Citations

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« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

mercredi 25 février 2026

Les Nabis

Le terme « Nabis » - 
« nevi'im » (נביאים) en hébreu se traduit par « orateur » ou « prophètes » désigne de jeunes artistes postimpressionnistes, d’avant-garde, critiques du système hiérarchique de la peinture académique, et gravitant autour de Paul Sérusier vers 1888. Abolissant. La Bibliothèque de France (BnF) propose, dans son site Richelieu, l’exposition « Impressions nabies. Bonnard, Vuillard, Denis,Vallotton » prolongée jusqu'au 8 mars 2026.

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Le vocable « nabi », en arabe, ou « nevi'im » (נביאים) en hébreu, se traduit par « orateur » ou « annonciateur », voire « celui qui est ravi dans une extase » ou « appelé par l'esprit ». Il a été traduit par « prophète », « illuminé », ou « celui qui reçoit les paroles de l'au-delà », « l'inspiré de Dieu ». 

Le terme « Nabi » désigne de jeunes artistes postimpressionnistes, d’avant-garde, critiques du système hiérarchique de la peinture académique, et gravitant autour de Paul Sérusier vers 1888. Abolissant la ligne séparant les Beaux-arts des arts appliqués, ils évoluent dans les arts décoratifs et l’estampe. Ce mouvement artistique qui contribue à l’avènement d’un art nouveau, antinaturaliste et décoratif, prend fin vers 1900. Parmi les membres de ce courant : Pierre Bonnard, Édouard Vuillard, Maurice Denis, Paul Sérusier, Ker-Xavier Roussel et Félix Vallotton. Les thèmes des Nabis ? La vie quotidienne, les spectacles, les loisirs… 

Cette appellation « Nabi » n'a pas été alors publique ou revendiquée durant des expositions des peintres qui l’ont utilisée officieusement entre eux, souvent avec ironie, sans exprimer une spiritualité. Aussi, le Portrait de Paul Ranson en tenue nabique par Sérusier (Paris, musée d'Orsay) est fantaisiste. Après 1945, des historiens d’art recourent à ce terme diffusé largement dès les années 1980.

"Les Nabis et le décor"
En 2029, le musée du Luxembourg a présenté l'exposition "Les Nabis et le décor". Le commissariat était assuré par Isabelle Cahn, conservateur en chef des peintures au musée d’Orsay et Guy Cogeval, directeur du Centre d’études des Nabis et du symbolisme à Paris.
 
"Véritables pionniers du décor moderne, Bonnard, Vuillard, Maurice Denis, Sérusier, Ranson, ont défendu un art en lien direct avec la vie, permettant d’introduire le Beau dans le quotidien. Dès la formation du groupe, à la fin des années 1880, la question du décoratif s’impose comme un principe fondamental de l’unité de la création. Ils prônent alors une expression originale, joyeuse et rythmée, en réaction contre l’esthétique du pastiche qui est en vogue à l'époque.
Cette exposition est la première en France consacrée à l’art décoratif et ornemental des Nabis. Il s’agit pourtant d’un domaine essentiel pour ces artistes qui voulaient abattre la frontière entre beaux-arts et arts appliqués."

"Le parcours montrait une sélection représentative de leurs œuvres, qui se distinguent par des formes simplifiées, des lignes souples, des motifs sans modelé, influencées par l’art japonais. Réunissant une centaine de peintures, dessins, estampes et objets d’art, elle permet de montrer des ensembles décoratifs aujourd’hui dispersés."

« Impressions nabies. Bonnard, Vuillard, Denis, Vallotton »
La Bibliothèque de France (BnF) propose, dans son site Richelieu, l’exposition « Impressions nabies. Bonnard, Vuillard, Denis,Vallotton » prolongée jusqu'au 8 mars 2026.

« Si les artistes nabis, parmi lesquels Pierre Bonnard, Édouard Vuillard, Maurice Denis et Félix Vallotton sont largement connus pour leurs peintures et décors, ils excellèrent aussi dans l’art de l’estampe. Ce courant éphémère, qui se déploya pendant une dizaine d’années (1890-1900), donna lieu à une production abondante et diverse d’images imprimées. Grâce aux ressources de la lithographie en couleurs et au renouveau de la gravure sur bois, les Nabis ont créé des œuvres variées, inscrites dans le quotidien : estampes artistiques, affiches, illustrations, programmes de spectacle, objets décoratifs. La Bibliothèque nationale de France met en lumière cet aspect de leur oeuvre dans une exposition présentée sur le site Richelieu. Près de deux cents pièces provenant principalement des collections de la BnF, complétées par des prêts d’institutions françaises et étrangères (musée d’Orsay, musée Maurice Denis, bibliothèque de l’Institut national d’histoire de l’art, musée des Beaux-arts de Quimper et musée Van Gogh d’Amsterdam) montrent la diversité et la genèse de leurs créations graphiques. » 

« Les Nabis, promoteurs de l’art dans la vie, grâce à l’image imprimée » 
« Le mouvement nabi dépasse le champ traditionnel des beaux-arts par une ouverture à tous les domaines de la création et en particulier aux arts décoratifs. Sa contribution diversifiée aux arts graphiques s’inscrit dans un désir d’intégrer l’art à la vie quotidienne et de le rendre accessible au plus grand nombre, comme l’affirme Bonnard : « Notre génération a toujours cherché les rapports de l’art avec la vie. À cette époque, j’avais personnellement l’idée d’une production populaire et d’application usuelle : gravure, éventails, meubles, paravents. » Sous l’impulsion d’éditeurs et de marchands novateurs, tel Ambroise Vollard, ces artistes ont œuvré à une période phare de l’histoire de l’estampe qui a consacré le peintre-graveur dans son statut d’artiste original. » 

« Certains ont exploré les ressources de la lithographie en couleurs (Maurice Denis, Pierre Bonnard, Édouard Vuillard, Ker-Xavier Roussel), tandis que d’autres ont contribué au renouveau de la gravure sur bois de fil (Félix Vallotton et Aristide Maillol). Grâce à ces procédés d’impression, ils ont créé aussi bien des estampes artistiques en feuilles ou en albums que des affiches, des illustrations pour des revues ou des livres de bibliophilie, des programmes de spectacle, des partitions de musique et des objets d’art décoratif (paravents, papiers peints, éventails…). » 

« Structuré en cinq sections, le parcours de l’exposition met en lumière l’audace et la modernité des Nabis dans leur approche novatrice de l’estampe. La première section est consacrée aux origines de la pratique de la lithographie et de la gravure sur bois par les artistes du mouvement nabi. Leurs expérimentations graphiques révèlent une esthétique singulière et particulièrement inventive, notamment inspirée des maîtres japonais. Dans une approche pédagogique, le visiteur est invité à découvrir le processus de réalisation d’une lithographie en couleurs, du dessin préparatoire à l’épreuve imprimée. » 

« Le parcours se poursuit avec une immersion au cœur des années 1890, autour d’Ambroise Vollard, éditeur et marchand d’art visionnaire. Grand défenseur des Nabis, il a contribué à faire reconnaître l’estampe originale comme un art à part entière. Les visiteurs pourront admirer les albums complets qu’il a édités d’Édouard Vuillard, Pierre Bonnard, Maurice Denis et Ker-Xavier Roussel. L’exposition met également en lumière les collaborations entre les Nabis et le monde de l’édition, qui a joué un rôle central dans la diffusion de leur art, à travers des revues littéraires comme La Revue blanche et des livres de peintre (Parallèlement de Paul Verlaine, illustré par Bonnard et Sagesse du même auteur, illustré par Maurice Denis). Leur créativité s’étend aussi au domaine du spectacle, avec des affiches et des programmes pour les théâtres d’avant-garde comme Le Théâtre Libre et Le Théâtre de l’Œuvre ainsi que pour les cafés-concerts parisiens. » 

« Le parcours se clôt avec l’évocation de la manière dont l’estampe a permis à l’esthétique nabie d’imprégner la vie quotidienne, tant sur les murs de la ville, par les affiches, que dans les intérieurs privés. Les Bateaux roses, papier peint de Maurice Denis et La Promenade des nourrices, paravent de Pierre Bonnard, en témoignent magistralement. » 

Le commissariat est assuré par Céline Chicha-Castex, conservatrice chargée des estampes du XXe siècle au département des Estampes et de la photographie de la BnF, et Valérie Sueur-Hermel, conservatrice chargée des estampes du XIXe siècle au département des Estampes et de la photographie de la BnF.

Autour de l'exposition, la BnF organise une conférence, un concert et des visites-guidées.

Sous la direction de Céline Chicha-Castex et de Valérie Sueur-Hermel, le catalogue de l’exposition est édité par la BnF. « C’est une des plus belles pages de l’histoire de l’estampe originale que les Nabis Pierre Bonnard, Édouard Vuillard, Maurice Denis et Félix Vallotton écrivent sur une décennie à la fin du XIXe siècle. À l’exception de ce dernier, qui fait le choix de la gravure sur bois en noir et blanc, ils explorent les ressources de la lithographie en couleurs renouvelée grâce à des recherches chromatiques inédites, à la modernité des sujets abordés et à des cadrages audacieux influencés par l’art japonais. Les Nabis conçoivent l’estampe comme un élément de décoration accessible au plus grand nombre et réalisent aussi bien des planches artistiques que des affiches, des illustrations pour des revues ou des livres, des programmes de spectacle, des partitions et des objets (paravents, papiers peints…). Entre beaux-arts et arts décoratifs, l’oeuvre imprimé des Nabis a contribué à les distinguer parmi les avant-gardes de la fin du XIXe siècle. »

« La scénographie de l’atelier Maciej Fisher s’inspire des motifs et de la gamme chromatique des intérieurs nabis. Elle reprend la forme du paravent, à la fois objet usuel et support esthétique de l’intérieur des salons du XIXe siècle, pour l’intégrer à la conception des cimaises. Elle sublime ainsi les œuvres de ces peintres graveurs d’avant-garde dans une ambiance intime et chaleureuse fidèle au style de la Belle Époque. » 

En partenariat médias avec : Paris Match, L’Œil, Le Monde, ARTE.

INTRODUCTION

« Notre génération a toujours cherché les rapports de l’art avec la vie. À cette époque, j’avais personnellement l’idée d’une production populaire et d’application usuelle : gravure, éventails, meubles, paravents. » 
Pierre Bonnard 

« Si les Nabis comptent parmi les avant-gardes de la fin du XIXe siècle, ils ne le doivent pas à leur seule production picturale, mais aussi à leur contribution révolutionnaire à l’estampe. C’est en effet grâce aux images imprimées que l’esthétique nabie a pris corps et a touché un large public. » 

« Ce groupe éphémère (1890-1900) rassemble de jeunes artistes (Pierre Bonnard, Édouard Vuillard, Maurice Denis, Ker-Xavier Roussel, Félix Vallotton, Henri-Gabriel Ibels, Paul Ranson et Aristide Maillol) qui ont choisi le surnom de « Nabis » (prophètes en hébreu) pour manifester leur ambition de renouveler l’art de leur temps. Ils s’affranchissent du champ traditionnel des beaux-arts par une ouverture à tous les domaines de la création. Leurs estampes répondent au désir d’intégrer l’art à la vie quotidienne et de le rendre accessible au plus grand nombre. »

« Sous l’impulsion d’éditeurs et de marchands novateurs, tel Ambroise Vollard, les Nabis ont œuvré à une période phare de l’histoire de l’estampe qui a consacré le peintre-graveur dans son statut d’artiste original. Certains ont exploré les ressources de la lithographie en couleurs (Bonnard, Vuillard, Denis, Roussel), tandis que d’autres ont contribué au renouveau de la gravure sur bois de fil (Vallotton, Maillol). Grâce à ces procédés d’impression, ils ont créé aussi bien des estampes artistiques en feuilles ou en albums que des affiches, des illustrations pour des revues, des livres de bibliophilie, des programmes de spectacle, des partitions de musique et des objets d’art décoratif. » 

1. LA RÉVÉLATION DE L’ESTAMPE
« Avant même le plein épanouissement de l’estampe nabie, chaque membre du groupe manifeste un intérêt pour les techniques d’impression. Dès 1891, la galerie Le Barc de Bouteville présente leurs oeuvres graphiques au sein des expositions collectives des « peintres symbolistes et impressionnistes » qu’elle organise. En 1893, Pierre Bonnard, Maurice Denis, Henri-Gabriel Ibels, Paul Ranson, Paul Sérusier, Félix Vallotton et Édouard Vuillard illustrent chacun de lithographies la liste de leurs oeuvres en vente à la galerie. Tandis que Vuillard explore les ressources du noir et blanc, la couleur gagne les lithographies de Pierre Bonnard et de Maurice Denis. » 
« Grâce à la collaboration des imprimeurs Edward Ancourt et Auguste Clot, la lithographie en couleurs, célébrée par André Mellerio dans l’ouvrage qu’il lui consacre en 1898, devient le médium privilégié de la majorité des Nabis. Seuls Vallotton et Maillol choisissent la gravure sur bois de fil en noir et blanc. » 

2. L’ AVÈNEMENT DE L’ESTAMPE ORIGINALE NABIE
« Lancée en 1893 par André Marty, L’Estampe originale est la première entreprise éditoriale qui diffuse les estampes des Nabis. Trois ans plus tard, le marchand-éditeur Ambroise Vollard publie à son tour deux albums auxquels participent les artistes du groupe. En 1899, il consacre à Pierre Bonnard, Édouard Vuillard et Maurice Denis des albums monographiques composés de douze lithographies en couleurs et d’une couverture, imprimés par Auguste Clot : Quelques aspects de la vie de Paris de Bonnard, Paysages et intérieurs de Vuillard et Amour de Maurice Denis. Bien qu’ils n’aient pas remporté de succès commercial à leur parution, ces albums ont fini par constituer la quintessence de l’estampe originale de la fin du XIXe siècle ». 
« Grâce à la modernité des sujets et des points de vue, inspirés de l’estampe japonaise, mais aussi par la mise en oeuvre d’une gamme chromatique inédite, permise par la lithographie en couleurs, les Nabis ont renouvelé l’estampe de peintre. » 

3. LES NABIS, DÉCORATEURS DE LIVRES ET CONTRIBUTEURS DE REVUES
« Maurice Denis est le premier nabi à s’intéresser au livre en illustrant Le Voyage d’Urien d’André Gide, en 1893. Il pose alors les bases du livre de peintre. L’artiste n’est plus un simple illustrateur, mais participe à la conception du livre dans une recherche d’harmonie entre le texte et l’image. Dans cette optique, Ambroise Vollard demande à Pierre Bonnard d’accompagner de lithographies le recueil de poèmes Parallèlement de Paul Verlaine et à Maurice Denis d’orner de gravures sur bois Sagesse du même auteur. » 
« Les revues d’avant-garde ont soutenu les Nabis en leur commandant des estampes. La Revue blanche, créée en 1889 par Alfred Alexandre et Thadée Natanson, comprend une planche en tête de chacun des numéros publiés en 1893. Elle édite également des livres illustrés et des suites d’estampes, parmi lesquelles la série de gravures sur bois Intimités de Félix Vallotton. Bonnard conçoit une affiche annonçant la parution de la revue. » 
« De son côté, Léon Deschamps, créateur et directeur de la revue La Plume, organise le Salon des Cent, une série d’expositions d’artistes modernes, pour lesquelles Bonnard et Ibels dessinent des affiches. » 

4. LES NABIS ET LE MONDE DU SPECTACLE
« La fin du XIXe siècle est marquée par l’éclosion du théâtre d’avant-garde. En 1887, André Antoine crée le Théâtre Libre, un théâtre libéré des conventions qui propose une vision réaliste de l’époque inspirée par la littérature naturaliste ; Aurélien Lugné, dit Lugné-Poe, qui défend un répertoire symboliste, fonde le Théâtre de l’Œuvre en 1893. Sollicités par ces théâtres, les Nabis créent des décors et des costumes pour leurs spectacles conçus comme des oeuvres d’art total et en illustrent les programmes imprimés en lithographie. » 
« Les Nabis sont également attirés par l’atmosphère iconoclaste des cafés-concerts dont le succès est alors grandissant à Paris. Ils participent ainsi à la promotion de ces établissements de divertissement populaires : Henri-Gabriel Ibels dessine plusieurs affiches de cabarets et des illustrations pour des partitions de chansons interprétées dans ces lieux. » 

5. LES NABIS ET LA VIE QUOTIDIENNE
« Mus par le désir de rendre l’art accessible au plus grand nombre, les Nabis s’affranchissent de la hiérarchie entre les beaux-arts et les arts appliqués, intégrant les arts graphiques, et en particulier l’estampe, dans l’environnement quotidien. Ils créent des affiches publicitaires qui ornent les murs de la ville et des papiers peints qui décorent les intérieurs. » 
« Maurice Denis réalise plusieurs projets de papiers peints, mais seul Les Bateaux roses est finalement diffusé par les éditions de l’Estampe originale en 1893.Au même moment, le projet de Paul Ranson, Les Canards et les Feuilles, demeure à l’état de maquette peinte. Pierre Bonnard a d’abord conçu le paravent La Promenade des nourrices, frise de fiacres sous la forme de peintures tendues sur quatre panneaux de bois avant de le transposer en lithographies ». 
« L’intérêt pour les arts décoratifs et l’attrait exercé par l’esthétique japonaise sur celui que l’on surnomme le « Nabi japonard », ont trouvé, grâce à la lithographie, un mode d’expression qui se veut démocratique. » 

FOCUS D’ŒUVRES

Pierre Bonnard (1867-1947) 
France-Champagne 
1891 Lithographie en couleurs 
« Pierre Bonnard crée cette affiche en 1889, à l’âge de vingt-deux ans. C’est grâce à cette commande, lui permettant de gagner sa vie, qu’il se fait connaître. Comme Jules Chéret ‒ alors considéré comme le plus grand dessinateur publicitaire, Bonnard représente un personnage féminin pour vanter le produit dont il fait la publicité. » 
« Il s’agit de sa première estampe et de sa première lithographie en couleurs, technique jusque-là réservée aux productions commerciales dont s’emparent ensuite les Nabis et Toulouse-Lautrec : ils souhaitent ainsi abolir les frontières entre les beaux-arts et les arts décoratifs ». 

Édouard Vuillard 
Paysages et intérieurs, intérieur aux tentures roses I 
Planche extraite de la suite de douze planches et une couverture, imprimée par Auguste Clot et éditée par Ambroise Vollard, 1899 
Lithographie en couleurs 
« Éditée à cent exemplaires par Ambroise Vollard, la suite Paysages et intérieurs marque l’aboutissement des recherches de Vuillard dans le domaine de la lithographie en couleurs. Il y travaille durant trois ans par l’exécution de plusieurs dessins préparatoires et l’impression d’épreuves d’essai en collaboration étroite avec l’imprimeur Auguste Clot. » 
« La mise au point de tonalités rares contribue à l’atmosphère particulière des intérieurs parisiens dans lesquels il a fait poser ses proches. » 

Henri-Gabriel Ibels 
Les Fossiles : affichette-programme du Théâtre Libre 
1892 
Lithographie en couleurs 
« En 1887, André Antoine fonde le Théâtre Libre en opposition au théâtre officiel. Il souhaite rénover le théâtre en présentant des pièces d’auteurs naturalistes mises en scène sans artifice. Il demande à des artistes d’illustrer ses programmes. » 
« Ibels conçoit ceux de la saison 1892-1893 : en décalage avec le sujet de la pièce, il privilégie des thèmes sociaux, cerne ses figures d’un trait noir, utilise des teintes vives posées en aplat et des angles de vues qui rappellent l’esthétique des estampes japonaises. » 

André Gide (texte), Maurice Denis (illustrations) 
Le Voyage d’Urien 
Paris, Librairie de l’art indépendant, 1893 
Une gravure sur bois et vingt-neuf lithographies en couleurs 
« L’édition illustrée du Voyage d’Urien, publiée en 1893 par Edmond Bailly à la Librairie de l’art indépendant, est le fruit de la collaboration étroite de deux auteurs, André Gide et Maurice Denis dont les créations littéraire et artistique dialoguent sur un pied d’égalité. »
« Guidé par sa propre émotion à la lecture du texte, Denis conçoit une trentaine de lithographies en deux tons qui l’ornent dans la tradition de l’enluminure médiévale, manifestant ainsi le « néo-traditionnisme » dont il se réclame. » 

Pierre Bonnard 
Promenade des nourrices, frise des fiacres 
1897 
Paravent constitué d’une suite de quatre feuilles lithographiées en cinq couleurs 
« Sous l’influence de l’art japonais, Pierre Bonnard conçoit plusieurs paravents peints. Grâce à la lithographie, il rend accessible à un public élargi l’un d’entre eux représentant la promenade d’une mère et de ses trois enfants. » 
« Les quatre panneaux sont unifiés par le défilé de fiacres en station qui court dans la partie supérieure. » 
« Imprimé en cinq couleurs à cent-dix exemplaires, ce paravent est édité en 1895 par Lucien Moline, directeur de la Galerie Laffitte où Bonnard expose la même année. »

« GLOSSAIRE DES TECHNIQUES DE L’ESTAMPE PRATIQUÉES PAR LES NABIS »

« Estampe 
Image multipliable obtenue par tirage à partir d’un support ou matrice (en bois, métal ou pierre) gravé ou dessiné qui est ensuite encré puis imprimé sur une feuille de papier au moyen d’une presse. Le terme s’applique à l’ensemble des techniques, qu’il s’agisse de gravure sur bois, de taille-douce ou de lithographie. On parle d’estampe originale, par opposition à l’estampe de reproduction ou d’interprétation, lorsque l’artiste réalise lui-même la matrice ou qu’il en supervise la réalisation. 

Gravure sur bois 
Procédé de gravure en relief où la matrice en bois est creusée de façon à laisser en relief le dessin. Cette partie en relief est encrée et imprimée au moyen d’une presse ou à la main en exerçant une pression. 
On distingue la gravure sur bois de fil et la gravure sur bois de bout. La gravure sur bois de fil, pratiquée par les Nabis, est la technique la plus ancienne : on utilise une planche découpée dans le sens du fil du bois qui est creusée à l’aide de gouges, de ciseaux ou de couteaux. 

Lithographie 
Technique d’impression à plat, inventée en 1798 par l’allemand Aloÿs Senefelder, qui repose sur la répulsion naturelle de l’eau face à un corps gras. Sur une pierre calcaire polie, on dessine à la plume ou au crayon. Le gras de l’encre ou du crayon est fixé sur le support grâce à un apprêt chimique. La pierre est ensuite humidifiée. 
Lors de l’encrage, l’encre d’imprimerie se fixe uniquement sur la trace grasse du dessin, tandis que le reste de la pierre, resté humide, rejette l’encre. Pour imprimer une lithographie en couleurs, on utilise plusieurs pierres, l’une pour le trait, les autres pour chaque couleur et on les imprime successivement sur la même feuille, grâce à des repères. »
 

Du 9 septembre 2025 au 8 mars 2026
Galerie Mansart - Galerie Pigott
5, rue Vivienne. 75002 PARIS 
Mardi 10h > 20h. Du mercredi au dimanche 10h >18h 
Fermeture lundi 
Visuels :

Affiche
Édouard Vuillard, Paysages et intérieurs : L’avenue (2e état) / Éditeur : Ambroise Vollard, 1899. BnF, Estampes et photographie. 

Maurice Denis, Concerts du petit frère et de la petite soeur, 1899 Lithographie en couleurs BnF, Estampes et photographie

Maurice Denis, épreuve d’essai pour la couverture du portfolio Amour, 1899 Lithographie en couleurs Van Gogh Museum, Amsterdam / Photo Van Gogh Museum, Amsterdam 

Pierre Bonnard, affiche pour La Revue blanche, 1894 Lithographie en couleurs BnF, Estampes et photographie 

Pierre Bonnard, affiche pour France-Champagne, 1891 Lithographie en couleurs BnF, Estampes et photographie 

Édouard Vuillard, Paysages et intérieurs : Intérieur aux tentures roses I, 1899 Lithographie en couleurs BnF, Estampes et photographie 

Henri-Gabriel Ibels, Les Fossiles : affichette-programme du Théâtre Libre, 1892 Lithographie en couleurs 

Pierre Bonnard, La Promenade des nourrices, frise de fiacres (paravent), 1895 Lithographie en couleurs
 
Paul Ranson, Tigre dans les jungles, 1893 Lithographie en couleurs BnF, Estampes et photographie 

Félix Vallotton, La manifestation,1893 Gravure sur bois BnF, Estampes et photographie 

Pierre Bonnard, La Petite Blanchisseuse, 1896 Lithographie en couleurs BnF, Estampes et photographie 


Articles sur ce blog concernant :
Les citations proviennent du dossier de presse.

lundi 23 février 2026

« L’empire du sommeil »

Le musée Marmottan Monet présente l’exposition « L’empire du sommeil ». « Cette manifestation interroge la portée symbolique et allégorique du sommeil, son importance dans l’iconographie profane et sacrée, et l’influence que les recherches scientifiques, philosophiques et psychanalytiques liées au sommeil ont eu dans le champ de l’art. »

Une problématique Fondation Casip-Cojasor 
L’affaire Krief, exemple d’antisémitisme d’Etat (version courte)

Le musée Marmottan Monet présente l’exposition « L’Empire du sommeil », qui « explore, pour la première fois en France, les représentations de cet état mystérieux qui occupe un tiers de notre vie et qui a nourri la création depuis l’Antiquité. Elle interroge la portée symbolique et allégorique du sommeil, son importance dans l’iconographie profane et sacrée, et l’influence que les recherches scientifiques, philosophiques et psychanalytiques liées au sommeil ont eu dans le champ de l’art. »

L’exposition « se focalise sur la période du XIXe siècle et du XXe siècle, périodes de grandes transformations sur l’imaginaire du sommeil. Le corpus d’œuvres des années 1800 à 1920 sera mis en regard d’oeuvres significatives de l’Antiquité, du Moyen Âge, des Temps Modernes et de l’époque contemporaine pour rendre compte de la permanence de certains thèmes clefs : le sommeil de l’innocent, le songe des récits bibliques, l’ambivalence du sommeil entre repos et repos éternel, l’éros du corps endormi, les rêves et cauchemars. L’exposition abordera également le mesmérisme et les troubles du sommeil par le biais d’une iconographie médicale et montrera comment certains artistes s’empareront de ces sujets. Enfin, une section de l’exposition dédiée à la chambre à coucher esquissera les us et coutumes prêtés à cet espace hautement symbolique. »

« Placée sous le commissariat de Laura Bossi, neurologue et historienne des sciences et de Sylvie Carlier, directrice des collections du musée, assistées par Anne-Sophie Luyton, attachée de conservation du musée Marmottan Monet, l’exposition montre l’étendue et la variété des thèmes iconographiques représentés par les artistes à travers les âges. En accord avec l’esprit des collections du musée, elle se concentre sur le « long dix-neuvième siècle », des Lumières à la Grande Guerre, convoquant aussi un choix d’oeuvres anciennes ou contemporaines qui éclairent la fascination du sujet et son étonnante persistance, au-delà des évolutions philosophiques et scientifiques. »

« Cent-trente oeuvres sont réunies pour l’occasion – peintures, sculptures, œuvres graphiques, objets, documents scientifiques – issues de collections privées ou de grandes institutions françaises et internationales (musée d’Orsay, musée du Louvre, musée national d’Art moderne, Petit Palais-Musée des beaux-arts de la Ville de Paris, musée des Beaux-arts de Montréal, Galerie Nationale de Prague, Palazzo Pitti-Galleria d’Arte Moderna de Florence, musée national Centre d’Art Reina Sofía de Madrid…). »
Le « parcours, composé de huit sections thématiques, propose une traversée à la fois esthétique et savante des visages du sommeil et de ses troubles. »

La Bible hébraïque relate dans La Genèse qu'Eve naît alors qu'Adam dort. Abraham, Jacob - épisode de l'échelle -, Joseph, fils de Jacob...  Le sommeil et les songes ont joué un rôle important. Pour éviter la vengeance de son frère Ésaü qui n'a pas eu la bénédiction de leur père Isaac, Jacob va chercher une épouse à Haran dans la famille de sa mère Rachel. A Louz, il rêve d'une échelle entre ciel et terre ; des anges descendent et montent le long de cette échelle. Dieu se révèle à lui et lui dit : (Genèse 28:10-17)
« Je suis Dieu, le Dieu d’Abraham et le Dieu d’Isaac ton père ; la terre sur laquelle tu reposes, je la donnerai à toi et à tes descendants ; et tes descendants seront comme la poussière de la terre, et ils s’établiront vers l’ouest et vers l’est, vers le nord et vers le sud ; et par toi et tes descendants, toutes les familles sur la terre seront bénies. Vois, je suis avec toi et te protégerai là où que tu ailles, et je te ramènerai à cette terre ; car je ne te laisserai pas tant que je n'aurai pas accompli tout ce dont je viens de te parler. » Jacob se réveilla alors de son sommeil et dit : « Sûrement Dieu est présent ici et je ne le sais pas. » et il était effrayé et dit : « Il n’y a rien que la maison de Dieu et ceci est la porte du ciel. » 
À son réveil, Jacob nomme le lieu Béthel (maison de Dieu, en hébreu). Le Midrach interprète ce rêve comme illustrant les exils que le peuple Juif sera contraint d'endurer avant la venue du Messie. 

Joseph fait deux rêves qui signifient sa domination sur ses frères qui reconnaîtront sa suprématie. Ses frères, sauf Benjamin, le vendent et Joseph est amené en Égypt. Là, il est acheté par Potiphar, officier du roi. Grâce à son habileté, il augmente la richesse de Potiphar qui le nomme intendant. A l'instigation de l'épouse de Potiphar, il est emprisonné. Ses compagnons de cellule sont le maître-échanson et le maître-panetier de Pharaon. Un matin, chacun d'eux lui raconte son rêve. Joseph, oniromancien, interprète leurs rêves : il prédit au maître-échanson sa prochaine libération innocenté, pour retrouver sa fonction, et au maître-panetier sa mort par pendaison, dévoré par les oiseaux - ce qui se réalise quelques jours plus tard.

Trois ans plus tard, le maître-échanson conseille à Pharaon de demander à Joseph le sens de son rêve, car son entourage multiplie les interprétations. Joseph explique à Pharaon que les sept beaux épis et vaches de son premier rêve correspondent aux années d'abondance, et les sept maigres épis et vaches de son second rêve sont des années de famine. Il lui conseille de s'entourer d'un homme sage pour conduire son pays en prévision de cette famine prochaine. Pharaon le choisit à ce poste..

« Le sommeil occupe un tiers, dit-on, de notre existence, et depuis toujours il a inspiré artistes, écrivains, musiciens et philosophes. Or, cette exposition semble la première à aborder ce phénomène en France, du moins dans sa représentation formelle, artistique. Curieuse absence que nous nous proposons de réparer, tant il est vrai que la mythologie du sommeil et du rêve a toujours occupé nos pensées, depuis l’Antiquité. Songeons à Endymion, amant de Séléné, déesse de la Lune, représenté d’innombrables fois jusqu’à Girodet ou à Watts, mais aussi aux récits bibliques et évangéliques, l’ivresse de Noé, l’insomnie de Job, Jean endormi lors de la Cène, les apôtres assoupis dans le jardin des Oliviers, ou encore la Dormition de la Vierge, cet étrange état de suspension entre le sommeil et la vie éternelle », a indiqué Érik Desmazières, Membre de l’Académie des Beaux-arts, Directeur du musée Marmottan Monet. 

Et Érik Desmazières d’expliquer : « Hypnos, Thanatos, Éros, dans toutes ces figures mythiques se découvre une beauté du sommeil mais aussi une ambiguïté. Au-delà de l’apparence réelle de l’homme endormi, il y a, invisible, le rêve… Derrière l’être assoupi, le tumulte et l’énigme du monde onirique, la parade des rêves mais aussi le berceau des cauchemars. Pensons au Songe de Poliphile, lien entre le monde antique et la Renaissance, au Sommeil de la raison qui engendre des monstres, aux incubes de Füssli, à la Somnambule de Courbet, à l’extravagante aventure du Gant dans les gravures de Klinger, et plus loin encore, au Noctambule de Munch ou aux rêves visionnaires du Little Nemo in Slumberland… »

« L’exposition essaie de dévoiler en huit chapitres, du « Doux sommeil » aux « Portes du rêve » et au « Sommeil troublé », ces mystères. Elle se propose à la fois de mettre au jour les représentations de cet état si particulier, si bien caché, et d’entrouvrir le labyrinthe sans fin du monde des rêves, où les artistes et les poètes laissent libre cours à leur imagination créatrice », conclut Érik Desmazières. 

PARCOURS DE L’EXPOSITION

« DOUX SOMMEIL, BONHEUR PUR »
« Tous, nous dormons, même les insomniaques. Le sommeil, ce doux besoin qui occupe un tiers de notre vie, nous est nécessaire, et nous procure un grand bonheur. »

« Il apporte le repos, et l’oubli des peines de la veille. Cet état mystérieux dans lequel on « tombe » a nourri la création depuis des millénaires. Innombrables, les artistes qui nous ont laissé des portraits de leurs proches – parents, époux, amants - ou de leurs modèles endormis, au creux de la nuit ou le plus souvent le jour, pendant la sieste. C’est peut-être le sommeil des innocents – nouveau-nés, enfants, bêtes familières, chats, chiens… – qui exprime au mieux l’abandon au bonheur de l’inconscience. Mais le sommeil montre aussi un aspect ambigu, il peut évoquer la mort, la vulnérabilité, la dépossession de soi ; il impose d’abandonner la vigilance, d’accepter l’oubli, de ne plus veiller ni surveiller… »

« L’exposition explore, pour la première fois en France, les représentations diverses du sommeil et de ses troubles, en se focalisant sur le « long dix-neuvième siècle », des Lumières à la Grande Guerre. Des oeuvres plus anciennes ainsi que des oeuvres du XXe siècle sont convoquées pour montrer l’extraordinaire richesse du sujet dans la persistance de ses thèmes iconographiques. »

« FIGURES DU SOMMEIL 
DANS LA BIBLE »
« Pour saisir les diverses facettes du sommeil, il faut remonter aux origines de la culture occidentale – la Bible d’abord puis la permanence des mythes antiques revisités à la Renaissance. Dans la Genèse, le sommeil appartient à la symbolique des origines : Adam est endormi lors de la création d’Eve. Noé nous rappelle les dangers du sommeil troublé par l’ivresse. Les Psaumes et le Livre de Job lient l’insomnie aux fautes et aux tourments de l’âme. Le sommeil de l’enfant Jésus est souvent représenté comme une anticipation de la Passion, et la douceur de l’iconographie de la Vierge qui observe l’Enfant endormi rejoue la douleur de la Pietà. »

« Par la foi en la Résurrection, la mort est désormais perçue comme un sommeil dont on sera réveillé – miracle de la résurrection de la fille de Jaïre. Dans l’épisode de Jean endormi durant la Dernière Cène, le sommeil exprime la confiance en Dieu et l’abandon heureux. La Dormition de la Vierge révèle que Marie s’est endormie en Dieu. »

« HYPNOS ET THANATOS : LE SOMMEIL ET LA MORT SONT FRÈRES »
« Dans la mythologie grecque, la Nuit (Nyx) engendre Hypnos (le sommeil) et Thanatos (la mort) (Klotz). C’est probablement l’atonie, la perte de force musculaire pendant le sommeil, la ressemblance extérieure des deux conditions qui ont inspiré le mythe. Hypnos est représenté comme un jeune homme ailé, parfois endormi, parfois tenant une corne emplie de l’eau du Léthé ou de jus de pavot, usé comme hypnotique depuis des millénaires. Au XIXe siècle, les portraits et photographies de cadavres sur leur lit de mort, apparemment endormis, parés pour le souvenir, rappellent cette proximité du repos éternel et du sommeil quotidien. »

« Des artistes comme Monet, et plus tard Hodler, iront jusqu’à peindre leur épouse ou leur maîtresse sur leur lit de mort. »

« LE SOMMEIL ÉROTIQUE : AMOUR DÉVOILÉ ET BELLES ENDORMIES »
« Le Roi des dieux, Zeus chez les Grecs, Jupiter chez les Romains, dévoile le corps d’Antiope endormie. La sensualité du geste sera reprise à travers les siècles depuis Rembrandt et jusqu’à Picasso. Par inversion, ce sera aussi bien Psyché dévoilant Eros endormi, ou encore Séléné, la Lune, amoureuse du bel Endymion. Voir et être vu, le regard érotique décache la nudité, féminine ou masculine. Les Vénus endormies, les nymphes de la peinture néoclassique, deviennent des demoiselles endormies, des amies surprises dans le sommeil après l’amour, ou des jeunes femmes rêvant, assoupies dans un fauteuil. Les contes de fées comme La Belle au bois dormant illustrent naïvement le pouvoir d’Eros qui tire les Belles endormies de leur sommeil enchanté, marquant le passage de l’enfance à l’âge adulte. »

LES PORTES DU RÊVE
« Depuis les temps homériques, on a tenté d’interpréter les songes dans un sens prophétique, quand même Homère, par la bouche de la sage Pénélope, mettait déjà en garde contre les songes trompeurs. »

« Si la moderne médecine du sommeil est récente, c’est au XIXe siècle qu’on entreprend une étude des rêves qui se veut scientifique, avec les oeuvres d’Alfred Maury (1861) et d’Hervey de Saint Denis (1867). La Traumdeutung (L’interprétation des rêves) de Freud paraît en 1899 et sera traduite en français en 1926. Le rêve n’est désormais plus prophétique, mais réflexif il ne nous révèle rien de notre futur mais éclaire notre passé. Le sommeil et les rêves peupleront dès lors les oeuvres des Symbolistes qui s’attachent à représenter la vie intérieure, comme Odilon Redon, Khnopff, Max Klinger, ou Kubin. Artistes et poètes évoqueront souvent la possibilité d’un sommeil créateur. »

« L’inspiration vient pendant la nuit, et la Muse impose à l’artiste le retour au travail. »

« Dans l’Apollon endormi de Lorenzo Lotto, c’est une fois le dieu solaire plongé dans le sommeil, que dansent les Muses. »

« LE SOMMEIL TROUBLÉ
QUAND LA RAISON S’ABSENTE »
« Au XVIIIe siècle, Goya, Füssli ou Blake interrogeront la face obscure des Lumières pour tenter de donner forme et crédit aux figures évanescentes des cauchemars. »

« Les Romantiques dénonceront l’emprise de la raison en explorant ce qui est désormais appelé l’inconscient, les phénomènes médiumniques, la folie, le somnambulisme. Au XIXe siècle, Charcot à la Salpêtrière expérimente l’hypnose sur les hystériques. Freud sera fasciné par l’hypnose mais l’abandonnera vite. » 

« Après la Grande Guerre, les Surréalistes reprendront l’exploration du domaine nocturne et useront de l’hypnose comme un procédé « créatif ».

« De nos jours, c’est peut-être l’insomnie qui nous trouble le plus. Dans la civilisation industrielle, les rythmes du travail, la lumière artificielle, les bruits de la ville, les écrans, les excitants, s’opposent à l’endormissement. Empêché de tous côtés, le sommeil est devenu objet de désir, que l’on essaie de retrouver par tous les moyens. Parmi les drogues auxquelles on fait alors recours pour obtenir le repos, l’opium est la plus ancienne. Le pavot est souvent représenté comme symbole du sommeil et de l’oubli, et par extension, de la mort. Les Symbolistes le peignent volontiers. Plusieurs écrivains à la fin du XIXe siècle expérimentent les rêveries induites par le laudanum et le haschisch ; le tableau de Gaetano Previati montre l’ambiance « maudite » d’une fumerie. »

« AU LIT ! »
« Le mot « chambre » nous vient des Grecs (kamara), et notre « civilisation du lit » est romaine. Le lit est le meuble principal, même chez les pauvres qui dorment tous ensemble. Dans les demeures des riches, les lits se trouvent dans les pièces de réception. »

« À la fin du Moyen Âge, la chambre à coucher se constitue comme un espace privé, abrité des regards. Au XIXe siècle, la morale chrétienne dicte la conduite à tenir dans la chambre : tout doit être pudique et voilé. Chaud et douillet, le lit est un refuge et un abri. »

« Autrefois lieu de la naissance, de l’amour, de la maladie et de la mort, il garde une aura métaphysique, quand même est-il aujourd’hui remplacé par un lit anonyme d’hôpital. »

« On ne dort bien que dans son lit. Pour l’enfant, c’est dans le grand lit des parents qu’on trouve le réconfort, quand s’évanouit la peur du noir. Mais le lit peut être aussi le lieu de l’abandon et de la sensualité. Un lit défait suggère la présence de l’Autre, étrange et familière à la fois, et nous trouble. La chambre est le lieu de l’intime, et le lit une île qui nous permet de protéger et de nourrir nos rêves. »


Du 9 octobre 2025 au 1er mars 2026
2, rue Louis Boilly. 75016 Paris
Tél. :  +33 (0)1 44 96 50 33
Du mardi au dimanche de 10h à 18h
Nocturne le jeudi jusqu’à 21h
Visuels :
Vues de l’exposition « L’Empire du sommeil »
Musée Marmo8an Monet
Du 9 octobre 2025 au 1er mars 2026
© Studio Christian Baraja SLB

Affiche 
Anonyme
Jeune fille endormie
vers 1615-1620
Huile sur toile
67,5 x 74 cm
Budapest, Szépművészeti Múzeum / Museum of Fine Art
© Szépművészeti Múzeum/ Museum of Fine Arts, Budapest

Michael Ancher (1849 1927)
La Sieste [Middagshvil]
1890
Huile sur toile
62 x 79 cm
Skagen, Art Museums of Skagen
© Art Museums of Skagen

Eugène Delacroix (1798-1863)
Le lit défait
Vers 1824
Graphite et aquarelle sur papier
18,3 x 29,8 cm
Paris, musée national Eugene-Delacroix
© GrandPalaisRmn (musée du Louvre) / Rachel Prat


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