Citations

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« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
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mercredi 4 février 2026

Jean-Michel Atlan (1913-1960), peintre

Né dans une famille juive berbère de Constantine (Algérie), proche des groupes CoBrA (Copenhague/Bruxelles/Amsterdam, 1948-1951), Jean-Michel Atlan (1913-1960) était un artiste souvent présenté comme représentant du mouvement artistique de l'après-guerre dénommé l’abstraction lyrique. Intéressé par la mystique, le sacré, la magie, l’érotique et les Judéo-berbères (La Kahena, 1958), il dessine des figures de totems dans ses tableaux. La galerie Ingert présente l’exposition « Jean-Michel Atlan. Le règne du signe ».

George Koskas (1926-2013)
  
"Machine à déchirer la nuit
Nous avons recouvert le visage des jours
Murmure demeuré vivant
Oriflamme de la furie des étés"
Atlan, 1940 (Des mots pour un orage)

« Mes formes ne sont ni abstraites ni figuratives, elles se contentent d’exister avec une violence intolérable. La peinture va beaucoup plus loin qu’on l’imagine. Nous qui croyons faire de l’art, nous remuons aussi des forces magiques infiniment redoutables. Cette magie est avant tout rythme, car c’est le rythme qui est à l’origine du souffle et de la vie, c’est le rythme qui invente les formes, c’est le rythme qui insuffle à la danse ce quelque chose de sacré qui anime aussi la peinture... L’essentiel pour un peintre n’est pas tant dans sa vision de la réalité mais bien plutôt dans la réalité de sa vision », écrit Jean-Michel Atlan dans une Lettre aux amis japonais (8 décembre 1959).

Étonnant parcours que celui de l’inclassable Jean-Michel Atlan.

Jean-Michel Atlan est né en 1913 dans une famille Juive berbère de Constantine (Algérie), dont le père étudie la Kabbale.

En 1933, Jean-Michel Atlan obtient sa licence de philosophie à l’université parisienne de la Sorbonne – son diplôme est consacré à la dialectique marxiste -, tout en devenant momentanément le garde du corps de Trotski et en s’intéressant à l’effervescence artistique.

En 1940, les lois antisémites de Vichy chassent ce professeur de philosophie du lycée Condorcet.

Alors, Atlan dessine et écrit, s’intéresse à la magie africaine et aux religions extrême-orientales, s’installe avec son épouse Denise rue de La Grande-Chaumière, quartier artistique parisien.

En juin 1942, ce résistant est arrêté et condamné à mort. Il sauve sa vie en simulant la folie à l'hôpital Sainte-Anne, est libéré le 18 août 1944 et rejoint de nouveau la Résistance. Son frère Paul Atlan est tué lors du débarquement Allié en Provence.

En 1944, paraît le recueil de poèmes Le Sang profond de Jean-Michel Atlan .

Les œuvres picturales de cet artiste sont exposées dès 1944. Elles attirent l’attention de Gertrude Stein  lors de sa visite dans son atelier.

Atlan illustre Description d’un combat de Kafka  et expose à la Galerie Maeght.

Proche des groupes CoBrA (Copenhague/Bruxelles/Amsterdam, 1948-1951) et surréaliste et de l’expressionnisme abstrait, Atlan se garde des dogmatismes artistiques. Il est de « ceux qui inventent la deuxième abstraction », a déclaré le galeriste parisien Jacques Elbaz .

D’abord apprécié essentiellement au Japon, cet artiste voit son talent reconnu lors de son exposition à la galerie Bing, à Paris, en novembre 1956.

Ce créateur aussi de lithographies et de décor pour théâtre meurt prématurément en février 1960, à l’âge de 47 ans, d’un cancer.

En 2002, la galerie Jacques Elbaz  a présenté 16 peintures de grands formats du peintre Jean-Michel Atlan  qui a conféré un effet « feutre » et « sable » à ses couleurs de Terre. Ses formes noires surprenaient par leur dynamisme grave. Parfois dans ces œuvres fortes, on croyait deviner du figuratif (verre, pellicule de film). C’était la première fois depuis la rétrospective du Musée national d’Art moderne de Paris (1963) qu’étaient exposées ces huiles sur toiles peintes entre 1955, date de sa reconnaissance internationale comme peintre majeur, et 1959. Cinq ans de maturité et seize toiles au format inhabituel chez Atlan.

Le musée de Tel-Aviv consacra une rétrospective à Atlan en 1964, puis le Centre Pompidou consacre cet artiste qui aimait le pastel en 1980.

Généralement noir, un liseré encadrait une œuvre aux formes noires vivantes qui maillent, plus ou moins densément, l’espace. Leur allant, leurs arrondis finis soudain en angles menaçants, la gravité qui les immobilise parfois, les tonalités qu’elles délimitent ou abritent, composent une œuvre complexe évoquant un labyrinthe dont on chercherait l’issue, parmi tant de chemins complexes.

Atlan semble apposer une « grille » irrégulière foncée laissant apercevoir des touchés de velours. Il donne du relief par des proximités de couleurs claires, faussement symétriques, et leurs contrastes avec les formes sombres. Des teintes non uniformes, des dégradés, des pastels donnent une transparence, une respiration, tranchant avec des bordeaux ou gris soutenus.

L’œuvre libre souvent encadrée d’un liseré noir, d’où naissent ou aboutissent des formes noires. Ces formes souples ressemblent à des traits opaques, qui se subdivisent ou incluent des ovales colorés. Elles semblent mailler lâchement l’espace. Parfois, un halo longe ces formes noires. Atlan enserre ses couleurs ou appose une grille noire laissant voir au travers ces espaces teintés si doucement qu’ils évoquent le touché du velours. Dans ces ovales ou triangles, une ou deux couleurs. Les teintes non uniformes ou pastels donnent une transparence, allègent une composition forte. Parfois, comme un aspect vitrail. Formes plus ou moins oppressantes, mais leur dynamisme, le mouvement qui les anime les rend supportables. Un aspect ludique, comme un labyrinthe dont on chercherait la voie pour sortir parmi tant de chemins complexes...

En 2013, le LAAC de Dunkerque présenta des œuvres du peintre, auteur de lithographies et écrivain Jean-Michel Atlan  (1913-1960) dans le cadre de l’exposition CoBrA, sous le regard d’un passionné.

La galerie Jacques Elbaz présente des œuvres de Jean-Michel Atlan.

« Jean-Michel Atlan. Le règne du signe »
La galerie Ingert présente l’exposition « Jean-Michel Atlan. Le règne du signe ».

Amandine Piel, Coordinatrice de la gestion scientifique des collections, Fonds d'art contemporain-Paris collections, la présente ainsi :
« Dès sa première exposition en décembre 1944, Jean-Michel Atlan (1913–1960) s’impose sur la scène artistique parisienne par son univers singulier chargé de signes. Décrit comme chaman ou magicien par le critique Michel Ragon, Atlan explore les tendances de l’informel à l’abstraction lyrique, sans jamais se laisser réduire à ces mêmes étiquettes. Au travers de la vingtaine d’oeuvres d’art graphique qui composent cette exposition – parmi lesquels plusieurs pastels inédits –, on assiste à la quête de l’artiste vers un nouveau langage plastique. En effet Jean-Michel Atlan après s’être laissé traverser par les mots en tant que professeur de philosophie et poète, laisse désormais aux formes l’initiative du geste. Encre de Chine, lavis, pastel : Atlan expérimente différentes techniques pour répondre aux besoins de ses formes. Les fonds crayeux desquels elles émergent sont patiemment travaillés par l’artiste au graphite, rappelant son expérience lithographique initiée en 1945 à l’atelier Mourlot. »
« Témoignage de sa force créatrice, les formes tracées sans repentir se réinventent sans cesse, s’aiguisent et s’humanisent. L’animisme semble s’emparer d’elles : les plantes parlent, les pierres se meuvent, les oiseaux se métamorphosent. Messagers spirituels porteurs d’espoir, ces derniers constituent une part importante de la riche mythologie personnelle de l’artiste. Mais si le vivant affleure un peu partout dans son oeuvre, Atlan n’attribue que rarement des titres descriptifs car les formes constituent chez lui l’expression d’un sentiment intérieur. Les pastels rassemblés ici ne font pas exception et nous amènent à considérer la spontanéité du geste de l’artiste avant tout. Artisan coloriste, Atlan s’empare pleinement de la préparation des pigments qu’il n’utilise pas ici pour remplir, mais pour révéler le signe. Sous-jacent dans son oeuvre, il est l’expression des réminiscences visuelles de l’enfance constantinoise de l’artiste, marquée tout à la fois par la culture hébraïque, musulmane mais aussi l’artisanat berbère. Signes calligraphiques ou idéogrammes tifinagh transparaissent dans ses tracés avec constance, comme si Atlan cherchait à se souvenir d’un langage premier. »
« L’authenticité de sa démarche lui vaudra l’intense intérêt de nombreux artistes, dont Asger Jorn qui vient à sa rencontre dès 1945. Il fera de l’atelier d’Atlan situé au 16 rue de la Grande Chaumière, le laboratoire créatif du groupe CoBrA. Sur la suggestion de Michel Ragon, Atlan est choisi pour représenter la peinture abstraite au salon Corner de Copenhague en 1948. À cette occasion, il réalise plusieurs projets préalables à l’élaboration de la couverture du catalogue de l’exposition, qui constituent en réalité des oeuvres à part entière. Bien que régulièrement classé comme abstrait, Atlan déclare : « les formes les plus valables ne sont à proprement parler ni abstraites ni figuratives (...) Lorsqu’une forme, si abstraite soit-elle, se met tout à coup à vivre sur la toile, elle cesse d’être “abstraite” : elle vit, elle prend aux entrailles, elle est réelle. ». Créé il y a bientôt un siècle, cet ensemble d’oeuvres marqué par le geste incarné d’Atlan met en évidence que loin d’être un simple motif, le signe fut avant tout le révélateur de sa quête artistique pour atteindre un langage universel. »

Anissa Bouayed et Amandine Piel ont écrit l’article « Jean-Michel Atlan : L'empreinte algérienne sur la modernité d'après-guerre » (Jean-Michel Atlan: An Algerian Imprint on Postwar Modernity) publié sur le site Internet du MoMA (Museum of Modern Art) à New York :
« Jean-Michel Atlan (1913-1960) – qui signait simplement Atlan –est le plus souvent considéré comme l’un des représentants de l’abstraction lyrique, mouvement qui marqua la scène parisienne dans l’après-guerre. Né dans la casbah de Constantine, au sein d’une famille juive berbère, comme il aimait à le rappeler,2 son enfance algérienne a contribué à donner formes et couleurs à son imaginaire singulier de peintre. Les parents d’Atlan concilient tradition et modernité, inscrivent leurs enfants à l’école talmudique mais également à l’école laïque française. Imprégné de la lecture mystique des textes sacrés, son père lui transmet aussi la connaissance de la kabbale, sujet qui accompagnera l’artiste tout au long de sa vie...
La question du mouvement et du geste va donc être centrale dans son œuvre. Depuis ses premiers dessins à l’encre de Chine jusqu’au recueil illustré de ses pastels, Les Miroirs du Roi Salomon, qui paraît à titre posthume, la calligraphie se révèle une écriture particulièrement importante pour l’artiste tout au long de sa carrière.
 ».


Atlan, Peintures - Grands formats. Galerie Jacques Elbaz, 2002

Du 16 janvier au 6 mars 2026
46, rue Madame. 75006 Paris
Tél. : +33 (0)1 45 31 98 38
Lundi au vendredi : 10h-13h et 14h-18h
Samedi : Sur rendez-vous
Visuels :
JEAN-MICHEL ATLAN (1913-1960)
Sans titre, 1947
Pastel sur papier
50 x 65 cm | 19.7 x 25.6 in

JEAN-MICHEL ATLAN (1913-1960)
Sans titre, 1947
Pastel sur papier
65 x 50,5 cm | 25.6 x 19.8 in

Du 30 mars au 23 juillet 2016
A la galerie Jacques Elbaz

1, rue d'Alger - 75001 PARIS
Tél. : +33 (0) 1 40 20 98 07
Du mardi au samedi de 10 h 30 à 12 h 30 et de 14 h à 18 h 30

CoBrA, sous le regard d’un passionné Jusqu’au 3 mars 2013
Au LAAC, lieu d’Art et Action contemporaine

Dunkerque
Pont Lucien Lefol
Jardin de sculptures
59140 Dunkerque
Tél. : 03 28 29 56 00
Tous les jours sauf le lundi, de 10 h à 12 h 15 et de 14 h à 18 h

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Cet article a été publié le 21 février 2013, puis le 20 juillet 2016. 

Willy Ronis (1910-2009), photographe humaniste

Willy Ronis (1910-2009) était un photographe français Juif. Ses œuvres constituent des témoignages, souvent en noir et blanc, variés, d’un Paris révolu et de ses reportages en province et à l’étranger, ainsi que de la tendresse et de l’acuité du regard de cet artiste humaniste, curieux. L'Hôtel Fontfreyde - centre photographique présente l’exposition  « Willy Ronis - la photographie c'est l'émotion » consacrée « au photographe français Willy Ronis (1910-2009), réalisée à partir du fonds de la donation qu’il a faite à l’État en 1983 ». Entrée gratuite.

« La quasi-totalité des images présentées sont des photographies de hasard, parce que mon appareil ne me quittait jamais et parce que la rue offre à l’esprit curieux un spectacle permanent… La photographie c’est l’émotion », observait le photographe humaniste Willy Ronis  (1910-2009).


Une famille juive
Willy Ronis est né à Paris (9e arrondissement), en 1910, dans une famille juive.

Originaire d'Odessa (Ukraine), son père est photographe portraitiste. Sa mère, pianiste, est née en Lituanie et enseigne à Willy le violon, dont il joue jusqu’à l’âge de 25 ans. Cet enfant est passionné par la musique et par le dessin.

Avec son premier appareil photographique, Willy Ronis prend en 1926 des photos de vacances et de Paris.

En 1932, pour aider son père malade et en proie à des difficultés financières, il le remplace dans l'atelier familial.

En 1935, Willy Ronis devient membre de l’Association des écrivains et artistes révolutionnaires (AEAR), d’obédience communiste.

Quand son père meurt, en 1936, Willy Ronis dirige sans envie le studio de portraits qui fait faillite.

Il se lance alors comme reporter-illustrateur indépendant. Il réalise des reportages de commandes pour la SNCF et le Commissariat au Tourisme. Son reportage sur le Front populaire est publié par Regards.

En 1937, avec son premier Rolleiflex, il réalise un reportage publié dans Plaisir de France. Il se lie d’amitié avec les photographes Robert Capa (1913-1954) et David Seymour, dit Chim (1911-1956).

En 1938, il effectue des reportages sur les conflits sociaux chez Citroën, et participe, à l’invitation d’un ami, à une croisière en Adriatique et en Méditerranée avec des escales en Albanie, Yougoslavie, Grèce et Tunisie. L’occasion de reportages photographiques. Aidé par son ami Robert Capa, il en sélectionne 140 clichés qu’il adresse en 1939, à l’approche du conflit, à cinq agences européennes et américaines.

En 1941, fuyant les persécutions antisémites, refusant de porter l’étoile jaune, cet homme aux convictions communistes se réfugie en zone libre, bientôt rejoint par son frère cadet. Là, il exerce divers métiers artistiques : directeur d’une troupe de théâtre ambulant en zone libre, aide-décorateur pour les studios de cinéma de la Victorine (Nice), assistant dans un studio de portrait à Toulon, peintre sur bijoux avec la peintre Marie-Anne Lansiaux, etc.

Un photographe polygraphe humaniste
Willy Ronis rejoint Paris en octobre 1944.

Il poursuit son activité de photographe par de grands reportages publiés par la presse illustrée (Point de Vue, L’Écran français, Regards, Life, Le Monde illustré), et travaille dès 1950 pour l’industrie, Air France, la publicité et la mode (Vogue).

Avec notamment Robert Doisneau (1912-1994), Marcel Bovis, René-Jacques et Jean Séeberger, il est membre du Groupe des XV fondé en 1946 afin de promouvoir la photographie comme art et de sensibiliser à la nécessaire préservation du patrimoine photographique français.

Willy Ronis adhère au Parti communiste français (PCF). Il participe au Congrès international de la Paix à Varsovie (1951). Il rompt avec le PCF vers le milieu des années 1960, tout en restant proche de l’idéal communiste.

Il se rend à deux reprises en RDA (République démocratique allemande) : comme membre du jury d’Interpress à Berlin-Est (1960), et pour répondre à la commande de l’Association française d’échanges franco-allemands (EFA) en 1967.

De cette Allemagne de l’Est, en pleine guerre froide, il saisit les villes, les Allemands, la campagne, les sites industriels, les intellectuels (Anna Seghers). Assiste à la cérémonie érigeant le camp de concentration de Buchenwald en lieu commémoratif… A son retour, Willy Ronis élabore une exposition itinérante sur la vie quotidienne dans la communiste RDA, présentée dans 70 lieux en France jusqu’en 1974.

En 1946, Willy Ronis épouse Marie-Anne Lansiaux qu’il immortalise dans le Nu provençal, Gordes, 1949. Un cliché épuré, un décor simple, une lumière naturelle, une scène de la vie quotidienne, une image imprévue saisie sur le vif. Une photo choisie pour l'affiche de la rétrospective à la Monnaie de Paris.

Ami des photographes Capa et Chim, Willy Ronis entre alors à l'agence Rapho. Il manifeste un intérêt pour les petites gens, les braves gens, le peuple au travail ou au repos, Paris et la diversité de ses quartiers et de ses métiers, les enfants, tel ce garçon emportant fièrement et joyeusement un pain presqu'aussi grand que lui.

Cet arpenteur de Paris initie un reportage sur les populaires quartiers de Belleville et Ménilmontant, car il affectionne les quartiers populaires parisiens. Ses clichés seront réunis en un livre avec un prologue et des légendes du poète Pierre Mac Orlan, Belleville-Ménilmontant (Arthaud, 1954), régulièrement réédité. Des reportages qui valent à Willy Ronis le prix Kodak en 1947.

Joyau de ses promenades sur le pavé de Paname, un cliché célèbre : " Les Amoureux de la Colonne-Bastille, 1957 ". Un couple, Riton et Marinette, qu’il retrouvera en 1988, dans leur bistrot du quartier de la Bastille dans lequel ils avaient placé cette photo encadrée. Une photo emblématique de la qualité plastique de l'oeuvre de Willy Ronis, « indéniable marquée par une composition soignée et une grande maîtrise de la lumière héritée de son goût pour la peinture hollandaise ».

Des grandes villes – Londres (1955), New York -, ce promeneur curieux retranscrit la singularité urbanistique marquée par d’immenses néons publicitaires, le rythme trépident d’une foule anonyme et de la circulation automobile par le flou, privilégie des plans en plongée.

Ses voyages l’amènent aussi à Bruges (Belgique) en 1951 – photos de la procession solennelle des religieuses -, et aux Pays-Bas sur les traces des grands maîtres hollandais - Bruegel, Rembrandt entre autres - que son épouse artiste peintre et lui admirent tant – clichés en 1952 et 1954 des enfants et adultes néerlandais en costumes traditionnels dans les ports de Volendam et de Spakenburg -, etc.

En 1955, ce « photographe polygraphe », ainsi qu'il se définit, refusant la spécialisation, suivant sa curiosité reprend pendant 17 ans son indépendance, réalise des reportages à Alger (1969), etc. 

Il se constitue une clientèle, une renommée et une audience internationales.

Willy Ronis a « toujours refusé toute collaboration qui ne respectait pas son droit de regard sur les cadrages de ses photographies et sur leurs légendes : cette manifestation d’indépendance lui vaut au fil des ans des difficultés professionnelles et financières qui l’amènent en 1972 à quitter Paris pour le Midi ; il s’installe d’abord à Gordes puis à L’Isle-sur-la-Sorgue (Vaucluse) ».

Il enseigne son art, entre autres, à l’École des beaux-arts d’Avignon. 

Il effectue aussi des reportages sur la Provence.

Au fil des commandes et d’un travail personnel, l’œuvre de Willy Ronis aborde de multiples thèmes, en étant guidé par la volonté « d’être au plus proche de la réalité, volonté qui se traduit en particulier par l’élaboration d’une pratique totalement nouvelle de prise de vue sur le vif : maître mot de cette génération humaniste qui entend retranscrire la dignité de l’homme tout autant que l’environnement dans lequel il évolue ».


Willy Ronis a contribué « activement à l’élaboration du récit humaniste qui se développe après la Seconde Guerre mondiale. Ce courant de pensée s’était donné pour mission tacite de rétablir la confiance dans la bonté intrinsèque de l’être humain, et d’en faire le centre et la mesure de toute réflexion politique et sociale. Or, si ce courant ne se limite pas à la France, le discours humaniste de l'époque y prendra la forme d’un récit identitaire puissant. Ainsi l’anecdote, la parodie, la tendresse, le raffinement visuel, font partie des recours narratifs à la fois refuges et justifications de la photographie humaniste – mais aussi d’une certaine littérature et d’un certain cinéma. Les rues de Paris, ses quartiers populaires, les badauds, les enfants, les scènes quotidiennes ou champêtres, le repos dominical : autant de toiles de fond sur lesquelles les photographes conjuguent la poésie avec une volonté sincère de « changer le monde » (Marta Gili, directrice du Jeu de Paume et commissaire de l’exposition). De cette attention aux plus défavorisés, témoignent ses clichés des grévistes aux usines Citroën (1938) ou Renault (1950), dans les mines de Saint-Etienne (1948) et des ouvriers de Paris (1950). Sans aucune esthétisation de la misère et de la difficile condition ouvrière. Et avec la conviction que l’une des responsabilités d’un photographe est de « travailler toujours plus efficacement au rapprochement des peuples ».

La publication en 1980 d’un recueil de ses photographies Sur le fil du hasard (Editions Contrejour) fait redécouvrir de nouveau Willy Ronis. Cet ouvrage lui vaut en 1981 le Prix Nadar (Contrejour). Suivent d’autres recueils de photographies : en particulier, Mon Paris (Denoël, en 1985). Toutes Belles, avec un texte de Régine Desforges (Hoëbeke, 1992), Quand je serai grand (Presses de la Cité, 1993), À nous la vie, avec un texte de Didier Daeninckx, (Hoëbeke, 1996), et, plus intime et familial, consacré à sa femme et à son fils, Marie-Anne, Vincent et moi, doté d’un texte de Bertrand Eveno (Filigranes, 1999), Ce jour-là (Mercure de France, 2006) et d’autres sur des textes de Michel Onfray ou Philippe Sollers.

Des documentaires télévisuels (Willy Ronis ou les cadeaux du hasard, de Patrice Noia 1989) et biographies (par Bertrand Eveno, Belfond, collection « Les Grands Photographes ») lui sont aussi consacrés.

Ses clichés sont sélectionnés dans de nombreuses expositions – ainsi au MoMA de New York avec Brassaï, Doisneau et Izis (1953), au musée des Arts décoratifs de Paris, avec Robert Doisneau, Daniel Frasnay, Jean Lattès, Janine Niépce et Roger Pic (« Six photographes et Paris »,1965) – et rétrospectives à Athènes (1980), au Palais de Tokyo (Paris, 1985), en URSS (1986) et à l’Oxford Museum of Modern Art (1995).

En 1979, à la demande du ministère de la Culture et de la Communication, Willy Ronis participa à la Mission photographique pour la direction du Patrimoine. En 1980, il a été l’invité d’honneur aux XIe Rencontres internationales de la photographie d’Arles.

Willy Ronis est distingué par la Médaille d’or à la nouvelle Mostra Biennale internazionale de Fotografia de Venise (1957), le Grand Prix national des Arts et des Lettres pour la photographie (1979), le statut de membre de la Royal Photographic Society (Grande-Bretagne, 1993), le titre de Commandeur (1985) puis chevalier (1989) de l’Ordre des Arts et des Lettres.

Willy Ronis revient à Paris en 1983, fait don de ses archives à l’Etat à effet post-mortem – une donation complétée en 1989 et qui réunit des milliers de négatifs, documents, albums, vintages et tirages modernes – et continue d’exercer son métier et d’être célébré jusqu’à l’année de sa mort.

Jeu de Paume et Monnaie de Paris
A l’occasion du centenaire de la naissance de ce photographe français juif (1910-2009), trois rétrospectives sur Willy Ronis lui ont été consacrées à la Monnaie de Paris, à l’Espace Simiane (Gordes) et au musée de l’Hôtel-Dieu à Mantes-la-Jolie.

Le Jeu de Paumela Monnaie de Paris et la Médiathèque de l’architecture et du patrimoine ont présenté à Paris environ 150 photos, célèbres ou inédites, en des tirages d’époque et modernes supervisés par le photographe, extraites du fonds de la donation faite par Willy Ronis, à l'État français en 1983.

Cette rétrospective Willy Ronis, une poétique de l’engagement s’articule autour de cinq axes : la rue, le travail, les voyages, le corps et la biographie de ce photographe incarnant, avec notamment Henri Cartier-Bresson (1908-2004), Robert Doisneau (1912-1994), Izraël Biderman dit Izis (1911-1980), René-Jacques (1908-2003), le courant de la photographie humaniste. Une rétrospective qui montre l'étendue du travail de Willy Ronis, de Paris à Prague (Le vieux cimetière juif de Prague, 1967) via Venise (La Giudecca, 1981).

A l’Espace Simiane (Gordes), une sélection de 75 photographies, parmi les plus célèbres et représentatives du style humaniste, composait cette exposition rétrospective réalisée par le Jeu de Paume, Willy Ronis, la Médiathèque de l'architecture et du patrimoine, la DAPA-Ministère de la culture et de la communication.

A Mantes-la-Jolie, la rétrospective Willy Ronis, photographe d’un siècle réunissant une centaine de clichés, en noir et blanc ainsi qu’en couleurs, « reprend le parcours de cet artiste qui a traversé le siècle pour nous léguer un regard très personnel sur une vision du monde du XXe siècle que l’on nomme le « courant humaniste ».

En 2017, le Jeu de Paume "présenta au Château de Tours, une exposition consacrée au photographe français Willy Ronis (1910-2009), réalisée à partir du fonds de la donation qu’il a faite à l’État en 1983. 

Organisée conjointement avec la Médiathèque de l’Architecture et du Patrimoine, cette exposition a rendu hommage à cet artiste de renommée internationale, en dévoilant des photographies restées encore méconnues".


Un portrait filmé de Willy Ronis quelques semaines avant sa mort, complété d’entretiens inédits sur les coulisses de l’exposition, a été projeté à la Monnaie de Paris et sur les sites Internet http://www.jeudepaume.org/ et http://www.monnaiedeparis.fr/

Megève
A l'espace culturel du Palais à Megève (Alpes), cette exposition rétrospective est revenue "sur le parcours de ce grand photographe, tour à tour reporter, photographe industriel ou illustrateur, qui marqua la photographie française du vingtième siècle. Elle met en exergue ses engagements politiques et ses évolutions stylistiques."

"Pendant près de quatre-vingts ans – des années 1930 aux années 2000 – Willy Ronis a pointé son objectif sur les Français, arpentant avec un plaisir toujours renouvelé les rues de la capitale, les territoires industriels ou le sud de la France, mais aussi l’Italie, l’Angleterre, les États-Unis, ou photographiant, en pleine guerre froide, Moscou, Berlin et Prague."

"A la fin de sa carrière, fidèle à ses engagements, il décide de faire don de son œuvre à l’État. Les tirages photographiques de cette exposition rétrospective sont un choix parmi les nombreuses archives de référence, dont celles de la bibliothèque du photographe conservés par la Médiathèque de l’architecture et du patrimoine (MAP)."

"Une section entière de l’exposition est consacrée aux Alpes et notamment à Megève où Willy Ronis aimait à venir skier et où il réalisa, dans les années 1930, deux campagnes photographiques, l’une pour l’école de ski d’André Ledoux, l’autre à la demande de la revue Air France."

Il magnifie les skieurs intrépides dans des œuvres où le contraste entre le noir des sapins s'opposent au blanc et aux nuances de gris de pentes neigeuses.

Brésil
Dans le cadre du mois de la photographie, le Museu Da Imagem e Do Som (MIS), à São Paulo (Brésil), a présenté 80 photographies de Willy Ronis (1910-2009), photographe français Juif. Des témoignages, souvent en noir et blanc, variés, d’un Paris révolu et de ses reportages en province et à l’étranger, ainsi que de la tendresse et de l’acuité du regard de cet artiste humaniste, curieux. 

En 2013, la Galerie Camera Obscura a rendu hommage à "quatre grands photographes du siècle" dont Willy Ronis.


Le 13 décembre 2016, plus de 160 photos de Willy Ronis, provenant de la collection de son petit-fils Stéphane Kovalsky et offrant un panorama complet de son œuvre, ont été vendues chez Artcurial lors d'une vente aux enchères exceptionnelle.

Le Ministère de la Culture proposa  des photographies de Willy Ronis sur son site Internet.


"Willy Ronis, autoportrait d'un photographe"
Histoire diffusa les 21, 26 et 27 octobre ainsi que le 2 novembre 2015 Willy Ronis, autoportrait d'un photographedocumentaire de Michel Toutain (Pyramide Production). "En soixante-seize ans de pratique, Willy Ronis s'est photographié chaque année : premier autoportrait à seize ans, dernier à quatre-vingt-douze. Ces autoportraits rythment la construction de ce film dans lequel Willy Ronis parle de lui, de son art, de sa carrière. Il analyse aussi quelques-unes de ses images les plus célèbres, celles qui l'ont fait entrer dans l'histoire de la photographie".

Belleville
Arte diffusa le 11 janvier 2019 à 16 h 30, dans le cadre d'"Invitation au voyage" (
Stadt Land Kunst), "Le Belleville de Willy Ronis / Suzhou / Maracana" (Willy Ronis und Belleville / Suzhou / Maracana) par Fabrice Michelin. Linda Lorin "nous emmène à la découverte de notre patrimoine artistique, culturel et naturel. Dans ce numéro : Belleville, le Paris populaire de Willy Ronis - Bien avant Venise, Suzhou la Chinoise - Maracanã, le baptême d'un stade. Belleville, le Paris populaire de Willy Ronis : "Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, le photographe Willy Ronis découvre un quartier parisien à la mauvaise réputation : Belleville. L’artiste, qui s'y laisse guider par les sons et les lumières, capture sur le vif des instants de vie aujourd’hui envolés."

« Willy Ronis en RDA »
A Versailles, l'Espace Richaud propose l'exposition « Willy Ronis en RDA - La vie avant tout » : une rencontre de l’histoire et de l’émotion par la photographie. L'exposition virtuelle permet une visite personnalisée.

"Célèbre photographe humaniste français, Willy Ronis (1910-2009) a fondé sa renommée sur ses photos sensibles de Paris, ses illustrations des régions françaises, ses vues engagées du monde ouvrier et des mouvements sociaux. Willy Ronis se vit rarement confier des missions à l’étranger. La Ville de Versailles lui rend hommage à l’Espace Richaud en exposant ses clichés pris en 1960 et 1967 dans l’ex-République démocratique allemande (RDA)."

L’exposition « Willy Ronis en RDA – La vie avant tout » présente, "au travers de 130 tirages et de nombreuses archives, la richesse et l’originalité du travail du photographe dans ce pays mal connu et disparu, la RDA. Aujourd’hui, le reportage documentaire de Ronis est devenu un témoignage unique car le pays s’est radicalement transformé depuis la réunification. Selon une approche historique et pédagogique, l’exposition vise à enrichir la mémoire collective de l’Europe et à valoriser les liens franco-allemands, en premier lieu ceux qui unissent Versailles et Potsdam, villes jumelées."


"Dans la salle introductive sont abordées la commande passée à Ronis par l’association Échanges franco-allemands (EFA) en 1967 et l’exposition itinérante qui en résulta. Y sont présentés des tirages d'époque (vintages) et des archives issus de la donation remise par l’auteur à l’État français. Des objets multiples, à découvrir sous vitrines, illustrent le propos : lettres, publications de l’EFA, documents de travail et photos de la première exposition créée par Ronis lui-même à Montreuil, en 1968. La voix du photographe accompagne la présentation de son travail : il accorda en effet à Nathalie Neumann, commissaire de l’exposition, des entretiens audio restés inédits à ce jour."

"Le contexte politique singulier de la RDA est abordé via un ensemble de tirages de travail d’époque. Parmi toute la production apparaissent des messages engagés sous-jacents, les réalités sociales du pays, le mur de Berlin, la police, le culte des dirigeants."

"Par la scénographie conçue par Laurence Fontaine, l’exposition favorise un rapprochement et une connivence avec la RDA dans le sens du message voulu universel par Willy Ronis : l’homme est au centre de ses images et de la société. Au cœur de l’Espace Richaud, dans l'ancienne chapelle, sont déployés des duos d’images, rapprochements de clichés pris en RDA et en France. Ce prisme comparatif France-Allemagne constitue le fil rouge de l’exposition. Ronis parlait ainsi de ses images : « J'ai la mémoire de toutes mes photos, elles forment le tissu de ma vie et parfois, bien sûr, elles se font des signes par-delà les années. Elles se répondent, elles conversent, elles tissent des secrets. »

"En 1967, la mission explicite du photographe consistait à représenter une société comme il a pu le faire pour la sienne, la France. Sensible à la sociologie développée à son époque, Willy Ronis regroupa ses photographies selon des critères-clés comme les paysages urbains et naturels, les activités, les loisirs, l’enseignement… Des ensembles de tirages modernes sont mis en avant dans les deux galeries sud et la coursive du premier étage de l'Espace Richaud. Des portraits de personnalités du monde artistique et intellectuel, telles que Anna Seghers ou Christa Wolf, complètent le propos. Accompagnés de courtes biographies, ces témoignages permettent aux visiteurs d’appréhender la diversité de la culture, des sciences et de l’enseignement qui rayonnaient au-delà des frontières".

"Impliqué dans l’enseignement et le journalisme, Willy Ronis profita de ses voyages pour visiter les industries et l’école supérieure de photographie est-allemandes. Ce sujet qui lui tenait à cœur est également abordé, dévoilant un pan peu connu de sa carrière. Autre découverte, ce reportage en noir et blanc fut complété d’une production en couleurs, certes en quantité moindre. Des tirages modernes de ses diapositives ponctuent le parcours. Le seul tirage en couleurs, exposé en 1968, a été restauré spécifiquement pour la présente manifestation".

"Le commissariat de l’exposition est assuré conjointement par Nathalie Neumann et Ronan Guinée. Franco-allemande, Nathalie Neumann est historienne de l’art, chercheuse à l’université de Mayence et auteure d’expositions. Ronan Guinée est en charge du fonds Willy Ronis à la Médiathèque de l’architecture et du patrimoine (MAP), service du ministère de la Culture en charge des archives des Monuments historiques et du patrimoine photographique de l’État. L’exposition « Willy Ronis en RDA – La vie avant tout » est la concrétisation d’un partenariat entre la Ville de Versailles et la MAP. Elle s’accompagne de la publication d’un catalogue par les Editions Parenthèses".

Les éditions Parenthèses ont publié "Willy Ronis en RDA. La vie avant tout, 1960-1967" de Nathalie Neumann et Ronan Guinée. "Les gens, les rues, les jours de fête ou les jours sans rien : que Willy Ronis photographie le vieux Paris ou les villes nouvelles d’Allemagne de l’Est, c’est là, toujours, que s’arrête son regard. Ainsi, lorsqu’en 1967 l’association « Échanges franco allemands » lui commande un reportage destiné à favoriser la reconnaissance par la France de la RDA, c’est « la vie avant tout » qu’il cherche à restituer. Humaniste engagé et « le cœur à gauche », il se fait le témoin d’un socialisme moderne au service du peuple, faisant l’impasse sur les limites du système.

"Pour s’être déjà rendu en RDA en 1960, Ronis sait immédiatement où regarder. À la commande, il répond par des photos de jeunes travailleurs, d’étudiants, ¬d’enfants jouant, de paysages, de moments ordinaires… Il photographie aussi les grands peintres, sculpteurs et écrivains et, autant que possible, l’enseignement artistique et l’industrie optique, qui le passionnent".

"Exposé à son retour dans l’Hexagone dans près de quatre-vingts communes, ce travail joua alors son rôle politique et militant, laissant pour un temps l’art au second plan."

"Libérés du contexte de la guerre froide, ces clichés de Willy Ronis, longtemps restés dans l’ombre, révèlent aujourd’hui toute leur profondeur esthétique et stylistique. Et si leur force mémorielle est indéniable, elle n’y enlève rien ; bien au contraire".

« Je m’attache à inclure dans mes prises de vue le caractère humain, par le choix du geste et de l’attitude, par un souci de vie. » Willy Ronis

"Willy Ronis. Se retrouver..."
Le Musée de Pont-Aven présenta l'exposition « Willy Ronis : se retrouver », en partenariat avec la Médiathèque du Patrimoine et de la Photographie (MPP), affectataire du fonds Willy Ronis.

« Il y a dans mes photographies un amour de la femme, un amour des enfants, de ceux qui travaillent... Tout ce que j’aime. Je montre ce qu’il faut préserver. » (Willy Ronis)

« Heurtée de plein fouet par la récente crise sanitaire, la société française a lentement reconquis les espaces de liberté et retrouvé les occasions d’échange et de partage si nécessaires au lien social. » 

« C’est ce fil rouge des retrouvailles qui a naturellement conduit le Musée de Pont-Aven à organiser une exposition du grand photographe humaniste Willy Ronis. Une sélection de quelque 120 photographies et de documents d’archives mêle ainsi instantanés du quotidien et grands événements, comme autant de témoignages des secousses vécues par la société du XXe siècle et des retrouvailles tant espérées par chacun. »

« Willy Ronis est né à Paris en 1910 d’un père russe et d’une mère lituanienne ». 

« Bercé par la culture musicale de la famille, il ambitionne d’en faire son métier. Le destin en décide alors autrement ». 

« Après avoir secondé son père malade au studio familial, c’est la photographie qui l’occupe et le fait vivre toute sa vie. Si sa vocation première a été contrariée, l’influence de la musique reste prégnante dans son oeuvre. Il arpente les rues de Paris où son oeil pose un regard tendre mais affûté sur le mendiant-musicien du pont des Arts, les auto-tamponneuses de la fête foraine du boulevard Garibaldi, les bals populaires du 14 Juillet, les amoureux, les guinguettes ou encore la Fête de la musique. D’autres clichés, notamment ceux des défilés militants des années 1930 et des rassemblements politiques, signent sa solidarité avec la lutte ouvrière. » 

« Photographe engagé, Willy Ronis s’applique à mettre en lumière les laissés-pour-compte et les liens entres « ses frères humains ». 

« L’exposition met en contexte la production photographique de Willy Ronis, entre travaux spontanés et reportages conçus pour un commanditaire. L’exposition entraîne le visiteur dans un voyage visuel et musical au coeur des retrouvailles captées par l’oeil affectueux, mais sans mièvrerie, de ce photographe libre et indépendant. » 

« En exclusivité sont présentés des planches-contacts, des « vintage » exposés notamment au MoMA en 1951, des tirages de travail, des archives. L’exposition célèbre ainsi le travail colossal de Willy Ronis durant sa longue carrière et valorise la donation qu’il fit à l’État. » 

Le Commissariat général est assuré par Sophie Kervran, conservatrice en chef du musée de Pont-Aven assistée de Camille Armandary, responsable expositions / communication / ressources documentaires et numériques, et le Commissariat scientifique par Ronan Guinée, chargé de collections à la Médiathèque du Patrimoine et de la Photographie.


PARCOURS DE L’EXPOSITION 

PHOTOGRAPHE ENGAGÉ 
« Chez Willy Ronis, se retrouver, c’est surtout se retrouver autour d’une cause. Les manifestations du 1er mai, les meetings, les grèves, les défilés place de la Bastille, les commémorations au Vél d’Hiv émaillent ses clichés. Fils de réfugiés, issu de la classe populaire, il dirige avant tout son empathie vers les gens modestes et leur combat contre les inégalités. » 

« Peu de temps après la mort de son père, il photographie en 1936 la foule en liesse lors de la victoire du Front populaire et immortalise une petite Marianne, publiée dans l’Humanité, puis longtemps oubliée. Il collabore également régulièrement avec l’hebdomadaire communiste Regards ». 

« Proche de l’AEAR (Association des écrivains et artistes révolutionnaires), il participe à la Fête de l’Humanité de 1934. Avec sa femme Marie-Anne Lansiaux, plus militante que lui, il couvre tous les grands événements du parti communiste, la plupart du temps pour ses archives, sans commande particulière. » 

« Poursuivant sans doute moins une utopie communiste qu’un idéal fraternel, il reste fidèle jusqu’à la fin de sa vie à son « coeur très à gauche ». 

BISTROTS ET FÊTES FORAINES 
« Ronis aime à saisir la foule, « machine à produire des merveilles ». Il élabore des micro-récits qui racontent une société fraternelle, confiante et assoiffée de liberté après les affres de la guerre. On brosserait néanmoins à tort un portrait trop joyeux du reporter : la touche qui le distingue des autres photographes de sa génération, c’est cette mélancolie, voire cette solitude, qui teinte certaines de ses images. » 

« Les fêtes foraines, tout comme les bals du 14 Juillet, constituent des passages obligés des photographes humanistes, ce qu’on qualifie, dans le jargon des journalistes, de « marronniers ». Mais cette atmosphère « donne le cafard » à Ronis. » 

« Il a également le « bistrot triste » : contrairement à Robert Doisneau qui entame la conversation joyeusement avec les uns et les autres, Willy reste en retrait quasiment à l’extérieur de la scène. » 

WILLY RONIS ET LA MUSIQUE 
« L’amour de Willy Ronis pour la musique a germé dès l’enfance, influencé par un père amateur d’opéra et une mère professeure de piano qui enrichit la culture musicale de son fils en l’emmenant écouter des concerts symphoniques. A sept ans, il reçoit un violon et apprend le solfège avec difficulté. Mais Willy semble doté d’un don : il déchiffre très aisément les partitions et retranscrit ce qu’il écoute dans ses carnets tout en rêvant de devenir compositeur. » 

« Une bonne partie de l’année 1932, la composition musicale l’occupe mais la réalité le rattrape : son père malade lui confie la gestion du studio photographique familial, le conduisant à un tout autre destin, celui de reporter-photographe. Néanmoins, sa passion première l’accompagne dans son nouveau métier. Les interviews et les écrits de Willy Ronis révèlent l’étendue d’une culture musicale issue des répertoires classique et jazz. Il décrit fréquemment sa technique photographique à l’aune de sa pratique musicale et appareil en bandoulière, il saisit des scènes de rue dans lesquelles les musiciens sont mis à l’honneur avec un profond respect. »

SALON MUSICAL 
En partenariat avec Hervé Lesvenan, pianiste et compositeur, et les élèves en formation musicale et composition du Conservatoire à rayonnement départemental de musiques et d’art dramatique de Quimper. 
« Pour offrir aux visiteurs de l’exposition une expérience inédite et originale, le Musée de Pont-Aven a invité les élèves en formation musicale et composition du Conservatoire de Quimper à créer et interpréter des musiques inspirées par les photos de Willy Ronis qui, comme eux, se rêvait compositeur. » 
« Les visiteurs pourront s’installer dans ce salon musical et écouter les différentes pistes musicales imaginées par les élèves qui expliquent le processus créatif de la composition originale. » 

SE RETROUVER 
« Dans ses photos de coeur la frontière est mince voire inexistante entre l’image personnelle et celle issue de reportages. » 
« Ses séjours entre copains à la neige, les balades à vélo avec Jacques et Jeanne, les vacances entre amis motocyclistes, passionnés de camping sauvage, tous ces clichés familiaux sont archivés et illustrent régulièrement des magazines à un moment où le goût du sport et du plein air est érigé en cause nationale dans la société française. » 
« Photographe plus humain qu’humaniste, Ronis suit un fil rouge, celui de la confraternité. Il questionne l’homme et son quotidien, le spectaculaire n’est pas de mise, la mélancolie pointe. Le photographe aspire à une unité sociale et familiale où toutes les générations se mêlent dans les conversations, où les amoureux sont seuls au monde, où les enfants admirent les vitrines de Noël des grands magasins parisiens. » 
« J’ai fait durer la joie du Front Populaire pendant trente ans ». 

FOCUS SUR CINQ PHOTOS 
Commentaires de Willy Ronis sur ses propres photographies

Pendant le défilé de la victoire du Front populaire, rue Saint-Antoine, Paris, 14 juillet 1936
 
Tirage argentique réalisé sous le contrôle de l’auteur 
« C’est le Front populaire, et la foule en liesse sur le parcours de la manifestation qui allait de la Bastille à la Nation. Là, nous sommes rue du Faubourg-Saint-Antoine [sic]. Je préférais déjà photographier les à-côtés des événements plutôt que les événements eux-mêmes. J’avais été amusé par cette petite fille au bonnet phrygien rappelant celui du drapeau, et qui levait le poing, sans trop savoir pourquoi bien sûr. Sur le plan technique, pas de remarque particulière. Négatif recadré.» 

Django Reinhardt et son fils, Paris, 1945 
Tirage argentique réalisé sous le contrôle de l’auteur 
« Charles Delaunay, directeur de la revue Jazz Hot (et ami de régiment) m’avait commandé un petit reportage sur Django Reinhardt. Son fils était assis dans sa voiture d’enfant. La pièce était si exiguë que j’ai photographié mes deux personnages, en leur tournant le dos, dans un grand miroir fixé au mur. Eclairage électrique avec une ampoule vissée dans un porte-lampe à pince dirigé sur l’enfant qui était mon sujet principal. Grande ouverture du diaphragme, flou volontaire du père. Recadrage partiel. » 

Un bal en plein air, Chez Maxe, Joinville-le-Pont (Seine), 1947 
Tirage argentique réalisé sous le contrôle de l’auteur 
« Dans le cadre d’un reportage pour la revue trimestrielle 
l’Album du Figaro, Louis Ferrand, le directeur artistique, m’avait commandé un important travail sur les guinguettes des bords de Marne. J’ai donc fait beaucoup de photographies sur ce sujet, dont celle-ci le 14 septembre, à Nogent [sic]. Cette photographie est l’aboutissement d’une série qui couvre une bobine entière 6 x 6, soit douze vues, sur ces mêmes personnages : un garçon faisant danser deux filles. J’avais trouvé ce trio fascinant et j’étais monté (après la cinquième vue) sur une chaise pour avoir, en vue légèrement plongeante, le premier plan flou du couple assis, qui ne se doutait évidemment pas que je le photographiais en même temps. Le garçon dansait comme un dieu. Quand la musique cessa, il partit en claudiquant : il était pied-bot. » 10 

Concarneau (Finistère), 1956 
Tirage jet d’encre posthume 
« Début août, nous partons en vacances photographiques (!). Direction la Bretagne (avant de rejoindre Gordes au milieu du mois). Beaucoup de photos pour mes archives. A Bénodet [sic], ce matin-là, une petite scène cueillie au vol. Cadrage un peu recoupé. » 

Le retour des prisonniers, gare de l’Est, Paris, 1945 
Tirage argentique réalisé sous le contrôle de l’auteur 
« Rentré à Paris fin 1944, il m’a fallu me refaire une place dans le métier. Cela n’a pas été difficile car il y avait alors un grand besoin d’images. Cette photographie est extraite d’un grand reportage commandé par la SNCF, sur l’effort des Chemins de fer français pour le rapatriement des prisonniers. Le reportage m’avait occupé durant la seconde quinzaine d’avril et nombre d’images qui le composent furent utilisées par diverses publications. Cette photographie, je ne l’ai pas remise au client, à l’époque ; je la trouvais trop intime. Aujourd’hui, le temps a passé et cela n’a plus d’importance : aussi l’ai-je incluse dans mon album « Sur le fil du hasard » (édition Contrejour, 1980). Je crois pouvoir la situer gare d’Orsay [sic]. » 

Copyrights : © Donation Willy Ronis, ministère de la Culture, MPP, diff. RMN-Grand Palais

« EXTRAIT DU CATALOGUE DE L’EXPOSITION »

Aux Editions Locus Solus
Par Sophie Kervran, directrice et conservatrice en chef du musée de Pont-Aven 

« Mon stage breton s’est très bien passé et ma santé s’est rétablie, mais j’ai bien cru que c’était fini, j’avais même réglé les frais de mon incinération1 ». Au détour d’une lettre à son confrère Robert Doisneau, Willy Ronis évoque brièvement la Bretagne. Une piste à suivre ? Un lien entre le photographe et notre région ? Il y a quelques années, j’ai eu la chance d’explorer l’oeil – ténu ! – porté par Doisneau sur la Bretagne2. Mais Ronan Guinée3, chargé du fonds Ronis à la Médiathèque du patrimoine et de la photographie, lors de notre première rencontre au fort de Saint-Cyr où est conservée sa collection, a douché mon enthousiasme ! Si Willy Ronis a des accointances incontestables avec la Gironde ou le Vaucluse, aucune passion particulière ne l’anime pour la Bretagne… 
Un reportage « sans intérêt4 » pour le journal de gauche Regards le conduit à Rennes en 1949, il ne retient pour son oeuvre qu’un cliché de trois curés, capté sur le chemin du retour vers la gare qui illustre un article5 relatant l’interdiction prononcée par l’archevêque de Rennes de lire le journal chrétien progressiste Ouest-Matin. Un sujet qui ne devait pas déplaire au communiste Ronis ! 
Durant des vacances « photographiques » en 1956, il effectue une sorte de TRO BREIZ passant par Port-Blanc, Carantec, Roscoff, Lanildut, Le Conquet, Le Faou, Camaret, Audierne, Pont-l’Abbé, Concarneau, Quiberon et j’en passe : les planches-contacts annotées qu’il garde précieusement constituent une mine d’informations. Mais de ce périple pourtant fécond en clichés, seules deux photos apparaissent dans ses rétrospectives : la petite fille de Concarneau (localisée à tort à Bénodet), si caractéristique du regard qu’il pose sur l’enfance6 et la Bigoudène de Pont-l’Abbé dont le cadrage à travers les croisillons d’une fenêtre rappelle le mendiant-musicien boulevard Richard-Lenoir à Paris de 1946. 
Plus de vingt ans plus tard, en 1979, il dirige un stage au premier festival photographique du Trégor à Lannion. Le photographe d’origine bretonne Guy Le Querrec joue un rôle important dans la reconnaissance (tardive) de Willy Ronis. Il propose son nom aux organisateurs du festival mais surtout, avec Pierre-Jean Amar, l’incite à publier un « bouquin rétrospectif », Sur le fil du hasard paru un an plus tard chez Claude Nori7. « On aimait tous les deux le sirop de la rue. Nous avions la même définition d’une photo réussie, un accord plaqué harmonieux. Lui appréciait le construit de la musique, moi l’improvisation du jazz. Duke Ellington était notre point de ralliement 8 », témoigne Le Querrec, passionné, comme Ronis, de musique. C’est en 1979 d’ailleurs, grâce à l’entregent du photographe breton, que Willy reçoit le Grand Prix national des Arts et des Lettres. 
De son séjour costarmoricain, retenons ce que Ronis qualifie, dans Derrière l’objectif de Willy Ronis9, d’« exercice de style », une vue de Locquirec où le point de vue plongeant sert à identifier le livre posé sur la table, un ouvrage consacré au photographe du Paris disparu, Eugène Atget (1857-1927). Dans les années 1990, après une longue traversée du désert, les expositions et les ouvrages se multiplient au grand bonheur de Willy qui pensait terminer sa vie en photographe amateur. 
En 1992, une exposition d’à peine un mois est présentée au musée des Beaux-Arts de Brest10. Il s’y rend en août : « peu de photos. Je retiens celle-ci11 » puis embarque pour Molène pour voir des amis. Il y est saisi par « l’étrangeté de ce paysage ». 
Dernière trace bretonne en 1993, même si d’autres expositions lui ont été consacrées ici et là dans la région12 : il est invité à Lorient par l’association « Mémoire ouvrière » et de l’union locale de la CGT13, toujours engagé et militant à plus de 80 ans. Il fixe sur la pellicule un chantier naval, ultime réminiscence de cette France ouvrière et industrielle qu’a tant photographiée ce prolétaire de l’image. 

Au final, peu importe si Willy Ronis n’a pas d’attachement fort avec la Bretagne. C’est autre chose qui a retenu notre attention dans la personnalité, difficile à cerner, de ce photographe et nous a déterminé à l’exposer au Musée de Pont-Aven. En 2018, presque concomitamment de l’exposition Willy Ronis par Willy Ronis au Pavillon Carré de Baudouin14, Clémentine Deroudille évoquait à la cité de la musique l’appétence de son grand-père pour la musique dans Doisneau et la musique15. Cette thématique pouvait-elle correspondre à Willy ? La réponse fut un grand oui et plus que nous ne pouvions l’imaginer ! Ronis a un rapport viscéral à la musique16 et photographie comme un compositeur. Ronan Guinée nous a toutefois poussé à élargir notre propos : a alors germé l’idée de brosser le portrait d’un photographe plus humain qu’humaniste, animé dans sa photographie et sa relation au monde par la confraternité. « Par moments, m’a dit le garçon, ils n’ont rien à se dire, mais ils sont contents d’être ensemble, ils restent ensemble17 », écrit-il au sujet d’une photo prise rue de la Huchette en 1957. Il élabore alors un reportage sur la jeunesse étudiante du quartier latin qu’il parvient progressivement à apprivoiser. Il suit les jeunes le soir dans leurs bistrots familiers Chez Popoff ou au Bidule et en profite pour immortaliser l’ambiance des caveaux en jouant sur le mouvement ou le clair-obscur. Ce reportage sera refusé par tous les journaux – très prudes – de l’époque. Il est pourtant proche, dans le traitement, des clichés pris au club du Vieux-Colombier en 1949 pour une commande du Time sur les « Américains à Paris » qui prisaient ce club où jouait, au grand bonheur de Ronis, le clarinettiste Claude Luter, avec son orchestre le New Orleans Jazz Band. Le Time, un magazine américain… Ronis renonce en 1951 à collaborer avec Life qui rémunère pourtant beaucoup mieux que la presse française, mais n’hésite pas à légender ses images en en modifiant totalement la signification. 
Plus intimes sont les photos de la Saint-Sylvestre en 1956 lors d’une surboum organisée pour Vincent, le fils de sa femme Marie-Anne Lansiaux, au domicile familial passage des Charbonniers. Intimes et en même temps professionnelles, car la frontière est mince voire inexistante entre l’image personnelle et l’image qu’il réutilisera plus tard pour un reportage idoine. Ses séjours entre copains à la neige font l’objet de sa première exposition personnelle en 1936 et servent de couvertures à Sports en France. Les balades à vélo avec Jacques et Jeanne, les vacances entre amis motocyclistes, passionnés de camping sauvage, sont archivées et illustrent régulièrement des magazines à un moment où le goût du sport et de plein air est érigé en cause nationale dans la société française. Ronis aime à saisir les foules, comme en attestent les séries du bal du 14 juillet, certes véritable « marronnier18 » pour le reporter mais qui laisse libre cours à son goût de la mise en scène et de la composition, même s’il préfère revendiquer qu’ « il négocie l’aléatoire19 ». « La foule, dans ses évolutions, c’est une machine à produire des merveilles. Mais à tout trésor, il faut un inventeur20 ». Bertrand Éveno, son premier biographe, évoque une photographie de maître flamand21 en référence à un Brueghel dont les tableaux foisonnent de détails. Ronis élabore des micro-récits qui racontent une société fraternelle, confiante et assoiffée de liberté après le maelström de la guerre, une « fourmilière de petites vies libres » pour reprendre une expression de Mac Orlan.

On brosserait néanmoins à tort un portrait trop joyeux de Ronis : la touche qui le distingue des autres photographes de sa génération, c’est cette mélancolie voire cette solitude qui teinte certaines de ses images. Observez combien la joie libératrice des danseurs de l’île Saint-Louis tranche avec le regard perdu de la vieille dame du Vieux-Colombier, deux clichés datant pourtant du même jour. Regardez comment la lassitude, le douloureux retour à la réalité marquent les visages des danseurs qui dégustent une dernière glace avant de reprendre le cours de leur quotidien. Les fêtes foraines constituent un autre passage obligé des photographes humanistes : Marcel Bovis illustre une texte de Mac Orlan dans Fêtes foraines22, Izis prend une photo très proche de la nacelle. Mais cette atmosphère « donne le cafard » à Ronis, cafard qui se dégage, assez paradoxalement, encore plus de son reportage en couleurs de 1955. Il finit par rejeter totalement la photo de la fête foraine du boulevard Garibaldi de 1947, pourtant choisie pour la couverture de Sur le fil du hasard, notamment à cause de l’utilisation frontale du flash électronique. Sans doute préfère-t-il la photo-souvenir d’un groupe d’amis au retour de la fête en 1953 : « Malgré ces imperfections d’ordre technique, peu d’images me restituent autant que celle-ci la vérité du moment vécu ». Il a également le « bistrot triste » : contrairement à Robert Doisneau qui entame la conversation joyeusement avec les uns et les autres, Willy reste en retrait voire à l’extérieur de la scène. 
Enfin, chez Ronis, se retrouver, c’est surtout se retrouver autour d’une cause. « Les manifestations, de lutte, de défense, de célébration, de commémoration, les meetings, les défilés, les fêtes de la Bastille, au Vél d’Hiv, du mur des Fédérés, au Panthéon égrènent leurs instants de fraternité dans le tumulte de l’agitation sociale23 ». Fils de réfugiés, issu de la classe populaire, son empathie est avant tout dirigée vers les gens modestes et leur lutte contre les inégalités. Peu de temps après la mort de son père, il photographie en 1936 la foule en liesse lors de la victoire du Front populaire et immortalise une petite Marianne devenue iconique, mais longtemps oubliée avant sa republication en 1996 dans l’Humanité24. Proche de l’AEAR (Association des écrivains et artistes révolutionnaires), Il est fidèle toute sa vie aux Fêtes de l’Humanité de 1934 à 1992. Avec sa femme, Marie-Anne Lansiaux, plus militante que lui, il couvre tous les grands événements du Parti communiste, la plupart du temps pour ses archives, sans commande particulière. Et ce n’est pas un hasard si en 1937, il accepte un reportage à Marsac sur les colonies de vacances organisées par Villejuif, la banlieue rouge par excellence ! Même lorsqu’il saisit les farnientes, les siestes sur le bord de Marne, les pauses volées à l’employeur, il retranscrit un bonheur modeste, celui des travailleurs au repos. « J’ai fait durer la joie du Front Populaire pendant trente ans25 ». Il y aurait tant à dire encore : sur sa volonté de transmission lorsqu’il enseigne dans le sud de la France pendant les années difficiles quand le nom de Ronis ne dit plus rien à personne ; sur ces complicités intergénérationnelles qu’il apprécie tant mettre en valeur et qui trouvent résonance dans sa vie personnelle marquée par les coups durs (la disparition de son père, la maladie de sa femme, le décès prématuré de son fils adoptif Vincent). Pour conclure, laissons la parole à ses deux biographes. « [Willy Ronis] accorde une valorisation positive aux thèmes du groupe, de la solidarité collective, de l’unité familiale élémentaire26 », tout cela dans un « magistral démenti au stéréotype d’un photographe humaniste un peu mièvre et nostalgique du passé27. » Se retrouver en somme… 
1. Lettre de Willy Ronis à Robert Doisneau, L’Isle-sur-la-Sorgue, le 2 octobre 1979, original conservé à l’Atelier Robert Doisneau, copie carbone d’époque à la MPP, archives Willy Ronis, R/2017/53. Voir fig. 20. 
2. Sophie Kervran, « Robert Doisneau, un oeil sur la Bretagne », dans Doisneau, un oeil sur la Bretagne, Châteaulin, Locus Solus, Quimper, musée des Beaux-Arts, 2018, p. 17-28. 
3. Ce texte doit beaucoup aux échanges avec Ronan Guinée, co-commissaire de l’exposition « Willy Ronis, se retrouver ». Qu’il en soit ici sincèrement remercié. 
4. Ronan Guinée (éd.), Matthieu Rivallin (introd.), Willy Ronis par Willy Ronis, Le regard inédit du photographe sur son oeuvre, Paris, Flammarion, 2018, n° 100, n. p. 
5. « Dans ce décor médiéval, un cardinal part en guerre contre le journal Ouest-Matin », Regards, n° 226, 9 décembre 1949. 
6. « L’enfance apparaît [chez Ronis] comme non reliée au monde des adultes, “ vert paradis ”, ou lieu d’exclusion, mais conservés à distance. […] Il y a dans ces grandes photos de Willy Ronis une formidable attirance pour les enfants et, dans un climat qui n’appartient qu’à lui, un constat mélancolique de séparation irréparable », Bertrand Éveno, Willy Ronis, Paris, Belfond, 1983, p. 120 
7. Willy Ronis, Photographies, Sur le fil du hasard, Paris, Contrejour, 1980. 
8. Témoignage de Guy Le Querrec, 2009, cité par Françoise Denoyelle, Le Siècle de Willy Ronis, Paris, Terre Bleue, 2012, p. 329. 
9. Willy Ronis, Derrière l’objectif de Willy Ronis, Photos et propos, Paris, Hoëbeke, 2001, p. 105. 
10. « Willy Ronis », musée des Beaux-Arts de Brest, 6 novembre – 6 décembre 1992, correspondance avec Jacques Leven de l’association Camera obscura et avec René Le Bihan, conservateur à Brest, R/2017/53, archives Willy Ronis, MPP. 
11. Ronan Guinée (éd.), Matthieu Rivallin (introd.), op. cit., n° 56, n. p. 
12. Selon les recherches de Ronan Guinée, les agendas de Willy Ronis indiquent un séjour en 1997 à Hédé près de Rennes pour voir les écluses puis à Dinan. Les photos sont peu nombreuses. 
13. https://maitron.fr/spip.php?article174444, notice RONIS Willy par Tangui Perron, version mise en ligne le 31 août 2015, dernière modification le 14 octobre 2022. Exposition « Willy Ronis, Le monde du travail 1928-1991 », Le Lieu, Lorient, 20 avril – 16 mai 1993, commissaires Patrick Bernier et Tangui Perron ; festival de cinéma « Le cinéma témoin des luttes », 27 et 30 avril 1993, avec la participation de Didier Daeninckx, Paul Carpita et René Vautier. Correspondance avec Philippe Geffray de l’association Mémoire ouvrière, ainsi que quelques photos prises à Belle-Île, R/2017/53, archives Willy Ronis, MPP. 
14. « Willy Ronis par Willy Ronis », Paris, Pavillon Carré de Baudouin, MPP – Mairie du 20e arrondissement, 27 avril 2018 – 2 janvier 2019 
15. « Doisneau et la musique », Cité de la musique – Philharmonie de Paris, 4 décembre 2018 – 5 mai 2019. 
16. Voir le texte de Camille Armandary dans le catalogue de l’exposition, p. 59. 
17. Willy Ronis, Ce jour-là, Paris, Mercure de France, coll. « Traits et portraits », 2006, p. 169. 
18. En journalisme, le « marronnier » renvoie à un reportage récurrent et prévisible, souvent de moindre importance et meublant les périodes sans actualité particulière. 
19. Françoise Denoyelle, op. cit., p. 381. 
20. Cité dans Willy Ronis : une poétique de l’engagement, Paris, Democratic books, 2010, p. 150. 
21. Bertrand Éveno, op. cit., p. 25. 
22. Marcel Bovis, Pierre Mac Orlan, Fêtes foraines, Paris, Hoëbeke, 1999. À noter que c’est Mac Orlan qui rédige également le texte du livre de Willy Ronis Belleville Ménilmontant en 1954, mais le photographe avouera sur le tard détester le côté trop nostalgique et misérabiliste développé par le poète. 
23. Françoise Denoyelle, op. cit., p. 379. 
24. « Le 14 Juillet à Paris », l’Humanité, 16 août 1936, p. 7 ; Photographies, Sur le fil du hasard, op. cit., p. 115. 
25. Françoise Denoyelle, op. cit., p. 48. 
26. Bertrand Éveno, op. cit., p. 118. 
27. Françoise Denoyelle, op. cit., p. 380. »


« Willy Ronis - la photographie c'est l'émotion » 
L'Hôtel Fontfreyde - centre photographique présente l’exposition  « Willy Ronis - la photographie c'est l'émotion » consacrée « au photographe français Willy Ronis (1910-2009), réalisée à partir du fonds de la donation qu’il a faite à l’État en 1983 ». Entrée gratuite.

« Organisée conjointement avec le Jeu de Paume et la Médiathèque du patrimoine et de la photographie, cette exposition rend hommage à cet artiste de renommée internationale, en dévoilant des photographies restées encore méconnues. »

« La photographie c’est l’émotion » : ainsi s’exprimait Willy Ronis, ce grand photographe qui fut, avec Robert Doisneau, Izis, Sabine Weiss ... l’un des représentants du courant dit « humaniste » français. Parmi les images les plus connues de Willy Ronis, beaucoup relèvent de ce regard porté sur le quotidien pour élaborer des micro-récits à partir de personnages et de situations ayant pour cadre la rue. Aujourd’hui, ces images désormais érigées en « monuments » de l’histoire de la photographie trahissent moins l’existence d’un instant donné qu’une façon particulière de représenter l’utopie de l’unanimité humaniste : s’extasier devant la réalité et observer la fraternité des peuples. »

« S’il est vrai que ses images souscrivent, dans une certaine mesure, à cette vision optimiste de la condition humaine, Ronis n’en édulcore cependant pas l’injustice sociale et s’intéresse aux classes les plus démunies. Sa sensibilité aux luttes quotidiennes pour survivre dans un contexte professionnel, familial et social précaire montre que les convictions politiques de Ronis, militant communiste, l’incitaient à un engagement actif, que ce soit par la production ou la circulation d’images de la condition et de la lutte ouvrières. »

« On a généralement tendance à circonscrire la production de Willy Ronis au territoire français. Pourtant, même si la plupart de ses images les plus reproduites ont été prises en France, depuis sa jeunesse, Ronis n’a eu de cesse de voyager et de photographier d’autres lieux. Le style de Ronis reste intimement lié à son vécu et à son propre discours sur la photographie. Il n’hésitait pas à évoquer sa propre vie et son contexte politique et idéologique. Au fil de ses images et de ses textes, on découvre ainsi un photographe désireux avant tout d’explorer le monde, épiant en secret, attendant patiemment que celui ci lui dévoile ses mystères. À ses yeux, l’important est davantage de recevoir des images que d’aller les chercher, d’absorber le monde extérieur plutôt que de le saisir et, de là, bâtir son propre récit. Cette exposition est coproduite par le Jeu de Paume et la Médiathèque du patrimoine et le photographie, ministère de la Culture – France. »

« Humaniste et populaire, l’oeuvre de Willy Ronis témoigne de l’activité d’un photographe qui s’inscrit dans l’histoire du XXe siècle. Il appartient au petit groupe des dix photographes français qui ont le plus marqué le siècle dernier avec Brassaï, Gilles Caron, Henri Cartier-Bresson, Raymond Depardon, Robert Doisneau, Izis, André Kertész, Jacques-Henri Lartigue et Marc Riboud. Depuis la fin des années 1970, la reconnaissance critique de son travail s’accompagne d’un véritable succès public ». 

« Cette exposition est l’occasion de présenter le parcours de Willy Ronis, un homme du XXe siècle, en s’attachant aux engagements et aux recherches d’une vie de photographie mêlant icônes et images moins connues. » 

Les mercredi 4 février 2026 à 16 h et samedi 7 février 2026 à 16 h aura lieu une visite commentée « tout public ».



« Je déambule quelque part dans la ville. J’ai trouvé ma place, que je ne vais plus quitter, car je sens qu’ici même il peut se passer quelque chose. ». 
Willy Ronis, Derrière l’objectif, 2001. 

« Né à Paris é en 1910, dans une famille d’émigrés juifs d’Europe de l’Est, Willy Ronis passe son enfance auprès d’une mère musicienne et d’un père artisan photographe. C’est à la musique qu’il doit ses premières émotions artistiques, et c’est à elle qu’il se serait sans doute destiné si, tout d’abord pour aider son père malade, puis pour en faire son métier, il ne s’était tourné vers la photographie. En 1936, son père meurt et, assailli par des problèmes financiers, il se voit contraint de fermer l’atelier du boulevard Richard Lenoir. Suite à la vente d’un premier cliché au journal L’Humanité en 1935, il travaille comme photographe de presse. Photographe engagé, proche du Parti communiste français, il publie ses images dans Regards, mais aussi dans Point de vue ou Magazine de France. Dans la France du Front populaire, il est le témoin des grands mouvements sociaux des années 1930 que des moments heureux de l’histoire de ses concitoyens. Son oeuvre reflète une époque où le photographe, « artisan-producteur d’images », est reconnu autant pour son savoir-faire technique que pour la qualité de ses images. Cette activité, et sa curiosité naturelle, qui lui font préférer le statut d’indépendant à celui de photographe d’agence, lui permettent d’embrasser rapidement tous les sujets : mode, industrie, portraits de personnalités, reportages de moeurs. »

« Ses premières oeuvres témoignent de sa fréquentation des cercles artistiques de l’époque : Robert Capa, Chim, Neftali Avon (Naf). Ainsi expose-t-il, en mai 1935, trois tirages lors de l’exposition Documents de la vie sociale organisée par l’Association des écrivains et artistes révolutionnaires (AEAR) à la librairie-galerie La Pléiade, à Paris. Son montage « On travaille pour la guerre » est alors commenté par Louis Aragon dans la revue Commune. » 

« À l’instar de Brassaï, Doisneau, Jahan, Bovis, René-Jacques ou Masclet, Willy Ronis arpente les rues de la capitale, saisissant au passage des scènes pittoresques, des passants affairés, des amoureux, des jeunes gens joyeux à la fête foraine, mais aussi la solitude dans les bidonvilles, la Seine et ses péniches, la foule au musée du Louvre, ou encore le charme des quartiers nord de Paris. Ces récits tendres et poétiques contribuent à la création du courant de la photographie humaniste qui se développe en France après la 2ème Guerre mondiale. »

« Willy Ronis, qui adhère alors au Parti communiste, ne cache pas son empathie avec le milieu ouvrier et le monde du travail. Il couvre les conflits sociaux chez Citroën (1938) ou Renault (1950), fait un reportage dans les mines de Saint-Étienne (1958) ou sur l’industrie textile en Alsace (vers 1950). Ses images d’une société populaire, des piquets de grève et des militants syndicalistes sont, sans misérabilisme, le fruit d’une véritable solidarité avec la lutte ouvrière et d’un engagement actif auprès des laissés-pour-compte. Ses convictions le conduisent à mettre un terme à sa collaboration avec la presse américaine, certaines de ses photographies ayant été utilisées dans un sens négatif pour le mouvement ouvrier français. Cette manifestation d’indépendance, qui va de pair avec son engagement politique, lui vaudra des difficultés professionnelles et financières. »

« S es photographies les plus célèbres, faites en France, ne doivent pas faire oublier qu’un grand nombre de clichés ont été pris par Ronis au cours de divers voyages à l’étranger. On découvre ainsi qu’à Londres, en 1955, il se laisse séduire par l’ambiance des pubs et par la multiplicité des néons publicitaires pour donner une image de la ville à la fois dynamique et poétique, teintée d’étrangeté. Polyglotte, curieux et cultivé, Willy Ronis a effectué de nombreux séjours en Italie, en Belgique, aux Pays-Bas, à New York, à La Réunion, et aussi, en pleine guerre froide, à Moscou et Prague, ou encore en RDA, cette « autre Allemagne », où il réalise au cours de deux séjours (en 1960 et en 1967) son reportage le plus important hors de France. »

« Willy Ronis insiste sur le fait que presque toutes ses photographies sont des « tranches de vie ordinaire ». Jamais avare de commentaires sur ses clichés, délivrant anecdotes et souvenirs avec plaisir et précision, il écrit en 1979, dans Sur le fil du hasard : « Mes chasses joyeuses, je ne les ai vécues que lorsque je volais mon temps à celui que je devais consacrer au travail commandé, ou lorsque le déclic provoqué par un événement inattendu faisait monter la fièvre des grandes émotions. ». Photographe libre et indépendant, Ronis a toujours intimement lié son expérience personnelle à son oeuvre, laquelle se développe et se nourrit également au contact des siens : les portraits de Marie-Anne, sa femme (dont le célèbre Nu provençal), de Vincent, son fils, de ses chats, de ses amis (Capa) et des personnalités rencontrées au cours de sa vie (Sartre, Prévert, Brassaï) témoignent de la même poétique de l’universel que le reste de son oeuvre ; tout comme les nus féminins, qu’il n’a jamais cessé de photographier, ou les autoportraits qui jalonnent sa longue et belle trajectoire. De nombreuses autres oeuvres de Willy Ronis illustrent le goût du photographe humaniste pour la ville de Paris, avec pas moins de dix publications collectives et six publications personnelles. » 

« On retrouve ainsi sa signature dans la majorité des publications dirigées par François Cali dans les années 1950, aux côtés des autres photographes du « Groupe des XV » avec lesquels il défend les intérêts professionnels des photographes. Son oeuvre comporte également des projets où se déploie sa sensibilité propre – ainsi, l’ouvrage Belleville-Ménilmontant, qui paraît en 1954 chez Arthaud avec une préface de Pierre Mac Orlan et une maquette de Roger Excoffon. Consacré à un quartier peu documenté à l’époque, ce livre « exprime un populisme proche de son ami Doisneau, mais dans une veine moins souriante, et restitue la force graphique des paysages urbains uniques à Paris ; où les escaliers et les masures jouent en contrepoint des ciels et des feuillages » (Willy Ronis, préface de Bertrand Eveno, Arles, Actes Sud, 2005). » 

« Son oeuvre est consacrée dès 1951 par Edward Steichen, qui fait de lui l’un de ses Five French Photographers, aux côtés de Brassaï, Henri Cartier Bresson, Robert Doisneau et Izis, en présentant 24 tirages de ses images les plus emblématiques au musée d’Art moderne (MoMA) de New York. Sa photographie Vincent aéromodéliste, prise à Gordes en 1952, est choisie par Steichen pour figurer dans l’exposition « The Family of Man » en 1955. »

« Deux ans plus tard, le photographe reçoit la médaille d’or à la Mostra internazionale biennale di fotografia de Venise. En France, l’oeuvre de Willy Ronis doit attendre la fin des années 1970 pour recevoir une telle consécration. Il obtient en 1979 le grand prix des Arts et Lettres et participe à l’exposition « Dix photographes pour le patrimoine » au Centre Georges Pompidou. Son oeuvre est exposée aux Rencontres internationales de la photographie à Arles l’année suivante où il est l’invité d’honneur. » 

« Sa première donation à l’État, en 1983, donne lieu deux ans plus tard à une exposition de 150 tirages au Palais de Tokyo. Jusqu’à son décès, le 11 septembre 2009, le travail de Willy Ronis est régulièrement mis à l’honneur : lors d’une exposition à l’Hôtel de Ville de Paris en 2005, dans celle que la Bibliothèque nationale consacre à la photographie humaniste en 2006, ou lors de ses deux dernières rétrospectives organisées par le Jeu de Paume, en 2009, pendant les Rencontres d’Arles, à la chapelle Sainte-Anne, en 2010, à la Monnaie de Paris et 2017 au château de Tours. »

LA DONATION WILLY RONIS 

« Le 16 juin 1983, Jack Lang, ministre de la Culture, accepte la donation de Willy Ronis à l’État français de l’ensemble de son oeuvre photographique depuis 1927. Elle comprend l’ensemble de ses négatifs sur plaque de verre et sur support souple, en noir et blanc et en couleur, ainsi que tous les tirages en sa possession. 
À l’occasion de l’exposition d’accueil de la première donation, « Willy Ronis par Willy Ronis », et présentée en 1985 dans les salles du palais de Tokyo, quatre albums de référence de 350 épreuves commentées par l’artiste sont constitués. 
Chaque tirage, généralement de format 24 x 30 cm, est accompagné de commentaires très détaillés du photographe sur les circonstances des prises de vue, le matériel utilisé, les modalités et les difficultés éventuelles de tirage de l’image. Un nouvel album est réalisé à l’occasion de la donation par laquelle Willy Ronis complète le fonds en 1989 puis en 2006. 
Quand Willy Ronis disparaît en 2009, il confirme dans son testament ses donations et les enrichit de ses archives et de sa bibliothèque. Selon sa volonté, l’ensemble du fonds ne sera pas démembré et conservé par la Médiathèque du patrimoine et de la photographie (MPP). Les opérations de succession prennent fin à l’été 2016 et le fonds de Willy Ronis est définitivement affecté à la MPP en septembre de la même année. 
Aujourd’hui, cette donation regroupe 108 000 négatifs, 9 000 diapositives, 20 300 tirages, 6 albums de tirages de référence, les planches-contacts, les archives (agendas, textes manuscrits, correspondances personnelles et professionnelle) ainsi que la bibliothèque. » 

« WILLY RONIS (1910-2009) 
ÉLÉMENTS BIOGRAPHIQUES 

1910 
Naissance à Paris dans une famille juive ayant fui les pogroms en l’Europe de l’Est. Son père est ukrainien, photographe, sa mère lituanienne et musicienne. 
1932 
Willy Ronis rêve d’une carrière de violoniste, il doit seconder son père malade dans l’atelier photographique familial. 
1936 
Son père décédé et l’atelier en faillite, il se lance comme photographe indépendant : un peu de reportage et surtout des illustrations de Paris et de France, avec une spécialisation sur la montagne. Premières publications dans Regards, l’Humanité et Plaisir de France. 
1941-1944 
Pour échapper aux persécutions, il fuit en zone libre et survit de ville en ville sur la Côte d’Azur. Il rencontre sa future femme, Marie-Anne Lansiaux, peintre, communiste engagée et mère du petit Vincent. 
1945-1954 
Période de reportages intenses pour la presse illustrée renaissante. Il intègre l’agence Rapho tout en restant foncièrement indépendant. Il est coopté par le Groupe des XV et expose en 1951 à New York, au MoMA, parmi les représentants de la nouvelle photographie française. 
1954 
Publication de son livre Belleville Ménilmontant aux éditions Arthaud, texte de Pierre Mac Orlan. Ronis quitte l’agence Rapho par affirmation politique, avec l’espoir de vivre de ses illustrations et de ses livres. 
1960 
Décennie difficile pour Willy Ronis, en retrait. Il doit se diversifier : mode, publicité, photo industrielle et enseignement. 
1972 
Quitte Paris pour sa maison secondaire à Gordes (Vaucluse) avec l’assurance d’un poste d’enseignant à Avignon. Il continue ses activités d’illustrateur, de nouveau diffusé par Rapho. 
1979 
Dans une période propice à la reconnaissance des photographes, Willy Ronis se voit honoré du Grand Prix national des Arts et des Lettres. Début de trente années de valorisation de son travail. 
1980 
Première monographie Photographies, Sur le fil du hasard, aux éditions Contrejour, distinguée en 1981 du prix Nadar. Invité d’honneur aux Rencontres d’Arles. 
1983 
Retour à Paris. Première donation à l’État. Willy Ronis en conserve toutefois l’usufruit. 
1990 
Chevalier de la Légion d’honneur puis officier de la Légion d’honneur en 2008. Willy Ronis est sensible aux distinctions, de l’ordre national du Mérite, de la Royal Photographic Society ou de l’université de Warwick (Royaume-Uni). 
2005 
Son exposition « Willy Ronis à Paris » à l’hôtel de ville de Paris attire 500 000 visiteurs. Il est alors le doyen de la photographie française, dernier représentant du courant humaniste et pleinement honoré. 
2009 
Décès à Paris à 99 ans. Les donations de 1983 et 1989 sont confirmées par un legs et complétées par une dation. Déménagement du fonds de Willy Ronis à la Médiathèque de l’architecture et du patrimoine (MAP, future MPP), service du ministère de la Culture. 
2016 
Règlement de la succession, le fonds de Willy Ronis entre officiellement dans les collections de l’État, affecté à la MAP ».

Citations de Willy Ronis 
(« Sur le fil du hasard », L’Isle-sur-la-Sorgue, 1979)

Un « type de sensibilité »
« Je n’ai, à ce jour, acquis aucune certitude et n’en éprouve nul complexe. La nature m’a attribué, pur hasard, un type de sensibilité qui m’a procuré pas mal de tourments mais aussi d’immenses joies. Merci ! J’ai creusé mes sillons avec mon instinct, ma petite honnêteté, chanté ma chanson à mi-voix ; je me suis souvent fait plaisir et cela compense le reste que, par bonheur, on oublie facilement ».

Une « certaine mélancolie »
« On remarque, paraît-il, une certaine mélancolie dans mes photos. Cela s’explique. J’ai eu beaucoup de loisirs forcés au cours de périodes de sous-emploi ; autant meubler ces vides avec la chasse aux images. Mais de telles conditions n’inspirent pas la joie, surtout qu’entre deux pressions sur l’obturateur on se dit qu’on travaille pour le tiroir. Mes chasses joyeuses, je ne les vécus que lorsque je volais mon temps à celui que je devais consacrer au travail commandé, ou lorsque le déclic provoqué par un événement inattendu faisait monter la fièvre des grandes émotions. Mélancolie souvent, mais pas pessimisme ; ça ira mieux demain ».

« La photographie, c’est le regard »
« La photographie, c’est le regard. On l’a ou on ne l’a pas. Cela peut s’affiner, la vie aidant, mais cela se manifeste au départ, avec l’appareil le meilleur marché. En tout état de cause, cela ne figure pas dans les colonnes de matériels qui font rêver les dévoreurs de catalogues ».

« Pour nous autres traqueurs d’imprévu, le surgissement du motif provoque aussitôt le passage à l’acte. Il n’y a pas ce refroidissement que risquent l’écrivain ou le compositeur, s’ils ne sont pas en mesure de transcrire, sur-le-champ, l’écho de leur émotion… Lorsque nous avons déclenché au moment ardemment espéré, où tout semble organisé dans l’ordre le plus juste, la seconde d’enthousiasme passée, surgit l’anxiété : est-ce bien dans la boîte !? »

« C’est la perception du temps fort qui commande le déclic, cet instant où nous estimons, au terme d’un rapide balayage du champ couvert par le viseur, que nous tenons, rassemblées dans une composition idéale, les diverses figures articulant ce ballet dont le chorégraphe, souvent génial, a pour nom le Hasard ».

« Faire la photo d’abord, réfléchir ensuite – si j’en ai le temps – ou penser aussitôt après que j’ai peut-être déclenché trop vite et voir si je peux recommencer, en mieux. Surtout ne jamais perdre du temps à peser soigneusement ceci ou cela ».

« L’aventure ne se mesure pas au nombre de kilomètres... L’émotion, si vous en êtes digne, vous l’éprouverez devant le sourire d’un enfant qui rentre avec son cartable, une tulipe dans un vase sur lequel se pose un rayon de soleil, le visage de la femme aimée, un nuage au-dessus de la maison ».

« Transformer le désordre en harmonie, c’est la quête constante du chasseur d’images. Cela conduit-il tout droit au maniérisme froid !? N’en croyez rien. Une photo signifiante, c’est une photo fonctionnelle, dans le plus beau sens du terme, et l’on sait depuis longtemps, par l’étude morphologique des oiseaux ou des poissons, par les travaux des stylistes sur les objets usuels, que la pureté des formes est le résultat d’une adéquation aboutie à leurs fonctions. Et la fonction d’une photo, c’est sa capacité immédiate à synthétiser son propos. Le photographe ne se promène pas, bien sûr, avec la grille du nombre d’or dans le viseur, mais il l’applique généralement par intuition, avec l’inévitable et heureux infléchissement de sa sensibilité. La belle image, c’est une géométrie modulée par le cœur ».



Du 15 octobre 2025 au 08 février/02/2026 
A l’Hôtel Fontfreyde - Centre photographique
34, rue des Gras. 63000 Clermont-Ferrand
Tél. : 04 73 42 31 80
Le mardi, mercredi, jeudi, vendredi et samedi de 13h30 à 19h.
Gratuit.
Visuel :
Willy Ronis, Île Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), 1956.
© Donation Willy Ronis, ministère de la Culture (France), Médiathèque du patrimoine et de la photographie, diff. GrandPalaisRmn Photo

Du 4 février au 28 mai 2023
Au Musée de Pont-Aven 
Place Julia. 29930 PONT-AVEN 
Tél. : 02 98 06 14 43 
Tous les jours de 10h à 18h sauf le lundi 
Visuels :
Affiche
Willy Ronis, Fête foraine, boulevard Garibaldi, Paris, 1955
© Donation Willy Ronis, ministère de la Culture, MPP, diff. RMN-GP

Willy Ronis, Le repos du dimanche, Champigny-sur-Marne (Seine)
© Donation Willy Ronis, ministère de la Culture, MPP, diff. RMN-GP

Willy Ronis, Autoportrait, Paris, 1947
© Donation Willy Ronis, ministère de la Culture, MPP, diff. RMN-GP

Willy Ronis, Train Corail, 1990
© Donation Willy Ronis, ministère de la Culture, MPP, diff. RMN-GP

Willy Ronis, Cyclotourisme, environs de Paris, 1937
© Donation Willy Ronis, ministère de la Culture, MPP, diff. RMN-GP

Willy Ronis, Bal du 14 Juillet dans l’île Saint-Louis, Paris, 1961
© Donation Willy Ronis, ministère de la Culture, MPP, diff. RMN-GP

Willy Ronis, Mendiant-musicien, boulevard Richard-Lenoir, Paris, 1946
© Donation Willy Ronis, ministère de la Culture, MPP, diff. RMN-Grand Palais

Willy Ronis, Le club du Vieux Colombier, Paris, 1949
© Donation Willy Ronis, ministère de la Culture, MPP, diff. RMN-GP

Willy Ronis, Le bateau-mouche, Paris, 1949
© Donation Willy Ronis, ministère de la Culture, MPP, diff.
RMN-Grand Palais

Willy Ronis, Dans une cave, rue de la Huchette, Paris, 1957
© Donation Willy Ronis, ministère de la Culture, MPP, diff. RMN-GP

Willy Ronis, Fête foraine, boulevard Garibaldi, Paris, 1955
© Donation Willy Ronis, ministère de la Culture, MPP, diff. RMN-GP

Du 19 mai au 10 octobre 2021
78, Boulevard de la Reine. 78000 Versailles
Du mercredi au dimanche de 14h à 18h
Tél. : 01 30 97 28 66
Visuels :
Affiche 
Willy Ronis, Dans le parc du château de SansSouciPotsdam (RDA), 1967
© Donation Willy Ronis, Ministère de la Culture, Médiathèque de l’architecture et du patrimoine, diff.RMNGP

Rencontres franco-allemandes, organe de l’association EFA, n° 50, janvier 1968 © donation Willy Ronis, ministère de la Culture – MAP, diff. RMN-GP


Du 20 mai au 30 septembre 2021
247 Route du Palais des Sports. 74120 Megève
Visuels :
Willy Ronis 
Place de la République, 14 juillet 1936, Paris
Île Saint-Denis, nord de Paris, 1956
Jeanne et Jacques, près de Paris, 1937
Le Nu provençal, Gordes 1949
La forge chez Renault, Boulogne-Billancourt 1950

"
Le Belleville de Willy Ronis / Suzhou / Maracanapar Fabrice Michelin

France, 2019
Sur Arte le 11 janvier 2019 à 16 h 30

Du 28 juin au 29 octobre 2017

Au Jeu de Paume - Château de Tours 

25, avenue André Malraux 37000 Tours
Tél. : 02 47 21 61 95
Du mardi au dimanche de 14 h à 18 h • Fermeture le lundi

Du 28 avril au 16 juin 2013
Au Museu Da Imagem e Do Som (MIS), São Paulo
Av. Europa, 158 - Jardim Europa, São Paulo, 01449-000, Brésil
Tél. : + 55 11 2117-4777
Du mardi au vendredi de 12 h à 22 h. Dimanche de 11 h à 21 h

Du 22 mars au 11 mai 2013
A la Galerie Camera Obscura
268, boulevard Raspai, 75006 Paris
Tél. : + 33 1 45 45 67 08
Du mardi au vendredi de 12 h à 19 h et le samedi de 11 h à 19 h
Vernissage le 21 mars 2013 à 18 h.

Jusqu’au 22 août 2010
Willy Ronis, une poétique de l’engagement
A la Monnaie de Paris
11, quai de Conti, 75006 Paris
Tél. : 01 40 46 56 66
Du mardi au dimanche de 11h à19h, jeudi de 11h à 21h30
Fermeture le lundi
et
Willy Ronis
A l’Espace Simiane 
Mairie, 84220 Gordes
Tél. : 04 90 72 98 64
De 14 h à 18 h

Jusqu’au 3 octobre 2010
Willy Ronis, photographe d’un siècle
Au musée de l’Hôtel-Dieu
1, rue Thiers, 78200 Mantes-la-Jolie
Tél : 01 34 78 86 60
Du lundi au vendredi (sauf mardi) de 13h à 18h. Samedi de 9h à 12h et de 13h à 19h. Dimanche de 13h à 19h

Visuels de haut en bas :
Willy Ronis, Autoportrait aux flashes, Paris, 1951
Tirage argentique
30 x 24 cm
Ministère de la culture et de la communication, Médiathèque de l'architecture et du patrimoine.
Photo Willy RONIS © Ministère de la culture et de la communication & Stéphane Kovalsky / dist. Agence Rapho

Affiche reprenant Le Nu provençal, Gordes (Vaucluse), 1949
Tirage argentique
40 x 30 cm
Ministère de la culture et de la communication, Médiathèque de l'architecture et du patrimoine.
Photo Willy RONIS © Ministère de la culture et de la communication & Stéphane Kovalsky / dist. Agence Rapho

Willy Ronis, Usine Lorraine-Escaut, Sedan, 1959
Tirage argentique
33 x 26 cm
Succession Willy Ronis, Ministère de la culture et de la communication & Stéphane Kovalsky.
Photo Willy RONIS © Ministère de la culture et de la communication & Stéphane Kovalsky / dist. Agence Rapho

Willy Ronis, Londres, Picadilly Circus le jour, 1955
Tirage argentique
25 x 17 cm
Succession Willy Ronis, Ministère de la culture et de la communication & Stéphane Kovalsky.
Photo Willy RONIS © Ministère de la culture et de la communication & Stéphane Kovalsky / dist. Agence Rapho

Willy Ronis, Le Vigneron girondin, 1945
© Succession Willy Ronis-Diffusion Agence Rapho

Willy Ronis, Carrefour Sèvres-Babylone, Paris, 1948
Tirage argentique
50 x 40 cm
Succession Willy Ronis, Ministère de la culture et de la communication & Stéphane Kovalsky.
Photo Willy RONIS © Ministère de la culture et de la communication & Stéphane Kovalsky / dist. Agence Rapho

Willy Ronis, Karl-Marx Stadt, 1967
Tirage argentique
40 x 60 cm
Succession Willy Ronis, Ministère de la culture et de la communication & Stéphane Kovalsky.
Photo Willy RONIS © Ministère de la culture et de la communication & Stéphane Kovalsky / dist. Agence Rapho

Willy Ronis, Rue Tholozé, Montmartre, Paris, 1956
© Succession Willy Ronis-Diffusion Agence Rapho

Les Amoureux de la Bastille, Paris
1957
Willy Ronis
Photographie Willy Ronis
© ministère de la Culture et de la Communication

Willy Ronis, Volendam, Hollande, 1954
Tirage argentique
30 x 40 cm
Ministère de la culture et de la communication, Médiathèque de l'architecture et du patrimoine.
Photo Willy RONIS © Ministère de la culture et de la communication & Stéphane Kovalsky / dist. Agence Rapho

Willy Ronis, Jardins du Trocadéro, 1970
© Succession Willy Ronis-Diffusion Agence Rapho

Willy Ronis, Lorraine en hiver, 1954
Tirage argentique
36 x 26 cm
Ministère de la culture et de la communication, Médiathèque de l'architecture et du patrimoine.
Photo Willy RONIS © Ministère de la culture et de la communication & Stéphane Kovalsky / dist. Agence Rapho

La Péniche aux enfants, Paris
1959
Willy Ronis
Photographie Willy Ronis
© ministère de la Culture et de la Communication

Place Vendôme
Paris, 1947
Willy Ronis
Photographie Willy Ronis
© ministère de la Culture et de la Communication

Willy Ronis, Fondamente Nuove, Venise, 1959
Tirage argentique
40 x 30 cm
Ministère de la culture et de la communication, Médiathèque de l'architecture et du patrimoine.
Photo Willy RONIS © Ministère de la culture et de la communication & Stéphane Kovalsky / dist. Agence Rapho

Willy Ronis, Marché aux puces, 1948
Tirage argentique
40 x 30 cm
Succession Willy Ronis, Ministère de la culture et de la communication & Stéphane Kovalsky.
Photo Willy RONIS © Ministère de la culture et de la communication & Stéphane Kovalsky / dist. Agence Rapho
Les citations sont extraites des dossiers de presse.
 Cet article a été publié le 12 août 2010, puis les 3 mai et 3 juin 2013, 19 octobre 2015, 17 décembre 2016, 27 octobre 2017, 12 janvier 2019, 4 octobre 2021, 23 mai 2023. Il a été modifié le 2 février 2026.