Né dans une famille juive berbère de Constantine (Algérie), proche des groupes CoBrA (Copenhague/Bruxelles/Amsterdam, 1948-1951), Jean-Michel Atlan (1913-1960) était un artiste souvent présenté comme représentant du mouvement artistique de l'après-guerre dénommé l’abstraction lyrique. Intéressé par la mystique, le sacré, la magie, l’érotique et les Judéo-berbères (La Kahena, 1958), il dessine des figures de totems dans ses tableaux. La galerie Ingert présente l’exposition « Jean-Michel Atlan. Le règne du signe »."Machine à déchirer la nuit
Nous avons recouvert le visage des jours
Murmure demeuré vivant
Oriflamme de la furie des étés"
Atlan, 1940 (Des mots pour un orage)
« Mes formes ne sont ni abstraites ni figuratives, elles se contentent d’exister avec une violence intolérable. La peinture va beaucoup plus loin qu’on l’imagine. Nous qui croyons faire de l’art, nous remuons aussi des forces magiques infiniment redoutables. Cette magie est avant tout rythme, car c’est le rythme qui est à l’origine du souffle et de la vie, c’est le rythme qui invente les formes, c’est le rythme qui insuffle à la danse ce quelque chose de sacré qui anime aussi la peinture... L’essentiel pour un peintre n’est pas tant dans sa vision de la réalité mais bien plutôt dans la réalité de sa vision », écrit Jean-Michel Atlan dans une Lettre aux amis japonais (8 décembre 1959).Étonnant parcours que celui de l’inclassable Jean-Michel Atlan.
Jean-Michel Atlan est né en 1913 dans une famille Juive berbère de Constantine (Algérie), dont le père étudie la Kabbale.
En 1933, Jean-Michel Atlan obtient sa licence de philosophie à l’université parisienne de la Sorbonne – son diplôme est consacré à la dialectique marxiste -, tout en devenant momentanément le garde du corps de Trotski et en s’intéressant à l’effervescence artistique.
Alors, Atlan dessine et écrit, s’intéresse à la magie africaine et aux religions extrême-orientales, s’installe avec son épouse Denise rue de La Grande-Chaumière, quartier artistique parisien.
En juin 1942, ce résistant est arrêté et condamné à mort. Il sauve sa vie en simulant la folie à l'hôpital Sainte-Anne, est libéré le 18 août 1944 et rejoint de nouveau la Résistance. Son frère Paul Atlan est tué lors du débarquement Allié en Provence.
En 1944, paraît le recueil de poèmes Le Sang profond de Jean-Michel Atlan .
Les œuvres picturales de cet artiste sont exposées dès 1944. Elles attirent l’attention de Gertrude Stein lors de sa visite dans son atelier.
Atlan illustre Description d’un combat de Kafka et expose à la Galerie Maeght.
Proche des groupes CoBrA (Copenhague/Bruxelles/Amsterdam, 1948-1951) et surréaliste et de l’expressionnisme abstrait, Atlan se garde des dogmatismes artistiques. Il est de « ceux qui inventent la deuxième abstraction », a déclaré le galeriste parisien Jacques Elbaz .
D’abord apprécié essentiellement au Japon, cet artiste voit son talent reconnu lors de son exposition à la galerie Bing, à Paris, en novembre 1956.
Ce créateur aussi de lithographies et de décor pour théâtre meurt prématurément en février 1960, à l’âge de 47 ans, d’un cancer.En 2002, la galerie Jacques Elbaz a présenté 16 peintures de grands formats du peintre Jean-Michel Atlan qui a conféré un effet « feutre » et « sable » à ses couleurs de Terre. Ses formes noires surprenaient par leur dynamisme grave. Parfois dans ces œuvres fortes, on croyait deviner du figuratif (verre, pellicule de film). C’était la première fois depuis la rétrospective du Musée national d’Art moderne de Paris (1963) qu’étaient exposées ces huiles sur toiles peintes entre 1955, date de sa reconnaissance internationale comme peintre majeur, et 1959. Cinq ans de maturité et seize toiles au format inhabituel chez Atlan.
Le musée de Tel-Aviv consacra une rétrospective à Atlan en 1964, puis le Centre Pompidou consacre cet artiste qui aimait le pastel en 1980.
Généralement noir, un liseré encadrait une œuvre aux formes noires vivantes qui maillent, plus ou moins densément, l’espace. Leur allant, leurs arrondis finis soudain en angles menaçants, la gravité qui les immobilise parfois, les tonalités qu’elles délimitent ou abritent, composent une œuvre complexe évoquant un labyrinthe dont on chercherait l’issue, parmi tant de chemins complexes.
Atlan semble apposer une « grille » irrégulière foncée laissant apercevoir des touchés de velours. Il donne du relief par des proximités de couleurs claires, faussement symétriques, et leurs contrastes avec les formes sombres. Des teintes non uniformes, des dégradés, des pastels donnent une transparence, une respiration, tranchant avec des bordeaux ou gris soutenus.
L’œuvre libre souvent encadrée d’un liseré noir, d’où naissent ou aboutissent des formes noires. Ces formes souples ressemblent à des traits opaques, qui se subdivisent ou incluent des ovales colorés. Elles semblent mailler lâchement l’espace. Parfois, un halo longe ces formes noires. Atlan enserre ses couleurs ou appose une grille noire laissant voir au travers ces espaces teintés si doucement qu’ils évoquent le touché du velours. Dans ces ovales ou triangles, une ou deux couleurs. Les teintes non uniformes ou pastels donnent une transparence, allègent une composition forte. Parfois, comme un aspect vitrail. Formes plus ou moins oppressantes, mais leur dynamisme, le mouvement qui les anime les rend supportables. Un aspect ludique, comme un labyrinthe dont on chercherait la voie pour sortir parmi tant de chemins complexes...
En 2013, le LAAC de Dunkerque présenta des œuvres du peintre, auteur de lithographies et écrivain Jean-Michel Atlan (1913-1960) dans le cadre de l’exposition CoBrA, sous le regard d’un passionné.
La galerie Jacques Elbaz présente des œuvres de Jean-Michel Atlan.
La galerie Jacques Elbaz présente des œuvres de Jean-Michel Atlan.
« Jean-Michel Atlan. Le règne du signe »
La galerie Ingert présente l’exposition « Jean-Michel Atlan. Le règne du signe ».
Amandine Piel, Coordinatrice de la gestion scientifique des collections, Fonds d'art contemporain-Paris collections, la présente ainsi :
« Dès sa première exposition en décembre 1944, Jean-Michel Atlan (1913–1960) s’impose sur la scène artistique parisienne par son univers singulier chargé de signes. Décrit comme chaman ou magicien par le critique Michel Ragon, Atlan explore les tendances de l’informel à l’abstraction lyrique, sans jamais se laisser réduire à ces mêmes étiquettes. Au travers de la vingtaine d’oeuvres d’art graphique qui composent cette exposition – parmi lesquels plusieurs pastels inédits –, on assiste à la quête de l’artiste vers un nouveau langage plastique. En effet Jean-Michel Atlan après s’être laissé traverser par les mots en tant que professeur de philosophie et poète, laisse désormais aux formes l’initiative du geste. Encre de Chine, lavis, pastel : Atlan expérimente différentes techniques pour répondre aux besoins de ses formes. Les fonds crayeux desquels elles émergent sont patiemment travaillés par l’artiste au graphite, rappelant son expérience lithographique initiée en 1945 à l’atelier Mourlot. »
« Témoignage de sa force créatrice, les formes tracées sans repentir se réinventent sans cesse, s’aiguisent et s’humanisent. L’animisme semble s’emparer d’elles : les plantes parlent, les pierres se meuvent, les oiseaux se métamorphosent. Messagers spirituels porteurs d’espoir, ces derniers constituent une part importante de la riche mythologie personnelle de l’artiste. Mais si le vivant affleure un peu partout dans son oeuvre, Atlan n’attribue que rarement des titres descriptifs car les formes constituent chez lui l’expression d’un sentiment intérieur. Les pastels rassemblés ici ne font pas exception et nous amènent à considérer la spontanéité du geste de l’artiste avant tout. Artisan coloriste, Atlan s’empare pleinement de la préparation des pigments qu’il n’utilise pas ici pour remplir, mais pour révéler le signe. Sous-jacent dans son oeuvre, il est l’expression des réminiscences visuelles de l’enfance constantinoise de l’artiste, marquée tout à la fois par la culture hébraïque, musulmane mais aussi l’artisanat berbère. Signes calligraphiques ou idéogrammes tifinagh transparaissent dans ses tracés avec constance, comme si Atlan cherchait à se souvenir d’un langage premier. »
« L’authenticité de sa démarche lui vaudra l’intense intérêt de nombreux artistes, dont Asger Jorn qui vient à sa rencontre dès 1945. Il fera de l’atelier d’Atlan situé au 16 rue de la Grande Chaumière, le laboratoire créatif du groupe CoBrA. Sur la suggestion de Michel Ragon, Atlan est choisi pour représenter la peinture abstraite au salon Corner de Copenhague en 1948. À cette occasion, il réalise plusieurs projets préalables à l’élaboration de la couverture du catalogue de l’exposition, qui constituent en réalité des oeuvres à part entière. Bien que régulièrement classé comme abstrait, Atlan déclare : « les formes les plus valables ne sont à proprement parler ni abstraites ni figuratives (...) Lorsqu’une forme, si abstraite soit-elle, se met tout à coup à vivre sur la toile, elle cesse d’être “abstraite” : elle vit, elle prend aux entrailles, elle est réelle. ». Créé il y a bientôt un siècle, cet ensemble d’oeuvres marqué par le geste incarné d’Atlan met en évidence que loin d’être un simple motif, le signe fut avant tout le révélateur de sa quête artistique pour atteindre un langage universel. »
Anissa Bouayed et Amandine Piel ont écrit l’article « Jean-Michel Atlan : L'empreinte algérienne sur la modernité d'après-guerre » (Jean-Michel Atlan: An Algerian Imprint on Postwar Modernity) publié sur le site Internet du MoMA (Museum of Modern Art) à New York :
« Jean-Michel Atlan (1913-1960) – qui signait simplement Atlan –est le plus souvent considéré comme l’un des représentants de l’abstraction lyrique, mouvement qui marqua la scène parisienne dans l’après-guerre. Né dans la casbah de Constantine, au sein d’une famille juive berbère, comme il aimait à le rappeler,2 son enfance algérienne a contribué à donner formes et couleurs à son imaginaire singulier de peintre. Les parents d’Atlan concilient tradition et modernité, inscrivent leurs enfants à l’école talmudique mais également à l’école laïque française. Imprégné de la lecture mystique des textes sacrés, son père lui transmet aussi la connaissance de la kabbale, sujet qui accompagnera l’artiste tout au long de sa vie...
La question du mouvement et du geste va donc être centrale dans son œuvre. Depuis ses premiers dessins à l’encre de Chine jusqu’au recueil illustré de ses pastels, Les Miroirs du Roi Salomon, qui paraît à titre posthume, la calligraphie se révèle une écriture particulièrement importante pour l’artiste tout au long de sa carrière.
».
Atlan, Peintures - Grands formats. Galerie Jacques Elbaz, 2002
A la galerie Ingert
46, rue Madame. 75006 Paris
Tél. : +33 (0)1 45 31 98 38
Lundi au vendredi : 10h-13h et 14h-18h
Samedi : Sur rendez-vous
Visuels :
JEAN-MICHEL ATLAN (1913-1960)
Sans titre, 1947
Pastel sur papier
50 x 65 cm | 19.7 x 25.6 in
JEAN-MICHEL ATLAN (1913-1960)
Sans titre, 1947
Pastel sur papier
65 x 50,5 cm | 25.6 x 19.8 in
Du 30 mars au 23 juillet 2016
A la galerie Jacques Elbaz
1, rue d'Alger - 75001 PARIS
Tél. : +33 (0) 1 40 20 98 07
Du mardi au samedi de 10 h 30 à 12 h 30 et de 14 h à 18 h 30
CoBrA, sous le regard d’un passionné Jusqu’au 3 mars 2013
Au LAAC, lieu d’Art et Action contemporaine
Dunkerque
Pont Lucien Lefol
Jardin de sculptures
59140 Dunkerque
Tél. : 03 28 29 56 00
Tous les jours sauf le lundi, de 10 h à 12 h 15 et de 14 h à 18 h
Au LAAC, lieu d’Art et Action contemporaine
Dunkerque
Pont Lucien Lefol
Jardin de sculptures
59140 Dunkerque
Tél. : 03 28 29 56 00
Tous les jours sauf le lundi, de 10 h à 12 h 15 et de 14 h à 18 h
Articles sur ce blog concernant :
Cet article a été publié le 21 février 2013, puis le 20 juillet 2016.



































































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