Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

mercredi 21 janvier 2026

Jacques-Louis David (1748-1825)

Jacques-Louis David (1748-1825) était un peintre néo-classique et député à la Convention français. Il a rompu avec le style rococo du XVIIIe siècle et revendiquait le classicisme de Nicolas Poussin et des idéaux esthétiques grecs et romains, tout en visant à « régénérer les arts en développant une peinture que les classiques grecs et romains auraient sans hésiter pu prendre pour la leur ». Engagé politiquement – il a voté la mort du roi Louis XVI, soutenu Robespierre, emprisonné lors de la réaction thermidorienne - et artistiquement dans la Révolution française, il a organisé des fêtes révolutionnaires. Membre de l’Institut, cet artiste impérial admirait Napoléon Bonaparte auquel il a consacré son célèbre tableau Le Sacre de Napoléon. Sous la Restauration, il s’exile à Bruxelles (Belgique). Il a influencé plusieurs générations d’artistes en Europe et une quarantaine d’élèves - Girodet, Gérard, Gros et Ingres - se sont formés dans son atelier. Le musée du Louvre propose la rétrospective « Jacques-Louis David ». 

Jacques-Louis David (1748-1825)  
« Le Dernier sacre »

Cette rétrospective du peintre Jacques-Louis David (1748-1825) permet d'admirer les tableaux ayant illustré nos manuels d'histoire de la Révolution française et de l'Empire, et de découvrir un artiste engagé politiquement dans les moments les plus tragiques, violents de la Révolution française. Il a immortalisé des évènements historiques de cette période en faisant parfois oeuvre de propagandiste.

« David est un monument. « Père de l’École française », « régénérateur de la peinture », il a créé des images qui hantent aujourd’hui encore notre imaginaire collectif : Marat assassiné, Bonaparte franchissant les Alpes, le Sacre de Napoléon… C’est à travers le filtre de ses tableaux que nous nous représentons les grandes heures de la Révolution et de l’Empire napoléonien, et dans ses portraits que revit la société de cette époque. »

« À l’occasion du bicentenaire de sa mort en exil à Bruxelles en 1825, le musée du Louvre offre une nouvelle vision sur une personnalité et un oeuvre d’une richesse et d’une diversité exceptionnelles. L’exposition met en lumière la force d’invention et la puissance expressive de la peinture de Jacques-Louis David (1748-1825), plus chargée de sensations que ce que l’imposante rigueur de ses tableaux laisse penser. »

« L’exposition, qui embrasse la longue carrière d’un artiste ayant connu six régimes politiques et participé activement à la Révolution, réunit une centaine de prêts exceptionnels, dont l’imposant fragment du Serment du Jeu de Paume (dépôt du musée du Louvre au château de Versailles) et la version originale du célèbre Marat assassiné (Musées royaux des Beaux-arts de Belgique, Bruxelles), sommet de son art. »

« Seul le Louvre est en mesure de relever un tel défi car il conserve le plus important ensemble au monde de peintures et de dessins de l’artiste, à commencer par ses toiles de très grand format. La dernière grande monographie consacrée à David avait été organisée au Louvre et au château de Versailles, en 1989 pour les célébrations du bicentenaire de la Révolution. »

« À la lumière des recherches menées ces trente dernières années, l’exposition de 2025 présente une nouvelle synthèse qui donne à voir la richesse inédite d’un parcours qui mêle l’artistique et le politique. Car il ne fut pas qu’un artiste témoin de cette période fondatrice de l’histoire de France qui court de 1748 à 1825 : il voulut en être un acteur de premier plan. Nul autre peintre n’a autant surplombé son époque, tant par son rayonnement artistique étendu sur l’Europe entière, que par les hautes fonctions politiques qu’il a occupées en 1793-1794 aux côtés de Robespierre, dont il paya le prix comme exilé politique à la chute de Napoléon. »

« S’agissant d’une rétrospective, le parcours de l’exposition suit un plan chronologique, précédé d’un prologue évoquant la laborieuse quête du Prix de Rome, que David échoue par quatre fois à obtenir. »

« L’exposition met l’accent sur plusieurs thèmes forts qui permettent de comprendre en quoi l’art de David nous parle aujourd’hui tout particulièrement. »

« David, homme à la nature complexe et difficilement saisissable, adulé par les uns et haï par les autres, est pétri des contradictions, mais aussi des espérances et de l’énergie qui sont celles d’une des époques les plus fécondes, les plus instables et les plus bouillonnantes de l’histoire de France, un moment fondateur de notre modernité. Regarder l’oeuvre de David, c’est poser la question de l’engagement dans une société en pleine mutation. »

« Son engagement politique se construit peu à peu, sous l’Ancien Régime, dans les cercles libéraux favorables à une monarchie constitutionnelle, pour lesquels il peint la mythique Mort de Socrate (New York, Metropolitan Museum). Puis il se rapproche de Robespierre, est élu député de Paris et vote la mort de Louis XVI. Pendant les deux ans de la Terreur (1793-1794), il occupe plusieurs postes éminents, notamment : membre du Comité de l’Instruction publique, président du club des Jacobins, membre du Comité de Sûreté générale, et même président de la Convention nationale. Il organise les grandes fêtes révolutionnaires, les funérailles nationales et les panthéonisations, peint les tableaux des martyrs de la Révolution : Le Peletier, Marat et le jeune Bara. A la chute de Robespierre, il échappe de justesse à la guillotine, est emprisonné en 1794 et assigné à résidence en 1795. A partir de 1799, fasciné par Bonaparte, dont il exécute le célèbre portrait à cheval franchissant les Alpes, à la fois produit de la Révolution et celui qui réussit à la clore, il se met à son service. Après la proclamation de l’Empire, il se rêve en nouveau Le Brun, ce que Napoléon, méfiant, ne lui concèdera jamais. Premier peintre de l’Empereur, il immortalise la scénographie du pouvoir dans le tableau du Sacre. Avec le retour des Bourbons sur le trône, en tant que régicide, il doit s’exiler mais rapidement le gouvernement cherche à faire revenir à Paris le « père de l’Ecole française ». En vain. Il s’installe dans le rôle du Commandeur à qui l’Europe entière, du roi de Prusse à Géricault, vient rendre hommage pendant que ses tableaux ouvrent le parcours du premier musée d’art contemporain, le musée des artistes vivants, inauguré à Paris en 1818 au palais du Luxembourg. »

« Tout cela pourrait n’être qu’un rappel biographique si l’expression artistique de David n’était pas aussi intimement liée à son engagement politique, qu’il soit profondément sincère sous la Révolution ou opportuniste sous l’Empire. David offre l’exemple rare d’un cas dans lequel on ne peut pas dissocier l’homme et l’oeuvre sans dévitaliser l’un et l’autre. Il est guidé par une éthique de l’action, sous-tendue par la notion de gloire : « peindre c’est agir ». Homme très cultivé, au fait des réflexions de l’élite intellectuelle, la peinture est pour lui un instrument du changement politique et moral. Son art est d’essence publique et doit avoir un impact sur la société. »

« David fait le choix classique pour s’adresser à son époque et cela va lui permettre de mettre en image l’air du temps. En se référant à l’antique, le peintre va incarner les aspirations d’hommes et de femmes qui passent du statut de sujets d’un monarque à celui de citoyens. Travaillant toujours simultanément à ses deux domaines de spécialité que sont la peinture d’histoire et le portrait de ses contemporains, il avance dès lors d’un pas sûr dans son époque en s’employant à révéler la continuité entre deux espacetemps : son présent historique et l’Antiquité héroïque. Aussi, l’épithète « néoclassique », souvent associée à son inspiration est-elle insuffisante car elle tend à la réduire à un formalisme abstrait. Or, au centre de l’art de David réside un véritable projet artistique bien sûr, mais aussi politique, moral et social. »

« Le premier point culminant des débuts de la carrière de David est le grand coup frappé en 1784 avec le Serment des Horaces (musée du Louvre). Ce tableau à la modernité radicale, qui étonna par son audace et l’austérité de sa composition l’Europe entière, est considéré comme « l’an I de la peinture moderne ». Il anticipe le Serment du jeu de paume, toile monumentale destinée à célébrer cet événement fondateur de la Révolution qu’il ne terminera jamais, le temps de l’histoire étant plus rapide que celui de la peinture.  »

« Puis il exécute ce qui est considéré comme l’icône de la Révolution : Marat assassiné, tableau qui réalise la fusion idéale de la peinture d’histoire, de la peinture religieuse, du sujet contemporain et du portrait et sur lequel Baudelaire, quelque 50 ans plus tard, écrit l’un de ses plus beaux textes. Avec Bonaparte franchissant les Alpes, en 1800, ce tableau constitue l’une des plus puissantes images de communication politique, celle qui, par sa radicalité, s’inscrit définitivement dans la mémoire. »

« Il revient sur le devant de la scène en 1799 avec Les Sabines, oeuvre où les femmes jouent le rôle central, car ce sont elles qui arrêtent les guerres fratricides entre Romains et Sabins. Ce tableau de la réconciliation après la Révolution est contemporain de ses plus célèbres portraits de femmes, en particulier celui de Madame Récamier laissé inachevé à la suite d’une brouille avec son modèle ou celui de Madame de Verninac, la sœur d’Eugène Delacroix. Dans ces œuvres, il attache une grande importance à la mode à l’antique, dont il avait été l’un des promoteurs au théâtre. »

« Son goût pour le théâtre l’incite à produire ce qu’on pourrait qualifier de première « installation immersive» de l’histoire de l’art. En effet, il expose son tableau des Sabines, puis celui du Sacre et sa dernière toile Mars et Venus, face à un grand miroir da façon que les visiteurs soient immergés dans la peinture. David est aussi un expérimentateur.  »

Dans les dernières années de sa vie, exilé à Bruxelles, il produit des œuvres mythologiques, grinçantes souvent, sarcastiques pour certaines, dérangeantes parfois, où le réalisme ronge peu à peu un idéal qui se dissout dans la société prosaïque et temporairement pacifiée des années 1820. »

« L’une des constantes de la vie et de l’art de David est sa fervente défense de la liberté, tant politique qu’artistique. En raison de l’action conjuguée de son immense talent et de sa conscience politique, il a eu l’autorité nécessaire pour imposer une réforme des arts qui allait bien au-delà de la « régénération » souhaitée par les autorités à la fin de l’Ancien Régime et qui a contraint les générations suivantes à se situer par rapport à elle. »

« La manière dont il a dirigé le plus grand atelier de l’histoire de la peinture, avec celui de Rubens au XVIIe siècle, en est une manifestation éclatante. David va former trois générations de peintres issus de toute l’Europe et qui domineront la scène artistique jusqu’au milieu du XIXe siècle. Il y revendique dès le début la liberté de l’artiste, en réaction au système académique qu’il juge sclérosé. Le premier atelier, qui rassemble parmi les plus brillants de ses élèves (Gérard, Girodet, Gros), fonctionne sur le mode de l’émulation. »

« David est un artiste qui s’est sans cesse réinventé, notamment au contact de ses élèves, loin de l’image monolithique que l’on peut avoir de lui. L’exposition présente dans plusieurs espaces du parcours des oeuvres de ses élèves en contrepoint des siennes et tout particulièrement d’Ingres, qui trahit les principes du maître. Cela permet de sortir David de son isolement et d’évoquer les logiques d’émulation, imitation, incompréhension ou rejets entre David et ses contemporains. Cet atelier est aussi le premier largement ouvert aux femmes, ce qui est pour lui une autre façon de contester les règles de l’Académie. »

Le commissariat est assuré par Sébastien Allard, conservateur général du Patrimoine, directeur du département des Peintures et Côme Fabre, conservateur du Patrimoine au département des Peintures, assistés d’Aude Gobet, cheffe du service d’Étude et de Documentation du département des Peintures, musée du Louvre.



CHRONOLOGIE

« 30 août 1748 : naissance de David à Paris dans un milieu artistique aisé et cultivé.

10 mai 1774 : mort de Louis XV, début du règne de Louis XVI.
Août 1774 : David remporte le Grand Prix de l’Académie.

Novembre 1775 - Juillet 1780 : premier séjour de David à Rome.

16 mai 1782 : il épouse Charlotte Pécoul, fille d’un riche entrepreneur en bâtiments.

23 août 1783 : David est reçu académicien en qualité de peintre d’histoire, statut le plus élevé pour un artiste.

28 août 1784 : Jean-Germain Drouais, élève talentueux et préféré de David, remporte le Grand Prix de peinture.
Octobre 1784 à août 1785 : deuxième séjour à Rome de David, accompagné de son épouse et de Drouais.

Août-septembre 1785 : David expose le Serment des Horaces à Rome dans son atelier, puis à Paris au Salon.

1786 : David fréquente le cercle de Charles Louis et Charles Michel Trudaine, puissants financiers éclairés, chez qui il se lie d’amitié avec André Chénier.

24 novembre 1787 : David devient membre de la franc-maçonnerie.

26-28 avril 1789 : émeutes de la faim à Paris, durement réprimées.

5 mai 1789 : Louis XVI réunit les États Généraux du royaume pour résoudre la crise financière et politique.
20 juin 1789 : 576 députés se réunissent dans la salle du Jeu de Paume et décident de doter la France d’une constitution.

17 septembre 1792 : David est élu député à la Convention nationale et participe au vote, 4 jours plus tard, de l’abolition de la monarchie.

16 janvier 1793 : fin du procès de Louis XVI.
David vote la mort, comme 386 autres députés.
21 janvier 1793 : exécution de Louis XVI.
13 juillet 1793 : la Convention demande à David d’organiser le convoi funèbre de Marat qui vient d’être assassiné par Charlotte Corday.
10 août 1793 : fête de l’Unité et de l’Indivisibilité de la République organisée par David.
14 septembre 1793 : David est nommé membre du Comité de sûreté générale.
16 octobre 1793 : David expose Marat et Le Peletier dans la cour du Louvre, le jour même de l’exécution de Marie-Antoinette.

5-21 janvier 1794 : David préside la Convention nationale.

27 juillet 1794 (9 thermidor an II) : la Convention vote le décret d’arrestation de Robespierre, guillotiné le lendemain.
2 août 1794 : David est arrêté et incarcéré jusqu’à fin décembre.

3 août 1795 : Fin de la seconde incarcération de David.
25 octobre 1795 : création de l’Institut de France, David est nommé dans la classe des Beaux-arts.
26 octobre 1795 : dissolution de la Convention nationale, début du Directoire. Tous les anciens conventionnels sont amnistiés.

Décembre 1797 : le général Napoléon Bonaparte rentre victorieux de la campagne d’Italie, première rencontre avec David.

9 novembre 1799 (18 brumaire an VIII) : coup d’Etat de Napoléon Bonaparte, fin du Directoire, début du Consulat.

21 décembre 1799 : ouverture de l’exposition payante des Sabines dans le Louvre.

18 mai 1804 : le Premier consul Napoléon Bonaparte est proclamé empereur.

Avril 1814 : départ de l’Empereur en exil à l’île d’Elbe, Louis XVIII monte sur le trône.

Mars-juillet 1815 : Retour de l’Empereur sur le trône avant sa défaite à Waterloo le 18 juin 1815. Louis XVIII revient au pouvoir.

12 janvier 1816 : loi de bannissement des anciens députés régicides. David arrive à Bruxelles deux semaines plus tard.

26 janvier 1820 : David vend au roi de France les Sabines et Léonidas pour 100 000 francs.

Septembre-octobre 1824 : Alors que David expose Mars désarmé par Vénus à Paris, Delacroix triomphe au Salon avec Les Massacres de Scio (Louvre) et s’impose comme chef de file des romantiques.

29 décembre 1825 : David meurt, âgé de 77 ans. »


Du 15 octobre 2025 au 26 janvier 2026
Hall Napoléon
75001 Paris
Tél. : +33 (0)1 40 20 53 17
De 9 h à 18 h, sauf le mardi,
Jusqu’à 21h le mercredi et le vendredi.
Visuels :
Affiche
Jacques-Louis David, Les Sabines, 1799. 
Huile sur toile, H. 385 ; L. 522 cm. 
Paris, musée du Louvre 
© GrandPalaisRmn (musée du Louvre) / Mathieu Rabeau / Sylvie Chan-Liat

Jacques-Louis David,
Autoportrait, 1794.
Huile sur toile, H. 81 ; L. 64 cm.
Paris, musée du Louvre
© GrandPalaisRmn (musée du Louvre) / Adrien Didierjean / Sylvie Chan-Liat

Jacques-Louis David, Le Serment du Jeu de Paume, 1791. 
Plume et encre brune, avec reprises  en certains endroits à la plume et encre noire, lavis brun et rehauts de blanc, sur traits de crayon, H. 65,5 ; L. 101 cm. 
Paris, musée du Louvre, en dépôt à Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon
© GrandPalaisRmn (Château de Versailles) / Gérard Blot

Jacques-Louis David,
Marat assassiné, 13 juillet 1793, 1793.
Huile sur toile, H. 165 ; L. 128 cm.
Bruxelles, musées royaux des Beaux-Arts de Belgique
© Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique (Bruxelles) / photo J. Geleyns

Jacques-Louis David, Bonaparte franchissant les Alpes au Grand Saint-Bernard, 1800. 
Huile sur toile, H. 260 ; L. 221 cm.
Rueil-Malmaison, musée national des châteaux de Malmaison et Bois-Préau
© GrandPalaisRmn (musées des châteaux de Malmaison et de Bois-Préau) / Franck Raux


Articles sur ce blog concernant :
Les citations proviennent du dossier de presse. 

lundi 19 janvier 2026

« Les secrets du crématorium de Prague » d’Oier Plaza Gartzia

Arte diffusera le 28 janvier 2026 à 00 h 25 « Les secrets du crématorium de Prague » (Popel, Ashes) d’Oier Plaza Gartzia. « À Prague, un père et son fils employés dans un crématorium ont risqué leur vie pour sauver du néant les cendres de 2200 victimes du nazisme. L'enquête d'un professeur de Bilbao a permis d'exhumer leur histoire de l'oubli. »


« À l'occasion du 81e anniversaire de la libération des camps, ARTE propose une programmation  spéciale dédiée, entre documentaires (Shoah, Les survivants L'impossible départ après la Shoah, Les secrets du crématorium de Prague...) et cinéma (Le fils de Saul) ».

« En 2020, après avoir lu L'imposteur de Javier Cercas, Unai Eguía, un professeur d'arts plastiques de Bilbao passionné d'histoire, entreprend par curiosité des recherches sur les républicains espagnols faits prisonniers et disparus pendant la Seconde Guerre mondiale ».

« Il ne tarde pas à faire une première découverte : un certain nombre d'entre eux, exilés en France pour fuir la dictature franquiste, ont été déportés et assassinés en ex-Tchécoslovaquie dans une annexe du camp de concentration bavarois de Flossenbürg située à Hradistko, non loin de Prague ». 

« La lettre d'un rescapé lui apprend que leurs corps ont été incinérés dans un crématorium civil de Prague du nom de Strasnice, avec ceux de milliers d'autres prisonniers exécutés dans une prison voisine. »

« En croisant ses recherches avec celles d'un historien tchèque, il découvre que les cendres de ces déportés n'ont peut-être pas disparu : employé là avec sa femme et son fils, un certain Frantisek Suchy aurait bravé la consigne des nazis ordonnant de les jeter pour cacher en lieu sûr celles des victimes qu'il était en mesure d'identifier… »

« Le fils de Frantisek Suchy raconte comment ce dernier a risqué sa vie par cet acte de bravoure, révélé aux Tchèques à la fin de la guerre, mais dont les familles espagnoles des déportés n'ont eu connaissance que quatre-vingts ans après grâce à Unai Eguía ».

« Son enquête à travers l'Europe a mis au jour des histoires extraordinaires, restituées dans ce film par les récits croisés d'historiens, d'archivistes et de responsables de lieux mémoriels, ainsi que par les descendants des résistants assassinés. »

« Des séquences animées recréent certains des événements pour donner vie à cette page d'histoire exhumée de l'oubli. »

Sélection Officielle du Fipadoc Biarritz 2026, au sein de la section HISTOIRES D’EUROPE.



« Les secrets du crématorium de Prague » de Oier Plaza Gartzia
Espagne, France, République tchèque, 2024, 52 mn
Coproduction : ARTE GEIE, FMK Filmmak, Babel Doc, Cinepoint, Česká Televize, I/O, EITB, RTVE
Sur Arte le 28 janvier 2026 à 00 h 25
Sur arte.tv du 27/01/2026 au 26/04/2026
Visuels :
© Babel Doc / FMK Filmak / Cinepoint 2025
© Kote Camacho / Babel Doc / FMK Filmak / Cinepoint 2025

dimanche 18 janvier 2026

« Jean-Baptiste Greuze. L'enfance en lumière »

À l’occasion du 300e anniversaire de sa naissance, le Petit Palais propose l’exposition « Jean-Baptiste Greuze. L'enfance en lumière ». Une « centaine de peintures, dessins et estampes, provenant des plus grandes collections françaises et internationales », montre des enfants, de la petite enfance jusqu’aux abords de l’âge adulte, exprimant des sentiments divers. Le peintre illustre l’intérêt particulier pour l’enfance doté d’un « statut particulier » sous l’effet des penseurs des Lumières et des progrès de la médecine. Et ce, sans tomber dans une vision idyllique, ou édulcorée, des rapports parent/enfant.

Le monde d'Albert Kahn. La fin d'une époque
Picasso, Léger, Masson : Daniel-Henry Kahnweiler et ses peintres
« Une élite parisienne. Les familles de la grande bourgeoisie juive (1870-1939) » par Cyril Grange


« Le Petit Palais rend hommage à Jean-Baptiste Greuze (1725-1805) à l’occasion du 300e anniversaire de sa naissance. Peintre de l’âme, célèbre pour ses portraits et ses scènes de genre, Greuze est l’une des figures les plus importantes et les plus audacieuses du XVIIIe siècle. Aujourd’hui méconnu, il fut en son temps acclamé par le public, courtisé par les collectionneurs et adulé par la critique, Diderot en particulier. Cependant, le peintre est aussi l’un des artistes les plus singuliers de Paris. Esprit frondeur, il ne cesse de réaffirmer sa liberté de création et la possibilité de repenser la peinture en dehors des conventions. »

« L’exposition propose de redécouvrir son œuvre au prisme du thème de l’enfance, à partir d’une centaine de peintures, dessins et estampes, provenant des plus grandes collections françaises et internationales, avec des prêts exceptionnels du musée du Louvre (Paris), du musée Fabre (Montpellier), du Metropolitan Museum of Art (New York), du Rijksmuseum (Amsterdam), des Galeries Nationales d’Ecosse (Édimbourg), des collections royales d’Angleterre, ainsi que de nombreuses collections particulières. »

« Rarement peintre n’a autant représenté les enfants que Greuze, sous forme de portraits, de têtes d’expression ou dans ses scènes de genre : candides ou méchants, espiègles ou boudeurs, amoureux ou cruels, concentrés ou songeurs, ballotés dans le monde des adultes, aimés, ignorés, punis, embrassés ou abandonnés. Tel un fil rouge, ils sont partout présents, tantôt endormis dans les bras d’une mère, tantôt envahis par une rêverie mélancolique, tantôt saisis par la frayeur d’un événement qui les dépasse. Le parcours les met en lumière autour de sept sections, de la petite enfance jusqu’aux prémices de l’âge adulte. »

« La centralité du thème de l’enfance dans la peinture de Greuze se fait le miroir des grands enjeux du XVIIIe siècle. Le nouveau statut de l’enfance – désormais considérée comme un âge à part entière –, les débats sur le lait maternel et le recours aux nourrices, la place de l’enfant au sein de la famille ou encore l’importance de l’éducation pour la construction de sa personnalité́ et la responsabilité́ des parents dans son développement sont les préoccupations des pédagogues et des philosophes, tels que Rousseau, Condorcet ou Diderot. Ces questions hantent alors tous les esprits. Nourri des idéaux des Lumières, Greuze s’en fait, par le pinceau et le crayon, le témoin, l’interprète, voire l’ardent défenseur. »

« Tout au long de sa carrière, l’artiste interroge l’intimité de la famille, avec empathie, parfois avec humour, souvent avec esprit critique. Il se plaît à mettre en image les temps symboliques ou les rituels qui scandent la vie familiale – ainsi La Remise de la dot au fiancé (Petit Palais), La Galette des rois (musée Fabre, Montpellier) ou La Lecture de la Bible (musée du Louvre, Paris). Mais l’espace domestique n’est pas seulement un havre de paix. Il est aussi et souvent chez Greuze le théâtre du désordre des familles, le lieu de la violence physique et psychologique. À l’image de la vie – à commencer par celle du peintre, qui fut une succession de malheurs domestiques –, tout est complexe dans les familles de Greuze : père avare et fils maudit, père aimant et fils ingrat, mère sévère et enfant chéri, frère protecteur et sœur jalouse… »

« Greuze, en radical, ose montrer la tragédie de la mort, que les enfants eux aussi peuvent éprouver. Il interroge le basculement dans l’âge adulte, la perte de l’innocence, l’éveil à l’amour, sans rien maquiller des appétits que peut susciter la beauté de la chair auprès de vieillards lubriques ou de jeunes prédateurs. Face à ce monde des adultes, souvent cruel, petit et mesquin, il y a chez Greuze comme la volonté de retourner dans le giron de l’enfance, temps de la pureté et de la candeur : fragile, mystérieux et éphémère, telle cette fleur de pissenlit sur laquelle le Jeune berger du Petit Palais s’apprête à souffler pour savoir s’il est aimé. »

« Pour accompagner les visiteurs dans la lecture des œuvres du maître, des cartels « œil aiguisé » permettent de s’attarder sur les détails, décrypter les sens cachés et les allégories. »

Jean-Baptiste Greuze, Jeune berger tenant un pissenlit, dit Jeune berger qui tente le sort pour savoir s’il est aimé de sa bergère, 1761.
Huile sur toile, 72,5 × 59,5 cm 
Paris, Petit Palais, musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris.
CCØ Paris Musées / Petit Palais
« Un jeune garçon tient un pissenlit, prêt à faire un voeu, en soufflant dessus. Ses pensées innocentes vont à sa bergère, dont il espère être aimé en retour. Cette ode poétique à la beauté fragile du jeune amour ornait autrefois l'appartement versaillais de Madame de Pompadour, aux côtés de son pendant, La Simplicité. Restaurée à l’occasion de l’exposition, le Berger du Petit Palais a retrouvé sa fraîcheur et son éclat. En pleine maîtrise de son art, Greuze brille ici par sa touche d’une liberté saisissante, alliée à un travail de la couleur, d’un rare raffinement. »
Œil aiguisé : « Reconnaissez-vous la fleur que tient ce jeune berger ? Il s’agit d’un pissenlit. Le garçon semble hésiter, doit-il souffler dessus ? Il est pensif car les risques sont grands. Si toutes les graines s’envolent, alors la jeune fille qu’il aime l’aimera en retour. En effet, souffler sur un pissenlit décide de la réalisation d’un voeu. Ici, le pissenlit, lié au monde de l’innocence et des jeux d’enfant, fait écho au sujet du tableau. »


« En tirant le fil de l’enfance, mais à la lumière des grands débats qui animent le Paris du XVIIIe siècle, avec ses aspirations politiques et ses rêves de transformation, l’exposition révèle un oeuvre d’une originalité et d’une audace insoupçonnées. »

L’exposition « est réalisée grâce au généreux soutien de Mireille et Hubert Goldschmidt, Lionel Sauvage, la Fondation Etrillard et la Fondation Tavolozza, et avec le soutien exceptionnel de la Bibliothèque nationale de France » . Le Petit Palais « remercie Farrow and Ball pour la mise en couleur de l’exposition. »

Le commissariat scientifique est assuré par Annick Lemoine, conservatrice générale du patrimoine, directrice du Petit Palais, Yuriko Jackall, directrice du département de l’art Européen & Conservatrice “Allan et Elizabeth Shelden” en charge des peintures européennes, Detroit Institute of Arts, et Mickaël Szanto, maître de conférences, Sorbonne Université.


PARCOURS DE L’EXPOSITION

SECTION 1 : INTRODUCTION
« Le Petit Palais rend hommage à Jean-Baptiste Greuze (1725-1805) à l’occasion du 300e anniversaire de sa naissance. Le peintre, s’il est aujourd’hui méconnu et mal compris, compte parmi les artistes les plus importants et les plus audacieux du XVIIIe siècle. De son vivant, il est acclamé par le public, adulé par la critique et recherché des plus grands collectionneurs. »

« À chaque Salon, Greuze triomphe : on admire ses portraits et ses scènes de genre, dont il s’est fait une spécialité, mais aussi et surtout ses figures d’enfants qui peuplent son oeuvre. Les enfants, tel un fil rouge, sont partout présents chez lui : endormis dans les bras d’une mère, envahis par une rêverie mélancolique, ou saisis par la frayeur d’un évènement qui les dépasse. Nous souhaitons aujourd’hui mettre en lumière cette centralité de l’enfance dans l’oeuvre de Greuze pour mieux comprendre la portée de sa peinture. »

« Plus que tout autre, le peintre sait traduire la profondeur psychologique des enfants comme leur valeur universelle. Il dit par son oeuvre le caractère crucial de l’éducation et le rôle fondamental de la famille dans le développement de l’enfant. Selon Greuze, en homme des Lumières sensible à la pensée des philosophes contemporains, de Rousseau à Diderot, c’est avec l’enfant que se joue l’avènement d’une société nouvelle fondée sur la connaissance, le savoir et la culture. Mais sous le pinceau du peintre, toujours attentif au réel, la famille n’est pas seulement un lieu d’amour et d’apprentissage au monde ; elle peut aussi être le théâtre du désordre, où l’intime se mêle au tragique. En tirant le fil de l’enfance, mais à la lumière des grands débats qui animent le Paris du XVIIIe siècle, l’exposition révèle un oeuvre d’une originalité et d’une modernité insoupçonnées. »

PARCOURS « OEIL AIGUISÉ »
« Jean-Baptiste Greuze est connu pour agrémenter ses tableaux de détails signifiants, qui éclairent bien souvent le sens de ses œuvres. Pour en savoir plus et stimuler votre sens de l’observation, retrouvez les cartels « Œil aiguisé » tout au long du parcours. »

Greuze intime, Acte I. La famille Greuze. Théâtre heureux.
« De manière singulière, Greuze n’a de cesse d’entrelacer son oeuvre et sa propre vie. Aux Salons de l’Académie royale de peinture et de sculpture, temps fort de l’art contemporain à Paris, le peintre n’hésite pas à présenter le portrait de ses intimes : celui d’Anne-Gabrielle Babuty qu’il épouse en 1759, celui de son beau-père, François-Joachim Babuty, un riche libraire de la rue Saint-Jacques, ou encore ceux de ses filles Anne-Geneviève (dite Caroline) et Louise-Gabrielle. Il n’oublie pas non plus de représenter dans les bras de sa fille l’animal chéri de la famille, un petit épagneul, l’un des chiens les plus à la mode au XVIIIe siècle. »

« Sur son contrat de mariage, le 31 janvier 1759, le peintre appose à côté de celle de son épouse sa belle et fière signature toute en déliée. Madame Greuze, célèbre pour sa beauté, est à la fois sa muse et son modèle. Les visages de ses filles, restitués par une touche délicate et à l’expression attachante, disent toute la tendresse du père pour ses enfants. Greuze est alors un artiste accompli aussi bien dans sa vie publique que privée, mais le peintre est une forte tête, récalcitrant à toute forme de compromis, et son épouse a une personnalité - disent ses contemporains - au moins aussi affirmée que lui… »

SECTION 2 : L'ENFANCE D'APRÈS NATURE
« Dès ses débuts à Paris, Greuze est salué pour son talent à traduire l’âme humaine, notamment dans les figures d’enfants dont il s’est fait une spécialité. Il peint ses propres enfants, ceux d’amis intimes, ceux de ses mécènes, mais aussi nombre d’inconnus. En observateur attentif, l’artiste sait restituer la diversité des émotions : de la douce rêverie à l’espièglerie, de la mélancolie à l’infinie tristesse. »  

« Le peintre saisit, toujours avec acuité, un trait de personnalité de son modèle : ainsi de l’air sérieux et grave de Charles Étienne de Bourgevin Vialart de Saint-Morys. Dans le sillage des philosophes, Rousseau en particulier, Greuze porte ici un regard nouveau sur le temps de l’enfance. Il n’est plus une étape de la vie sans intérêt, mais un âge à part entière. » 

SECTION 3 : AIMER, ALLAITER, ÉDUQUER
« Nombreuses sont les figures de mère, de père, ou de nourrice dans l’oeuvre de Greuze. L’une allaite son enfant, l’autre vient remettre à ses parents celui qu’elle a gardé en nourrice, une autre encore gronde gentiment son petit garçon. Ces différents sujets ne sont pas de simples scènes de genre. Ils traduisent une réflexion personnelle de l’artiste sur la place des enfants dans la société et l’enjeu crucial de leur éducation. »

« Greuze se fait ici l’écho des préoccupations qui occupent alors pédagogues et philosophes (Diderot, Rousseau, Condorcet). L’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert (1751-1772) – véritable laboratoire des idées des Lumières – défend l'idéal de l'amour des parents et leur rôle éducatif. Hostile à la mise en nourrice, dont la pratique domine très largement au XVIIIe siècle, Greuze, avec les philosophes, prône l’allaitement maternel, premier temps de l’éducation. S’y refuser serait briser le lien d’amour « qui forme l’union naturel des enfants et des pères et mères ».Paradoxalement, Greuze se résigne à mettre ses filles en nourrice, mais non loin de Paris, alors qu’il révèle par son oeuvre les blessures intérieures de la séparation. » 

SECTION 4 : HISTOIRES DE FAMILLE, THÉÂTRES INTIMES
« En peintre de l’enfance, Greuze interroge l’intimité de la famille, avec empathie, parfois avec humour, souvent avec esprit critique. Les histoires qu’il nous raconte, sous la forme de comédie ou de drame domestiques, sont autant de théâtres des émotions. »

« C’est au sein de la famille que se joue le destin des hommes, leur bonheur comme leur malheur. C’est là également que s’écrit, selon les penseurs des Lumières, et Greuze avec eux, le renouveau de la société aussi bien que sa décomposition. Pour eux, la famille est l’unité constitutive de la nation et le lieu d’apprentissage des valeurs collectives. Elle contribue à la formation du citoyen moderne, émancipé des préjugés et éclairé par le savoir. »

« Le peintre se plait à mettre en image les temps symboliques ou les rituels qui scandent la vie familiale – ainsi la remise de la dot au fiancé, la galette des rois ou la lecture de la bible. Mais l’espace privé n’est pas seulement un havre de paix. Il est aussi et souvent chez Greuze le théâtre du désordre des familles, le lieu de la violence physique et de la cruauté psychologique. Et les victimes en sont bien plus les enfants que les adultes ». 

Greuze intime, Acte II. Peintre insoumis et couple haut en couleurs. 
« Auréolé par le succès, Greuze est l’homme de toutes les audaces et de toutes les libertés. Il ose ainsi faire patienter l’Académie royale de peinture et de sculpture treize longues années avant d’envoyer son morceau de réception. Il s’agit d’un retard unique dans l’histoire de l’institution. En 1761, dans un autre registre, Greuze refuse de peindre le portrait de la Dauphine, la belle-fille du roi, sous prétexte, lui dit-il, qu’il n’a pas pour habitude de peindre des « visages plâtrés ». Sa réponse, considérée comme une insulte, fait scandale à la cour. Les mots du Dauphin, adressés à un collectionneur qui soutient le peintre, sont restés célèbres : « vous m’aviez donné ce peintre comme un homme particulier, mais vous ne m’aviez pas dit qu’il était fou ». 

« Greuze, fort de sa notoriété publique et sûr de son talent, n’entend se soumettre à aucun ordre. Son épouse, Anne-Gabrielle Babuty, semble avoir eu un caractère au moins aussi fort que lui et selon Diderot le couple se dispute souvent : « j’aime à l’entendre causer avec sa femme. C’est une parade où Polichinelle rabat les coups avec un art qui rend le compère plus méchant ».

SECTION 5 : GREUZE GRAVÉ, L’ENFANCE EN MAJESTÉ
« Rarement peintre autant que Greuze n’a été reproduit en gravure dès son vivant. L’importante diffusion de son oeuvre, où la figure de l’enfant est presque partout présente, procède d’une stratégie éditoriale engagée par le peintre et son épouse Anne-Gabrielle Babuty dès les années 1760, peut-être sur les conseils de leur ami commun, le peintre et graveur Jean Georges Wille. Fille de libraire habituée au commerce, Madame Greuze a joué de toute évidence un rôle essentiel dans cette activité. Les meilleurs graveurs de Paris furent sollicités, mais aussi de jeunes graveuses au talent prometteur. » 

« Greuze fournit le dessin au graveur tandis que celui-ci prend à sa charge le coût de la réalisation de la planche. L’un et l’autre, et leurs épouses respectives, se partagent pour moitié le fruit de la vente des gravures. Ce commerce semble avoir été particulièrement lucratif : il aurait rapporté aux dires de Greuze quelque 300 000 livres. » 

SECTION 6 : LA LEÇON DE L’HISTOIRE. LE FILS FACE AU PÈRE
« La figure du père, comme contre-point de celle de l’enfant, est centrale dans l’oeuvre de Greuze. C’est précisément autour de l’image paternelle que le peintre réalise ses compositions les plus ambitieuses, les plus théâtrales, les plus tragiques aussi. Le père, fût-il la figure de l’autorité au XVIIIe siècle, est souvent chez Greuze affaibli, malade, alité, voire mort. Ce temps du déclin intéresse l’artiste parce qu’il permet d’utiliser tous les ressorts du pathos pour traduire le sublime en peinture, autrement dit la forme d’expression la plus élevée dans l’ordre du Beau. Mais par ces scènes émouvantes, où l’horreur se conjugue à l’effroi, le peintre invite à méditer le rôle du père dans l’harmonie de la famille, mais aussi sa responsabilité dans ses déséquilibres, voire dans son anéantissement. Si le père, entouré de ses enfants et ses petits-enfants, est vertueux dans La Piété filiale (Saint-Pétersbourg, musée de l'Ermitage), il est dans le Septime Sévère et Caracalla la figure opposée : le mauvais père qui, par ses déficiences éducatives, a produit un fils monstrueux. Dans le pendant du Fils ingrat et du Fils puni (Paris, musée du Louvre), le père semble être la victime de l’impiété du fils, mais la folle fureur qu’il exprime sur son visage lors de l’inacceptable départ du fils, invite à se demander si lui aussi n’a pas sa part de responsabilité dans l’égarement du fils. » 

Greuze intime, Acte III. Le scandale du Septime Sévère et Caracalla.
« La présentation du morceau de réception de Jean-Baptiste Greuze à l’Académie royale de peinture et de sculpture le 23 août 1769, avec treize ans de retard, représente l’un des épisodes les plus douloureux de la vie du peintre. Contre toute attente, le sujet présenté n’est pas l’une de ses scènes domestiques qui ont contribué à sa renommée, mais une histoire de l’antiquité romaine : l’empereur Septime Sévère reprochant à son fils Caracalla d’avoir tenté de l’assassiner durant les campagnes d’Angleterre. Le peintre représente l’instant où l’empereur convoque son fils pour le confronter à l’atrocité de son acte : « si tu désires de me tuer, tue-moi ici », lui aurait-il dit en pointant l’épée posée sur la table. Loin de mettre en image le courage du père indifférent à la mort, Greuze représente la faute de l’empereur. Car ce dernier, en refusant de condamner son fils criminel, se rend responsable de la décadence de l’Empire romain. »

« Le coup d’éclat recherché par Greuze en présentant cette toile pour se faire reconnaître comme peintre d’histoire est un échec. L’Académie accepte de recevoir le peintre, mais seulement dans sa spécialité, comme peintre de genre, estimant son tableau « de la plus grande médiocrité ». Sans doute, l’institution se refuse d’admettre l’esthétique révolutionnaire de la toile, soigneusement composée et austère, qui annonce l’art néo-classique de Jacques-Louis David, mais aussi la portée morale du sujet, qui pouvait être compris comme une critique des princes privilégiant leurs intérêts privés au détriment de ceux de la nation. Humilié, Greuze quitte définitivement l’Académie et expose dès lors ses tableaux dans son propre atelier. »

SECTION 7 : INNOCENCE PERDUE ET DESTINS BRISÉS
« Parmi les œuvres de Greuze, les représentations de jeunes filles constituent sans doute ses créations les plus virtuoses. Qu’il suffise d’observer le jeu raffiné des textures — satin, gaze, peau de porcelaine — et des couleurs — blanc, crème, rose pâle — dans la Jeune fille à la colombe ou La Cruche cassée. Mais si la jeune fille radieuse à la blanche colombe, allégorie de l’innocence et de la pureté, semble sereine, La Cruche cassée cache quant à elle une réalité dramatique. »

« Tout au long de sa carrière, le peintre interroge le basculement dans l'âge adulte, le temps de l’innocence, l’éveil à l’amour, mais aussi le danger des prédateurs, jeunes séducteurs et vieillards concupiscents. La jeune fille à la cruche cassée, qui vient d’être abusée, n’est plus qu’un corps figé, les mains crispées, tentant de retenir des fleurs qu’elle a déjà métaphoriquement perdues. Sa beauté est à l’image de la pureté de son âme, mais son regard, dans sa troublante fixité, est définitivement ailleurs, telle cette cruche cassée à jamais vidée de son eau pure. Dans le Paris du XVIIIe siècle, celui du moins de la richesse, des amateurs d’art et des grands seigneurs, Greuze invitait à voir ce qu’il était plus commode d’ignorer. » 

Greuze intime, Acte IV. Les infortunes du peintre.
« Au tournant des années 1780, alors que le peintre a plus de 50 ans et que sa renommée s’émousse, ses relations avec son épouse, Anne-Gabrielle Babuty, se tendent. Le peintre lui reproche d’avoir détourné des sommes considérables provenant des recettes du commerce des gravures. Il ne peut vérifier les comptes, les registres comptables ayant été détruits : « Mais Madame, pourquoi avez-vous déchiré les registres ? », lui aurait-il demandé. « Parce que cela m’a plu et que je n’ai point de compte à vous rendre », lui aurait-elle répondu. »

« Mais surtout, il l’accuse de l’avoir trompé avec de nombreux amants et d’avoir négligé l’éducation de leurs filles. On ne connait malheureusement pas les reproches que son épouse pouvait également lui avoir fait. Le couple se sépare en 1785 et divorce en 1793, presque aussitôt que la loi les y autorise. Les deux filles de l’artiste, l’une et l’autre formées à l’art de peinture, restent auprès de leur père. »

« Ruiné financièrement à la fin de sa vie, Greuze n’intéresse plus et les commandes se font rares. « J’ai tout perdu, or le talent et le courage » écrit-il en 1801. Greuze meurt pauvre, délaissé, mais entouré de ses deux filles, dans son atelier, le 21 mars 1805. »


Du 16 septembre 2025 au 25 janvier 2026
Musée des Beaux-arts de la Ville de Paris.
Avenue Winston-Churchill, 75008 Paris.
Tel : 01 53 43 40 00 
Du mardi au dimanche de 10h à 18h.
Nocturnes les vendredis et samedis jusqu'à 20h.
Visuels :
Affiche
Jean-Baptiste Greuze, Jeune berger tenant un pissenlit, dit Jeune berger qui tente le sort pour savoir s’il est aimé de sa bergère, 1761.
Huile sur toile, 72,5 × 59,5 cm 
Paris, Petit Palais, musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris.
CCØ Paris Musées / Petit Palais

Jean-Baptiste Greuze, Autoportrait, vers 1760. 
Huile sur bois, 65 × 51,5 cm. 
Paris, musée du Louvre.
© GrandPalaisRmn (musée du Louvre) / Photo Thierry Le Mage
« Greuze brosse son propre portrait avec un pinceau rapide et vigoureux, qui témoigne d’une grande maitrise technique. Alors qu’il réalise cet autoportrait, Greuze a toutes les raisons d’être confiant. Depuis son retour de Rome en 1757, sa carrière prend un essor spectaculaire. Ses scènes de famille, aux nombreux enfants, sont recherchées par les collectionneurs et appréciées par les critiques, tels que le philosophe Denis Diderot. » 

Jean-Baptiste Greuze, Portrait d'Anne-Geneviève (dite Caroline) Greuze, 1766.
Huile sur toile, 41 x 33 cm.
Collection particulière.
© Collection particulière

Jean-Baptiste Greuze, Madame Greuze sur une chaise longue avec son chien, vers 1759-1760.
Crayon graphite, pierre noire, plume, encre grise et noire, 34,3 x 46,8 cm.
Amsterdam, Rijksmuseum.
© Rijksmuseum, Amsterdam
OEil aiguisé : « Appréciez la tranquillité de cette scène. Mme Greuze se repose sur une chaise brisée avec le petit chien du foyer, installé confortablement sur elle. Le peintre nous invite dans l’intimité de sa vie familiale. Remarquez le coussin sur lequel elle est nonchalamment adossée et la main posée tendrement sur son compagnon. De petite taille, ces chiens étaient appelés chiens d’agrément, par opposition aux chiens de chasse. Il s’agit d’un type d’épagneul dénommé pyrame. Gardez-le en mémoire, vous le retrouverez dans cette salle. »

Jean-Baptiste Greuze, Le Gâteau des rois, 1774.
Huile sur toile, 73 × 92 cm. 
Montpellier, musée Fabre.
© Musée Fabre de Montpellier Méditerranée Métropole / Photo Frédéric Jaulmes
« Dans un simple décor, une famille de paysans célèbre l'Épiphanie qui commémore, le 6 janvier de chaque année, la visite des Rois Mages à l'enfant Jésus, avec un gâteau des rois. La galette contenant une fève cachée est partagée et celui qui la trouve devient roi pour la journée. Le plus jeune enfant tire sa part d’un linge blanc tenu par son père. Greuze met ici en scène les plaisirs de la vie familiale. Il prend soin de décrire, une à une, la réaction de tous ses membres, petits et grands. »

Jean-Baptiste Greuze, Septime Sévère reprochant à son fils Caracalla d’avoir voulu l’assassiner, 1767-1769.
Huile sur toile, 124 × 160 cm. 
Paris, musée du Louvre.
© GrandPalaisRmn (musée du Louvre) / Photo Michel Urtado
« L’épisode représenté par le peintre est tiré d’un passage de l’histoire romaine. On retrouve dans la toile tous les éléments rapportés par les historiens : la chambre du palais, le fils, « misérable jeune homme » qui a tenté d’assassiner son père, l’empereur « au lit, cassé de vieillesse », Castor et Papinien, les fidèles de l’empereur, l’épée posée sur la table et enfin le geste de la main de Septime Sévère, pointé vers celle-ci pour traduire ses paroles : « si tu désires de me tuer, tue-moi ici ». La scène est d’une étonnante austérité, digne des compositions de Nicolas Poussin. »
Œil aiguisé : « Remarquez, à gauche de la composition, une petite statuette dorée. Il s’agit de la déesse romaine Fortuna, déesse de la Fortune, reconnaissable à la corne d’abondance qu’elle tient dans une main. Pourquoi Jean-Baptiste Greuze a-t-il pris la peine de représenter ce détail ? Personnification de la chance, il était de bon augure pour les empereurs d’en avoir une représentation en or dans leur chambre à coucher. Par cette référence érudite, le peintre démontre son souci d’exactitude historique. »

Jean-Baptiste Greuze, La Cruche cassée, 1771-1772.
Huile sur toile, 109 × 87 cm.
Paris, musée du Louvre.
© GrandPalaisRmn (musée du Louvre) / Photo Angèle Dequier
« La cruche cassée, que tient la jeune fille, donne son nom à ce tableau célèbre. Comme l’oeuf cassé, elle évoque ici la perte de virginité. La composition fournit d'autres indices signifiants : à gauche de la jeune fille, la fontaine où elle s’était rendue pour puiser de l'eau, a la forme d’un lion aux traits masculins, tandis que la fontaine elle-même évoque, par sa forme, un symbole phallique. La jeune fille, quant à elle, s'agrippe à ses vêtements, au niveau du bas ventre, avec incertitude, son expression semble hésitante, presque stupéfaite. Comme aucun autre peintre avant lui, Greuze associe ici la perte de virginité à l’idée de trauma. »


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