes d’ascèse décorative reposant sur la matière continuent de nourrir le design contemporain. Plusieurs créateurs renouent aujourd’hui avec des matériaux et des techniques caractéristiques de l’Art déco, comme Lison de Caunes et ses marqueteries de paille, ou Gwenaelle Chassin de Kergommeaux et ses meubles en coquille d’oeuf et galuchat.
(...) Par leurs réflexions communes sur l’abstraction des décors, leur travail precis et soigné sur la facture et l’excellence de leurs savoir-faire, Frank comme Jallu et d’autres designers contemporains parviennent à ennoblir des matériaux sobres et peu onéreux et, à l’inverse, à banaliser des matières luxueuses dont ils démultiplient l’emploi. »

L’art déco vu de l’Orient Express
Anne Monier Vanryb
« Durant la seconde moitié du XIXe siècle, l’essor du chemin de fer, véritable révolution technologique et sociale née de l’industrialisation, permet de désenclaver les territoires (...)
L’abaissement des temps de trajet encourage « l’avènement des loisirs » et le développement d’un tourisme balnéaire bourgeois (...) La création de la Compagnie internationale des wagons-lits, en 1876, transforme profondément le paysage ferroviaire européen auparavant morcelé. (...) 
Ces voyages transfrontaliers constituent un exploit à la fois technique (...), mais aussi diplomatique, dans un contexte de tensions ne de la guerre franco‑prussienne (...)
Ses premières lignes, qui associent confort, vitesse et ponctualité, relient Berlin à Ostende, Paris à Cologne et Vienne à Munich (...) C’est également la première fois qu’il est possible de dormir correctement dans un train. Ces changements radicaux rapprochent le voyage ferroviaire du transport en paquebot, référence de l’époque. »

La naissance de l’Orient Express
« Le 4 octobre 1883, la compagnie lance l’Orient Express par un voyage inaugural triomphal auquel sont conviés des journalistes du Times et du Figaro, ainsi que des écrivains.
Le luxe du train, éclairé et chauffé au gaz puisque l’électricité n’arrivera qu’à la fin de la décennie, tapissé de velours de Gènes, de cuir de Cordoue frappé de motifs et de tapisseries des Gobelins, et meublé de larges et imposants fauteuils aux tissus colorés, est abondamment vante. Un luxe visionnaire pour son époque, dont la renaissance, prés de cent quarante ans plus tard, est aujourd’hui porté par le groupe Accor.
Les dernières connexions sont achevées en 1889 ; dès lors, le trajet de 3 186 kilomètres s’effectue en soixante-sept heures. La situation géopolitique instable entrainera, tout au long des années 1920 et 1930, de nombreuses adaptations du trajet ainsi que des interruptions de service.

Le mythe de l’Orient Express
« Dès son lancement en pleine vague de l’orientalisme, l’Orient Express revêt une aura mythique. Grace à une campagne de communication savamment orchestrée dès le premier voyage, l’Orient Express entre dans l’imaginaire collectif. 
En raison de sa ponctualité, l’Orient Express devient également le véhicule de la valise diplomatique française et des communications entre le Royaume-Uni et l’Inde britannique.
(...) Dans la culture populaire, l’Orient Express se substitue ainsi à toute une famille de trains qui sillonnaient l’Europe.
A son apogée, dans les années 1930, la Compagnie possède une identité de marque qui se retrouve partout, depuis les publicités jusqu’au moindre objet présent à bord – tous ornes des logos successifs de la compagnie, dont le célèbre monogramme Art déco.
Apres la Première Guerre mondiale, souhaitant renouveler un matériel souvent obsolète et parfois endommage par le conflit, la Compagnie des wagons‑lits fait appel à René Lalique et René Prou.
Tout à bord emprunte le vocabulaire et les matériaux de l’Art déco : le train, comme les autres moyens de transport, devient un ambassadeur de ce luxueux style français.
En 2027, sous l’impulsion du groupe Accor, sera relance ce train légendaire, luxueux hôtel mouvant vantant désormais, non la vitesse du trajet, mais la contemplation du voyage. »

La renaissance de l’Orient Express
« En réaménageant ces voitures centenaires, l’architecte Maxime d’Angeac veut rendre hommage aux somptueux décors Art déco (...) les décors manquants ne sont pas reproduits, mais réinventés.
(...) Cet artisanat d’art, dans la lignée des techniques précieuses de l’Art déco, est généralement utilisé sur des petites surfaces, par exemple pour du mobilier (...)
Au-delà du travail pour retrouver la beauté de ses décors, la remise en service de l’Orient Express, portée par le groupe Accor, est ainsi une véritable prouesse technologique et un grand chantier industriel qui mobilise des milliers de travailleurs.
Pour être à la hauteur de ce mythe, il faut allier le design industriel le plus exigeant avec les métiers d’art les plus pointus. Ambassadeur du luxe à la française, le nouvel Orient Express s’adresse aux manufactures qui ont fait la réputation de sa première version, mais aussi à de nouveaux partenaires, tous français, dans une démarche de fabrication responsable et d’hommage aux savoir‑faire.
(...) Au total, trente corps de métier dont le respect des compétences assure la cohérence du projet, orchestres par Maxime d’Angeac, vont ainsi produire ensemble une œuvre d’art totale de 3 188 kilomètres de long, totalement nouvelle et pourtant familière. »


Du 22 octobre 2025 au 26 avril 2026
107, rue de Rivoli. 75001 Paris
Tél. : +33 (0) 1 44 55 57 50
Du mardi au dimanche de 11 h à 18 h
Nocturne le jeudi jusqu’à 21 h
Visuels :
Affiche
Raymond Templier (1891-1968), auteur du dessin. Jean Trotain, fabricant. Étui à cigarettes. Paris, 1928. Argent, laque, émail © Les Arts Décoratifs / Jean Tholance

Madeleine Vionnet, maison de couture — Marie-Louise Favot dite Yo (1895-1986), dessinatrice Michonnet, maison de broderie
Robe dite Petits chevaux ou Vase grec. Paris, collection hiver 1921 Crêpe de soie brodé de perles et de filets or
© Les Arts Décoratifs / Christophe Dellière

Pierre Chareau — Bureau-bibliothèque des appartements intimes d’une Ambassade française à l’exposition internationale de 1925.
1924-1925
© Les Arts Décoratifs / Luc Boegly

mardi 21 avril 2026

Léa Drucker

Née en 1972, Léa Drucker est une actrice bilingue française de films et séries télévisées : L'Homme de sa vie, La Vérité si je mens ! 3, Jusqu'à la garde, Close, Dossier 137, Le Bureau des légendes, La Guerre des mondes. Elle a obtenu le César de la Meilleure actrice en 2019 pour son rôle dans Jusqu'à la garde, puis en 2026 pour Dossier 137Arte diffusera le 22 avril 2026 à 13 h 35 « Le tableau volé » de Pascal Bonitzer.


Née en 1972, Léa Drucker. Elle est la fille aînée de Jacques Drucker, professeur de médecine, et de Martine Le Cornec, professeure d'anglais. Ses grands-parents paternels juifs, nés dans l’empire austro-hongrois - son grand-père Abraham dans l'actuelle Ukraine, sa grand-mère Lola Schafler à Vienne , étaient arrivés en France en 1925 et avaient obtenu la nationalité française en 1937. Ils avaient subi les persécutions antisémites durant le régime de Vichy.

Léa Drucker est la nièce du journaliste et animateur de télévision Michel Drucker, et du fondateur de M6 et énarque Jean Drucker, et la cousine de la journaliste Marie Drucker.

Elle grandit aux États-Unis et en France. 

Elle suit des cours de comédie à l'École de la rue Blanche, à Paris. Édouard Baer la recrute comme chroniqueuse à Radio Nova. 

En 1999, elle débute sa carrière au théâtre dans des pièces classiques - Le Misanthrope, mis en scène par Roger Hanin -, ou contemporaines : Blanc d'Emmanuelle Marie, mis en scène par Zabou Breitman et Matthieu Le Bihan, où elle joue le rôle de la sœur cadette d'Isabelle Carré.

Après des apparitions ou seconds rôles - Kung-fu Master d'Agnès Varda (1988), séries télévisées comme Chien et chat puis Anne Le Guen (1995) et téléfilms comme Colis d'oseille d'Yves Lafaye (1993), elle est présélectionnée comme Meilleur espoir féminin aux Césars 2001 pour Chaos de Coline Serreau. 2002 marque son premier « premier rôle » au cinéma dans Papillons de nuit de John Pepper.

Dans sa filmographie : La Vérité si je mens ! 3 de Thomas Gilou (2012), L'Homme de sa vie, Jusqu'à la garde, Le Bureau des légendes (2015-2017) – rôle d’une psychiatre -, La Guerre des mondes (2019-2022) - rôle d'une astrophysicienne de l'IRAM -, Close de Lukas Dhont (2022) distingué par le Grand prix du Festival de Cannes 2022, Dossier 137 de Dominik Moll (2025) - rôle d'une inspectrice de l'IGPN enquêtant sur une éventuelle bavure lors d'une manifestation des Gilets jaunes. 

Elle obtient le César de la Meilleure actrice en 2019 pour son rôle dans Jusqu'à la garde, puis en 2026 pour Dossier 137.

En 2011, elle lit des extraits du Journal d'Hélène Berr lors d'une cérémonie du Souvenir de la Shoah au siège de l'UNESCO.

Avec le réalisateur et scénariste Julien Rambaldi, Léa Drucker a une fille, Martha, née en 2014. 

« Le tableau volé » de Pascal Bonitzer
Arte diffusera le 22 avril 2026 à 13 h 35 « Le tableau volé » de Pascal Bonitzer.

« Un commissaire-priseur parisien est chargé d’expertiser une œuvre d’art spoliée par les nazis, que l’on croyait perdue. Avec un Alex Lutz aussi odieux qu’attachant, Léa Drucker, Nora Hamzawi et Louise Chevillotte, une irrésistible satire du marché de l’art signée Pascal Bonitzer. »

« Commissaire-priseur officiant chez Scottie’s, une prestigieuse maison de vente parisienne, le redoutable André Masson ("comme le peintre") se voit confier un cas qui le laisse d’abord sceptique : quelque part du côté de Mulhouse, un mystérieux tableau du peintre expressionniste Egon Schiele aurait refait surface dans un pavillon en viager dont l’occupant nonagénaire a passé l’arme à gauche. »

« Contacté par l’avocate du nouveau détenteur de la maison (et de la toile), un jeune ouvrier chimiste tout à fait étranger au monde de la peinture, André est chargé d’authentifier le chef-d’œuvre putatif et d’en évaluer la valeur marchande – assisté de son ex-femme Bertina, spécialiste en œuvres d’art, et d’Aurore, stagiaire culottée aux penchants mythomanes. Contre toute attente, il s’avère que le Schiele est un vrai ; mais la toile, spoliée par les nazis à son propriétaire juif, doit être restituée à ses ayants droit légitimes, qui vivent aux États-Unis. Pour ne pas laisser échapper une vente qui s’annonce historique, André devra déployer tactique, discrétion et doigté… »

« C’est une histoire vraie des plus rocambolesques – la redécouverte fortuite à Mulhouse des Tournesols d’Egon Schiele, toile vendue ensuite aux enchères pour une somme record en 2006 –, qui a inspiré à Pascal Bonitzer cette savoureuse satire du milieu des marchands d’art. Un monde feutré de mensonge et de fausses politesses, où l’œuvre importe moins que le décorum qui l’entoure. »

« Le réalisateur et scénariste de Cherchez Hortense ou de Tout de suite maintenant confirme son talent de portraitiste au regard acerbe mais jamais cynique, et son chic pour croquer en quelques traits bien sentis et répliques cinglantes les caractères de ses personnages : tous, même les plus odieux, ont une attachante profondeur. »

« J’ai l’habitude d’être haï, ça fait du bien aux neurones", raille ainsi l’imbuvable André devant sa stagiaire, avant de laisser cette dernière lui sauver la mise. L’intrigue donne aussi l’occasion de confronter le parisianisme bourgeois à la simplicité sans chichis d’une classe ouvrière de province. »

« Le tout servi par une impeccable brochette d’acteurs – Alex Lutz, Léa Drucker, Nora Hamzawi et Louise Chevillotte en tête, sans oublier Arcadi Radeff, le jeune ouvrier, ou un irrésistible Alain Chamfort en père désabusé. »

L'actrice Nora Hamzawi avait signé une tribune publiée en juin 2024 par le quotidien Libération et "dénonçant le génocide et demandant la reconnaissance par la France de l’État de Palestine". Parmi les quelques 230 autres signataires : la chanteuse Angèle, les actrices Léa Seydoux, Leila Bekhti et Adèle Exarchopoulosn JoeyStarr, rappeur, Tahar Rahim, acteur, Camélia Jordana, chanteuse et actrice, Médine, auteur et rappeur, Renaud, chanteur, Guillaume Meurice, humoriste, Rima Hassan, Juriste en droit international et activiste franco-palestinienne, Reda Kateb, acteur, Ludivine Sagnier, actrice, Niels Schneider, acteur, Émilie Gomis, sportive, Blanche Gardin, humoriste, Béatrice Dalle, actrice, Lola Dewaere, actrice, Yvan Le Bolloc’h, artiste, Céline Sallette, actrice, Rokhaya Diallo, journaliste et réalisatrice, Patrick Pelloux, urgentiste, Alice Diop, réalisatrice, Sophie de la Rochefoucauld, comédienne, Bruno Gaccio, auteur scénariste, Anne-Laure Bonnet, journaliste, Rachid Benzine, politologue et écrivain, Alma Jodorowsky, actrice, Yassine Belattar, humoriste..


ENTRETIEN AVEC PASCAL BONITZER
P R O P O S R E C U E I L L I S PA R A N N E - C L A I R E C I E U TAT

« VOTRE TITRE FAIT PENSER À LA LETTRE VOLÉE D’EDGAR POE. CE TABLEAU, COMME LA LETTRE DE LA NOUVELLE, SEMBLE SANS VALEUR ET N’ATTIRE PAS L’ATTENTION JUSQU’AU JOUR OÙ IL EST DÉCOUVERT. AVIEZ-VOUS CETTE FILIATION EN TÊTE ?
En réalité, pas du tout, même si l’idée me plaît a posteriori. En fait, le titre est arrivé très tard, suggéré par mon producteur Saïd Ben Saïd. Initialement, le film devait s’intituler Salle des ventes. Ce titre purement descriptif a donc laissé la place à davantage de fiction induite par Le Tableau volé, qui est plutôt un hommage à mon ami Raoul Ruiz et à l’un de ses grands films, L’Hypothèse du tableau volé.

VOUS PRÉCISEZ DANS VOTRE GÉNÉRIQUE QUE DES FAITS RÉELS SONT À L’ORIGINE DE CETTE OEUVRE DE FICTION.
C’est en effet, comme on le mentionne souvent, « d’après une histoire vraie » : la découverte, au début des années 2000, d’un tableau d’Egon Schiele dans le pavillon d’un jeune ouvrier chimiste de la banlieue de Mulhouse par un spécialiste d’art moderne d’une grande maison de vente internationale. Tableau qui s’est révélé être une oeuvre spoliée par les nazis.

QUE REPRÉSENTE-T-IL POUR VOUS ?
J’ai été surpris en le découvrant, car avec Egon Schiele, on s’attend à des nus, ces figures humaines torturées dans ce style provocant à la limite de l’obscénité, or c’est un paysage d’assez grande dimension, un champ de tournesols, certes à la manière Schiele. Ce tableau me plaît, car on peut y projeter ce qu’on veut. Il est resté pendant soixante-dix ans dans une pièce chauffée au charbon, donc était très sale lorsqu’il a été trouvé. C’est aussi un point commun avec la lettre volée d’Edgar Poe, qui, pour avoir été cachée quoiqu’à la vue de tous, est salie et dégradée délibérément par le ministre D. Une fois nettoyé et encadré, il retrouve son éclat.

COMMENT AVEZ-VOUS CRÉÉ CETTE GALERIE DE PERSONNAGES QUI GRAVITENT AUTOUR ?
Iliana Lolic, qui est créditée comme collaboratrice au scénario, a effectué une vingtaine d’entretiens dans le monde des ventes aux enchères : des commissaires priseurs, des galeristes, des collectionneurs, des antiquaires, etc. C’est de ce matériau très abondant que j’ai extrait cette histoire et imaginé une intrigue, des personnages, comme la jeune stagiaire, l’ex-épouse, l’avocate, le jeune ouvrier, ses copains et sa mère, etc.

APRÈS LE MONDE DE LA FINANCE DANS TOUT DE SUITE MAINTENANT, VOUS VOICI IMMERGÉ DANS CELUI DU MARCHÉ DE L’ART. DANS CES DEUX FILMS, VOUS POINTEZ DU DOIGT LE CYNISME AMBIANT ET IMAGINEZ DES JEUNES FEMMES QUI DÉCOUVRENT CES MILIEUX TRÈS CODIFIÉS…
Le point commun entre ces films, en effet, est qu’ils m’ont fait explorer des milieux professionnels que je ne connaissais pas au préalable pour en faire naître une fiction, et que pour y comprendre quelque chose ils nécessitaient un personnage avec une fraîcheur de regard servant de truchement au public.
Il y a toujours quelque chose de cynique et de dégueulasse dans le monde de l’argent, c’est comme ça. Ça m’amusait, s’agissant d’une oeuvre d’art, qu’on ne l’envisage jamais autrement que sur le mode : combien ça va rapporter. André Masson (homonyme du peintre) est capable d’apprécier la beauté d’une oeuvre d’Egon Schiele, mais ce qui l’intéresse essentiellement, c’est sa valeur monétaire et marchande et ce que la boîte qui l’emploie va en retirer comme bénéfice et comme gloire dans ce milieu de rivalités féroces entre maisons ennemies.

LE LÉGER ET LE GRAVE COHABITENT. DANS LA SÉQUENCE DE LA CUISINE CHEZ LES KELLER, LE RÉCIT DE LA TRAJECTOIRE DE CE TABLEAU EST TRAGIQUE. COMMENT AVEZ-VOUS TRAVAILLÉ À L’ÉQUILIBRE DES TONALITÉS ?
J’essaie toujours de les mêler dans mes films. Mes personnages sont plutôt des personnages de comédie. Mais, bien sûr, dans la séquence que vous mentionnez, où il est question de la spoliation des biens des Juifs et du sort funeste de la famille du collectionneur, la tonalité devient plus grave parce qu’elle touche à la Shoah. C’est l’arrière-plan historique sur lequel cette histoire se détache, mais ce n’est pas le sujet du film.

À MESURE QUE LE TABLEAU REGAGNE SA JUSTE PLACE, LES RELATIONS ENTRE LES PERSONNAGES SE FLUIDIFIENT. LA COMMUNICATION ENTRE ANDRÉ ET AURORE, PAR EXEMPLE, CESSE D’ÊTRE HEURTÉE. AVEZ-VOUS PENSÉ CES MOUVEMENTS COMME DES VASES COMMUNICANTS ?
Est-ce que le tableau regagne « sa juste place » ? En fait, je n’en sais rien. Le récit contient plusieurs conflits entre les personnages. À la fin, il fallait parvenir à une forme d’apaisement. La construction de ce film est assez inhabituelle pour moi : j’y change de points de vue et de protagonistes assez souvent ; les séquences, relativement longues, alternent, suivent un personnage, en perdent un autre pour y revenir ensuite, dans un équilibre toujours précaire et qui m’intéressait aussi. J’ai aimé ce jeu entre des intrigues, des personnages principaux et secondaires, qui a quelque chose d’un peu musical.

VOUS FAITES SE RENCONTRER DES PERSONNAGES ISSUS DE MILIEUX SOCIAUX DIFFÉRENTS…
C’est l’autre nouveauté pour moi, qui ai l’habitude de faire se situer mes personnages dans un milieu relativement homogène. Pour la première fois, je me suis attaqué à l’idée de confronter deux milieux socialement hétérogènes. Les comédiens qui interprètent le trio de jeunes m’ont beaucoup aidé à trouver la justesse de ces personnages. Ils sont excellents, énergiques et drôles.
Lorsque Suzanne Egerman, que joue Nora Hamzawi, qualifie la famille mulhousienne de « gens simples », cela donne la tonalité de la première rencontre avec le jeune Martin Keller et sa mère : les deux « spécialistes » de la maison Scottie’s marchent sur des oeufs, essayent de ne pas avoir l’air condescendant, conscients du décalage social, jusqu’à l’éclat de rire nerveux devant le tableau.

CE RIRE INATTENDU S’INSCRIT SUR CETTE ZONE FRONTIÈRE ENTRE LE VRAI ET LE FAUX QUI TRAVERSE VOTRE FILM À TRAVERS LA QUESTION DE L’AUTHENTICITÉ DU TABLEAU OU LES MENSONGES CONSTANTS D’AURORE…
Aurore ment tout le temps sans qu’on sache pourquoi. Et moi-même, je ne le sais pas. Il y a des gens comme ça. Ça peut les rendre inquiétants, à moins qu’ils ne se prennent les pieds dans le tapis, ce qui finit par arriver à Aurore (et ce qui la guérit). Par ailleurs, il est question d’emblée, à un autre niveau, de la véracité de ce tableau. Le monde de l’art, dans la mesure où il est contaminé par l’argent, est constamment traversé par la menace du faux. Il est peuplé de faussaires, dont certains ont même acquis une célébrité grâce à leur savoir-faire : on connaît les VanMeegeren, plus récemment les Ruffini ou les Beltracchi, ou encore Elmir de Hory dans F for Fake (Vérités et Mensonges) d’Orson Welles. 
Mais ce n’était pas ce qui m’intéressait et puis le tableau d’Egon Schiele est vrai, un point c’est tout. Je ne voulais pas insister sur les étapes qui mènent à son authentification.
Dès sa découverte dans la maison de Martin et sa mère à Mulhouse, nous partons du principe qu’il est bel et bien authentique et qu’on aura fait le nécessaire pour le prouver.

MARTIN EST PEUT-ÊTRE LE PERSONNAGE LE PLUS VERTICAL ET INTÈGRE DE TOUS. ARCADI RADEFF LE JOUE COMME TEL : AVEC UN REGARD DROIT, QUI CLÔT D’AILLEURS LE FILM LORSQU’IL EST ACCLAMÉ.
C’est le personnage qui m’émeut le plus et, pour moi, le véritable héros de l’histoire.
Martin est un personnage à la fois touchant et mystérieux. Il pressent inconsciemment tout ce que l’argent peut pourrir dans sa vie, comment il peut la changer pour le pire, comme ces gens qui gagnent à la loterie et qui se retrouvent détruits. Il ne refuse pas le don généreux que lui font les héritiers Wahlberg, mais il refuse que ça bouleverse sa vie et qu’il en vienne à trahir ses amitiés, et au-delà sa classe. Arcadi Radeff l’a incarné avec une intelligence de jeu telle que je n’ai jamais eu la moindre indication à lui donner.

MARTIN COMME ANDRÉ PARTAGENT DES VEXATIONS ENFANTINES, QUI ONT LAISSÉ DES TRACES. LEURS RÉCITS FONCTIONNENT COMME UNE RIME DANS VOTRE SCÉNARIO.
André évoque des vexations qui l’ont conduit à un besoin de revanche sociale, une surcompensation qui fait qu’il porte des montres coûteuses, des costumes sur mesure et conduit des voitures de luxe.
Martin raconte à ses amis une humiliation ponctuelle avec une fille lorsqu’il était enfant. On ne suppose pas qu’il a été brimé.
L’humiliation est un thème qui m’intéresse beaucoup et qui revient régulièrement dans mes films sous des formes diverses.

AUTRE RÉCURRENCE DANS VOS FILMS : LA RELATION COMPLEXE AU PÈRE. ELLE L’EST ICI AUSSI, POUR AURORE, DONT LE PÈRE EST PRESQUE FANTOMATIQUE, COMME DANS LA FAMILLE DE MARTIN, OÙ IL EST MANQUANT.
Fantomatique au sens du père d’Hamlet ? C’est vrai que je trouve les rapports conflictuels entre parents et enfants captivants. L’histoire entre Aurore et son père ne se rattache que de manière lâche à l’intrigue principale, mais j’avais besoin que ce personnage existe autrement que dans son rapport professionnel à André. Le père d’Aurore est un homme brisé, effectivement un peu « hamlétien » en ce sens qu’il a été trahi par sa femme et « tué » par son associé.
La phrase « encaisser, lâcher du lest, tout revoir à la baisse », c’est une citation de Virginia Woolf, dont la lecture récente de Mrs Dalloway (dans l’excellente traduction de Nathalie Azoulay) m’avait frappé. J’ai d’emblée pensé à Alain Chamfort pour le jouer ou plutôt, j’ai créé ce personnage en pensant à Alain Chamfort. Je lui trouvais une élégance, une mélancolie et une forte présence.

VOTRE MISE EN SCÈNE COLLE AUX PERSONNAGES, ET EN DONNE À VOIR DAVANTAGE À MESURE QUE LE RÉCIT PROGRESSE. COMMENT AVEZ-VOUS COLLABORÉ AVEC VOTRE CHEF-OPÉRATEUR PIERRE MILON, QUE VOUS RETROUVEZ APRÈS LES ENVOÛTÉS ?
Dans Les Envoûtés, le personnage masculin principal incarné par Nicolas Duvauchelle était déjà un peintre, fictif certes, mais je m’étais servi des toiles, du caractère et de la manière de Patrick Loste, un peintre réel, qui vit dans les Pyrénées. Ici, il fallait montrer non pas l’univers d’un peintre, mais celui de ceux qui en tirent profit, le monde marchand.
Pierre Milon travaille très vite. On a fait pas mal de plans à l’épaule. La lumière était dictée par la lumière réelle. À mesure que le film progresse, elle devient plus chaude et plus riche. Quand le tableau est installé dans la galerie, puis dans la salle des ventes, les tons rouges dominent et lui donnent de la valeur. Le rouge est aussi la marque de Drouot (que je remercie de nous avoir autorisés à tourner sur place). Ce qui nous importait, c’était de marquer en évitant tout misérabilisme l’opposition entre la maison ouvrière des Keller et les espaces riches et vastes des bureaux, de l’appartement d’André, et de l’avocat des Wahlberg (tourné dans l’ancienne maison de Claude Nougaro).

COMMENT AVEZ-VOUS COMPOSÉ VOTRE CASTING DE COMÉDIENNES ET COMÉDIENS, QUI ONT EN COMMUN UNE GRANDE VIVACITÉ D’ESPRIT ?
La vivacité est en effet la marque d’Alex Lutz, qui est un acteur extrêmement juste, qui se soucie de la justesse des dialogues et des situations, et qui m’a rendu, moi aussi, très scrupuleux à ce sujet.
Louise Chevillotte est une habituée des films produits par Saïd, c’est une comédienne remarquable, capable de jouer sur plusieurs registres. C’est sur casting avec Alex que je l’ai choisie, elle a tout de suite trouvé le ton avec lui, elle l’a convaincu en même temps qu’elle m’a convaincu.
Léa Drucker, qui est une des plus grandes actrices qu’on ait en France, c’était un choix de départ. Je voulais tourner avec elle. Dans la scène où elle raconte à deux voix avec Alex l’histoire du tableau, et qui évite la lourdeur du flash-back, elle donne une nuance d’émotion qui fait vibrer le récit.
Nora Hamzawi, dont j’aime le talent, je l’avais trouvée très émouvante dans Doubles Vies d’Olivier Assayas, très différente de ce qu’elle offre dans ses spectacles de standup. J’attendais d’avoir l’occasion de travailler avec elle.
Arcadi Radeff, je ne le connaissais pas et je l’ai choisi sur casting, avec l’aide de Stéphane Batut. Il était idéal pour le rôle de Martin, car il a cette innocence qui était essentielle pour ce personnage. Le trio qu’il forme avec Matthieu Lucci et Iliès Kadri est dynamique et drôle, mais il a aussi des complexités.
Quant à Laurence Côte, je la connais bien puisqu’elle a travaillé dans des films de Jacques Rivette et André Téchiné que j’ai écrits. J’étais heureux de la retrouver.
Il faudrait aussi mentionner les rôles « antipathiques » : Olivier Rabourdin, le patron de Scottie’s, Peter Bonke, le directeur viennois du musée Körner, ou encore Marisa Borini, qui incarne magnifiquement l’horrible aveugle de la première séquence.
Ils contribuent excellemment à l’atmosphère du film.

VOUS RETROUVEZ AUSSI ALEXEÏ AÏGUI À LA MUSIQUE.
J’étais content de retravailler avec Alexeï, qui a tout de suite été inspiré lorsqu’il a vu le premier montage du Tableau volé. Avec Monica Coleman, ma monteuse, que j’ai retrouvée après de nombreuses années (et j’en suis très heureux), nous avons ajusté ensemble la place des mélodies. Je ne veux pas que la musique soit trop présente, je lui ai donc fait entièrement confiance pour venir teinter le film avec justesse. »


« Dans Sous contrôle, Léa Drucker incarne une charismatique patronne d’ONG transformée en ministre au bord de l’implosion. Un baptême politique mouvementé qui lui permet de laisser libre cours à son talent comique. Propos recueillis par Jonathan Lennuyeux-Comnène.  

On ne vous voit pas souvent dans des comédies, pourtant vous y semblez comme un poisson dans l’eau…
Léa Drucker
: Quand j’étais jeune actrice, je pensais que si je devais avoir une carrière, ce serait dans la comédie, même si c’est un art difficile, et qu'on ne s’y amuse pas toujours autant qu’on pourrait le croire… J’en ai fait beaucoup à mes débuts, principalement au théâtre, et puis au cinéma avec Julien Rambaldi, dans Les meilleurs amis du monde et C’est la vie, mais le chemin parcouru en a décidé autrement. La série Sous contrôle s’est présentée comme une proposition audacieuse, un pari. J’ai été conquise par le mélange de drôlerie et d’insolence qu’exprimait l’écriture de Charly Delwart.

Qu’est-ce qui vous a intéressée dans le personnage de Marie Tessier ?
Le fait qu’elle ne soit pas adaptée. C’est une femme de terrain, engagée, empathique. Tout d’un coup, on lui demande de se glisser dans un autre costume et d’apprivoiser des codes totalement étrangers. Contrairement à ce que pense le président de la République, joué par Laurent Stocker, elle n’est pas du tout taillée pour le Quai d’Orsay ! Alors elle y va trop fort, trop vite, et elle perd ses moyens. J’aime les personnages qui ne cadrent pas avec le décor.

Vous lui insufflez quelque chose de très physique, qui en fait comme une boule d’énergie comique.
Avec le réalisateur Erwan Le Duc, nous nous sommes très vite mis d’accord sur cette caractérisation. Marie est volubile, elle ne tient pas en place, elle a besoin de se mettre en danger. Je pense à ces actrices des grandes comédies américaines que j’adore, Katharine Hepburn ou Rosalind Russell. Elles étaient capables de parler à toute vitesse tout en étant très spirituelles. Marie, elle, est plutôt comme un éléphant dans un magasin de porcelaine… C’était très amusant de jouer cela en duo avec Samir Guesmi, dont le personnage, à l’inverse, se définit par le calme et la réflexion.

D’après vous, que lui apprend cette expérience politique chaotique ?
Probablement la nécessité d’être plus présente pour ses proches, mais aussi l’envie de continuer à être dans l’action. Quelle sera sa prochaine mission ? Elle ne le sait pas, mais elle l’attend, forte de l’expérience qu’elle a vécue au milieu de toute cette absurdité. Le président et son entourage sont décalés, pétris de névroses qui les font paraître loufoques en regard de leurs hautes fonctions. Contrairement à eux, Marie prend les choses à cœur et suit un chemin intérieur. »


« Le tableau volé » de Pascal Bonitzer
France, 2023, 88 min
Production : SBS Productions
Producteur : Saïd Ben Saïd
Scénario : Pascal Bonitzer
Image : Pierre Milon
Montage : Monica Coleman
Musique : Alexeï Aïgui
Avec Alex Lutz (André Masson), Léa Drucker (Bertina), Nora Hamzawi (maître Egerman), Louise Chevillotte (Aurore), Arcadi Radeff (Martin), Matthieu Lucci (Paco)
Sur Arte le 22 avril 2026 à 13 h 35
Sur arte.tv du 08/04/2026 au 07/05/2026
Visuels © SBS Productions